Charles Alerini, né le à Bastia et mort le à Vinh (Tonkin), est un militant anarchiste de la Première Internationale (Association internationale des travailleurs ou AIT) puis de la Fédération jurassienne. Famille et Enfance Charles naît à Bastia le , deux ans après le mariage de ses parents, Quiricus Innocent Alerini, médecin et propriétaire, et Marie-Catherine Milanta.
Aîné d'une fratrie de douze enfants, Charles est issu, par son père, d'une très ancienne famille corse, les Alerini, installée à Bastia mais originaire de Silvareccio où ils se seraient installés, selon la tradition orale, au venant d'Erbalunga, et, par sa mère, d'une très ancienne famille génoise envoyée en Corse par la république de Gênes. Ménage uni et tenant son rang dans la communauté corse, ils vivaient principalement des rentes de leurs propriétés. Son père, médecin, semblait avoir beaucoup de mal à se faire payer de ses clients « s'ils ne règlent pas, c'est qu'ils sont sans doute gênés »Souvenirs de Rosalie Ozanam, née Alerini. Fond Ozanam, disait-il à sa femme. Malgré les apparences, l'économie était la règle dans le foyer.
De son enfance, nous n'avons que peu d'éléments, sa sœur Rosalie le décrit comme « un garçon sérieux, intelligent, bien de sa personne, aimable, pointilleux sous le rapport de la bonne éducation. Il fit ses études au lycée de Bastia, de façon assez brillante, avec succès au baccalauréat. Une anecdote cependant, vient compléter son caractère : Charles était distant, toujours d'une tenue irréprochable si bien que PierrePierre Alerini (1844-1870), frère de Charles, est le second de la fratrie. Il décède en 1870 à la bataille de Wissembourg. le voyant toujours brosse à la main l'appelait "Spazoletta" »"Spazoletta", en français, "brosse à habit"..
Passage dans l'Instruction Publique Bachelier ès sciences en 1862Certificat d'aptitude accordé le 9 juillet 1862 par la Faculté des Sciences de Marseille, académie d'Aix., il entre comme aspirant répétiteur au lycée de Bastia le . Se présentant à la conscription en avril 63, il est dispensé, en juillet, de service militaire comme membre de l'instruction publique ayant souscrit un engagement décennal. Son registre matricule le décrit ainsi : cheveux, sourcils et yeux noirs, front large, nez et bouche petits, menton à fossette, visage ovale et teint clair.
Il est transféré, avec le même grade, au lycée d'Avignon (), puis au lycée Thiers de Marseille. Nommé maître répétiteur, préparateur de physique et chargé d'un cours de sciences physiques de l'enseignement spécial (). Le , il est nommé professeur de sciences physiques au collège de Barcelonnette.
Militant anarchiste Le , Charles Alerini est suspendu de ses fonctions dans l'instruction publique en raison de son action militante (secrétaire correspondant de la section de Barcelonnette de la Première InternationaleAssociation internationale des travailleurs (AIT), également appelée Première Internationale est un mouvement, fondé en 1864 à Londres, qui regroupe des travailleurs de différents pays. Karl Marx est l'un des fondateurs les plus connus.). Il devient directeur (gérant ?) du journal républicain Le Rappel de Provence à Cannes. Désormais, il prend une part très active à l’action de l’Internationale à Marseille où il collabore étroitement avec André BastelicaAndré Bastelica (1845-1884), membre de la Première Internationale et proche de Mikhaïl Bakounine, il reste cependant très prudent durant les insurrections et rejoint les rangs des bonapartistes dès 1873.. Le il est arrêté, à Cannes, pour adhésion à une société secrète. Il reste un mois à la prison Saint-Pierre de Marseille.
L'insurgé et l'ami de Bakounine Le Voir le récit de Charles Alerini dans sa lettre à Mikhaïl Bakounine, datée du 9 novembre 1870, pages 115 à 119 du Tome II de L'Internationale, James Guillaume, Société Nouvelle de Librairie et d'Édition, 1905., il participe, comme membre du comité d'initiative, à l'occupation de l'Hôtel de Ville et à l'organisation d'une Commune révolutionnaire éphémère ayant à sa tête Gaston CrémieuxGaston Crémieux (1836-1871), avocat, journaliste et écrivain français. Soutien de Gambetta en 1869, il fait partie des dirigeants des deux Communes de Marseille (1870 et 1871), condamné à mort pour la seconde, il est fusillé le 30 novembre 1871.. Pendant cette insurrection, il rencontre Michel BakounineMikhaïl (souvent francisé en Michel) Bakounine (1814-1876), apatride russe, révolutionnaire et philosophe. Il pose dans ses écrits les fondements du socialisme libertaire. Il rejoint l'AIT en 1868 mais s'oppose rapidement à la faction autoritaire de Karl Marx qui préconise l'intervention d'une avant-garde (le Parti, par exemple) devant guider le prolétariat sur le chemin de la révolution. L'organisation bakouninienne, elle, se donne uniquement le droit de soutenir la révolte, de l'encourager, en favorisant l'auto-organisation à la base. Lui et sa tendance sont exclus de l'AIT au congrès de la Haye en 1872.. Une amitié solide et durable naît entre les deux hommesBakounine écrit le 11 janvier 1873, dans une lettre adressée à Jean-Louis Pindy : « Nous avons, et moi surtout j'ai si peu d'amis français, Toi, Alerini, Camet, voilà tout notre paquet. Ah il ne faut pas que j'oublie cet excellent Élisée Reclus. ». Il organise d'ailleurs la fuite de Bakounine de Marseille vers GênesVoir la lettre de Charles Alerini à James Guillaume, en septembre 1876, pages 113 et 114 du Tome I de L'Internationale, James Guillaume, Société Nouvelle de Librairie et d'Édition, 1905..
Incarcéré après l'échec de cette tentative, l'effondrement du Second Empire met fin aux poursuites. Il est libéré le à la proclamation de la République, mais d' à , il est mobilisé dans la Garde nationale ( Légion des Bouches-du-Rhône). Il y passe la majeure partie de son temps en prison, comme prévenu, pour refus formel d'obéissance et complot. Cette affaire se termine finalement par un non-lieu.
Le , Charles décrit une situation très tendue à Marseille : Il y a ici un mécontentement général, les vivres augmentent et le travail manque ; la misère approche à grands pas. Il faut s'attendre à une révolution : une circonstance fortuite peut, malgré tous et malgré tout, mettre le feu aux poudres. Un mouvement prématuré nous ferait plutôt du mal que du bien. Mais que voulez-vous ! Les bourgeois ont beau dire que ce sont les meneurs qui produisent les mouvements, ces misérables comprendront-ils enfin que c'est la force des choses qui fait éclater les révolutions ?Page 139 du Tome II de L'Internationale, par James Guillaume, Société Nouvelle de Librairie et d'Edition – 1905
Seconde Commune de Marseille Le , il participe à la seconde Commune de Marseille : il est membre de la commission exécutive départementale. Le rapport militaire du Rapport Militaire d'instruction sur le rôle de Charles Alerini dans la seconde Commune de Marseille en vue de son procès par contumace, AD des Bouches-du-Rhône cote 2R322., instruisant son procès par contumace, décrit son rôle : « Alerini, dans l'insurrection du au fut un des principaux meneurs du mouvement, aussi le voyons-nous aussitôt après l'envahissement de la préfecture, installé dans cet hôtel s'occupant à dresser la liste de ceux qui devaient faire partie de la commission départementale et il eut le soin de ne pas s'oublier. En effet, il y figure comme délégué du comité des réunions publiques et ne quitte plus la préfecture que le au soir. » Dans le même rapport, le rédacteur décrit Charles : « Alerini est un homme dangereux, la loi n'existe point pour lui, l'insurrection seule est maîtresse souveraine. Ses principes sont ceux d'un communard de la pire espèce, car dernièrement il terminait une lettre qu'il écrivait à un de ses amis par ces mots "Salut et pétrole". »« Le pétrole tourmentait l’esprit des communards ; il y avait là un nouveau moyen de destruction rapide fait pour tenter des hommes qui s’intitulaient volontiers les apôtres de l’humanité nouvelle », Les Tuileries et le Louvre pendant la Commune, article de Maxime Du Camp, Revue des Deux Mondes, t. 28, 1878..
Le rapport de la notice-contumax, , précise son rôle : « Alerini a été avec Crémieux et MégyDictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, « Le Maitron » : Edmond Mégy.Edmond Mégy (1841-1884), anarchiste condamné pour le meurtre d'un policier en 1870, il est libéré à la chute de l'empire et s'implique dans les émeutes de début 1871 à Paris avant de venir s'installer à Marseille. une des fortes têtes du comité ; énergique, actif, intelligent, il a mis ses connaissances de professeur au service de l'insurrection. Le , il dresse avec les contrôles de l'Internationale la liste des membres de la Commission départementale : il fait partie du comité directeur ; se fait remarquer par son activité, rédige ou contresigne de nombreuses pièces et semble être le bras droit de Crémieux. [...] Il organise activement la résistance armée, requiert des fusils, des munitions, et prend part à tous les actes de l'insurrection. [...] Mais, le , il est encore à la Préfecture quand les autres chefs ont depuis longtemps fui le danger ; il est allé en parlementaire près du général. » Il s'agit là du général Henri Espivent de La VillesboisnetGénéral Henri Espivent de la Villesboisnet, (1813-1908), militaire, puis sénateur. chargé d'écraser l'insurrection. Charles parvient cependant à s'échapper.
Exil en Espagne thumb|right|Sigle de la Fédération Régionale espagnole de l'AIT.
Il s'exile à Barcelone, en Espagne, en , où il continue à militer pour l'Association internationale des travailleurs tout en entrant, en décembre, dans une cellule secrète, l'Alianza de la Democracia socialista, dont le but est d'éviter une dérive antirévolutionnaire de la fédération ouvrière locale.
Le , il est condamné à la peine de mort, par contumace, par le de guerre de la militaire à MarseilleCoupable de complicité d'attentats contre la sureté de l'État et d'embauche de militaire, Journal des débats, samedi 27 janvier 1872 qui donne le 25 pour date de jugement alors que le dossier de demande de grâce donne le 24..
Il est, en 1872, l’un des signataires de la brochure Cuestion de la Alianza parue à Barcelone. Sur le point de se rendre à La Haye, il va à Vitoria, Pays basque, remettre à Anselmo LorenzoAnselmo Lorenzo (1841-1914), anarchiste et syndicaliste, fondateur de la section espagnole de la première Internationale. une lettre de Bakounine.
Fédération jurassienne Au congrès de l'AIT à La Haye, du 2 au , il est l'un des quatre délégués de la Fédération Espagnole. Ce congrès est marqué par la séparation de la tendance autoritaire de Karl MarxKarl Marx (1818-1883), Économiste et homme politique allemand. Il fonde en 1864 l'AIT. (communisme) et anti autoritaire de Bakounine (anarchisme).
James GuillaumeJames Guillaume (1844-1916), militant socialiste libertaire et historien suisse. Il joue un rôle majeur dans la Fédération jurassienne de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT), la branche anarchiste de l'Internationale. le rencontre à cette occasion et, dans son livre L'Internationale, le décrit : « Alerini ne m'était connu encore que par les récits de Bastelica et de Bakounine, mais il m'avait inspiré tout de suite sympathie et confiance ; plus je le vis, plus j'aimai son cœur chaud, sa droiture, sa vaillance simple et sans phrases. »
À l'issue du congrès, il passe par la Suisse où il assiste au Congrès de Saint-Imier, réunion « anti-autoritaire » internationale tenue les 15 et , et dont il est un des trois secrétaires. Le Conseil général « marxiste » de Londres l'exclut le .