thumb|À gauche un simple verre de lait, à droite un verre de babeurre visuellement reconnaissable par le dépôt qu'il laisse sur la paroi. thumb|Schéma d'une baratte et de son bat-beurre. Le babeurre ou lait de baratte, lait ribot, lait battu, lait de beurre est, au sens strict, un liquide blanc obtenu lors de la fabrication du beurre par barattage de crème de lait.
Lors de la fabrication du beurre, à l'issue du barattage qui déstabilise l'émulsion de matière grasse, on retire les particules de beurre qui se sont formées et qui remontent à la surface. On obtient donc du babeurre contenant encore de la matière grasse d'une part, et du beurre, d'autre part.
Il faut distinguer le babeurre comme co-produit de la fabrication du beurre, et le babeurre comme boisson qui peut être faite à partir de babeurre fermenté mais aussi, par appellation abusive, de lactosérum ou même de lait entier.
Le babeurre est donc distinct du petit lait ou lactosérum, qui résulte de la coagulation du lait en fabrication fromagère, bien que leurs compositions soient assez proches. Ce dernier est à l'origine du fromage de lactosérum (sérac, ricotta ou recuite).
Le babeurre est un aliment digeste, il sert de boisson et intervient dans la préparation de divers mets sur tous les continents.
Le babeurre ou bat-beurre désigne aussi le pilon qui sert à battre le beurre dans la baratte.
Étymologie, synonymie, équivalents Babeurre, en tant que produit dérivé de la crème du lait, vient de l'adjectif dépréciatif « bas » et du mot « beurre » (il s'est écrit « bas-beurre ».). L'emploi de la crème mûrie (acide) pour la fabrication du beurre était due à la séparation spontanée de la crème dans son processus lent.
Le pilon de la baratte (actionné pour battre la crème et former le beurre), le « ribot », s'appelle aussi babeurre, ce terme babeurre vient de « battre » et de « beurre » ; ce mot s'est d'ailleurs écrit « bat-beurre »Jean Nicot, Dictionaire francois latin ou Thresor de la langue françoyse, 1606..
Le babeurre est également appelé « lait ribot » ou « lait de beurre ». Le Dictionnaire des sciences naturelles affirme en effet, au : Émile Littré reprend cette définitionÉmile Littré, Dictionnaire de la Langue Française par E. Littré de l’Académie française, 1873 Définition de « babeurre » en ligne.. Bien que l'expression « petit lait » soit synonyme, au , du lactosérum (voir schéma ci-dessous), elle est parfois encore utilisée pour le babeurre.
On appelle lait ribot breton et leben arabe un lait fermenté. C'est une boisson fabriquée directement à partir du lait frais et fermentée naturellement ou par ajout de ferments (lait à fermentation qualitative). Il conserve la matière grasse du lait, et dans ce cas, en toute rigueur, on ne doit pas l'appeler babeurre, lait de beurre ou lait de barattage. Les usages actuels peuvent donc porter à confusion car, en fait, il s'agit bien d'un lait entier fermenté puis battu pour le rendre liquide.
D'autres appellations sont utilisées régionalement : « guinse » en ch'ti, « bouri » en wallon de Liège, « betteuze » dans les Vosges, « lait de beurre » en Bretagne (pour le lait baratté comme pour le lait fermentéLe lait fermenté de la vache bretonne Pie noir est appelé gros lait (Laez-Teo ou laez ghoell en breton) ; il correspond plus à un yaourt qu'à du babeurre. Lire Pierre Quéméré, La Bretonne Pie noir. Grandeur - décadence - Renouveau, France agricole, 2006 , 161 et 162.), etc.
Les anglais, allemand et néerlandais reprennent littéralement la notion de « lait de beurre ».
Analogies et différences Le babeurre est un lait fermenté ou un babeurre (au sens strict et de façon plus traditionnelle) fermenté comme le yaourt à boire dont il a la texture.
Il diffère du gros lait breton (gwell) qui est un yaourt au levain fermier.
Il diffère du petit lait (lactosérum), issu de l'égouttage du fromage qui se boit et peut servir à fabriquer certains fromages comme la brousse.
Il diffère du kéfir pour lequel les ferments lactiques sont remplacés par un levain à base de bactéries et de levures : les grains de kéfir.
Fabrication thumb|Barattage (de crème ou de yaourt) en l'agitant dans une bouteille : on aperçoit des agglomérats de beurre dans le babeurre. Le babeurre, stricto sensu, est le liquide qui reste après avoir baratté la crème pour la transformer en beurre. La matière grasse s'est épaissie et séparée de l'eau qui reste dans la crème. Cette matière grasse sera travaillée encore pour en extraire le plus d'eau possible afin d'obtenir le beurre solide.
Dans les pays occidentaux, le babeurre est obtenu traditionnellement après écrémage du lait, ce qui donne la crème et le lait écrémé ou petit-lait. (cependant le terme de petit-lait est aussi parfois utilisé pour le lactosérum voire le babeurre)., puis barattage de la crème qui donne beurre et babeurre (voir schéma). Cette opération déstabilise l'émulsion que constituait la crème, créant l'agglomérat des globules gras du lait, qui forme le beurre, et un liquide constitué du sérum de la crème et des débris de la membrane des globules. Ce babeurre conserve une concentration en lipides complexes de .
La fabrication industrielle du beurre donne le même résultat. Le babeurre y est considéré comme un coproduit qui est généralement réincorporé dans les aliments transformés et, parfois seulement, transformé en babeurre-boisson. Le babeurre peut par exemple être réincorporé dans les fromages et yaourts (suivant les législations locales). Exemple de composition de babeurre frais : - protéines : 24 g/l - lactose : 36,5 g/l - matières grasses : 37 g/l - minéraux : 5,6 g/l.
Comme le lait, le babeurre peut être transformé en poudre qui contient de 4 à 12 % de matière grasse dont un tiers de phospholipides et d'autres gras polaires. Au frais et au sec, cette poudre se conserve 6 moisCarole-L Vignola (coord.), Science et technologie du lait. Transformation du lait, Fondation de technologie laitière du Québec, Presses internationales Polytechnique, 2002, 600 p. , 303, 324 et 513..
Dans les années 1990, on crée aussi une sorte de babeurre en ajoutant une culture bactérienne à du lait David B.Fankhause, Making buttermilk, Université de Cincinnati, 2007 Accès le 21 août 2007. La qualification de babeurre « artificiel » a disparu au ; les anglophones utilisent cependant la dénomination de pour différencier le babeurre obtenu par ensemencement du lait de celui produit par le procédé traditionnel du barattage.
En Afrique et en Asie, le babeurre porte le nom de leben. Dans les pays où la température est élevée et où manquent les infrastructures de réfrigération, le lait est en effet souvent conservé acidifié ou caillé ; babeurre et beurre sont donc issus du lait acidifié et le babeurre coagulé peut y être transformé en fromage maigre et en lactosérumMemento de l'agronome, Cirad - Gret, ministère des Affaires étrangères (France), 2002, 1692 p. , 1306..
En Inde, on fabrique le beurre en fabriquant d'abord un yaourt entier de manière traditionnelle, en faisant bouillir du lait, qui une fois redevenu tiède est ensemencé avec les ferments adéquats, puis mis à refroidir pendant la nuit ; le lendemain, dans le lassi on ajoute de l'eau au yaourt (plus ou moins selon la température ambiante) et on le baratte pour en obtenir beurre et babeurre ; on garde une petite quantité de ce dernier pour l'ensemencement du lait qui deviendra yaourt et beurre le jour suivantMarie-Claude Mahias, Le barattage du monde. Essais d'anthropologie des techniques en Inde, Maison des sciences de l'homme, Paris, 2002, 374 p. , 69, 83 224, 226 et 227..
En Iran, le babeurre (appelé dough ()) fait partie de l'alimentation de base des populations nomades, tel que les bakhtiaris. Celui-ci est obtenu par barattage du yahourt dans une outre en peau de chèvre (appelé mashk ()), « meshk/meşk » en kurde. Un dispositif de trépied permet de suspendre le mashk au dessus du sol. Celui-ci est ensuite balancé par un mouvement ferme et régulier par une opératrice. Au bout d'une heure de traitement, le beurre séparé du babeurre, l'opératrice recueille les deux éléments séparémentJean-Pierre Digard, Techniques des nomades Baxtyâri d'Iran, Éditions de la Maison des sciences de l'homme, Paris, 1981, 196-197.
thumb|center|upright=2.5|Dérivés du lait. Processus de fabrication traditionnelle du babeurre.
Fermentation et composition
Le gout aigrelet-acidulé du babeurre résulte principalement de la présence d'acide lactique naturellement produit par la fermentation du lactose, principal sucre du lait. Lorsque l'acide lactique est produit par les bactéries, le pH diminue et la caséine, principale protéine du lait, se coagule, rendant le liquide plus épais que le lait frais. C'est cette acidité qui restreint les possibilités de développement des micro-organismes potentiellement nuisibles et donne une bonne durée de vie au produit.
Le babeurre est plus faible en matières grasses et calories que le lait ordinaire. Il est riche en potassium, en vitamine B12 et en calcium que le corps absorbe aisément car le babeurre se digère plus facilement que le lait.
La poudre de babeurre comporte (en g/100 g) : Eau : 2,8-3,8 ; Lipides : 3-6 ; Protéines : 33-36 ; Glucides : 47-49 ; Cendres et sels minéraux : 7-8 Adnan Tamime, Dairy Powders and Concentrated Products, Blackwell Publishing Ltd, 2009, 408 p., 2..
Il s'agit ici de babeurre doux, c'est-à-dire issu de crème non acidifiée. Dans le cas de babeurre acide, la quantité de glucides baisse aux environs de 36-39 alors que les autres composants (hormis l'eau) augmentent proportionnellement.
Eau : 3,0 ; Lipides : 3-6 ; Protéines : 36-39 ; Glucides : 36-39 ; Cendres et sels minéraux : 7-9 Acide lactique : 7,0
Utilisation
Utilisations traditionnelles Le babeurre était souvent donné aux porcs mais il peut aussi être consommé tel quel ou dans certaines préparations selon les traditions culinaires locales. Il peut être consommé cru ou cuit.
Les Wakhis l'utilisent comme liant pour les mets farineuxAleksandr Leonovich Gri︠u︡nberg, Dominique Indjoudjian, I. M. Steblin-Kamenskiĭ, La langue wakhi, T. I, Maison des sciences de l'homme, Paris, 2002, 374 p. , 198, 200 et 207.. Pâteux, il est formé par les Wakhis en boules qui sèchent sur les toits ou sur des pierres pour devenir du queryt.
Les Indiens et les Wakhis le filtrent parfois. Le filtrat est utilisé par les premiers . Les seconds ajoutent un peu d'eau à ce tchka pour pouvoir y tremper le pain, ou le laissent épaissir pour en former des boules qui, séchées, constituent le tchkakryt, qu'on ajoute à la nourriture ; ils se servent aussi du babeurre pour humecter les galettes de pain avant de les faire cuire contre les parois de l'âtre, ce qui leur donne un aspect blanc.
En Belgique, le babeurre peut être transformé en un fromage blanc maigre appelé maquée en Wallonie, platte kaas (fromage plat) en Flandre. En Flandre occidentale, le Toetjespap (dessert de patates) est un plat très ancien composé d'une purée de pomme de terre allongée de babeurre, il se déguste à la cuillère comme un potage très épais accompagné d'une viande et de son beurre de cuisson. Il entre dans la tarte au maton de Grammont, les gaufres de Binche.
En Bretagne, on le déguste avec des galettes qui y ont trempé ou avec des pommes de terre écrasées ou avec du pain grillé ou des biscuits craquelins trempés. On le cuisine dans le bourriol auvergnat.thumb|Tarte au maton de Grammont, spécialité de GrammontLe maton est du lait caillé ; la recette de cette tarte utilise le babeurre pour faire cailler le lait.. Cru, le babeurre se consomme comme boisson, soit nature (pour accompagner le kalakukko finlandais ou les crêpes de blé noir, par exemple), soit aromatisé (notamment avec de la grenadine, en Belgique). Il entre aussi dans la préparation de divers mets ( le boxty irlandais, la traditionnelle du sud des États-Unis, les et les danois, etc.).
Partout, le babeurre s'est révélé un aliment d'importance :