L’église Notre-Dame de l'Assomption est une église catholique paroissiale située à Chantilly, dans le département de l'Oise, en région Hauts-de-France, en France. C'est la première église de Chantilly. Sa construction est lancée en 1687 par le prince Henri-Jules de Bourbon-Condé conformément à un vœu exprimé par le testament de son père le Grand Condé, qui stipule également que les fonds nécessaires doivent être prélevés sur sa fortune. Les plans sont dessinés par Jules Hardouin-Mansart, et l'église est achevée au début de l'année 1692. C'est un édifice d'un style classique assez sobre, qui s'avère rapidement trop petit : pour répondre à l'augmentation de la population, un agrandissement est entrepris entre 1724 et 1734. L'église n'a pratiquement plus évolué depuis. Dans le département de l'Oise, l'on ne trouve aucune autre église paroissiale d'un style classique clairement affirmé. Pour cette raison et la qualité de son architecture, elle a été classée au titre des monuments historiques par arrêté du .. Elle est au centre de la paroisse de la Sainte-Famille de Chantilly.

Histoire Le contexte thumb|upright|left|Vue générale intérieure. thumb|Fronton de la façade occidentale.

En 1663, le prince Louis II de Bourbon-Condé, dit le Grand Condé, lance une importante campagne de travaux pour l’agrandissement du parc, la création de divers aménagements paysagers et l’extension des bâtiments. De nombreux ouvriers affluent vers Chantilly, et quand le Grand Condé se fixe définitivement à Chantilly quelques années plus tard, de plus en plus d’habitants sont attirés par le travail que procure le domaine. En 1672, le Grand Condé concède des terrains pour qu’ils puissent construire des maisons près du château. Elles sont rapidement transformées en auberges, car la construction des logements ne suit pas le rythme de l’arrivée des nouveaux habitants. Leur pratique religieuse est rendue difficile par l’éloignement des lieux de culte. Les informations sur l’ouverture de la chapelle du château aux habitants dont l’on dispose sont contradictoires : il paraît que le chapelain se soit occupé des habitants du domaine de château dans le passé, mais que ce n’est plus le cas à la fin du . Les sept petites chapelles disséminées sur le domaine ne sont en tout cas pas utilisées pour la célébration de messes régulières. Le personnel du château doit en principe se rendre à l’église de Saint-Léonard, paroisse sur laquelle se situent le château et son domaine, soit à l’église de Gouvieux. Il n’y a qu’une messe par dimanche à Saint-Léonard, et du fait des horaires de travail qui leur sont imposés, les domestiques du château ne peuvent pratiquement jamais s’y rendre. Très peu d’habitants de Chantilly sont présents lors des messes dominicales à Saint-Léonard. Selon les témoignages qui ont été recueillis en 1692, les habitants se « contentent » d’assister à la messe dans la chapelle du château, voire sont privés de messe. Il n’y a pas d’école, ni même de catéchisme pour les enfants. Par temps de grande chaleur ou de grand froid, quelques nouveau-nés que l’on a porté vers l’église de Saint-Léonard sont morts en chemin. En 1684, le Grand Condé envisage la construction d’une chapelle, face à l’hôtel de Beauvais, dans ce qui est alors le hameau de Quinquempoix. Il veut proposer un lieu de culte aux habitants, et souligner le pouvoir des princes de Condé en se faisant lui-même le fondateur de la chapelle, au lieu d’attendre que l’évêque ne prenne lui-même l’initiative. Louis II de Bourbon-Condé meurt le , mais par son testament, il confie à son fils la mission d’édifier une église et de faire ériger Chantilly en paroisse, et stipule que la somme nécessaire doit être prélevée sur sa fortune..

La construction de l’église et la fondation de la paroisse thumb|upright|Autel de la chapelle St-Hubert, qui fait partie du mobilier d’origine. thumb|upright|L’une des croix de consécration.

La mise en œuvre du projet revient donc au prince Henri-Jules de Bourbon-Condé, fils du Grand Condé. Il ne tarde pas à demander un plan et un devis à Jules Hardouin-Mansart, qu’il connaît déjà car il avait beaucoup travaillé pour son père, qui avait figuré parmi les principaux clients de l'architecte. Le plan est dressé au mois d’avril 1687 au plus tard. Le prince de Condé confie la direction du chantier à l’architecte et ingénieur Pierre Gitard. Le marché pour la construction de l’église est passé avec le maître-maçon et entrepreneur Jean Lemaire, en date du . Une somme totale de livres lui est versée à ce titre, le dernier versement ayant lieu le . S’y ajoute un versement de pour les travaux du clocher. En date du , un marché d’une valeur de 10 sols est passé avec Antoine Rivet, qui se charge de l’ensemble de la menuiserie. Le de la même année, les ouvrages de sculpture sont adjugés aux frères Jean et Louis François. Ces travaux prennent encore plus d’un an. Ce n’est qu’une fois l’église presque achevée, que le prince de Condé entame les démarches administratives pour l’établissement de la paroisse de Chantilly, qui doit être démembrée sur le territoire des paroisses de Saint-Léonard, du diocèse de Senlis, et Gouvieux, du diocèse de Beauvais. L’autorisation de l’évêque de Senlis, Nicolas Sanguin, doit être demandée en premier lieu, car la nouvelle église se situe sur la paroisse de Saint-Léonard. L’évêque n’a aucune objection, mais les enquêtes et informations habituelles doivent néanmoins suivre leur marche règlementaire..

Le , l’archidiacre et vicaire général Nicolas de Saint-Leu et le greffier de l’officialité, Nicolas Langlois, en même temps curé de la cathédrale de Senlis, se transportent à Chantilly où ils arrivent avant 9 h du matin. Ils inspectent la nouvelle église, qui, selon les termes de leur rapport, trouve leur approbation. L’on apprend aussi que les cadres devant accueillir des tableaux sont encore vides, qu’il n’y a pas de fonts baptismaux ni de bénitier, et que les deux tribunes flanquant le chœur contiennent des autels et des retables. Selon l’estimation des délégués de l’évêque, l’église serait assez spacieuse pour contenir cinq ou six cents personnes : sa nef compte pourtant une travée en moins qu’actuellement, et les bas-côtés se réduisent à des chapelles d’une seule travée. Le cimetière n’existe pas encore, mais un terrain lui est réservé au sud-ouest du chevet. Ensuite, une enquête contradictoire est menée, qui consiste à recueillir les témoignages des habitants. L’on sollicite aussi l’avis du curé de Saint-Léonard, Gilles de La Rue : il fait part des difficultés qu’il rencontre dernièrement pour administrés les sacrements aux paroissiens qui habitent le domaine du château, car leurs maisons se trouvent souvent au sein du parc, qui est désormais fermé jour et nuit. Le curé n’a pas d’objection à l’érection d’une paroisse propre à Chantilly, mais insistant sur ses faibles revenus, il exclut l’éventualité d’engager un vicaire à ses frais pour desservir la nouvelle église. À ce titre, il est à rappeler que les paroisses de l’Ancien Régime doivent s’autofinancer par la dîme et d'éventuelles rentes foncières venant de donations de terres ou de maisons. Le curé n’est donc pas payé par l’évêque, et la diminution de sa paroisse entraîne une perte de revenus. Ainsi, l’abbé de La Rue demande un dédommagement, qui doit aussi valoir pour ses successeurs. Finalement, il recommande que le territoire de la nouvelle paroisse soit marqué par des bornes, afin d'exclure pour l'avenir tout différend avec les paroisses voisines. Le marguillier de la paroisse de Saint-Léonard et le clerc se rangent au même avis et demandent en outre que la fabrique soit également dédommagée. Le chapitre cathédral de Senlis doit également être consulté, dont il faut souligner qu’il est indépendant de l’évêque. Il nomme en effet à la cure de Saint-Léonard, et possède le patronage de la cure de Gouvieux..

Les lettres de fondation de la paroisse sont passées par devant notaire le . Il y est stipulé que la nomination de la cure revient au prince de Condé, que le curé touche un revenu annuel de 300 livres à prendre sur les revenus du domaine, que la fabrique touche annuellement la même somme pour pourvoir à l’entretien de l’église, et qu’un logement du curé est mis à disposition par le prince de Condé. Le démembrement de la paroisse de Saint-Léonard est chose faite le , soit quatre semaines seulement après la première enquête. Le dédommagement annuel du curé de Saint-Léonard est fixé à 100 livres, et celui de la fabrique de Saint-Léonard à 30 livres. Cet arrangement a survécu à la Révolution française et à la mort du duc d’Aumale en 1897 : c’est son héritier, l’Institut de France, qui doit verser la rente à sa place. L’église est consacrée le par François de Batailler, évêque de Bethléem : cette date est considérée par la ville de Chantilly comme date de sa fondation, car elle n’est jusque-là qu’une suite de hameaux. Le principal autel est dédié à Notre-Dame de l’Assomption : en 1601, ce vocable avait déjà été retenu par Henri Ier de Montmorency pour une fondation d’une église à Montmorency, projet resté sans suite. Des reliques des saints martyrs Hermès et Sigismond sont placées dans le maître-autel...

L’installation du clergé thumb|upright|Plaque avec les noms des curés pendant les 300 premières années de la paroisse. Les vicaires y ont été oubliés. thumb|upright|L’une des deux châsses. thumb|upright|Tribune de la famille princière.

Pour trouver un curé, le prince de Condé s’était adressé à Jacques-Bénigne Bossuet, évêque de Meaux, qui recommande son propre neveu, alors en ministère dans le diocèse de Poitiers. C’est l’abbé Martin Berger, docteur de la Sorbonne. Il reçoit sa nomination le , est institué canoniquement le , et entre aussitôt en fonctions. Peut-être pour s’assurer que Berger reste fidèle au poste, le prince de Condé lui procure des revenus supplémentaires sous la forme de deux charges de prieur commanditaire, à Maison-Feyne et Sourches. Pour trouver un autre revenu supplémentaire au curé, le prince de Condé veut faire réunir les revenus du prieuré de Rocheservière à celles de la paroisse, ce qui implique la suppression du prieuré, et requiert une bulle pontificale d’Innocent XII. Les revenus de ce prieuré paraissent importants, car l’évêque de Luçon impose une condition au prince de Condé : qu’il engage un vicaire qui a comme fonctions l’instruction de la jeunesse, de faire le catéchisme le dimanche, et d’assister le curé le dimanche. L’évêque fixe le revenu annuel de ce vicaire à 400 livres, ce qui montre que les 300 livres fixés initialement comme traitement du curé ne devaient pas être très généreux. Également pour l’instruction des jeunes, le prince de Condé embauche un maître d’école, qui doit en même temps assurer la fonction de sacristain. Il nomme un clerc tonsuré du diocèse de Liège, et lui assure les revenus d’une chapellenie, d’un vicariat et d’une charge de prieur commendataire. Deux personnes assurent donc désormais l’enseignement, qui sous le Grand Condé avait été inexistant. L’essentiel de leurs revenus et une bonne partie de ceux du curé proviennent du sud-ouest de la France, où ces revenus sont prélevés sans qu’ils ne profitent à la population locale..

La paroisse à l’aube du