thumb|Cheval territorial et son cocher effectuant le ramassage des ordures à Cluny. Un cheval territorial est, en France, un cheval réalisant diverses missions de service public pour le compte de la collectivité territoriale. L'originalité de la démarche, qui s'inscrit dans le développement durable et la recherche de solutions écologiques, est de recourir au cheval pour préserver l'authenticité des sites concernés. La commune de Saint-Pierre-sur-Dives est pionnière avec la jument Uranie, en 1993. La commune de Trouville-sur-Mer organise le congrès annuel et dirige la commission nationale des chevaux territoriaux. En 2012, cette activité est définie. Le métier de cocher est alors officiellement inscrit au répertoire des métiers. En 2015, environ 300 communes de France recourent aux services d'un ou de plusieurs chevaux territoriaux. Leurs missions sont variées, mais concernent généralement le tourisme, la gestion des déchets et des espaces verts, la prévention et la sécurité, ou le transport des personnes.
Très populaire auprès du public, le cheval territorial resserre les liens entre les habitants et les services municipaux. Il devient très vite l'un des symboles de la commune. Bien que le recours au cheval puisse être vu comme passéiste, son bilan du point de vue de l'écologie et des emplois générés est considéré comme plus intéressant que celui d'un véhicule motorisé, pour un coût égal ou sensiblement inférieur. En contrepartie, les chevaux demandent davantage d'investissement en temps que les véhicules motorisés, notamment pour leurs soins.
Définition vignette|gauche|Touzic Ar Maner, hongre de race bretonne, cheval territorial du parc des Gayeulles à Rennes.|alt=Gros cheval roux vu de profil avec son harnais Le cheval territorial s'est vu prêter différents noms : « cheval cantonnier », « cheval citadin », « cheval communal » ou encore « cheval citoyen ». Un colloque tenu en Avignon en 2000 est consacré au « cheval dans la ville ». Le terme de « cheval territorial » est officialisé avec la tenue du premier « congrès national des chevaux territoriaux » à Trouville-sur-Mer, en 2003.. Fin 2012, une mission du CGAAER permet de le définir comme . En Suisse, on parle de « cheval urbain ».. Cependant, la notion de « cheval territorial » reste difficile à définir.
Histoire
vignette|Ramassage des ordures avec deux chevaux territoriaux pendant les jeux équestres mondiaux de 2014. Il existe peu de données pour fournir un état des lieux et des structures liées au cheval territorial, qui n’a bénéficié d'aucune étude poussée.. Avant la généralisation de la motorisation, les communes françaises possédaient des chevaux pour effectuer des travaux. La modernisation des modes de transport a entraîné l'abandon de la traction animale en France tout au long du ., un phénomène que Pierre Rabhi qualifie de « rupture », la civilisation perdant le lien avec la terre Pierre Rabhi cité dans ..
Les chevaux territoriaux proviennent du concept de développement durable popularisé dans les années 1990, dans un contexte où le cheval fait un retour timide dans l'agriculture.. La première initiative de ce genre revient à la mairie de Saint-Pierre-sur-Dives, une commune rurale dont l'identité est liée au cheval de trait Percheron. Une jument grise du nom d'« Uranie » est menée par Bruno Rible à partir de 1993 pour vider les corbeilles à papier, nettoyer les caniveaux, ramasser les déchets et promener les enfants en attelage. L'initiative se voit officiellement reconnue en 1995. Uranie et son cocher rencontrent un très grand succès populaire et médiatique. M. Rible popularise son activité sur des manifestations d'attelage.. Dès lors, quelques communes pionnières acquièrent un cheval comme employé municipal. En 1999 et 2000, la commune de Trouville-sur-Mer met en place ce système pour gérer les déchets de verre. Le choix du cheval est motivé par son coût d'achat bien inférieur à celui d'un véhicule motorisé spécialisé, mais aussi par la volonté de réduire les nuisances dans cette localité très touristique. La commune acquiert un Percheron de cinq ans, nommé Festival de Mai ».. En 2003, Trouville-sur-Mer organise le premier congrès national des chevaux territoriaux. La même année, les Haras nationaux commandent un sondage à la Sofres pour examiner la perception qu'ont les Français du retour du cheval en ville. L'étude en conclut que la présence des chevaux rend la ville .. En 2005, les haras nationaux français analysent différentes initiatives communales dans le cadre du programme « Cheval et territoires »..
À partir des années 2000, un nombre croissant de communes françaises mettent en place et développent des services publics hippomobiles., si bien qu'un championnat des meneurs territoriaux est créé en 2009 (année où 70 communes y participent), puis une commission nationale des chevaux territoriaux en 2011. Une centaine de communes emploient alors au moins un cheval pour les missions de service public.. Fin 2012, environ 200 communes ont un cheval territorial ou prévoient d'y recourir. L'État confie au CGAAER la mission d'analyser ce phénomène pour évaluer le développement potentiel des chevaux territoriaux.. En , de nombreux maires se montrent intéressés. En , environ 300 communes font appel à un cheval territorial, que ce soit ponctuellement ou toute l'année. La popularité de ce type d'initiative pousse le Centre national de la fonction publique territoriale et l’institut français du cheval et de l’équitation (qui suit tout particulièrement ce dossier) à organiser plusieurs « équi-meeting » en 2015 et 2016, pour faire le point sur les initiatives existantes et aider les municipalités désireuses de mettre en place leurs propres équipes hippomobiles...
La possibilité d'une mise en valeur et donc d'une sauvegarde de la race de chevaux bretonne a poussé la région Bretagne à lancer un appel à projets en , proposant une aide financière pour toute initiative concernant un cheval Breton.. Cet appel à projets est reconduit tous les ans depuis. Entre 8 et 12 collectivités bretonnes y répondent chaque année. Cet appel à projets leur permet d'étudier la faisabilité ou de lancer une activité faisant appel au cheval de trait breton. Le réseau Faire à cheval produit tous les ans un rapport sur l'appel à projets lancé deux ans plus tôt, afin de suivre l'évolution des usages de collectivités et d'identifier les paramètres décisifs dans la réussite des projets et activités.
Missions Les missions d'un cheval territorial peuvent être variées : police montée, ramassage des déchets ménagers et sensibilisation au tri sélectif, transport de personnes (dans le cadre scolaire, touristique ou pour les personnes âgées), entretien d'espaces verts (tonte des pelouses, arrosage de la végétation, débardage), entretien de sites naturels protégés, surveillance de troupeaux et actions sociales..
Collecte des déchets et voirie
vignette|Transport hippomobile d'un conteneur de déchets, en Allemagne. L'utilisation du cheval pour la collecte des déchets peut avoir de nombreuses applications. Il peut s'agir du ramassage classique des ordures ménagères, de déchets particuliers issus du tri sélectif (tels que les piles, le verre et le carton), du ramassage des poubelles et des corbeilles dans les rues ou les parcs, ou même de l’acier, de l’aluminium et du plastique. La présence du cheval permet au cantonnier de communiquer plus facilement avec la population, en ce qui concerne le tri et la gestion des déchets. Par conséquent, les volumes récupérés sont souvent supérieurs. L'attelage permet aussi de faire un ramassage en porte à porte plus efficace auprès de particuliers comme de professionnels. Il existe des expériences de ramassage saisonnières, lors de marchés de Noël ou pour collecter les sapins de Noël usagés. par exemple. La traction hippomobile est considérée comme plus efficace pour sensibiliser, en particulier les enfants. Elle revalorise le métier d'« éboueur » (la personne chargée de ramasser les ordures). Selon certains témoignages, les employés sont plus motivés pour travailler avec un cheval, et donc plus efficaces. Les problèmes rencontrés dans le cadre de la circulation automobile sont considérés comme autant sinon moins contraignants qu'avec un camion. Enfin, le cheval est plus efficace pour passer dans les rues très étroites ou très pentues, et pour travailler en courte distance avec des arrêts fréquents.. Par contre, l'acceptation de la population en ce qui concerne l'utilisation du cheval dans ce contexte est moindre, 72 % des Français s'y disant opposés (sondage TNS Sofres 2003). Les collectivités rencontrent aussi des problèmes d'adaptation des agents et du matériel.
Il existe aussi des expériences d'utilisation du cheval ou de l'âne pour la voirie, du type balayage mécanique, ramassage, entretien, surveillance et maintenance légère d'équipements urbains (la chaussée, le trottoir ou encore les panneaux de signalisations), entretien des chemins et des plages. Le cheval permet d'atteindre des zones difficiles d'accès et se montre complémentaire des engins motorisés..
Entretien de la nature et des espaces verts
vignette|Débardage au cheval de trait en Haute-Loire.
Le cheval est particulièrement adapté à une mise au travail dans les espaces verts et les zones naturelles sensibles (humides, instables, pentues ou fragiles), les rivières, les chemins de randonnée, les parcs régionaux ou nationaux, et les forêts gérées par l'office national des forêts. Le travail consiste en du débardage, du portage et divers autres travaux forestiers. En ce domaine, la filière équestre française a l'avantage d'être organisée et professionnalisée, ce qui se traduit par la disponibilité de matériel adapté et l'existence de formations et de compétences pour ce marché. L'avantage du point de vue écologique est important, car le cheval ne tasse pas le sol, ne dérange pas ou peu la faune et la flore, et ne risque pas de polluer avec des hydrocarbures. Le cheval est considéré comme plus souple et plus maniable que les véhicules, permettant de passer en traversant les rivières et les zones pentues, et moins coûteux. Il est par contre plus lent et de rendement plus faible qu'un véhicule motorisé..
Pour ce qui concerne les espaces verts et les parcs en environnement urbain, l'utilisation du cheval est multiple : arrosage et irrigation des plates bandes, des jardinières, des plantations et des massifs, entretien des chemins et des remblais par le hersage ou le nivelage, plantation et entretien des massifs végétaux, collecte des corbeilles à papier, arrachage de petit et gros œuvre forestier, portage, transport de déchets verts et diverses animations telles que de la balade ou de la prévention. Il peut aussi être simplement laissé à brouter, dans le cadre de l'écopâturage. Le cheval est très apprécié des visiteurs des parcs et jardins, qui se montrent généralement plus aimables avec les agents municipaux. De plus, il respecte davantage le calme et la nature de ces lieux, ce qui le rend cohérent avec l'utilisation en zone Natura 2000 et en site historique. Il représente un point d'attrait des lieux et participe à leur identité. Pour l'arrosage, le cheval est aussi rapide et efficace qu'un véhicule motorisé. Le matériel adapté à ce type d'activité reste toutefois difficile à se procurer..
Transport municipal