Pour comprendre les médias : les prolongements technologiques de l'homme est un essai publié par Marshall McLuhan (Canada) en 1964 et traduit en français en 1968. Ouvrage de référence pour les sciences de l'information et de la communication, il a permis à McLuhan de présenter le résultat de ses travaux dans le domaine.
La thèse principale abordée dans le livre est la suivante : . Ainsi, McLuhan démontre que le message, contenu de la communication, est accessoire ; le véritable message étant le média lui-même. Les médias (presse, radio, télévision, livre, etc), d'après l'auteur, exercent une action profonde sur l'individu puisqu'ils sont le prolongement de nos organes physiques et de notre système nerveux.
Comprendre les médias, un enjeu épistémologique De nombreux chercheurs ont travaillé sur différents types de médias ; et, à chaque époque, les usages de la communication ont pris une forme particulière qui s’est manifestée dans les divers médias. Une analyse comparée de ces différents médias paraît donc féconde. C’est ce que voulait faire Marshall McLuhan, en 1964, dans son livre Pour comprendre les médias (Understanding Media).
En effet, dans ce livre McLuhan a analysé pêle-mêle les effets psychologiques et sociaux de divers médias, de l’imprimerie au télégraphe, le téléphone, la radio et la télévision, en passant par la roue, la route et l’automobile. À son époque, il considère la télévision comme le média . Selon lui, . Depuis l'invention de l'écriture au Proche-Orient, et après cinq mille ans d'une explosion des médias produite par des technologies, mécaniques et fragmentaires, le monde « implose » : c’est ce que nous appelons aujourd’hui mondialisation ou globalisation.
, , , toutes ces expressions que le langage courant a retenu des travaux de McLuhan sont d'abord le fruit d'une réflexion visionnaire, parfois contestée, souvent originale, sur la nature des médias. L'originalité de Marshall McLuhan ne tient pas seulement à sa définition du mot « média », qui comprend désormais tous les prolongements technologiques de l'homme. Elle vient aussi de la vision globale qu'il propose de nos sociétés technologiques et qui devait marquer un jalon important dans l'étude de la civilisation humaine. Dans les années 1960, Marshall McLuhan prévoit déjà à quoi ressemblerait le monde médiatique qu'a été celui de l'an 2000.
Toutefois, même dans les sociétés démocratiques ouvertes d’aujourd’hui, le problème épistémologique de la compréhension demeure entier : pour qu'il puisse y avoir compréhension entre des hommes de structures de pensée différentes, il faut pouvoir passer à une méta-structure de pensée qui comprenne les causes de l'incompréhension des unes à l'égard des autres et qui puisse les dépasser. Comprendre les médias peut ainsi contribuer à la compréhension entre les humains. La connaissance des problèmes clés du monde, si aléatoire et difficile soit-elle, doit être tentée sous peine d'infirmité cognitive.
En effet, avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication, on retrouve le thème du « Village global » : la planète est devenue un village. Ce thème a été entamé par MacLuhan, avec d’autres aphorismes, comme : « le message, c'est le médium ». De fait, Marshall McLuhan a été le maître-penseur des médias et le contestataire des recherches en communication, de toute une génération à partir des années 1960, dont il estimait les méthodes démodées. Il a marqué les débuts du Nouvel Âge des médias audiovisuels. Il ne faisait pas qu'étudier ces médias, il les utilisait, en maniant des slogans comme un remarquable publicitaireIl est difficile de dire si c'est son livre qui fit de lui un personnage mythique ou si c'est sa présence publique dans les médias audiovisuels qui fit de Pour comprendre les médias un des livres les plus importants..
Controverse entre McLuhan et ses contemporains Signalons au début, le désarroi du premier éditeur du livre de McLuhan (Understanding Media, édition anglaise de 1964) qui montre bien le peu d'attention que l'on a jusque-là consacrée à ces questions. Il faisait remarquer à MacLuhan avec consternation que « son livre était neuf aux trois quarts, alors qu'un ouvrage ne devrait jamais contenir plus de 10 % de matériaux nouveaux, sous peine de courir à l'échec ».
En effet, beaucoup de penseurs croient que ce n'est pas la nature du média lui-même, sa configuration ; mais bien le contenu d’information et l'usage qu'on en fait, qui est signifiant. Pour ce qui est des façons dont le média a transformé nos relations avec nous-mêmes et avec les autres, il importait peu pour eux. Par exemple, David Sarnoff disaitDavid Sarnoff est de l'Université Notre-Dame : ces réflexions sont datées de la fin des années 1950. : « Nous sommes trop portés à faire de nos instruments technologiques les boucs émissaires des fautes de ceux qui s'en servent. Les réalisations de la science moderne ne sont pas bonnes ou pernicieuses en soi : c'est l'usage que l'on en fait qui en détermine la valeur ». Voilà bien la voix du somnambulisme courant, répondait McLuhan : « il n'y a rien dans les propos de Sarnoff qui résiste à l'analyse, parce que leur auteur ne tient pas compte de la nature des médias, de tous et de chacun des médias. »
Imaginons un peu que l'on déclare : « les armes à feu ne sont pas bonnes ou mauvaises en soi : c'est l'usage qui en est fait qui en détermine la valeur ». En somme, si les balles atteignent les bonnes victimes, elles sont bonnes ; ou si le canon projette les munitions qu'il faut aux gens qu'il faut, il est acceptable.
Pour expliquer son point de vue, Sarnoff citait l'exemple du « contenu d’information » de l'imprimé, précisant que l'imprimerie avait disséminé beaucoup de camelote, mais qu'elle avait aussi diffusé la Bible et la pensée des prophètes et des philosophes. Mais il n'a jamais vu que, s'il est une chose dont les technologies des médias de communication sont incapables, c'est bien de se substituer à notre culture déjà en place et enracinée dans l’histoire.
Pour McLuhan, l'imprimé a créé l'individualisme et le nationalisme au cours du . Les analyses de « contenu d’information » et de programmation offrent peu d’indices du pouvoir des médias du savoir et de l’art ni de leur puissance subliminale.
Pour Pierre SchaefferPierre Schaeffer est un compositeur français (1910-1995). Il fonda le Groupe de recherches musicales de Radio France (en 1958) et à ce titre reste l'initiateur de la musique concrète avec son livre Traité des objets musicaux. Il anima ensuite le Service de la recherche, devenu en 1975 l’INA (Institut national de l’audiovisuel)., qui n'aimait pas McLuhan, c'est là penser avec les pieds. Schaeffer recevait, avec une certaine réserve, le prix McLuhanLe Prix McLuhan-Téléglobe Canada est créé en 1983 pour honorer la mémoire de l'éminent professeur de l'Université de Toronto mort en 1980. en 1989, déclarant tout de même que . La formule n'aurait pas eu le même effet.
Cependant, McLuhan a ses défenseursVoir par exemple, Francis Balle, Pour comprendre les médias. Profil d'une œuvre, Paris, Hatier, 1972., davantage peut-être au Canada où il fait en quelque sorte partie du patrimoine national. Toronto aurait-elle été, comme le croient certains, pour une courte période au cours des années 1960, le centre intellectuel du monde ? Un collaborateur du Times écrit en 1989 qu' Le terme « mcluhanisme » apparaît aussi en 1989 dans l’Oxford English Dictionary qui en donne la définition suivante : .
Paul Heyer, de l'Université Simon Fraser au Canada, est de ceux qui jugent McLuhan important pour l’étude des médias de communication. Non pas tant pour ce qu'il dit que pour les liens qu'il établit en le disant : Heyer, P. (1989). Probing a Legacy: McLuhan's Communications/History 25 Years After. Canadian Journal Of Communication, 14(4).
Accessible sur http://www.cjc-online.ca/index.php/journal/article/view/530/436.
D'autres voient dans les quelques travaux d'universitaires de 1989Paul Attallah, « Le média est le message : La théorie médiatique de Marshall McLuhan », chap. 12 in Théories de la communication, Histoire, contexte, pouvoir, Sillery, Presses de l'Université du Québec, 1989. « The Medium’s Messenger. Understanding McLuhan », Canadian Journal of Communication, Special Issue, Fall 1989., une de la contribution de McLuhan à l’étude de l'histoire des médias et à l'analyse du rôle des communications dans l'histoire. On le présente comme le catalyseur du développement de « l'interdisciplinarité » moderne des études sur la communication où se retrouvent des chercheurs de divers horizons qui s'intéressent au même objet.
Place de McLuhan dans la compréhension des médias
Les réflexions de McLuhan sur les médias vont bien au-delà des quelques slogans qui ont contribué à sa renommée en simplifiant à outrance des enseignements souvent plus riches.
C’est dans cet esprit qu’il faut relire ses travaux sur les médias devenus le cri de guerre contre les chantres des idéologies classiques qui séparent, d’une part, les sciences physiques et technologiques, et d’autre part, les sciences humaines et sociales. Comme l'écrivait Marcel Mauss, il faudrait se garder d’une erreur, celle qui consisterait à Marcel Mauss, Sociologie et anthropologie, Paris, PUF, coll. Quadrige, 1950, 1989, 482 p..
Il n’a pas été évident, pour les « sciences » habituées à tout fragmenter, de se faire dire que « le message, c’est le médium » ; c’est-à-dire que les effets d’un média sur l’individu ou sur la société dépendent, de façon primordiale, du changement d’échelle spatio-temporelle, de la vitesse ou des modèles qu’il provoque dans les affaires humaines. Cette maxime, probablement la plus célèbre de McLuhan, signifie que .
McLuhan donne l’exemple du chemin de fer , c’est-à-dire indifféremment du contenu du média « chemin de fer ». Autre exemple, l’avion en accélérant encore plus le rythme du transport, tend à dissoudre la forme « ferroviaire » de la ville, de la politique et de la société, et ce, indifféremment de l’usage qui en est fait.
Relire Pour comprendre les médias, près d’un demi-siècle après sa parution, c'est s'étonner de la vivacité de certaines propositions de McLuhan : les médias considérés comme des prolongements technologiques de l'homme, la nécessité d'une vision globale, la crise de la spécialisation et des grands systèmes... Mais comme pour tous ceux qui se risquent à l’exercice de la prévision et de la prospective, les analyses de McLuhan connaissent aussi des ratés. Il faut prendre McLuhan pour ce qu'il est : un homme qui a eu des intuitions extraordinaires, mais qui a aussi raconté des sottises. Par exemple, la classification des médias en « chauds » et « froids » n'est pas pertinente. Les médias devraient être classés en tenant compte des sciences cognitives, les nouvelles sciences du cerveau/esprit pour pouvoir étudier les prolongements technologiques de notre système nerveux.
Définition des médias comme « prolongements technologiques de l’homme » McLuhan a exploré les contours des êtres humains tels que les technologies les prolongent, en cherchant dans chacune d’elles un principe d’intelligibilité. Il y a jeté un regard neuf sur les médias avec l’espoir de réussir à les comprendre d’une façon qui nous amènera à les utiliser correctement, et en n’acceptant qu’une partie infime de la connaissance traditionnelle que nous en avons.