Paul GrigoriévitchCertains auteurs utilisent parfois l'otchestvo (= patronyme en russe) erroné de Gueorguevitch. baronTitre porté par Paul Grigoriévitch en France, et qu’il a signalé sur ses armoiries (visibles sur les vitraux de son château de Valrose, à Nice) d’un tortil. Titre non confirmé (c'est-à-dire jamais enregistré, que ce soit dans l'Empire russe ou dans le Saint-Empire) : en effet, la famille von Derwies a fait enregistrer ses armes par le Sénat (demande vraisemblablement effectuée après le décès du sujet de cette fiche), qui les a inscrites - sans aucune référence à un titre quelconque - dans le volume XIII, entrée 90 (année 1885), de l’Armorial général de la noblesse de l’Empire russe. von Derwies, ou mieux, von der WieseEn russe : Павел Григорьевич фон Дервиз., ou DervizCe dernier nom étant la transcription moderne de son nom en russe (Павел Григорьевич фон Дервиз), russification du nom originel, allemand équivalent du français du Pré). Mais le vrai nom familial est Weise (en hamburgeois : Wiise), le savant., (né le à Lebedian (gouvernement de Tambov, et mort le à Bonn) est un pianiste virtuose, un magnat des chemins de fer et un célèbre financier russe ; il est aussi connu comme hivernantIl passait l’été à Lugano et l’hiver à Nice. russe de la Côte d’Azur du .

Milieu familial

Origines Fils de GrégoireÉquivalent russe de l’allemand Heinrich; il s'agit donc de la reprise du prénom de l’ancêtre bourgmestre, et d’une affirmation des origines germaniques de la famille au moment même où elle se russifiait tout à fait (passage de von der Wiese à (von) Derviz) et acquisition d’une terre de rendement noble (= avec des serfs). Ivanovitch (1797-1855), conseiller d’ÉtatReçu au sein de la noblesse pétersbourgeoise le et directeur de l’ (1847-1854), et de Barbara Nikolaïévna Makéïeff (1798-1848).

Issu par son père d’une famille de la noblesse de serviceEnregistrée dans l’Armorial général de la noblesse de l'Empire russe, volume 13-90 (volume non publié)., d'origine hambourgeoise : l'ancêtre Heinrich Dietrich von Wiese, descendant de bourgeois et de pasteurs hambourgeois, fut bourgmestre de la ville de Hambourg du au ; son petit-neveu, Johann-Adolf († 1762), juriste, passe du service des Suédois à celui du duc de Holstein-Gottorp, et, ce dernier devenant empereur de Russie en 1762 sous le nom de Pierre III, au service de l’Empire russe en 1740, où il enseigne le droit à l’École de la magistrature de Saint-Pétersbourg. Chargé des archives secrètes du duché, il est élevé à la dignité de noble héréditaire du Saint-Empire romain germanique en 1759Par le duc de Holstein-Gottorp (concession d’armoiries valant noblesse). La fortune de Johann-Adolf proviendrait, en fait, de son mariage avec la nourrice du duc., et prend désormais le nom de von der Wiese.

La famille s’illustre à nouveau en la personne de Johann Georg (en russe : Ivan IvanovitchGrand-père de Paul et le premier de la famille à vraiment adopter un nom russe. La famille est toutefois restée de confession luthérienne, semble-t-il.) Derwies ou Derviz († 1806), qui finira major-général au Régiment de dragons d’Astrakhan (1798)).

Famille Paul Grigoriévitch était marié à Véra Nikolaïevna TietzOu Titz. (1832-1903Décédée à Nice mais enterrée dans le caveau familial, à Moscou. À la mort de Paul Grigoriévitch (1881), Véra Nicolaïevna poursuivit la mission philanthropique de son époux.), elle aussi d'origine allemande et fille de l'intendant de l’orphelinat de GatchinaIls devaient vraisemblablement se connaître depuis longtemps.. Ils eurent six enfants, dont quatre vécurent : Vladimir († 1872), Serge (1863-1943), Barbara (1864-1881) et Paul (1870-1943).

A la suite de ses infidélités conjugales, son épouse se sépara de lui en 1874Page Wikipédia en russe sur von Derwies. et il installa à Lugano sa maîtresse Marie Hélène RiznitchPortrait de Marie Hélène Riznitch, sur Wikimedia Commons (1828-1895), comtesse Keller Kleinmichel, nièce de Ewelina Hańska et future épouse d'Alexandre Saint-Yves d'Alveydre.

Carrière Dans l’administration impériale 1847 : après de brillantes études de droit à Saint-Pétersbourg (médaille d’or), il intègre l’administration du Sénat (Département des titres et de l’héraldique) ; 1850 : assesseur de collège ; 1852 : conseiller de tribunal ; 1855 : affecté au département des fournitures des armées du ministère de la Guerre de l'Empire russe ; 1857 : directeur de bureau ; démobilisé avec le rang de conseiller d’État (il passera conseiller d’État actuel en 1866).

Dans le journalisme Parallèlement à ses débuts dans l’industrie, il participe comme journaliste à la Birjevye Vedomosti, où il fait paraître des articles enthousiastesEt publicitaires. sur le développement du réseau ferré dans l’Empire russe.

Aux chemins de fer 1859-1863 : secrétaire général du président de la Société des chemins de fer Moscou-Saratov (société fondée en 1856 ; concession accordée en ) ; 1863-1868 : président du conseil d’administration de la Société des chemins de fer Moscou-Riazan ; 1865-1868 : présidentSon frère Ivan Grigoriévitch le remplace à ce poste en 1868 et y reste jusqu’en 1887. de la Société des . Il intègre cette société en 1865 et, grâce à ses utiles relations dans l’administration, obtient la concession d’exploitation le . Les travaux sont lancés en 1866 et durent jusqu’en 1868 ; 1866-1867 : président du conseil d’administration de la (travaux lancés en 1868 et réceptionnés en 1870) ; son frère Ivan G. lui succède, jusqu’en 1887.

Il fut utilement secondé dans tous ses projets ferroviaires par l’ingénieur en chef (1821-1876).

La qualité des équipements utilisés, la rentabilité des concessionsDerwies et son associé v. Meck furent toutefois accusés plusieurs fois d’avoir créé des sociétés fictives afin de dégager plus de profit., les avantages financiers garantis par le Gouvernement impérial aux investisseurs, tant russes qu’étrangers, les besoins immenses de l’Empire dans ce domaine, ainsi que la grande expérience de communicantLa noblesse, notamment celle de Riazan, investit en masse la soulte gouvernementale (libérée lors du rachat par le gouvernement des serfs privés) dans les actions des concessions ferroviaires. de Paul v. Derwies, y compris à l’international (il parlait parfaitement, outre le russe, l’allemand, le français, et l’anglais), tout concourut à créer rapidement un climat de fièvre boursière en Europe pour le développement du train en Russie, connue comme la fièvre des concessionsEn russe : концессионная горячка (1860-1870)..

Évergétisme et mécénat Derwies se constitua ainsi, en une dizaine d’années, une solide fortune dont il consacra une partie à l’un de ses rêves d’enfance : devenir un grand propriétaire terrienC’était alors l’objectif de tous en Russie pré-industrielle, notamment des nobles sans terres (noblesse de service) : acquérir un domaine de rapport. Les Derwiz auraient toutefois possédé un domaine de 10 âmes dans le gouvernement de Kostroma.. Ainsi, il acheta d’abord un grand domaine d’environ 3000 acres à StarojilovoEn russe : Старожилово. Le domaine a été ensuite converti dès 1893 par son fils Paul Pavlovitch Lougovoï - l’une des personnalités les plus attachantes de la célèbre famille - en un haras voué à la préservation des races russes. Le haras a survécu, tant bien que mal, aux aléas de l’histoire soviétique (c.f. https://allhorses.narod.ru/WEB/4.1.3.htm). , près de (gouvernement de Riazan), sans compter d’autres propriétés dans la capitale, ainsi qu’à l’étranger (Suisse, France).

Valrose thumb|upright=0.8|Enfants du baron von Derwies Ayant confié les rênes de ses entreprises à ses proches (à son frère Ivan G., notamment), Derwies était désormais libre de revenir vers ses passions profondes, la musique, les voyages, l’évergétisme, etc. Il obtint dès 1868 l’autorisation des Autorités de s’installer principalementIl séjournait aussi régulièrement dans sa propriété de Canobbio, près de Lugano, le Castello di Trevano (démoli en 1958), où il fit aussi organiser des concerts mémorables. à Nice, où il acheta un domaine au début de l’année 1867Afin de donner à faire bénéficier ses enfants, de santé fragile, d’un climat plus sec et moins froid que celui de la Russie. où il se fit construire un palais d’inspiration gothique : le domaine de Valrose, dont, pourtant peu porté lui-même sur les mondanités, il fera rapidement l’un des centres les plus courus de la présence russe hivernante sur la Côte d’Azur, y attirant de nombreuses personnalités tant russes que non russes, et y organisant régulièrement des concerts de très haut niveau, sélectionnant avec soin les artistes en mélomane averti qu’il n’avait jamais cessé d’être. Pour cela, il dota le château d'une salle de concert.. L’argent récolté lors des soirées musicales est reversé à des œuvres caritatives. Près de Valrose, il fera aussi édifier une salle d’asile devenue l’école primaire et maternelle Von Derwies.

Musique Derwies avait hésité, à ses débuts dans le monde, alors qu’il servait encore l’Empire, entre une carrière artistique et le monde des affaires ; il avait d’ailleurs payé une partie de ses études - sa famille n’était pas riche - en donnant des répétitions de piano, instrument où il excellait.

Il organisa régulièrement dans son domaine de ValroseLa salle de concert, construite par l’architecte suisse Bernardin Maraïni, peut accueillir 200 auditeurs. des concerts et des récitals (1870-1881), pour lesquels il invita certains des artistes les plus célèbres de l’époque, dont le violoniste hongrois Joseph Joachim (1831-1907), le pianiste français Francis Planté (1839-1934), la cantatrice italienne Adelina Patti (1843-1919), le violoniste belge César Thomson (1857-1931), etc.

Parallèlement, il composait et a laissé quelques œuvres chantées (la Comtesse de Lascaris (opéra), des chansons sur des poèmes de Pouchkine et de LermontoffLes Derwies et les Lermontoff étaient d'ailleurs alliés familialement., etc.) et des œuvres instrumentales.

Évergétisme et mécénat en Russie Hôpital pédiatrique municipal Saint-Vladimir Paul Grigoriévitch, homme généreux et philanthrope, consacra une bonne partie de sa fortune aux malheureux de Russie, notamment aux enfants.

Heureux en affaires, Derwies fut un père malheureux : deux de ses enfants moururent jeunes de tuberculose osseuseCertaines sources parlent d’une chute de cheval à Lugano pour sa fille Barbara., tout d’abord son fils aîné, Vladimir, en 1872, puis, bien plus tard, sa fille Barbara en 1881Décédée à Bonn dans sa ; Paul Grigoriévitch en fut si affecté qu’il mourut d’apoplexie dans le train qui le ramenait de l’enterrement, le ..

Profondément affecté par les souffrances et le décès de Vladimir, très sensible à la cause des orphelins depuis sa jeunesseOn se souviendra que son père Grégoire Ivanovitch avait dirigé l’orphelinat de Gatchina durant sept années et son beau-père y avait été intendant., il contacta par lettreIl résidait la plupart du temps à Nice. en 1872 le maire et le gouverneur militaire de Moscou, les princes Alexandre Alexéïévitch Chtcherbatoff (1829-1902) et (1810-1891), afin d’obtenir leur appui pour la construction d’un hôpital destiné aux enfants, notamment aux plus démunis.

Grâce à l’appui chaleureux des édiles de la ville, il mène à bien son projetAuquel il affecte un capital de 400.000 roubles. et l’hôpital-fondation ouvre ses portes le .