Le massacre de Shadian est un massacre qui a eu lieu en 1975 (pendant la révolution culturelle chinoise) dans le village de Shadian (commune de Jijie, district de Mengzi, au Yunnan), en Chine. Le massacre a eu lieu dans sept villages de la province du Yunnan, en particulier dans la ville de Shadian dans la ville de Gejiu, en juillet et , causant la mort de plus de 1 600 civils (866 de Shadian seulement), dont 300 enfants, et détruisant 4 400 maisons.

Pendant la période « Boluan Fanzheng », l'incident a été considéré comme une "erreur" par le Parti communiste et les victimes ont été réhabilitées.

Contexte vignette|La Grande Mosquée de Shadian au Yunnan, Chine Shadian est un village de la minorité hui, majoritairement musulmane, dont la population s'élevait à sept ou huit mille personnes, soit environ un millier de foyers. Il est un centre ancien de la culture musulmane en Asie du Sud-Est et dans le sud-ouest de la ChineDru C. Gladney, Muslim Chinese: ethnic nationalism in the People's Republic, Harvard, 1991, p. 137.. Soumis au processus de collectivisation des terres, le village est obligé d'abandonner les cultures maraîchères, traditionnelles, pour la production céréalière en 1959. Ce changement plonge la population dans la misère de 1959 à 1961. C'est la raison de la revendication exprimée de manière continue par la population, entre 1969 et 1975, du retour à la production maraîchère, revendication jamais acceptée par les autoritésMa Ping, « Le génocide de musulmans dans le village de Shadian au Yunnan », pp. 409-411..

Un autre motif de mécontentement est la présence de cadres corrompus, appartenant au Parti communiste chinois et à l'administration locale, que la justice refuse de condamnerMa Ping, « Le génocide de musulmans dans le village de Shadian au Yunnan », p. 411..

Enfin la politique antireligieuse de la république populaire de Chine, qui se manifeste d'abord par l'interdiction de la prière pendant le travail, s'accentue durant la Révolution culturelle, avec l'installation dans le village de « brigades de propagande » qui s'en prennent à la population. Pendant cette période, deux factions de gardes rouges s'opposent dans la province du Yunnan, la faction dite d'« Août » et celle dite du « Canon »Ma Ping, « Le génocide de musulmans dans le village de Shadian au Yunnan », pp. 411-413.. En , l'armée intervient pour mettre un terme au conflit entre ces deux factions dans le village, mais le fait en s'en prenant aux chefs religieuxDru C. Gladney, Muslim Chinese: ethnic nationalism in the People's Republic, p. 138..

En 1974, deux nouvelles organisations, majoritairement issues des deux précédentes, s'affrontent dans le Yunnan : l'« Antirestauration », qui a le soutien des autorités, et le « Contre-courant ». Les villageois de Shadian appartiennent à la seconde, les manifestations religieuses leur sont donc interdites, certains habitants sont torturés. Dans le même temps les graves troubles dans la province inquiètent les autorités de PékinMa Ping, « Le génocide de musulmans dans le village de Shadian au Yunnan », pp. 413-414..

Le massacre

Après une première tentative pour pénétrer dans le village en mai, le , l'Armée populaire de libération, chargée de la « pacification » avec environ 10 000 hommes, tente de nuit de l'investir. Les habitants mettent en échec l'opération et résistent durant quatre jours. L'APL décide alors de bombarder le village avant d'y pénétrer, en tirant sur les habitants. Le village est entièrement en ruines. Il n'existe pas de chiffres certains du nombre de tués, estimés cependant à un millierMichael Dillon, China's Muslim Hui community: migration, settlement and sects, Curzon Press, 1999, pp. 165-166.. Pour justifier le massacre, l'armée présente par la suite de fausses preuves, destinées à faire croire à un projet de fondation de « république islamique »Ma Ping, « Le génocide de musulmans dans le village de Shadian au Yunnan », pp. 415-416..

Conséquences Le massacre de Shadian s'inscrit dans la série des nombreux massacres commis par l'Armée populaire de libération à partir de 1967, quand elle est chargée, seule institution stable, de remettre de l'ordre dans le paysSong Yongyi, avant-propos aux Massacres de la Révolution culturelle, pp. 38-41.. En , le Parti communiste chinois a présenté des excusesSusan McCarthy, Gods of Wealth, « Temples of Prosperity : Party State Participation in the Minority Cultural Revival », China, An International Journal, vol. 2, n° 1, 2004, p. 33. et attribué la responsabilité du massacre à Jiang Qing et son entourageMa Ping, « Le génocide de musulmans dans le village de Shadian au Yunnan », pp. 416-417., Kimberly E. Manning, compte-rendu de Roderick Macfarquhar et Michael Schoenhals, Mao's last revolution, Harvard University Press, 2006, dans Pacific Affairs, volume 80, n° 3, 2007, p. 507. .

Articles connexes Cas d'espionnage de Zhao Jianmin Liste de massacres en Chine Boluan Fanzheng Les Massacres de la Révolution culturelle

Références

Voir aussi Bibliographie Ma Ping, « Le génocide de musulmans dans le village de Shadian au Yunnan », dans Les Massacres de la Révolution culturelle (collectif), trad. Marc Raimbourg, Buchet-Chastel, 2008, rééd. Gallimard, coll. « Folio ».

S Catégorie:Émeute ou désordre civil en république populaire de Chine Catégorie:Islam en Chine Catégorie:1975 en Asie Catégorie:Yunnan Catégorie:Persécution des musulmans Catégorie:1975 en Chine Catégorie:Meurtre commis contre un mineur en Chine