thumb|« Je voyais les passants attroupés devant les kiosques regardant une estampe publiée par L'Éclipse qui représente le soleil auquel une chandelle fait le pied de nez. Le soleil est Victor Hugo, la chandelle est Vautrain. »Hugo, Victor Hugo, Choses vues, p. 1243..
Eugène Joseph Vautrain, né le à Nancy et mort le à Paris, est un homme politique français du .
Républicain modéré, il fut maire du de Paris (1848-1851, 1870-1871), président du conseil municipal de Paris (1871-1874) et, à la suite d'une élection qui l'opposa à Victor Hugo, député de la Seine (1872-1876).
Biographie
Fils de Joseph Louis Vautrain (1798-1864), sellier-carrossier puis receveur de l'octroi de Paris, Joseph Vautrain étudia à Nancy puis à Paris, où il fut admis docteur par la faculté de droit le A. de Fontaine de Resbecq, Notice sur le doctorat en droit, Paris, 1857, p. 87.. À la même époque, il fut l'un des secrétaires de Félix LiouvilleEugène Pouillet, Éloge de Félix Liouville, Paris, 1863, p. 25. et devint avocat à la cour d'appel de Paris.
Il entra en politique en 1848 en participant au « comité républicain du barreau de Paris »Les Murailles révolutionnaires, Paris, J. Bry aîné, p. 867-868., présidé par Liouville, avant d'être nommé adjoint au maire () puis maire () de l'ancien de Paris (aujourd'hui ), chapitre , , .. Lors des Journées de Juin, il se rendit auprès des insurgés pour tenter de faire cesser les violences.
Républicain, il démissionna de ses fonctions municipales pour protester contre le coup d’État du 2 décembre 1851 et se tint à l'écart de la vie politique pendant toute la durée du Second Empire (1852-1870).
Après Sedan, Joseph Vautrain fit son retour sur la scène politique : après avoir refusé le poste de préfet de la Meurthe, il retrouva son mandat de maire du à l'occasion de l'élection municipale du 5 novembre 1870, pendant le siège de la capitale. Il échoua cependant à obtenir un siège à l'Assemblée nationale lors de l'élection du 8 février 1871 et, quelques jours auparavant, Jules Favre l'avait vainement proposé à ses collègues pour lui succéder à l’intérim du ministère de l'Intérieur (finalement confié à Hérold)Ernest Cresson, Cent jours du siège à la préfecture de police : 2 novembre 1870 - 11 février 1871, Paris, Plon, Nourrit & , 1901, p. 315..
Opposé à la Commune, dont le Comité central ordonna son arrestation par quatre fois le , il fut libéré par les gardes nationaux de son arrondissement et dut se retirer provisoirement à Versailles. De retour dans la capitale après la semaine sanglante, il retrouva son mandat de maire le .
Deux mois plus tard, lors du scrutin des 23 et 30 juillet 1871, les électeurs du quartier Notre-Dame lui attribuèrent un mandat au Conseil municipal de Paris, dont il fut élu président (par 69 voix sur 70, une voix s'étant portée sur Georges ClemenceauYvan Combeau, p. 102.) au cours de la séance inaugurale du . Régulièrement rééluVautrain est réélu à plusieurs reprises à la présidence du conseil municipal de Paris, en recueillant toutefois un nombre de voix décroissant : 55 (sur 61) le 15 novembre 1871, 46 (sur 66) le 22 mai 1872, 38 (sur 68) le octobre 1872, 40 (sur 73) le 12 février 1873, 39 (sur 72) le 23 mai 1873, 32 (sur 62) le 10 février 1874 et 36 (sur 70) - au troisième tour - le 12 mai 1874. cf. Yvan Combeau, p. 111., il conserva cette présidence jusqu'en après avoir annoncé sa démission en .
En , il fut également élu (par 61 voix, contre 18 à LittréAlfred d'Aunay, « M. le président Vautrain », Le Figaro, 22 octobre 1874.) au conseil général de la Seine, dont il assura la présidenceJournal des débats politiques et littéraires, 24/10/1871 Élections de Joseph Vautrain à la présidence du conseil général de la Seine jusqu'en et qu'il s'appliqua à cantonner à un rôle purement administratif en le tenant éloigné des polémiques politiques nationales.
Lors de l'élection complémentaire du destinée à remplacer les députés élus dans plusieurs départements (dans celui de la Seine, le député Ernest Courtot de Cissey, également élu en Ille-et-Vilaine, avait opté pour ce dernier département), le républicain modéré Joseph Vautrain fut élu par 122.395 voix contre 95.900 au républicain radical Victor Hugo.
Ce dernier, pourtant bénéficiaire du désistement de Martin Nadaud, avait été repoussé par une grande partie des électeurs républicains qui le considéraient trop complaisant à l'égard des communards et qui, soucieux d'obtenir rapidement le transfert du pouvoir législatif de Versailles à Paris, ne souhaitaient pas s'opposer frontalement à l'Assemblée nationale dont le célèbre poète avait démissionné avec éclat en . De plus, en revendiquant un « mandat contractuel », Hugo avait déçu les partisans du mandat impératif et effrayé les libéraux attachés, comme Vautrain, au mandat libre. Le journaliste Ildefonse Rousset, directeur du quotidien républicain Le National appréciait son rôle de gestionnaire et marque ainsi sa préférence : « certainement, M. Victor Hugo ne manque pas de talent, mais son concurrent, M. Vautrain, est un administrateur de premier ordreParis-Soir, 1924/04/04..»
Apprenant sa défaite, Hugo écrivit : « Le , Paris avait à choisir un représentant ou un député ; il a choisi un député. »Victor Hugo, Choses vues, p. 1242.
Sachant la bataille électorale perdue d'avance dans une ville acquise à la République, les monarchistes (après avoir sollicité en vain Rothschild et Mac-Mahon) n'avaient pas présenté de candidat, permettant ainsi à une partie du vote conservateur de se reporter, malgré les consignes d'abstention, sur Vautrain. Ce dernier était d'ailleurs proche de la droite sur la question de l'instruction publique : en tant que libéral, Vautrain était favorable à la liberté d'enseignement et, par conséquent, opposé à un monopole de l’État aux dépens de l’Église.
Accaparé par ses fonctions municipales et départementales, Vautrain fut peu souvent présent à l'Assemblée, où il siégeait au Centre gauche dirigé par Adolphe Thiers. Il prononça - en vain - un discours pour le retour du parlement à Paris et vota contre le service de trois ans, contre la démission de Thiers, contre le septennat (loi du 20 novembre 1873), contre le deuxième ministère de Broglie, pour l'amendement Wallon et pour les lois constitutionnelles de 1875.
Il ne fut pas réélu en 1876, ayant été battu (par 4.385 voix contre 8.930) par le radical Barodet (Union républicaine).
Mort en 1881 à son domicile du quai de Bourbon, il fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise ( division)Registre journalier d'inhumation, 22 décembre 1881, n°1559, page 22 après des obsèques célébrées en l'église Saint-Louis-en-l'Île.
Notes et références
Bibliographie Victor Hugo, Choses vues, édition Hubert Juin, Paris, Gallimard, 2002, . Jules Clarétie, Histoire de la Révolution de 1870-71, Paris, 1874, . Ernest Glaeser (dir.), Biographie nationale des contemporains, Paris, 1878, . Yvan Combeau, Paris et les élections municipales sous la Troisième République : la scène capitale dans la vie politique française, Paris, L'Harmattan, 1998. Arlette Schweitz (dir.), Les Parlementaires de la Seine sous la Troisième République, t. II (dictionnaire biographique), Paris, Sorbonne, 2001, .
Lien externe
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