L'Espérance sportive de Tunis ( ou Attarajī ar-Riyāḍi Attūnisī), abrégé en ES Tunis ou EST, est un club de football tunisien basé à Tunis et fondé en 1919 dans le quartier de Bab Souika. Il évolue dans le championnat de Tunisie.
Il est le club tunisien le plus titré au niveau national et international, toutes compétitions confondues, avec 34 championnats, 17 coupes de Tunisie, huit Supercoupes de Tunisie, une coupe Hédi Chaker et un critérium Hamda Laouani. Le club a également remporté la coupe d'Afrique des vainqueurs de coupe, la coupe de la CAF, la Ligue des champions de la CAF à quatre reprises, la Supercoupe de la CAF ainsi que des coupes arabes (Ligue des champions arabes à trois reprises, une Supercoupe arabe et une coupe afro-asiatique des clubs).
L'Espérance sportive de Tunis se trouve à la septième place du classement des meilleurs clubs africains du dressé par l'IFFHS. Elle est aussi désignée par la Confédération africaine de football comme le cinquième club africain du , en 2000, et prend la tête du classement africain des clubs en 2018.
Une certaine rivalité existe avec le Club africain contre qui il dispute chaque année le derby tunisois. Une autre rivalité l'oppose aux clubs de l'Étoile sportive du Sahel et le Club sportif sfaxien.
Le club aux couleurs sang et or est dirigé par Hamdi Meddeb depuis 2007.
Histoire Création du club (1919)
upright|gauche|vignette|Décret d'autorisation du .
Mohamed Zouaoui, dont la famille est originaire de Kabylie., et Hédi Kallel fondent le club dans un café de Bab Souika qui lui donne son nom : le café de l'Espérance. Ils font appel à Louis Montassier, cadre de l'administration française, pour l'obtention de l'autorisation par les autorités coloniales, vu les réglementations de l'époque qui exigent que toutes les fondations et clubs doivent être présidées par un Français. L'EST est enregistrée officiellement le . Ses premières couleurs sont le blanc et le vert..
Le premier bureau directeur se compose de la façon suivante : Louis Montassier (président), Mohamed Hentati (vice-président), Allala Reguig (secrétaire général), Larroussi Ben Osmane (trésorier), Hédi Kallel (trésorier assistant), Mohamed Zouaoui et Manoubi Nouri (membres).. Le club s'engage pour la première fois dans le championnat de Tunisie (promotion d'honneur de deuxième série) au cours de la saison 1919-1920. Sa première équipe se compose de la façon suivante :
Gardien de but : Habib Trabelsi ; Arrière droit : M'hamed Zouaoui ; Arrière gauche : Hassen Bouderballa ; Demi-droit : Hédi Kallel ; Demi-centre : Tahar Zouari ; Demi-gauche : Othman Ben Soltane ; Ailier droit : Hassine Bouderballa ; Inter droit : Tahar Ben Labiedh ; Avant centre : Mohamed Zouaoui ; Inter gauche : Allal Gaiji ; Ailier gauche : Hédi Ben Ammar ; Remplaçants : Sadok Bech Baouab, Abdelhamid Tebourbi, Chérif Bouderbala.
Cette équipe est composée de joueurs de tous âges étant donné qu'il n'y a pas de limite d'âge et que tous peuvent jouer ensemble sans la moindre autorisation médicale. Toutefois, la moyenne d'âge de ces joueurs se situait entre 18 et vingt ans. Leurs débuts sont assez difficiles mais, parmi leurs meilleures performances, on peut citer l'élimination, en coupe de Tunisie, de l'équipe Jeune-France.
Club exclusivement musulman
upright|gauche|vignette|Permission de pratiquer (papier officiel). vignette|Mohamed Zouaoui.
Le football émerge au début des années 1900.. Les clubs européens, largement considérés comme des annexes coloniales des associations sportives métropolitaines, sont les seuls à participer au premier championnat tunisien en 1910. Parmi eux figurent des clubs français ainsi que des clubs italiens et maltais. Le Stade africain, un club franco-arabe majoritairement français, est le premier à inclure des joueurs tunisiens, recrutés dans les collèges et lycées.
Après une interruption de deux ans due à la Première Guerre mondiale, une coupe franco-arabe est organisée en 1917. Lors de la finale entre le Stade africain et le Stade tunisois (club qui n'accepte que des joueurs juifs), des incidents violents éclatent entre les supporters dans une ambiance marquée par un antisémitisme latent. À la suite des troubles, toute manifestation sportive ou rassemblement de masse est interdit..
upright|vignette|Siège historique de l'EST à Bab Souika.
Située dans la partie nord de la médina de Tunis, la rue Achour, majoritairement musulmane, s'étend vers la Hafsia, un quartier à forte population juive, favorisant ainsi l'interaction entre ces deux communautés voisines. D'abord adversaires, elles se rapprochent et fusionnent leurs équipes. En conséquence, l'Union sportive tunisienne (UST), issue de la fusion entre le Stade tunisois et le Stade africain, voit le jour et domine le football tunisien durant l'entre-deux-guerres..
Mohamed Zouaoui, le garde-matériel du Stade africain, accompagné de Hédi Kallel et d'Othman Ben Soltan, défenseurs de la création d'un club musulman et non simplement tunisien, se réunissent au café L'Espérance, en bordure de la médina, et fonde l'Espérance sportive de Tunis, non pas pour affirmer une identité nationale mais en réaction à la formation de l'UST qui compte principalement des joueurs juifs après le départ de ses membres musulmans. L'EST obtient officiellement l'autorisation des autorités françaises le .
La date de fondation du club revêt une signification particulière dans la construction de son identité puisque beaucoup d'amateurs le considèrent comme le premier club tunisien fondé dans le pays et comme un premier engagement dans le mouvement national. La politique de recrutement du club renforce encore sa réputation car, malgré des résultats modestes à ses débuts, l'EST se démarque par son insistance à aligner uniquement des joueurs musulmans, contrairement à d'autres clubs comme l'UST ou le Club africain qui font appel à des joueurs français, ou italiens avant l'indépendance, le positionnant comme un symbole du nationalisme tunisien. Cependant, la présence d'un président français, Louis Montassier, exigée par la loi pour la formation de toute association, ternit quelque peu son image, même si son authenticité est consolidée par son ancrage territorial avec les quartiers nord de la médina.
Premiers succès
vignette|Joueurs avec le maillot blanc et vert en 1920.
Dès 1920, le club recrute un jeune lycéen, Chedly Zouiten, qui fournit un jeu de maillot à bandes verticales rouges et jaunes, devenant désormais les couleurs du club.
Zouiten devient membre du comité directeur du club en 1923 avant d'accéder à sa présidence en 1931. Le , Habib Bourguiba fait partie du comité directeur du club composé comme suit. : Président : Mustapha Kaak ; Vice-présidents : Hamouda Boussen et M'hamed Bourguiba ; Secrétaire général : Ridha Kamoun ; Secrétaire général adjoint : Mongi Karoui ; Trésorier : Hamouda Boussen ; Trésorier adjoint : Mohamed Zouaoui ; Assesseurs : Habib Bourguiba, Mohamed Hajouj, Mokhtar Ben Abid et Moncef Okbi.
Sous le mandat de Zouiten, qui dure plus de trois décennies, l'EST est plus ou moins au bord de l'abandon jusqu'à la promotion en division d'honneur de la Ligue de Tunisie en 1936. L'EST parvient également à se hisser en finale de la coupe de Tunisie en 1937 mais le Stade gaulois parvient à s'imposer.. Trois ans après son échec face aux Gaulois, l'EST s'impose en coupe de Tunisie (1939) face à l'Étoile sportive du Sahel (4-1). C'est en 1955 que l'EST se qualifie pour représenter la Ligue de Tunisie en coupe d'Afrique du Nord. Lors du match d'élimination, l'AS Bône et l'Espérance sportive de Tunis s'affrontent au premier tour le , avec une victoire de l'EST (3-1).. L'EST se qualifie ainsi pour les huitièmes de finale contre le Fath Union Sports, et remporte la rencontre (1-0) le . Puis, en quart de finale, elle affronte le Sporting Club de Bel Abbès le , mais perd la rencontre sur le score de 2-1.
Entre le début de la Seconde Guerre mondiale et l'indépendance (1956), l'effectif du club est de tout premier choix, d'autant plus que le club reçoit le renfort de joueurs algériens comme Abdelaziz Ben Tifour. Les clubs français, italiens ou maltais qui dominent jusque-là le football en Tunisie doivent désormais composer avec l'EST qui est un club « indigène ».
Après l'indépendance de la Tunisie L'indépendance proclamée, l'EST s'impose comme un club phare du pays. Les titres (champion en 1958 et 1960 et vainqueur de la coupe en 1957) mais aussi le style de jeu, résolument spectaculaire et tourné vers l'offensive, expliquent l'engouement populaire. Le football offensif est abandonné en 1963 à la suite du passage de Ben Azzedine au poste d'entraîneur. Ce dernier opte pour des principes défensifs très rigoureux à l'italienne.
En 1971, des actes de violences sont commises dans le stade olympique d'El Menzah par des supporters espérantistes à la suite de la finale perdue contre le Club sportif sfaxien (but historique d'Abdelwahed Trabelsi à la première minute du jeu). Les autorités sanctionnent alors l'EST et lui retirent le droit de jouer en première division. La section football de l'EST est dissoute alors que l'équipe est à une journée du sacre du champion.
En 1977, Tarak Dhiab, meneur de jeu de l'EST, remporte le ballon d'or africain, le seul joueur du football tunisien ayant reçu le trophée à ce jour.
Présidence Chiboub (1989-2004) Titres continentaux Slim Chiboub, gendre du président Zine el-Abidine Ben Ali, prend en main les destinées du club en 1989. Rapidement, il tient l'une de ses promesses par un doublé en 1990-1991, ce qui accroît sa popularité. Dès 1993, il remporte plusieurs titres internationaux et locaux et enrôle le buteur de l'équipe de Zambie, Kenneth Malitoli. L'EST remporte également sa première coupe régionale, la Ligue des champions arabes, devenant la première équipe tunisienne à gagner cette coupe (1993). L'année suivante, le club remporte sa première coupe d'Afrique des clubs champions aux dépens du tenant du titre, le Zamalek Sporting Club. En 1995, l'EST remporte la Supercoupe d'Afrique ainsi que la coupe afro-asiatique.
Domination nationale L'Espérance sportive de Tunis remporte dix titres de champion de Tunisie, dont sept successifs entre 1998 et 2004.
En , Slim Chiboub se retire de la présidence du club après sa défaite contre le Club sportif sfaxien en finale de la coupe de Tunisie. Au cours de sa présidence de l'EST, le club a remporté quinze titres en tout et a acquis une réputation de leader sur le plan régional et continental.
Finales perdues (1999-2004) L'EST est touchée durant six ans par une série d'échecs. Deux années de suite finaliste de la Ligue des champions de la CAF en 1999 et 2000, elle ne parvient pas à récupérer le trophée de 1994.
Malgré cela, avec une nouvelle génération d'une moyenne d'âge de 22 ans, à l'instar d'Ali Zitouni, Mourad Melki, Khaled Badra, Radhi Jaïdi et plusieurs autres. Le club accède en demi-finale de la Ligue des champions de la CAF 2001, 2003 et 2004. L'Espérance sportive de Tunis est désignée par l'IFFHS comme le club mondial du mois de ..
Entre 2005 et 2007, Aziz Zouhir dirige le club qui remporte le doublé (championnat et coupe) en 2006.
Présidence Meddeb (depuis 2007) Construction d'une nouvelle génération (2008-2010)
gauche|vignette|Hamdi Meddeb, président actuel du club. vignette|Match entre l'Espérance sportive de Tunis et le Club sportif de Hammam Lif lors de la saison 2008-2009 au stade olympique d'El Menzah.