Les élections législatives pakistanaises de 2013 se sont déroulées le afin de renouveler les élus de l'Assemblée nationale et des quatre assemblées provinciales du Pakistan après la fin de leur mandat de cinq ans reçus lors des élections législatives de 2008. Elles conduisent à la victoire de la principale force d'opposition, la Ligue musulmane du Pakistan (N) et au retour de Nawaz Sharif au poste de Premier ministre.

À la suite des précédentes élections, le Parti du peuple pakistanais avait remporté le scrutin et formé une coalition gouvernementale pour obtenir une majorité relativement stable. Son mandat coïncide avec une recrudescence des combats entre les insurgés islamistes et l'armée ainsi qu'une multiplication des attentats à la bombe. Le quinquennat est également marqué par la démise du Premier ministre Gilani par la Cour suprême en 2012 et des tensions avec le pouvoir militaire lors de l'affaire du mémorandum. Le gouvernement est surtout critiqué par la population pour son bilan économique et sécuritaire et est accusé de corruption tant par l'opposition que par la justice.

Ces élections mènent au retour au pouvoir de l'ancien Premier ministre Nawaz Sharif et de la victoire de sa formation, pour la première fois depuis les élections de 1997, remportant une majorité absolue à l'Assemblée nationale et arrivant en tête dans deux des quatre provinces. Mamnoon Hussain est ensuite élu président de la République en . Le scrutin signe aussi l'émergence du Mouvement du Pakistan pour la justice d'Imran Khan qui arrive deuxième dans les urnes mais va contester la régularité du scrutin.

Contexte Élections précédentes

Les dernières élections législatives de 2008 s'étaient déroulées dans un contexte très tendu du fait d'une intensification de l'insurrection islamiste et surtout après l'assassinat de Benazir Bhutto, dirigeante du Parti du peuple pakistanais (PPP), alors principale formation de l'opposition. Le contexte est également marqué par une contestation du pouvoir avec le mouvement des avocats, alors que le président Pervez Musharraf est arrivé au pouvoir en 1999 à la suite d'un coup d'État militaire. La Ligue musulmane du Pakistan (Q), qui le soutenait, avait ensuite remporté les élections législatives de 2002.

Le PPP remporte finalement une majorité relative à ces élections, qui forme une coalition d'union nationale avec la Ligue musulmane du Pakistan (N), le Mouvement Muttahida Qaumi (MQM), le Parti national Awami, la Jamiat Ulema-e-Islam ainsi que d'autres petits partis et des indépendants. Cette alliance propulse Youssouf Raza Gilani au poste de Premier ministre puis contraint le président Musharraf à la démission, remplacé par Asif Ali Zardari.

Contestant Zardari, la Ligue (N) de Nawaz Sharif quitte la coalition dès puis la Jamiat en , sans remettre en cause la majorité de la coalition. En 2011, des tensions apparaissent avec le MQM, menaçant ainsi pour la première fois le gouvernement. En , ce dernier parvient toutefois à sécuriser sa situation en formant une alliance avec son ancien rival la Ligue (Q), dont cinq ministres intègrent le cabinet.

Insécurité

vignette|La seconde bataille de Swat marque le paroxysme du conflit|alt=Photo en couleur montrant des hommes en haut d'une colline pierreuse, un drapeau vert et blanc est tenu par un d'eux, le ciel est bleu avec des nuages

Depuis 2004, le pays est frappé par une insurrection islamiste provenant du nord-ouest et menée principalement par le Tehrik-e-Taliban Pakistan. Le conflit a connu son paroxysme entre 2007 et 2009 avec successivement l'assaut de la Mosquée rouge, la seconde bataille de Swat et les opérations dans le Waziristan du Sud. En 2013, les combats se poursuivent principalement dans les régions tribales et les insurgés redoublent leurs attaques afin de perturber le scrutin.

En revanche, la question de la lutte contre les talibans afghans qui se réfugient au Pakistan est beaucoup plus polémique, alors que le pouvoir militaire refuse de mener des opérations d'envergure au Waziristan du Nord, principal bastion des insurgés afghans et est ainsi accusé d'exercer une politique de soutien aux talibans dans leur lutte pour le pouvoir en Afghanistan. Le débat a notamment été relancé après la mort d'Oussama ben Laden le et la tentative d'assassinat de Malala Yousafzai le , près de la zone d'influence des talibans. D'un autre côté, les attaques de drones américains dans les régions tribales sont particulièrement critiquées par l'opinion publique et l'opposition.

Crise politique Tensions avec le pouvoir militaire

vignette|upright=0.8|Asif Ali Zardari, président de 2008 à 2013.|alt=Photo en buste d'un homme souriant en costume

Quelques mois après la mort d'Oussama ben Laden en , l'affaire du mémorandum provoque une importante crise politique. Le gouvernement civil est accusé d'avoir demandé l'aide des États-Unis face à l'armée pakistanaise afin de forcer cette dernière à changer sa politique vis-à-vis des combattants islamistes se battant contre l'Afghanistan et l'Inde, profitant ainsi du discrédit causé par la présence du chef d'Al-Qaïda dans une ville dominée par les militaires. La révélation de l'affaire dans la presse a pour résultat de discréditer et affaiblir le gouvernement civil dont notamment le président Zardari, accusé de trahison envers les intérêts nationaux. L'affaire représente ainsi une tentative ratée du gouvernement civil de reprendre la main sur le puissant establishment. Des rumeurs de coup d'État se répandent mais elles sont démenties par le chef de l'armée Ashfaq Kayani qui promet de soutenir le processus démocratique..

Conflit avec l'autorité judiciaire

De plus, le Premier ministre Youssouf Raza Gilani est inquiété par la Cour suprême qui lui reproche de ne pas avoir exécuté son arrêt annulant l'ordonnance nationale de réconciliation. Elle prévoyait une amnistie générale pour plus de politiques et bureaucrates, notamment pour des cas de corruptions, dont le président Asif Ali Zardari. La justice demande au gouvernement d'adresser une lettre aux autorités suisses afin qu'elles relancent une enquête sur les comptes bancaires du président, accusé de détournement de fonds dans les années 1990, alors que sa femme était Première ministre. Refusant de s'exécuter, Gilani est inculpé pour outrage à la justice par la Cour suprême le et reconnu coupable le . Il est destitué le par la Cour puis remplacé par Raja Pervez Ashraf au poste de chef du gouvernement.

Le nouveau Premier ministre entre lui-même en conflit avec le pouvoir judiciaire du fait d'accusations de corruption, il est soupçonné d'avoir reçu des pots-de-vin dans le cadre de contrats pour un projet énergétique quand il était ministre de l'Eau et de l'Énergie.. Le , la Cour suprême ordonne son arrestation dans le cadre de ces accusations mais celle-ci ne se produit pas, le Premier ministre cédant son poste à peine deux mois plus tard à Mir Hazar Khan Khoso pour mener l'intérim prévu dans le cadre de ces élections..

Système électoral vignette|droite|Femmes votant à Rawalpindi.|alt=Photo en couleur montrant des femmes majoritairement voilées faisant la queue dans un couloir

Le Pakistan possède un régime politique parlementaire bicaméral de type système de Westminster ; le Parlement du Pakistan, qui se compose de deux chambres, l'Assemblée nationale et le Sénat dont les membres sont choisis par les membres des assemblées provinciales, elles-mêmes élues selon le même mode de scrutin que l'Assemblée nationale. Les candidats sont élus au suffrage universel direct uninominal majoritaire à un tour, c'est-à-dire que chaque électeur vote dans sa circonscription pour un candidat et celui arrivant en tête à l'issue d'un unique tour est élu, même avec une majorité relative de voix.

Un candidat peut présenter sa candidature dans plusieurs circonscriptions, mais ne doit garder qu'un siège s'il en remporte plusieurs. Une élection partielle est alors organisée dans la circonscription dont le poste de député est devenu vacant. Enfin, les membres élus doivent ensuite procéder à l'élection des « sièges réservés ». Par exemple, pour l'Assemblée nationale, les élus directement élisent réservés à des femmes et réservés à des minorités religieuses.

Le nombre de sièges d'un parti utilisé pour la répartition des sièges réservés peut comprendre des candidats élus en tant qu'indépendants, si ceux-ci le rejoignent officiellement dans les trois jours suivants la publication des résultats des sièges élus au scrutin direct. Une fois la Commission électorale informée, les candidats ne peuvent revenir sur ces ralliements avant l'élection des membres réservés, en accord avec l'article 92-6 de la loi électorale pakistanaise..

Campagne et partis en lice thumb|Imran Khan lors d'un rassemblement du Mouvement du Pakistan pour la justice à Abbottabad.|alt=Photo d'une foule agitant des drapeaux et levant le bras droit poing fermé

La campagne électorale et le processus électoral sont organisés et contrôlés par la Commission électorale, dont la composition est issue d'un consensus entre le gouvernement et l'opposition. En vue du début de la campagne, le Premier ministre Raja Pervez Ashraf démissionne et est remplacé le par Mir Hazar Khan Khoso, un ancien juge choisi par la commission électorale..

La campagne est surtout marquée par l'émergence du Mouvement du Pakistan pour la justice (PTI), petit parti devenu soudainement populaire en 2011 et 2012. Il attire l'attention des médias grâce à de vastes rassemblements populaires. Son chef, Imran Khan, critique la corruption du système entretenu selon lui par les deux principaux partis. Il axe aussi sa campagne sur la souveraineté du pays, critiquant notamment les frappes du drones américains dans le pays. Il réclame également des négociations de paix avec les talibans pakistanais. Il partage cette dernière promesse avec le chef du principal parti d'opposition Nawaz Sharif. Le , à quatre jours du scrutin, Imran Khan est victime d'une chute lors d'un meeting, ce qui lui vaut d'être hospitalisé pour des fractures..

La campagne est également marquée par des violences souvent causées par les combattants islamistes qui rejettent le processus démocratique, avec près de entre le début du mois d'avril et le jour des élections. Le parti au pouvoir ainsi que les petits partis séculiers sont les plus visés, de même que des partis islamistes. Le , le fils de l'ex-Premier ministre Youssouf Raza Gilani est enlevé par des hommes armés alors qu'il était candidat du parti au pouvoir dans une circonscription de l'Assemblée provinciale du Pendjab..

Les premiers sondages publiés en 2011 et 2012 témoignent de l'émergence du PTI qui culmine à 31 % des voix et prend ainsi la tête dans un sondage de l'International Republican Institute en .. Cependant, les sondages publiés entre mi-2012 et début 2013 montrent une nette érosion des soutiens de ce parti, au profit de la principale formation de l'opposition la Ligue musulmane du Pakistan (N) de Nawaz Sharif qui reprend la tête avec 28 à 41 % des voix.. Gallup-Pildat Political Weather Report Feb 2013 sur Gallup Pakistan, le 6 mars 2013..

PartiChef de fileIdéologieRésultats en 2008(% de voix et députés) Parti du peuple pakistanais 60px Bilawal Bhutto Zardari et Asif Ali Zardari Social-démocratie 30,6 % et 124 Ligue musulmane du Pakistan (N) 60px Nawaz Sharif Conservatisme, libéralisme économique 19,6 % et 91 Ligue musulmane du Pakistan (Q) 60px Chaudhry Shujaat Hussain Nationalisme pakistanais, conservatisme modéré, libéralisme 23,0 % et 54 Mouvement du Pakistan pour la justice 60px Imran Khan Populisme, Transparence, Réformisme, Souverainisme Boycott(2002 : 0,8 % et 1) Mouvement Muttahida Qaumi 60px Altaf Hussain Libéralisme, sécularisation, pro-Muhadjirs 7,4 % et 25 Parti national Awami 60px Asfandyar Wali Khan Socialisme, social-démocratie, pro-Pachtounes 2,0 % et 13 Jamiat Ulema-e-Islam (F) 60px Fazal-ur-Rehman Islamisme 2,2 % et 7

Résultats Assemblée nationale