Georges Lapierre est un instituteur syndicaliste, socialiste et résistant français né le à Barbuise (Aube) et mort en déportation le à Dachau.
Instituteur puis directeur d'école primaire à Paris, il a été un responsable important du Syndicat national des instituteurs pour lequel il a créé l’hebdomadaire L'École libératrice avant de devenir secrétaire général du Syndicat clandestin pendant l’Occupation où il appartient également au mouvement Libération-Nord. Dénoncé, arrêté, déporté, il reste l’exemple admirable d'une figure refusant la déchéance intellectuelle et morale, mais, atteint du typhus meurt d'épuisement en camp de concentration. Il est également créateur en 1938 de la Confédération La Jeunesse au plein air.
Jeunesse et carrière professionnelle
Fils d’un cultivateur du hameau de Courtavant (commune de Barbuise), Georges Lapierre fréquente l’école communale puis l’école primaire supérieure de Bar-sur-Seine. Il entre en 1902 à l’école normale d’instituteurs de la Seine (école normale dite « d'Auteuil »). Son service militaire accompli (1905), Georges Lapierre enseigne à Saint-DenisSaint-Denis appartient alors au département de la Seine. de 1906 à 1909. Nommé à Paris, il exerce dans des écoles du arrondissement jusqu'en 1925. En , il est victime de lésions pulmonaires et doit se soigner en SuisseIl y aurait rencontré Lénine à Leysin (source Dictionnaire Maitron.. Mobilisé le au Régiment d’infanterie, il est proposé pour la réforme compte tenu de son dossier médical, Georges Lapierre est versé sur sa demande dans les services auxiliaires en et reste mobilisé jusqu’en puis reprend son poste à l'école de la rue du Mont-Cenis. En 1925, il devient professeur de cours complémentaire dans le arrondissement avant de devenir directeur d'école primaire en 1929. C'est en cette qualité qu'il devient, à partir de 1934, directeur des écoles jumelées de la place Lucien-Herr et de la rue des Feuillantines (dans le arrondissement) jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Ce sera son dernier posteCette école, dont l'adresse est aujourd'hui 28 rue Pierre Brossolette, Paris , porte le nom de Georges Lapierre depuis l'après-guerre. Pendant plus d'un demi-siècle, elle aura été la seule école primaire de Paris à porter un nom d'usage autre que la référence à son adresse.. Georges Lapierre assumera ses responsabilités syndicales en continuant à exercer pleinement son activité professionnelle d'enseignant.
Le responsable du SNI d'avant-guerre
Les premiers engagements syndicaux
En 1920, Georges Lapierre adhère au Syndicat des membres de l’enseignement laïque de la Seine (qui sera affilié à partir de 1921 à la Confédération générale du travail unitaire (CGTU) et fait partie quelque temps de la commission administrative. Il rejoint ensuite le Syndicat national des instituteurs (SNI), affilié depuis 1925 à la CGT que dirige Léon Jouhaux s'inscrit alors dans la démarche réformiste et qu'animent sur le plan national deux militants de la Seine : Louis Roussel et Émile Glay.
Le responsable national du SNI
En 1926, au congrès national de Strasbourg, il est élu membre de la commission permanente du SNI (alors appellation de son Bureau national), en même temps que René Vivès et André DelmasAndré Delmas sera secrétaire général du Syndicat de 1932 à 1940.. Simultanément, il se consacre au développement de la pédagogie. Collaborateur de la Revue de l’enseignement primaire et primaire supérieur, il fonde, en 1923, une section pédagogique au sein de l’Association française pour l’avancement des sciences où il se lie avec Paul LangevinPaul Langevin est président en 1927, avec lequel il conservera des relations personnelles étroitesÉvoquant leur rencontre de 1940, alors que Langevin est assigné à résidence, Aigueperse et Chéramy parlent du savant comme « son maître et son ami » (Un syndicat pas comme les autres, le SNI, p. 205.. Il organise les travaux de la section pédagogique au cours des congrès nationaux de 1923 à 1926. En , il créa le Bureau pédagogique international.
En 1927, Lapierre devient trésorier de la section de la Seine du SNI, puis secrétaire de la section des colonies et protectorats. Délégué à la CGT, il est élu membre suppléant de la commission administrative confédérale, en , s'occupe du secrétariat de la Fédération générale de l’enseignementCréée en 1929, la FGE deviendra en mars 1946 la Fédération de l'Éducation nationale. Lorsque les deux responsables historiques du SNI, Louis Roussel et Émile Glay abandonnent leurs responsabilités syndicales en 1932Roussel prend sa retraite, Glay la prendra l'année suivante, une nouvelle équipe dirigeante se met en place. Le nouveau secrétaire général, André Delmas, est assisté de trois secrétaires-adjointsD'autres membres du Bureau national ayant des responsabilités exécutives, cela correspond à un statut de secrétaires généraux adjoints. au nombre desquels compte Georges Lapierre.
En 1932, il participe également à la création de SUDEL, la maison d’édition du SNI. Il siège à la commission de l'enseignement et de l’éducation ouvrière de la CGT. Il est également membre élu du Conseil supérieur de l’Instruction publique de 1938 à 1940.
Le créateur d'œuvres périscolaires
Dans le prolongement de son activité pédagogique, Georges Lapierre fonde le le Centre laïque des auberges de jeunesse, dont il devient vice-président, après sa rupture avec Marc Sangnier, président de la Ligue française pour les auberges de jeunesse, présidée par ce dernier. Il n’acceptait pas la présence de catholiques au comité d’honneur de cette ligue, et entendait en exclure les associations qui présentaient un caractère confessionnel. Un essai de rapprochement eut encore lieu le , sous la présidence de Julien Luchaire, mais la scission fut alors consacrée entre les deux organisations.
Lapierre organise la Fédération nationale des œuvres laïques de vacances d’enfants et d’adolescents en 1938 (actuelle confédération La Jeunesse au plein air après avoir approuvé la création des Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active.
Les engagements internationaux de Lapierre
Particulièrement sensible à l’idée de coopération internationale pour la paix, il fonde en septembre de la même année, avec Louis Dumas, autre responsable national du SNI, la Fédération internationale des associations d’instituteurs (FIAI), dont l’idée lui revenait selon André Delmas, cité par le Dictionnaire Maitron et dont Lapierre définit ainsi le but : « Nous avons à prendre appui sur le sol résistant des traditions et des aspirations nationales pour nous élever à la compréhension des solidarités internationales » Secrétaire général adjoint de la FIAI de 1927 à , présent à chaque congrès, Lapierre fait à celui de 1932 (Luxembourg) un rapport sur l’enseignement international de l’histoire. Il milite en effet pour l’élimination des textes de tendance belliciste dans les manuels scolaires.
Membre de la direction du Secrétariat professionnel international de l’enseignement (SPIE), Lapierre participe en 1934 au rapprochement de celui-ci, adhérent de la Fédération syndicale internationale avec l’Internationale des travailleurs de l’enseignement, proche de l’Internationale syndicale rouge, notamment lors de contacts noués au congrès d'Oxford de l'ITE () dans une entrevue avec notamment Georges Cogniot.
En 1937, il est le commissaire général du congrès international de l’enseignement primaire et de l’éducation populaire, à Paris, salle de la Mutualité qui rassemble quatre mille instituteurs de quarante-cinq pays et se tient en parallèle avec l’exposition universelle de 1937.
Le fondateur de L'École libératrice
Si Georges Lapierre est resté la référence syndicale absolue pour les militants du SNI, c'est évidemment pour son comportement pendant la Seconde Guerre mondiale et son destin tragique (mais Joseph Rollo, qui lui succéda après son arrestation, fut dans le même cas) ; c'est, bien entendu, pour l’intensité et la variété de son engagement militant (mais tel fut le cas de responsables d'après-guerre comme Henri Aigueperse ou Denis Forestier) ; c'est aussi (surtout ?) parce qu'il a été mentionné comme fondateur dans chaque ours de L'École libératrice, hebdomadaire adressé depuis 1929 à chacun des adhérents du SNILa mention L'École libératrice figure encore en surtitre de la revue du Syndicat des enseignants constitué à partir du SNI-PEGC en 1992..
De la publication de son numéro 1 () à 1940 (et à l’interruption de l’action « publique » du SNI alors dissout par le régime de Vichy), Georges Lapierre assume la direction de L'École libératrice qui tranche par rapport au Bulletin mensuel adressé à tous les adhérents depuis 1920Le Bulletin mensuel de l’ancienne Fédération des amicales d'instituteurs n'était adressé qu’aux seuls membres des bureaux des amicales départementales. : 1° le rythme de parution devient hebdomadaire ; 2° la revue a un contenu pédagogique alors que l'ancien Bulletin était strictement corporatif.
L'affaire avait pris du tempsVoir Un syndicat pas comme les autres : le SNI, p. 90 et suivantes. et commencé par un vœu déposé par la section du Cantal au congrès de Lyon de 1924 invitant la commission pédagogique à mettre à l'étude la création d'une revue pédagogique, propriété intégrale du Syndicat national, destinée à libérer les instituteurs et les institutrices de l’emprise des revues pédagogiques publiées par diverses maisons d'édition dans un but plus commercial que pédagogique. L'adoption du vœu impliquait un rapport pour le congrès annuel suivant qui donnait un mandat d'étude à la Commission permanente (le Bureau national) du syndicat. C'est au congrès de 1928 (Rennes) que le principe était précisé : une publication hebdomadaire, comprenant une partie syndicale et corporative, et une partie technique et pédagogique, servie à tous les adhérents à partir du . Une augmentation de la cotisation syndicale devait couvrir les frais supplémentaires occasionnés. De fait, le premier numéro de l'École libératrice parut le .
Les craintes avaient été nombreuses : peur du saut dans l'inconnu financier (et du risque de voir partir des adhérents dont la cotisation aurait trop augmenté) ; préférences d'autres pour une diffusion par abonnement volontaire (mais crainte que le nombre d'abonnés ne fût pas suffisant). Comme l'indiquent Henri Aigueperse et Robert Chéramy (Un syndicat pas comme les autres : le SNI):
« Il faut tenir compte de l’existence d'une revue pédagogique, la Revue de l'enseignement primaire et primaire supérieur, créée en 1890 par une maison d'édition laîque, la Bibliothèque d'éducation. Glay, Roussel et d'autres membres de la “vieille équipe” s'y exprimaient depuis longtemps. Faut-il voir là la raison, ou l'une des raisons, de leur réserve vis-à-vis du projet nouveau ? Il en sera beaucoup question au congrès de 1930; Sans doute s'agit-il bien de la première divergence de conception entre les anciens et les nouveaux, ceux qui ont constitué la première équipe du Syndicat national et ceux qui en constitueront la secondeGeorges Lapierre y tient lui-même une chronique pédagogique hebdomadaire de son retour à Paris en 1919 jusqu'en 1926..»
Lucien Boulanger est le rapporteur du dossier au congrès de 1928. Mais c'est Georges Lapierre qui est désigné pour la diriger. Si Émile Glay, ultérieurement, le critique en évoquant une activité brouillonne dans le contexte de conflit anciens/nouveau qui conduira au départ de la vieille garde, le secrétaire général « historique » du SNI, Louis Roussel, dira du directeur de la revue :