Philip Vian devenu Sir Philip Vian est un officier britannique de la Royal Navy. Il sert pendant les deux guerres mondiales. Surtout connu pour des opérations risquées au commandement de destroyers il finira la Seconde Guerre mondiale à la tête d'une escadre de porte-avions et sa carrière comme cinquième lord de l'Amirauté.
Pendant sa carrière il a été coulé deux fois avec le destroyer Afridi puis avec le croiseur Naiad.
Jeunesse
Vian nait le à Londres. Il est le fils de Alsager et Ada Vian de Cowden Pound dans le Kent. Il rejoint la Royal Navy en tant qu'élève officier en et suit des cours aux collèges de la Royal Naval à Osborne et Dartmouth. Après l'école de Dartmouth, Vian s'embarque en 1911 pour les Antilles sur le croiseur école , mais le voyage est interrompu après que le bateau touche un récif en Nouvelle-Écosse et arrache de sa carène. La croisière se transforme alors en un long séjour en cale sèche à Halifax.
En 1912, en tant que midshipman, Vian rejoint le cuirassé pré-dreadnought dans la Home Fleet. Il qualifie cette classe de navires "d'unités mal venues et biscornues" à l'armement disparate et plus lentes que les dreadnought. Il devient enseigne de vaisseau en .
Première Guerre mondiale
Au début de la Première Guerre mondiale, Philip Vian est maintenu sur le , qui compte tenu de son obsolescence reste à l'écart des combats à Portland. Il est déçu de cette situation. Le navire est ensuite affecté en Méditerranée pour combattre les Turcs ce qui le ravit. Hélas pour lui, il doit quitter ce cuirassé. D' à , Vian sert sur le croiseur déjà ancien pour "d'interminables et stériles patrouilles" dans les eaux de l'Afrique de l'Est à la recherche du croiseur allemand Karlsruhe. Son grade de sous-lieutenant est confirmé en .
Insatisfait du manque d'action sur le HMS Argonaut, Vian use d'une promesse d'aide faite par William Fisher et embarque sur le un destroyer moderne et rapide (40 nœuds) lancé en . Sur ce bâtiment, il assiste à la bataille du Jutland sans que son unité y joue un rôle actif. En 1917, il est promu lieutenant commandant, après avoir été nommé lieutenant de vaisseau sur les destroyers () et ().
Entre-deux-guerres
Après des cours de tir en 1916, 1918 et 1919 à l'école navale royale d'artillerie, Vian obtient un certificat de première classe en artillerie en . En dépit du fait qu'il prévoyait un service dans la mission militaire britannique dans le sud de la Russie, il est prêté à la Royal Australian Navy pendant deux ans à partir de et sert en tant qu'officier artilleur à bord du , navire amiral australien. Par mesure d'économie l'Australia est désarmé. Le gouverneur général propose à Vian un poste d'aide de camp à son état-major mais l'amirauté refuse au nom d'une "pénurie d'officiers canonniers". Il embarque alors sur le cuirassé utilisé pour l'entrainement des cadets. Il est ensuite affecté sur des cuirassés en Méditerranée avant d'embarquer sur le croiseur lourd , navire amiral de la station de Chine. En il est de nouveau promu et débarque pour deux années d'emploi à terre à l'Amirauté où il se livre sans enthousiasme à l'analyse des résultats de tirs. Le il épouse Marjorie Haigh à Withyham.
En 1932, il embarque sur le en Méditerranée. Lors d'un accostage d'un navire-dépôt les superstructures du destroyer sont assez endommagées pour nécessiter un passage à l'arsenal. Reconnaissant l'erreur de manœuvre dans son rapport il est absous par l'amiral Wordsworth Fisher.
Il est promu capitaine de vaisseau en 1934. De retour en Angleterre avec la perspective de passer deux ans à terre il est "sauvé de cette calamité par Mussolini" qui attaque l'Abyssinie. Il retourne en Méditerranée pour prendre la tête de la nouvelle flottille de destroyers défendant Malte. Sur le chemin du retour en il est dérouté vers Vigo pour protéger les ressortissants britanniques et leurs biens des premiers combats de la guerre civile espagnole. Les civils britanniques n'ayant pas de raisons impératives de demeurer en Espagne sont embarqués sur les destroyers et ramenés en Angleterre. Lors de l'accostage à Portsmouth son destroyer rate l'accostage et doit refaire une deuxième approche sous les yeux du même amiral Wordsworth Fisher qui l'attendait sous la pluie.
Alors qu'il suit un cours à l'école supérieure de guerre il est contacté par le vice-amiral Lionel Wells pour devenir son capitaine de pavillon sur le croiseur navire-amiral de la troisième escadre de croiseurs en Méditerranée. En aout 1939 il est remplacé et débarqué pour une affectation à terre à l'école des mousses de Shotley dans le Suffolk.
Seconde Guerre mondiale Avant même d'avoir rejoint son nouveau poste il est dirigé vers Portsmouth pour prendre la tête d'une nouvelle flottille de destroyers sortis de la réserve et armés par des vétérans de la précédente guerre. Sa flottille, destinée à l'escorte des convois, est basée à Liverpool, port de commerce qui ne dispose d'aucune facilité pour assurer le soutien de navires de guerre. À bord du , il arrive trop tard à la rescousse d'un pétrolier déjà coupé en deux par les torpilles d'un sous-marin qui a le temps de lui échapper d'autant que son ASDIC n'a pas résisté aux vibrations de l'antique destroyer lors de la pointe de vitesse vers la cible. Il achève le travail du sous-marin en coulant l'épave qui représente un danger pour la navigation.
Les escortes se faisant habituellement avec deux destroyers, la présence d'un capitaine de vaisseau et de son état-major en mer ne se justifiait plus et Philip Vian doit commander sa flottille depuis la terre. Il est remplacé à ce poste à la fin 1939.
Lionel Wells, devenu amiral, souhaite à nouveau l'avoir comme capitaine de pavillon sur le mais le secrétaire à la marine préfère le nommer à la tête de la quatrième flottille de destroyers composées de bateaux récents de la classe tribal armés de huit canons de en quatre tourelles et filant 36 nœuds.
Il commande sa flottille depuis le destroyer du au où le bateau doit subir des réparations. Il embarque alors sur le .
Altmark
En , Le capitaine Vian repère le pétrolier ravitailleur allemand Altmark. Celui est alors suspecté d'avoir à son bord 300 marins britanniques capturés sur les navires de commerce coulés par le Admiral Graf Spee. Lorsqu'il est localisé, l'Altmark est mouillé dans les eaux territoriales de la Norvège qui est un pays neutre. Le HMS Cossack est escorté par 2 torpilleurs norvégiens. Après avoir diplomatiquement contesté l'opposition des Norvégiens, Vian poursuit l' Altmark qui se réfugie à l'intérieur du Jøssingfjord, où il l'aborde et libère les captifs. Il s'agit là d'une violation de la neutralité norvégienne, tout comme l'emprisonnement des marins britanniques sur l'Altmark ; de nombreuses protestations s'élèvent et l'incident est souvent présenté comme un des facteurs déclenchant l'invasion de la Norvège par les Allemands plus tard dans l'année. Se déroulant dans une période calme de la guerre, l'incident est largement commenté en Grande-Bretagne. Vian est décoré de l'Ordre du Service distingué pour cette action réussie, et la citation est publiée dans un supplément du London Gazette le (publié le ) :
Amirauté, Whitehall, .
Le ROI a été gracieusement satisfait de distinguer aux Ordres suivants, à l'Ordre du Service distingué :
Pour être un compagnon de l'Ordre du Service distingué :
Le capitaine Philip Louis Vian, de la Royal Navy, du H.M.S. Cossack ;
Pour sa remarquable capacité, détermination et ressource dans les préparatifs qui ont conduit à la libération de 300 prisonniers anglais du navire ravitailleur armé Altmark, et pour sa prudence, son commandement et la maîtrise de son navire dans des eaux étroites, de manière à l'amener le long de l'ennemi, et à l'aborder, alors que celui-ci cherchait à l'aveugler avec ses projecteurs, conduisant ses machines en avant toute puis en arrière toute, en essayant de l'enfoncer ou de l'échouer, risquant ainsi d'échouer ou de perdre le Cossack.Les Allemands poseront dans le Jøssingfjord un panneau en allemand annonçant "C'est ici que le 10 février 1940 l'Altmatk a été coulé par un pirate anglais" alors que l'Altmark n'a pas été coulé lors de cette attaque.
Norvège Le il rembarque sur l'Afridi réparé. Le transport du minerai de fer suédois à travers la Norvège préoccupant les Alliés l'opération franco-britannique de Narvik est montée pour débarquer un corps expéditionnaire à Narvik, Trondheim Bergen (Norvège) et Stavanger pour "couper la route du fer". Arrivée après les Allemands la marine anglaise parvient à dégager suffisamment Narvik pour qu'un débarquement soit possible mais le débarquement se fait à plus au nord laissant une marche d'approche harassante à des soldats non entrainés à évoluer dans la neige épaisse. Au bout de six semaines d'efforts ils occupent Narvik à la veille du rembarquement.
La Home Fleet disperse ses forces entre les opérations de Norvège et les patrouilles en mer du Nord pour empêcher le passage redouté de cuirassés allemands (trompée par un raid de diversion du Scharnhorst et du Gneisenau). Vian épuise son mazout et ses munitions anti-aériennes en patrouilles et raids avortés et doit retourner mazouter et se ravitailler à Scapa Flow. Il repart en accompagnant des navires transportant des approvisionnements pour le corps expéditionnaire dont un pétrolier chargé d'essence ne dépassant pas les cinq nœuds. Il remonte le Romsdalsfjord sur quarante miles pour arriver à Åndalsnes avec son encombrant fardeau le 27 avril et se voir prié de repartir avec tous les bateaux car l'évacuation a été décidée. Après une seconde et angoissante traversée du fjord il parvient à regagner la pleine mer et repart en Écosse avec son convoi. Il ravitaille à nouveau et repart à la tête de neuf destroyers pour escorter les croiseurs de l'amiral John Cunninghan chargés d'évacuer les troupes de Namsos. Appareillant le dernier de Namsos il ouvre le feu pour détruire les véhicules abandonnés puis rejoint l'escadre.
Le , le contre-torpilleur français Bison est coulé à 8 heures par des Ju87 et Ju88 allemands à environ 150 nautiques à l'ouest-nord-ouest de l'archipel de Vega. 139 marins trouvent la mort. L' Afridi et d'autres bâtiments d'escorte récupèrent les marins français rescapés. Vers 14 heures lAfridi est attaqué à son tour et chavire en une quarantaine de minutes, emportant avec lui 49 marins britanniques, au moins 30 marins français et 13 soldats. Vian et les survivants seront secourus par le .
Retour sur le Cossack Philip Vian rejoint le Cossack à Southampton où sont réparés les dommages causés par l'expédition de Narvik. Sa quatrième flottille escorte des convois en Atlantique avant d'être positionnée pour prévenir une éventuelle invasion (opération Seelöwe).
En automne 1940 il participe à une attaque nocturne de convois allemands ravitaillant leurs troupes près du phare d'Eigerøy. Utilisant l'artillerie principale et les torpilles contre les navires marchands et l'artillerie secondaire contre l'escorte, la flottille, composée des destroyers Cossack, , La Maori et Sikh, coule deux cargos, en incendie un autre et perd le contact avec le quatrième en un quart d'heure. Le combat avait été entravé par l'éblouissement et la fumée des départs de tirs qui ajoutaient à la noirceur de la nuit.
Bismarck Lors de l'échappée du Bismarck (opération Rheinübung) à partir du 21 mai 1941 et de sa poursuite par la Royal Navy, le capitaine de vaisseau Philip Vian qui commande un groupe de cinq destroyers escortant le convoi WS 8 B n'est pas concerné par la traque du cuirassé allemand. Le 24 mai, les destroyers protégeant les grosses unités, à court de carburant, quittent la poursuite pour aller mazouter en Islande. Les groupes de poursuite se rapprochant des côtes françaises et des sous-marins et avions allemands qui y sont basés ont absolument besoin d'une escorte de destroyers pour améliorer leur sécurité.