vignette|alt=Image en noir et blanc figurant une femme vêtue à la mode Renaissance, tenant en main gauche un drapeau.|Lyon, figurée en femme dans l'ouvrage de Conrad Lautenbach, dit "x, Torrentinus Mutislariensis" de 1586, dessin gravé par Jost Amman.
La Renaissance à Lyon concerne l'histoire de la cité lyonnaise durant la Renaissance.
Elle commence au milieu du , avec l'instauration des foires de Lyon par le roi de France Charles VII. Cet événement place soudain la cité au cœur du grand commerce européen et dynamise la cité épiscopale. Rapidement, de nombreux étrangers, essentiellement italiens, viennent s'installer en ville, qui devient un phare de la Renaissance, avec notamment des activités bancaire et éditoriale intenses. Cette époque est également marquée par l'arrivée de l'industrie de la soie, avec un premier apogée dans son développement. Durant les guerres de religion la cité connait une prise du pouvoir militaire temporaire par les protestants, puis les vêpres lyonnaises, massacre de ces derniers suivant la Saint-Barthélémy. Un temps ligueuse, la ville se range du côté du roi Henri IV après sa conversion au catholicisme. Mais ce dernier réforme le consulat pour s'assurer par la suite de la fidélité de la ville.
La ville et ses habitants
La cité rhodanienne connait une grande expansion à la Renaissance, démographique et urbaine. Elle ne s'étend pas significativement mais se densifie par rehaussement d'immeubles et lotissement de parties vierges. Portée par l'enrichissement, de nombreux immeubles sont bâtis en pierre, sans que de grands édifices de prestige voient le jour.
La plus importante institution lyonnaise est le consulat, dont les relais au sein de la population passe essentiellement par les pennons pour ses pouvoirs de police, et l'Aumône générale. L'échiquier politique est complété par le gouverneur et les nations étrangères.
Topographie et architecture vignette|gauche|Plan de la ville de Lyon au milieu du 2 & 3 :Poterne Saint-Vincent ; 4, 5, 6 & 7: Fortifications ; 8 : Porte Saint-Sébastien ; 9 : Recluserie Saint-Sébastien ; 11 : Recluserie Saint-Clair ; 12 & 13 : Bac et chaînes sur la Saône ; 17 : Port Saint-Éloi.. Portée par un enrichissement soutenu, la ville se développe et se reconstruit constamment. Sa morphologie générale ne bouge pas beaucoup ; elle ne s'étale pas, elle se densifie. Les jardins se réduisent progressivement, les maisons sont reconstruites sur place avec quelques étages de plus. Toutefois, le sud de la Presqu'île tout comme les pentes des collinesLes pentes des collines de la Croix-Rousse, alors appelées pentes de Saint-Sébastien et de Fourvière. ne s'urbanisent pas..
Le consulat, confronté à la transformation des fonctions et de l'importance socio-économique de leur cité, tente d'adapter un urbanisme encore typiquement médiéval au début de cette période (rues étroites, places publiques peu nombreuses, quartiers homogènes entre eux) à des fonctions nouvelles. Durant les cent cinquante ans de la Renaissance lyonnaise, les élites de la cité parviennent à la faire évoluer largement ; les quartiers s'individualisent et se spécialisent, les places apparaissent, les voies de communication importantes sont aménagées. Ils ne parviennent toutefois pas à concrétiser leur ambition de, à l'instar d'autres grandes cités européennes de l'époque, magnifier leur cité par des ouvrages monumentaux.
Morphologie du bâti civil vignette|alt=Carte couleur de Lyon, orientée vers le sud-ouest ; deux ponts y sont visibles, un sur chaque cours d'eau. Toutes la presqu'île et le Vieux Lyon sont urbanisés, mais pas les pentes des deux collines.|Carte de Georg Braun réalisée en 1572 et contenue dans le Civitates orbis terrarum. .
L'élévation du nombre d'habitants par maison est concomitant de l'essor économique débutant autour de 1460. La rive droite de la Saône, en particulier, entame un mouvement de destruction des vieilles bâtisses pour reconstruire plus haut et plus riche. Les espaces encore cultivés disparaissent à cette époque, et au cours du , toutes les habitations susceptibles d'être surélevées le sont. Jusqu'aux années 1500, les architectures sont d'inspiration gothique, pour évoluer ensuite vers un mélange confus où toutes sortes de styles s'entremêlent.. La richesse de la ville permet aux bâtisseurs de renouveler l'art gothique des édifices, sans que le style Renaissance parvienne à s'imposer.. C'est de cette densification intense que naissent les traboules, chemins privés devenant par la force des choses voies semi-publiques, mais au statut toujours ambigu, qu'empruntent les piétons forcés par l'étroitesse des voies et leur engorgement à trouver des passages différents..
Il est difficile d'avoir une vue générale de la morphologie des maisons de cette époque, même le vaste ensemble du quartier du Vieux Lyon possède de nombreux immeubles reconstruits partiellement durant les siècles suivants. En règle générale, les bâtiments sont étroits, entre cinq et six mètres, et profonds jusqu'à une vingtaine de mètres ; ils sont généralement dotés de deux étages. Chacun d'entre eux peut être relié à un second bâtiment à l'arrière, jusqu'à 4 bâtiments (la "Grande Traboule"), réuni au premier par des galeries à chaque étage, elles-mêmes accessibles par un escalier à vis.. À côté de ces demeures du commun, de nombreuses maisons somptueuses sont bâties dès le , comme la maison de la Rose, rue Mercière, possédée par le conseillerVoir la liste des conseillers lyonnais fournie par . Ennemond de Syvrieu puis par Jacques Cœur. Mais c'est au que les plus grandes demeures ayant des éléments de style Renaissance sont construites.. Ces demeures de prestige montrent de manière claire le mélange progressif du gothique médiévalVoir la maison des Mayet de Beauvoir, rue Lainerie. avec des ajouts par petites touches d'éléments antiques issus de la renaissance architecturale italiennePar exemple les décorations à l'antique rue des Trois-Maries.. ..
Évolutions générales vignette|gauche|alt=Dessin en couleurs montrant une ville située entre une rivière et des collines, ceinte de murailles et comptant plusieurs clochers.|Illustration de Lyon dans le Schedelsche Weltchronik de Hartmann Schedel, 1493.
Malgré les résistances et le manque de moyen permanent du consulat, il est possible de détecter de nombreuses transformations dans le tissu urbain ; selon quatre grandes phases successives.
Entre le milieu du et 1500, la cité se densifie sans qu'il n'y ai beaucoup de nouvelles constructions, par élévation des bâtiments existants. La prospérité revient en ville à partir des années 1460, mais il faut du temps pour revenir à un niveau d'avant la guerre de cent ans. Dans les années 1468 - 1470, le consulat autorise la construction de quelques maisons rue Mercière ou à la Saulnerie ; mais dans le même temps, il envisage la destruction du bourg Saint-Vincent pour renforcer les défenses au nord ou autorise la destruction d'une ruelle pour l'agrandissement du cloître des Grandes Carmes. Les signes visibles d'une certaine évolutions urbaines sont les ouvertures de deux ports sur la Saône, de Saint-Éloi en 1482-1483 et Saint-Paul en 1485-1490, indices clairs d'une reprise économiques.
Entre 1500 et 1540, De nouvelles constructions sont bâties sur les friches et jardins. La ville se densifie par suppression progressive des espaces libres, .
Ce n'est qu'entre 1540 et 1560 que la voirie commence à être rationalisée. De nouvelles places publiques sont réalisées.
Enfin, entre 1560 et 1600, malgré quelques transformations décidée par le pouvoir protestant et liées aux problématiques militaires de circulation sur les grands axes, l'urbanisme se stabilise, les crises politiques et économiques réduisant les moyens de tous.
Il n'existe toutefois pas à Lyon de force politique suffisamment puissante pour mobiliser des capitaux, porter un projet d'envergure et vaincre les réticences, comme à Paris ou dans les grandes villes italiennes, ce qui explique qu'il n'y ai pas eu de construction monumentales destinées à glorifier la ville. Plusieurs projets d'importance, élaborés au milieu du , au faîte de la prospérité lyonnaise, concernent la reconstruction de la place du Change, centre des affaires et des échanges lyonnais ou l'édification d'un palais civique. Aucun n'aboutit..
Transformations urbaines vignette|alt=Gravure en noir et blanc montrant une église et divers bâtiments la jouxtant enclos dans une muraille.|Le cloître Saint-Just, détruit par les protestants en 1562. Gravure extraite de l’Histoire des églises et chapelles de Lyon de Jean-Baptiste Martin, 1908. La cité lyonnaise doit s'adapter à une population accrue, plus riche, et à un afflux très important de personnes et marchandises quatre fois dans l'année, pour les foires. Cette évolution ne se fait pas sans heurts ni résistances, et certaines transformations urbaines importantes seront l'œuvre autoritaire du consulat protestant, qui prend de force des mesures discutées et attendues depuis longtemps.
Ainsi, aux pieds des pentes de Fourvière, le cloître des chanoines de la cathédrale Saint-Jean est ouvert de force par le baron des Adrets, qui abat leurs murailles en 1562.. Sur la Presqu'île, plusieurs cimetières de couvents ou d'églises sont transformés en places : celui des Jacobins en 1562, des Cordeliers en 1567 ou de l'église Saint-Nizier en 1593. La zone de l'actuelle place Bellecour est un terrain militaire ; il est plusieurs fois aménagé. Au pied des pentes de la Croix-Rousse, l'antique fossé des Terreaux est comblé, pour permettre l'extension urbaine sur le bas de la colline.. Dans le même domaine militaire, le cloître fortifié de Saint-Just est démantelé entre mai et septembre, mais le projet existe depuis 1525Sur ce sujet précis, voir la synthèse de M. C. Guigue, Destruction de l'église de Saint-Just, du cloître et de partie du faubourg par les protestants en 1562 : enquêtes et procès-verbaux, 1879, Henry Georg, Lyon, Collection lyonnaise, 02.. Supprimer les faiblesses dans les murailles, posséder des places pour l'entraînement des manœuvres, tout ceci a pour but de préparer la ville à un affrontement que les protestants savent très probable. vignette|gauche|Plan de Lyon issu de l'ouvrage de Martin Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908. L'axe traditionnel de traversée de la cité constitué par le pont du Rhône, les rues Bourgchanin, Confort, Mercière et le pont de la Saône est dédoublé par celui empruntant le pont du Rhône, la rue de la Barre, la place Bellecour, le port du Roi, des bacs sur la Saône, le port des Estres, les rues de la Bombarde et du Chemin-Neuf. Plusieurs autres rues sont aménagées à cette époque.Sur la question des aménagements de la voirie, entre autres à des fins militaires, voir en source : B. Vermorel, Historique et statistique des voies publiques comprises dans les quartiers de Bellecour, Ainay, Perrache et presqu'île Perrache, s.d., 2 vol. ms. (Archives municipales de Lyon)..
Dès la fin du , le consulat engage une politique publique de l'eau. Il cherche à obtenir par des concessions l'accès à des sources maîtrisées par les communautés religieuses, pour compléter les sources qu'il exploite déjà. Les sources publiques les plus anciennes sont celles de Choulans, de Saint-Épipoy et de la Chana, qui ont été complétées en 1396 avec les fontaines de Saint-Marcel, de Sainte-Catherine et des Gardes. En 1504 - 1506, les sources de Choulans sont en partie déviées pour alimenter l'hôpital Saint-Laurent-des-Vignes et trois nouvelles fontaines à la Blancherie, à la maison Athanase et au jardin des Fleur de Lys. Ainsi, en 1530, il existe dans la cité une quinzaine de fontaines publiques, douze sur la rive droite de la Saône et trois sur la rive gauche..
Évolutions socio-économiques