Chelonia mydas, unique représentant du genre Chelonia, est une espèce de tortues marines de la famille des Cheloniidae. En français, elle est appelée tortue verte, tortue franche, chélonée marine, chélonée franche, cochon de merEt tôti blan ou tôti vé en créole ..
Description Cette tortue marine est la plus grande des Cheloniidae. La carapace mesure en moyenne et l'animal pèse entre 80 et . Certains spécimens peuvent atteindre un poids de pour une longueur de carapace de . Sa carapace ovale est aplatie pour une meilleure hydrodynamique, et sa largeur est d'environ 88 % de sa longueur. Sa tête est petite et représente environ 20 % de la longueur de la carapace. Elle ne dispose que d'une seule paire d'écailles préfrontales. Le bord de sa mâchoire inférieure est grossièrement dentelé tandis que la mâchoire supérieure est munie de fortes crêtes sur la face interne.
Sa dossière dispose de quatre plaques latérales, la paire antérieure est non contiguë à la plaque précentrale. Le plastron est constitué de quatre paires de plaques infra-marginales. Contrairement à Eretmochelys imbricata (tortue imbriquée) et à Caretta, elle n'a qu'une seule griffe sur chaque nageoire. Celle-ci est très développée chez les mâles.
La dossière est brun olive, les plaques brillantes avec des taches radiaires jaunes, vertes et noires, le plastron est jaune pâle, crème ou blanchâtre.
La tortue verte est la seule tortue de mer à sortir de l'eau pour prendre des bains de soleil. C’est aussi la plus rapide des tortues marines : elle peut atteindre une vitesse de près de .
La maturité sexuelle peut être atteinte entre 8 et .
Nourriture vignette|Tortue verte broutant un herbier marin Jusqu'au stade juvénile benthique, sûrement pour s'assurer une croissance la plus rapide possible, cette tortue est essentiellement zoophage, elle consomme des petits invertébrés et des œufs de poissons. Puis, elle broute presque exclusivement des plantes, des herbiers marins sur les fonds jusqu'à 30 m de profondeur. Ce régime alimentaire est supposé donner une couleur verdâtre à sa chair. Leur régime alimentaire majoritairement phytophage distingue les individus de cette espèce, en danger d'extinction, des autres tortues marines.Mais elles peuvent aussi manger quelques mollusques, des éponges, petites crevettes et des méduses.
Reproduction Quand elle a atteint sa maturité sexuelle, la femelle vient pondre tous les 3 à sur la plage où elle est née (ou du secteur) puis elle retourne dans l'océan. Elle s'accouple près des plages et les femelles vont y pondre jusqu'à six fois, ce qui lui prendra environ un mois et demi. Elle commence par s'assurer de la sécurité de la plage depuis le bord de l'eau. Elle ne devra pas être bordée de végétation, ni trop large, ni trop étroite.
Une fois arrivée assez haut sur la plage, elle commence par creuser sa cavité corporelle, un trou d'une fois à une fois et demie son épaisseur, cette première phase dure environ vingt minutes. Puis elle creuse le puits de ponte avec ses pattes arrière, cette seconde partie du trou est peu large et profonde d'environ , cette dernière phase dure vingt minutes à peu près.
Enfin, elle pond une centaine d'œufs (de 20 à 250), mous, de la taille d'une balle de golf soit de 5 à 6 g. Elle rebouche son trou après environ vingt minutes de ponte. Puis elle avance sur à peu près trois mètres dans n'importe quelle direction en jetant du sable derrière elle si bien qu'il est impossible de savoir où elle a pondu. Les trous restants sur la plage ne sont qu'un leurre. Elle retourne à la mer environ une heure et demie après avoir pondu. La durée d’incubation est de 45 à suivant la température.
Une tortue verte adulte peut nager si nécessaire plus de entre sa zone de ponte et celle où elle se nourrit.
Distribution et lieux de ponte thumb|Répartition des lieux de pontes de la tortue verte 20px Fond bleu : présence de tortues vertes Fichier:Repartition map - Red dot.png Point rouge : lieux de pontes principaux Fichier:Repartition map - Yellow point.png Point jaune : lieux de pontes secondaires|177x177px La Tortue verte est une tortue marine présente dans les eaux tropicales et tempérées de tous les océans, mais plus ou moins rare selon les régions. Elle préfère les eaux peu profondes et riches en zostères sans pour autant s'y circonscrire. Les adultes parcourent de très longues distances entre les herbiers et la zone de nidification. Contrairement aux autres tortues marines, les Tortues vertes peuvent prendre le soleil sur les plages comme d'autres reptiles marins.
Orientation et migration La tortue verte est capable de s’orienter grâce au champ magnétique terrestre. Dès la naissance, elle mémoriserait certaines caractéristiques magnétiques de son lieu d’origine.
Cette capacité lui permet, après plusieurs décennies passées en mer et après avoir parcouru des milliers de kilomètres, de revenir pondre sur la même plage que celle où elle est née. Ce phénomène est connu sous le nom de navigation magnétique et joue un rôle essentiel dans les migrations des tortues marines.
Prédateurs et menaces thumb|Comme beaucoup de gros animaux placides, la tortue verte sert souvent de véhicule aux rémoras communs.
La prédation animale agit surtout lors de l'éclosion des œufs car l'espèce est menacée par les crabes, oiseaux et mammifères s'aventurant sur les plages. Mais, les œufs sont aussi directement menacés par les insectes. Une fois arrivées à l'eau, les jeunes tortues vertes ne sont pas encore en sécurité, elles deviennent les proies des céphalopodes (poulpes, calmars) et gros poissons.
Une fois le stade juvénile benthique atteint, ses prédateurs deviennent les requins et les crocodiles marins au large de l'Australie mais surtout les hommes qui la pêchent, quelquefois par inadvertance mais surtout pour sa chair. La pollution est une menace certaine et la multiplication des maladies tel que la fibropapillomatose semble en témoigner . Enfin la prédation sur les œufs reste très importante malgré certaines précautions prises par les autorités locales. Les autres menaces principales pesant sur cette espèce sont la prise accessoire (suffocation dans les filets de pêche) et l'étouffement par ingestion de plastique (confondu avec des méduses, proies communes des tortues vertes).
vignette|tortue verte pondant sur une plage de l'île Europa Par exemple, sur les îles Tromelin et Europa, situées respectivement à 600 km et de La Réunion, lieux de ponte privilégiés par la tortue verte, on estime qu'un million de tortues naissent chaque année mais que leur taux de survie serait au bout de quelques jours inférieur à 1 % car elles sont dévorées par les oiseaux, les poissons carnassiers, etc. À cause du réchauffement climatique et de la pollution plastique, seul un œuf éclot sur a une chance de devenir une tortue adulte.
Systématique vignette|droite|Scène de ponte.thumb|Une tortue verte albinos à Kélonia, un aquarium public de La Réunion
Étymologie Leur nom de « tortue verte » leur vient de la couleur de leur graisse, légèrement verdâtre, du fait des algues qu'elles consomment.
Chelonia vient du grec , Chélonê, « tortue ».
Taxinomie La taxonomie de cette tortue a suivi l'évolution des connaissances sur la phylogénétique des tortues, qui a défini petit à petit des taxons plus précis. Cette espèce s'est donc retrouvée, tour à tour, classée dans les Testudo par Linné 1758, puis Chelonia. En 1868, Bocourt décrit une autre tortue, la tortue franche du Pacifique ou tortue noire qu'il nomme Chelonia agassizi. Ces deux populations, bien que morphologiquement légèrement différentes, font partie de la même espèce.
Chelonia mydas admet les synonymes suivant :
Testudo mydas Linnaeus, 1758 Testudo viridis Schneider, 1783 Testudo japonica Schneider, 1787 Testudo macropus Gmelin, 1789 Testudo bomarii Mayer, 1790 Testudo chloronotus Bechstein, 1800 Testudo rugosa Daudin, 1801 Testudo cepediana Daudin, 1801 Chelonia virgata schweigger, 1812 Caretta cepedii Merrem, 1820 Caretta esculenta Merrem, 1820 Caretta thunbergii Merrem, 1820 Chelonia lachrymata Cuvier, 1829 Chelonia maculosa Cuvier, 1829 Chelonia bicarinata Lesson, 1831 Chelonia marmorata Duméril & Bibron, 1835 Chelonia formosa Girard, 1858 Chelonia tenuis Girard, 1858 Chelonia albiventer Nardo, 1864 Chelonia agassizii Bocourt, 1868 Chelonia lata Philippi, 1887 Chelonia mydas carrinegra Caldwell, 1962
et Chelonia Chelone Brongniart, 1805 Chelonias Rafinesque, 1814 Chelona Fleming, 1828 Mydas Cocteau in Cocteau & Bibron, 1838 Mydasea Gervais, 1843 Euchelonia Tschudi, 1846 Megemys Gistel, 1848 Euchelys Gistel, 1858
Classification phylogénétique thumb|Carapace de Chelonia mydas
Les principaux groupes évolutifs relatifs sont décrites ci-dessous par phylogénie selon Hirayama, 1997, 1998, Lapparent de Broin, 2000, and Parham, 2005 :
La Tortue verte et l'Homme thumb|Restes d'une scène de braconnage, à Mayotte. thumb|Tortue verte proposée à la vente sur un marché aux poissons au Ghana. thumb|Les tortues sont des espèces charismatiques, ce qui entraîne parfois des interactions non désirées de leur part. Longtemps (et parfois encore) pourchassée pour la consommation de sa chair, pour la consommation de ses œufs (parfois même réputés aphrodisiaques) ou pour l'utilisation de sa carapace, qui permet de fabriquer des objets en écaille de tortue (même si cette industrie concerne plutôt la tortue imbriquée), la tortue verte est aujourd'hui le plus souvent protégée. L'espèce est également utilisée pour la préparation de sous-produits tels que l'huile, les cartilages (calipee) et le cuir. En outre comme les autres tortues marines, elle est menacée par la pêche et la pollution.
Sur l'île française de Mayotte, le braconnage de tortues vertes est quasiment industriel : on retrouve chaque année plus de 400 tortues dépecées sur les plages où elles viennent pondre, alimentant un important marché clandestin. .
La consommation de tortues vertes est cependant risquée : ces animaux vivent très vieux et accumulent donc dans leur chair des années de toxines et métaux lourds non métabolisables, qui peuvent facilement rendre cette viande toxique, même après cuisson.. Ainsi, en après qu'un pêcheur malgache a cuisiné pour son village une tortue d' fraîchement pêchée, plus de 40 villageois sont tombés gravement malades et ont dû être hospitalisés en urgence, et 10 d'entre eux sont morts, notamment de jeunes enfants..
Plusieurs pays ont adopté des mesures allant de la protection partielle à la protection totale des œufs et des femelles adultes.
L'île de la Réunion abrite notamment le centre Kélonia, à la fois aquarium, musée, et centre de recherche, d’intervention et de soins consacré aux tortues marines..
Protection Au niveau mondial, la tortue verte figure en Liste rouge de l'UICN des espèces menacées, avec le statut . Leur commerce est prohibé par l'Annexe I de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES). L'espèce est strictement protégée par la loi sur tout le territoire français.
En France elle est concernée par un plan de restauration des tortues marines des Antilles françaises (plan local et régional qui concerne aussi d'autres tortues marines des Antilles Françaises (Tortue imbriquée, Tortue verte, Tortue luth, Tortue caouanne, Tortue olivâtre). Ce plan est subdivisé en : un Plan de Restauration des Tortues Marines de Guadeloupe ; un Plan de Restauration des Tortues Marines de Martinique ; un projet de programme de coopération internationale à développer à échelle géographique plus large, voire planétaire afin de mieux prendre en compte les métapopulations et la diversité génétique des espèces.
Publications originales Linnaeus, 1758 : Systema naturae per regna tria naturae, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis, ed. 10 (texte intégral).