La Bigorre est un comté historique des Pyrénées françaises et de Gascogne, proche de la sénéchaussée de Tarbes à l'époque moderne et, depuis 1790, du département français des Hautes-Pyrénées avec Tarbes pour chef-lieu, dans la région Occitanie depuis le .

Son orthographe en gascon est : Bigòrra d'après la Norme classique de l'occitan, et BigorreSimin Palay précise que Bigorre est , et féminin selon la graphie fébusienne. Elle fait partie de l'ensemble linguistique gascon et de la Gascogne, avec ses spécificités locales. Les habitants sont les Bigordans, Bigourdans ou Bigourdins.

Géographie Dans une histoire bimillénaire, la géographie fournit des points d'ancrage. Le plus saillant est la partie centrale de la chaîne des Pyrénées, qui depuis le Traité des Pyrénées au délimite la frontière franco-espagnole.

Le fleuve Adour, qui parcourt la Bigorre depuis ses sources dans les Pyrénées jusqu'à l'extrémité nord-ouest des Hautes-Pyrénées, est un autre axe majeur, qui la classe dans les pays de l'Adour. Toute la partie montagneuse du fleuve est en Bigorre, au sud de Tarbes. L'Adour passe notamment par Bagnères-de-Bigorre, Tarbes, Maubourguet et Vic-de-Bigorre puis, en aval, par la gersoise Riscle vers la landaise Aire-sur-l'Adour.

gauche|vignette|Le pic de Néouvielle (3 091 m), et le lac d'Aumar dans la réserve naturelle du Néouvielle.

À partir de la partie centrale des Pyrénées, la Bigorre s'étend, ainsi, au nord, dans l'axe des cours supérieurs du Gave de Pau et de l'Adour.

Pics pyrénéens Région montagneuse, elle est frontière avec la péninsule Ibérique et culmine, au pic Vignemale, à .

On peut citer aussi le pic du Midi de Bigorre et son observatoire.

Vallées pyrénéennes Son territoire est souvent dépeint par l'égrenage de ses multiples vallées. On peut ainsi distinguer plusieurs ensembles. Au centre, la vallée de Campan et ses vallées attenantes, soit la vallée de Payolle, celle de Gripp et celle de Lesponne, viennent en prolongement de celle dite de l'Adour s'étendant plus au nord.

Plus à l'est, sur les piémonts encadrant Bagnères-de-Bigorre, le relief tourmenté des Baronnies vient s'intercaler entre la vallée de l'Adour et celle de Neste. Cette dernière vient s'adjoindre aux vallées d'Aure, de Barousse et de Magnoac pour former un territoire ayant joui d'une certaine indépendance jusqu'au et dénommé les Quatre-Vallées.

Au sud-ouest de cet ensemble, se situe la réserve naturelle du Néouvielle et le massif du même nom. Plus à l'ouest encore, s'étend la vallée du gave de Pau avec en son sein Lourdes et en amont de celle-ci le Lavedan et ses principales villes soit Argelès-Gazost, Cauterets et Luz-Saint-Sauveur. Plus au nord, Lourdes et Tarbes communiquent en marge d'Ossun et des collines du dit Marquisat.

Géographie historique C'est à partir du règne de Charlemagne que se définissent les frontières de la Bigorre, qui est alors un comté relevant du duché de Vasconie. Le comté de Bigorre (en gascon : Bigòrra) est un comté historique des Pyrénées françaises et de Gascogne.

Il est créé au puis rattaché au domaine royal en 1302. Il a ensuite été inclus au comté de Foix en 1425 puis une nouvelle fois rattaché au royaume de France en 1607.

Une particularité de la Bigorre sont les deux enclaves bigourdanes dans le Béarn voisin.

A l'époque moderne la circonscription administrative est la sénéchaussée de Tarbes puis, après 1790, le département des Hautes-Pyrénées, dont Tarbes est le chef-lieu, et situé depuis le en région Occitanie.

Climat Le climat de la Bigorre est divisé en deux, du fait de la présence des Pyrénées.

Le piémont (moitié nord) profite d'un puissant effet d'abri (effet de foehn) par flux de sud-ouest : les températures peuvent alors atteindre des records d'élévation (+39 °C à Tarbes en ). Inversement, le relief crée un effet d'accumulation nuageuse et d'activation pluviométrique par flux de nord-ouest océanique, qui amène l'essentiel des précipitations en plaine, sur les contreforts pyrénéens. Cependant, la moitié nord est globalement douce et tempérée (moyennes de +5/+6 °C en janvier à +18/+19 °C en juillet), avec une pluviométrie régulière qui se renforce à l'approche des montagnes (cumuls annuels moyens de 80 à ). Brouillard, vent fort et neige sont assez rares.La moitié sud, en raison de la diversité des reliefs, des expositions et des fortes variations altimétriques (500 à 3 300 mètres), s'avère infiniment plus hétérogène, offrant une multitude de microclimats. Les basses vallées entourées de hauts massifs protecteurs jouissent encore d'un climat modéré, comme à Argelès-Gazost ou Saint-Lary-Soulan. La pluviométrie y est d'ailleurs comparable à celle du piémont (90 à 120 cm/an) et l'enneigement seulement épisodique. Située à la limite des Pyrénées-Atlantiques, la vallée de l'Ouzom est nettement plus humide. Au-dessus de 1 000 à 1 500 mètres d'altitude débute vraiment l'étage montagnard : la neige tient au sol plusieurs mois par an, permettant la pratique du ski. Au-dessus de 2 500 à 3 000 mètres c'est la haute montagne sans couverture végétale : très ventée, enneigée d'octobre à juin (avec même quelques petits glaciers). Au pic du Midi de Bigorre () les températures varient de -8 °C en février à +8 °C en juillet. Près de la frontière franco-espagnole, l'influence humide du flux de sud-ouest s'accentue, entraînant les cumuls pluviométriques les plus élevés du département (jusqu'à 200 cm/an sur le massif du Balaïtous). Mais le climat de la haute montagne est aussi marqué par le phénomène fréquent de mer de nuages : les sommets émergent des grisailles et profitent globalement d'un meilleur ensoleillement que les plaines et vallées. vignette|Place de Verdun, Tarbes.

Principales villes La ville principale et capitale historique est Tarbes qui réunit autour d'elle la communauté d'agglomération Tarbes-Lourdes-Pyrénées comprenant 86 communes telles qu'Ibos, Aureilhan, Orleix ou Séméac. La ville mariale, Lourdes, lieu de pèlerinage catholique, est illustre de par le monde. Bagnères-de-Bigorre ou Argelès-Gazost sont, plus marginalement, connues pour leurs thermes et casinos. Les communes de Vic-en-Bigorre, Rabastens-de-Bigorre, Maubourguet, Juillan ou Luz-Saint-Sauveur pourraient encore être citées.

Histoire vignette|Carte de la Novempopulanie.

Avant et avec Rome Jules César, dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, remarque que ce qu'il cartographie lui-même sous le terme de « Gaule aquitaine », est composé de peuples aux us & coutumes plus proches des Ibères que des Celtes (au Nord : Gaulois et Belges, respectivement répartis dans ce qu'il nomme « Gaule celtique » — grosso modo future Gaule lyonnaise — et Gaule belgique ; sans parler au Sud des Celtes d'Ibérie — Bérons, Vaccéens... — ainsi que des Celtibères)..

Il pourrait s'agir d'Ibères résiduels, voire en partie réfugiés, à la suite de la conquête romaine de la péninsule Ibérique sous le coup des guerres puniques. Car on sait que l'aire aquitaine, aquitanique, aquitanienne ou encore vasconique, correspond à une région où l'on parle alors des langues proto-basques : c'est probablement une seule et même variété de langues, que parlent les peuples recensés par Rome.

S'ils conservèrent leurs parlers malgré la romanisation, c'est parce qu'une partie d'entre eux s'allie avec l'Urbs pendant la guerre des Gaules. Naturellement, entourés des Celtes gaulois, des Celtes d'Ibérie et des Celtibères, ils en connaissent des influences au moins matérielles et techniques.

La Bigorre, ou Bigòrra en gascon, doit son nom au peuple antique des Bigorrais, Bigerri, Bigerrones ou Bigerrions. Divers peuples montagnards s'y rattachent tels les Tornates, les Campons, les Onosubates et les Crébennes. Les Bigorrais sont l'un de ces peuples aquitaniques ou proto-basques qui ont été soumis par Publius Crassus, lieutenant de Jules César. Ils tenaient la place forte de Castrum Bigorra (Saint-Lézer) depuis supplantée par la Civitas Turba ou Tarba (Tarbes). Leur capitale, Bigarra, pourrait être reconnue dans le village de Cieutat, situé à 15 kilomètres de Bagnères-de-Bigorre.

Des traces de campagnes militaires romaines nous sont parvenues. Le nom de Juillan viendrait de Campus Juillanus, lieutenant qui aurait servi dans la légion romaine. La piste de cette dernière aurait encore été trouvée près de Pouzac à travers ce que l'on décrit comme le « Camp de César ».

Maîtres du pays, les Romains en explorent presque toutes les vallées et tirent grand usage des eaux minérales qui s'y trouvent en abondance. On retrouve encore des traces de voies romaines, dans la lande de Capvern, où le chemin s'appelle encore Césarée, à l'Estelou-de-Vieille et, enfin, à une lieue au nord de Lourdes, près d'une métairie nommée Strata dont on prétend qu'elle occupe la place d'une villa antique.

L'émergence du comté de Bigorre droite|vignette|300x300px|Carte des fiefs de Gascogne vers 1150.

À la mainmise des Romains, succède celle des Wisigoths, refoulés en péninsule Ibérique et en Septimanie à la bataille de Vouillé, puis celle des Francs.

Le comté de Bigorre est constitué au début du par le duc de Vasconie Loup Centulle pour son fils Donat Loup († v. 820), qui épouse Faquilène, laquelle lui apporte sans doute la plus grande partie de ses terres. Mais la connaissance de cette période dépend de la Charte d'Allaon, qui est en fait un faux du . Depuis, Donat Loup est plutôt considéré comme ayant vécu à la fin du .

La principauté, dont la capitale est Tarbes, est alors considérable, mais elle est amoindrie par les générosités de ses premiers comtes.

Le comté de Bigorre qui revient à Raymond Dat († v. 947), passe successivement au dans la maison de Foix, puis dans celle de Béarn, au dans celle de Marsan, puis dans celle de Comminges, et au dans celle de Montfort. Il devient l'enjeu entre plusieurs seigneurs voisins. Le roi d'Aragon doit forcer le comte de Comminges à y renoncer pour le confier au vicomte de Béarn. Plus tard, Simon IV de Montfort fait annuler le mariage de Nuno Sanchez avec la comtesse Pétronille pour la donner en mariage à son fils Guy.

Reflux des langues vasconiques Bien que les Wisigoths ne purent jamais dominer le territoire de l'actuel pays basque, c'est durant cette première féodalité que refluèrent les parlers proto-basques de l'ensemble de la Vasconie, sous le coup des guerres avec les Francs puis des Maures.vignette|La France et ses provinces en 1477.

La crise de succession et l'annexion (1255-1292) La Bigorre est alors l'objet d'une querelle successorale : Pétronille de Comminges, héritière de la Bigorre par sa mère, a été mariée à Guy de Montfort, fils de Simon IV de Montfort, comte de Leicester. Celui-ci prétend à l'héritage de son frère Guy et Pétronille lui a confié la garde de la Bigorre pendant la minorité de son petit-fils Esquivaut. La maison de Montfort se divise donc à la mort de Pétronille entre les partisans d'Esquivaut, et ceux du roi de Navarre Thibaut II.

Esquivaut l'emporte, mais à sa mort en 1283, le roi d'Angleterre assume la garde du comté en tant que suzerain. La sœur d'Esquivaut, Loré, mariée à Raymond V de Turenne, fait alors un procès dont le principal résultat est que le roi de France séquestre le comté et l'attribue à sa femme, la reine Jeanne de Navarre, héritière de Thibaut II. Jeanne donne la Bigorre à son troisième fils, le futur Charles IV, qui l'unit au domaine royal à son avènement en 1322.

Donnée un temps au comte d'Armagnac Jean , la Bigorre est cédée par le roi de France à Édouard III d'Angleterre par le traité de Brétigny.

Elle est reconquise par Charles V entre 1369 et 1373. Alors convoitée par les comtes de Foix et d'Armagnac, elle passe définitivement au comte de Foix en 1425, Jean II d'Armagnac ayant échangé ses droits avec le roi contre le Rouergue. Le comté de Foix est par la suite rattaché au royaume de France à partir de 1607. vignette|Carte topographique des Hautes-Pyrénées.

De la Bigorre aux Hautes-Pyrénées