vignette|Vajrasattva tenant en main le vajra et la cloche.

Le bouddhisme vajrayna, ou simplement vajrayāna (), aussi appelé bouddhisme tantrique ou bouddhisme ésotériqueGilles Béguin, Bouddhisme ésotérique, Amis du musée Cernuschi, 2013., est une forme de bouddhisme d'origine indienne, dont certains principes suivent le bouddhisme mahāyāna.. Il contient des éléments semblables à l'hindouisme et en particulier au shivaïsme du Cachemire. Au Tibet, le vajrayāna et le bön, religion locale, se sont eux aussi influencés réciproquement.

Son nom sanskrit signifie « véhicule » (yâna) du diamant ou adamantin (vajra). Elle est décrite par ses pratiquants comme l'indestructible et brillant comme l'ultime réalité, ou de « foudre », destructrice de l’ignorance, et voie d'une rapidité fulgurante. aussi ce véhicule mantrayāna et tantrayāna, puisqu’il fait appel aux mantras et tantras ; aussi le nom guhyayāna (« véhicule secret » donc ésotérique, traduit en chinois par mìzōng 密宗 et en japonais par mikkyō).

Il apparait en parallèle avec l’hindouisme tantrique. Ses premiers textes datent du . Il était déjà bien développé aux alentours du au nord-Est et à l'est de l'Inde, particulièrement dans les États d'Orissa et du Bihar. Il est surtout pratiqué dans les régions himalayennes (Bhoutan, nord de l'Inde, Népal, au Tibet) et mongoles (Mongolie, Mongolie-Intérieure en Chine et est de la Russie) pratiquant le bouddhisme tibétain, ainsi qu’au Japon (tradition Shingon).

D'origine différente, le Bön est presque à tous égards un vajrayāna, mais non-bouddhiste.

Histoire

Inde Les origines exactes du tantrisme n’ont pas encore été bien déterminées. Certains pensent qu'il naît dans la vallée de la Swat au Pakistan, d’autres dans le sud de l'Inde. Les premiers textes apparaissent autour du . L'université de Nâlandâ en est un centre important jusqu’au . Suivant le déclin du Bouddhisme, il disparait au jusqu’à l'arrivée d'exilés tibétains à Dharamsala au .

Chine Dans les pays de culture et langue chinoise, comme la Chine (le monde chinois incluant continentale, dont Hong Kong et Macao mais aussi Taïwan), la Malaisie ou Singapour, le bouddhisme ésotérique est communément appelé Tángmì (唐密) « Bouddhisme secret de la Dynasty Tang » ou hànchuán mìzōng (汉传密宗) « Bouddhisme Secret de la Transmission Han » () ou Dōngmì () « Bouddhisme secret de l'Est », pour le différencier de son homologue du Tibet.

C'est sous le nom de Mizong (école ésotérique), que le bouddhisme tantrique pénètre au grâce à 3 principaux traducteurs, Vajrabodhi (Ch.金剛智) (671–741), Shubhakarasimha (637-735) et Amoghavajra (, 705 — 774), patriarches de Zhenyan (parole vraie ou mantra). Les empereurs Suzong (r. 756 – 763) et Daizong (r. 763 – 779) lui accordent un grand crédit et place sur ses conseils l’empire sous la protection du bodhisattva Manjushri, faisant du mont Wutai un centre de diffusion tantrique. Son implantation sera interrompue pendant un peu plus d'un siècle sous l'impulsion de l'empereur Tang Wuzong en 845, un an avant sa mort, qui interdit des religions considérées comme étrangères ; (les manichéens, les bouddhistes et les nestoriens sont interdits en faveur du confucianisme et du taoïsme). À cette période, Huiguo (), disciple d'Amoghavajra, aura eu le temps d’initier Kūkai qui implantera le courant Zhenyan au Japon sous le nom de Shingon.

Le royaume de Wuyue est une région du Sud-Est de la Chine qui préserve le bouddhisme, principalement de l'école Tiantai, jusqu'à la fin du règne de la dynastie Tang. la Dynastie Song (960–1279), laisse revenir le bouddhisme, majoritairement Chán.

Le vajrayāna réapparaît sous la dynastie mongole Yuan (1234–1368), dont le fondateur est un fervent, il fait construire à Dadu (par la suite Pékin) le temple Zhenjue, pour accueillir le précepteur impérial Phagspa de l'école Sakyapa.

La cour des Mandchous de la dynastie Qing (1644 — 1912), choisit officiellement le vajrayana, afin de mieux contrôler certaines minorités des régions occidentales himalayennes tibétaines et mongoles, ainsi que de la Mongolie (comprenant alors Mongolie-Intérieure et Mongolie-Extérieure) au Nord et du Xinjiang au nord-Ouest, dans ses régions peuplés de mongols Oïrats, de Kazakhs ou de Kirghizes. Elle ne sera toutefois pas imposée au reste du pays où le Mahāyāna est prédominant. Des grands ensembles monacaux comprenant du vajrayana sont alors construits partout en Chine, le plus important étant probablement celui du Mont Wutai, dans la province du Shanxi, comprenant plus d'une centaine d'édifices, temples et monastères, mahayana et vajrayana.

Tibet et royaumes himalayens

Japon

Il y a au Japon, outre des écoles du mahāyāna, les écoles tantriques sino-japonaises (environ 20 millions de pratiquants) : le bouddhisme Shingon, école ésotérique implantée au Japon au début du par Kūkai (Kobo Daishi) ; l'école japonaise Tendai (particulièrement le courant Jimmon), dérivée de l'école chinoise Tiantai mahāyāna à l'enseignement de laquelle elle a intégré des éléments tantriques (mikkyō).

Indonésie et Malaisie À la fin du , le vajrayāna s’implante depuis l'Inde sur l’île de Java où est construit le temple de Borobudur. L’empire de Sriwijaya devient un centre de diffusion du bouddhisme tantrique. Atisha y est l'élève de Serlingpa, prince et moine. L’Islam l'éclipsa au .

Mongolie En 1239, les Mongols pénètrent pour la première fois au Tibet dans le cadre de leur encerclement militaire de la Chine. En 1244, le prince Godan invite Sakya Pandita, chef des sakyapa, à se rendre au Kokonor pour reconnaître la suzeraineté mongole sur le Tibet. Celui-ci amène avec lui deux neveux, Drogön Chögyal Phagpa ('Phags-pa; 1235-1280) et Chana Dorje (Phyag-na Rdo-rje) (1239-1267). Le prince manifeste, dit-on, un grand intérêt pour le Bouddhisme et devient un adepte. En 1260, l'année où il devint le Khan des Mongols, Kubilai Khan a nommé Chögyal Phagpa son Régent Impérial. Selon les Mongols actuels, Phagpa fut le premier à « inaugurer la théologie politique de la relation entre l'État et la religion dans le monde bouddhiste tibéto-mongol »Thomas Laird, Une histoire du Tibet : Conversations avec le Dalaï Lama, Plon, 2007, .F. W. Mote. Imperial China 900-1800. Harvard University Press, 1999. .

Avec le soutien de Kubilai Khan, Chögyal Phagpa s'établit ainsi que son école en tant que pouvoir politique prééminent au Tibet. En 1269, . Adopté officiellement par la famille impériale (qui conserve néanmoins les shamans et cérémonies de sa religion traditionnelle), le Vajrayāna se répand chez les Mongols. Des tulkus, chefs de lignages réincarnés, sont découverts parmi eux. Les liens restent autant politiques que religieux, comme en témoigne une intervention militaire à la fin du pour mettre en place un nouveau Dalaï Lama. encore, le Vajrayāna reste pratiqué par une importante population mongole.

Période contemporaine la pratique du bouddhisme vajrayāna en Mongolie, au Bhoutan dans différentes régions du Nord de l'Inde (Sikkim et Ladakh) et dans différentes régions de Chine : Ensemble du Tibet, Mongolie-Intérieure et différents lieux de pèlerinage et temples disséminés dans l'ensemble de la Chine comme les mont Wutai (mêlant vajrayana et mahāyāna) dans la province du Shanxi, ainsi que différents lieux, comme dans les provinces du Shaanxi (temple Guangren), Gansu, Qinghai, Sichuan (comme le Mont Emei mêlant vajrayāna et mahāyāna), Yunnan ou encore à Pékin la capitale où encore quatre monastères en activité, Temple Miaoying (妙应寺), Temple de Yonghe (雍和宫) ou Temple Biyun (碧云寺).

Exil et diffusion . Le bouddhisme Shingon également se diffuse en dehors du Japon.

Principes fondamentaux vignette|gauche|redresse|Vajra rituel, symbole polymorphe, notamment de l'habilité, l'inventivité et l'inflexibilité dans la mise en œuvre du dessein du bodhisattva.

Selon les Tibétains, le vajrayāna est enseigné par le Bouddha Shākyamuni qui donne trois types d'instructions spirituelles visant à libérer les êtres sensibles de la souffrance et à les conduire à la plus haute perfection de l’esprit : L’Éveil. Cet enseignement est habituellement reconnu sous l’expression .

L'Enseignement du « Premier Tour de la Roue du Dharma », les « Quatre Nobles Vérités », donné au Parc des Daims à Sārnāth, constitue le cœur du Hīnayāna. L'Enseignement du « Deuxième Tour de la Roue du Dharma » donné au Pic des Vautours à Rajagriha (actuelle Rajgir), avait trait à la « Perfection de la Sagesse » (Sanskrit Prajnaparamita) décrivant la véritable nature de la réalité, sans existence autonome de l'ego et du monde, la vacuité (Śūnyatā), au parcours de la pratique du chemin de bodhisattva ; cela constitue le cœur du Mahāyāna.

Pour dissiper la contradiction apparente entre les « Quatre Nobles Vérités » qui suggèrent que les phénomènes ont une existence indépendante et la « Perfection de la Sagesse » qui démontre que ces mêmes phénomènes ont une existence interdépendante, le Bouddha a tourné pour la troisième fois la Roue du Dharma, donnant un nouvel éclaircissement de la voie vers l’Éveil. Le Bouddha distingue notamment les enseignements sur la réalité ultime de ceux sur la réalité relative, en fonction de la capacité de compréhension de son auditoire. Cet Enseignement concerne la nature de l’esprit qui est loin d’être néant, cette absence de réalité intrinsèque est dynamique, lumineuse et sage, elle constitue la nature de Bouddha présente chez tous les êtres. Au-delà de toutes notions d’existence et de non-existence, elle est l’union de la sagesse et de la compassion. L'Enseignement du « Troisième Tour de la Roue du Dharma » relie les sutras et les tantras. La voie de la Transformation des Tantras préconise l’emploi de méthodes méditatives et yogiques. La pratique du Vajrayāna nécessite des instructions reçues auprès d'un Lama, car des visions erronées pourront être fatales.

Le vajrayāna s’inscrit dans le cadre bouddhique et philosophique du Mahāyāna et nécessite une bonne compréhension de la compassion et de la vacuité (shunyata). Dans le Mahāyāna, les pratiquants, en plus du vœu de la libération individuelle, font celui d’aider autrui sur le chemin de l’Éveil. C’est le vœu de bodhicitta, l'Esprit d'Éveil. Cet engagement fondamental est indispensable pour accéder au Vajrayāna. De plus, il convient de réaliser la bodhicitta absolue de la double vacuité du « soi » et des phénomènes extérieurs.

La « Vacuité » n'est nullement synonyme de néant. Il s'agit de la réalité absolue de tous les phénomènes : n’existant qu’en interdépendance, ils sont dépourvus d’existence indépendante, leur apparence n’est qu’une réalité relative. Cette dernière réalité, appelée vérité conventionnelle, est un piège pour l’ignorant qui prend ce qu'il perçoit pour l'unique vérité, le plongeant dans une illusion qui engendre la souffrance. Pour autant, les réalités absolue et relative des phénomènes sont indissociables. La philosophie de la vacuité n'est ni nihiliste, puisqu'elle admet la vérité relative des phénomènes, ni éternaliste, puisque selon elle, les phénomènes étant par nature interdépendants, ils sont impermanents. Cette vision débouche sur une sagesse infinie qui, alliée à la compassion sans référence, sont les prémices indispensables à la compréhension du tantrisme.

Tandis que les véhicules des sûtras prônent le renoncement aux émotions perturbatrices pour maîtriser l’esprit et parvenir à l'Éveil, le véhicule des tantras préconise l’utilisation du potentiel de ces émotions. Si qu'en leur nature profonde les agrégats du « moi », les émotions sont des qualités de la Nature de Bouddha, il est possible de les purifier ou de les transformer en sagesse par divers « moyens habiles ». C’est la voie qui transforme les poisons en remèdes ou catalyseurs.