La télévision couleur ou télévision en couleurs désigne la technologie permettant de restituer les teintes et nuances chromatiques à l'écran, dont le signal est généralement télédiffusé ou télédistribué par câble.
En noir et blanc depuis ses origines, l'arrivée de la couleur marque un événement essentiel dans l'Histoire des techniques de télévision. On distingue chronologiquement trois grandes évolutions successives de cette technologie. La première concerne les dispositifs mécaniques, la seconde exploite les circuits électroniques et la troisième est adaptée à la télédiffusion numérique. À partir des années 1950, plusieurs pays comme les États-Unis, la France, le Mexique, l'Angleterre, l'Allemagne, les Pays-Bas, l'URSS et l'Italie participent à une compétition à la fois technique, industrielle et politique pour imposer leur standard couleur sur le plan international. Au terme de cette bataille, trois standards subsistent, le NTSC américain, le SÉCAM français et le PAL allemand, se répartissant chacun, des zones géographiques et pays.
Avec l'introduction du numérique et l'abandon progressif des normes et standards de télédiffusion analogiques, les standard couleurs sont provisoirement maintenus pour compatibilité avec les équipements vidéo et téléviseurs anciens mais ils disparaissent, notamment avec l'adoption de la télévision à Haute Définition.
Contexte historique
À l'instar du cinématographe ou de la photographie, les chercheurs, inventeurs et entrepreneurs impliqués dans la technologie de la télévision en noir et blanc souhaitent découvrir et réaliser des solutions pour doter de la couleur, l'écran de télévision ou le télé-projecteur. On trouve la trace d'un premier brevet déposé en Russie en 1889, pour un système en couleur à balayage électroniqueAndré Lange : « Le Miroir magique - La vision à distance par le biais de l’électricité à la fin du XIXe siècle et l’historiographie des origines de la télévision ». Revue n° 14 Recherches en communication, aux éditions du Centre de Recherche en Communication UCL (Belgique), publié le 2 février 2000, page 63, consulté le 27 septembre 2025. . Les contraintes sont nombreuses et l'objectif consiste à maintenir une compatibilité avec les normes existantes pour la télédiffusion en noir et blanc, limiter les dispositifs complexes et exploiter des solutions industriellement et commercialement compétitives voire peu coûteuses.
Né et vivant en Russie, l'ingénieur arménien Hovannes Adamian développe un projet de télévision en couleurs et dépose plusieurs brevets relatifs à la télévision, notamment en Allemagne, le portant le n°197.183 puis en Angleterre, le 1er avril 1908 portant le numéro 7.219 ainsi qu'en France, n°390.326 et en Russie, n°17.912, en 1910. En 1925, Adamian met au point le projet « Eristavi » à Erevan (Union soviétique), consistant en un dispositif mécanique de projection et de retransmission d'images fixes successives en couleurs, produisant une animation. Dans son laboratoire, il réussit avec son équipe technique à diffuser à l'écran, nombre de motifs et de dessins en couleur, transférés via le système Eristavi, depuis une salle technique située à proximité.
Dispositifs mécaniques
Après des tests en laboratoire, l'ingénieur anglais John Logie Baird procède à la première démonstration publique de transmission vidéo en couleur exploitant des disques verticaux rotatifs à filtres optiques de couleurs primaires (rouge, vert et bleu) motorisés et synchronisés, tournant en émission et réception à la même vitesse, installés devant un téléviseur noir et blancJohn Logie Baird, Television Apparatus and the Like, U.S. patent, filed in U.K. in 1928.Baird Television: Crystal Palace Television Studios. Jusqu'alors, ce type d'expérimentations ont été réalisées en laboratoire et en circuit fermé.. Toutefois, ce dispositif accuse certains défauts et contraintes optiques ou mécaniques. En 1938, le système shadow mask destiné aux tubes cathodiques couleur est breveté par Werner Flechsig, en Allemagne. Une présentation publique de télévision couleur avec ce type d'écrans est organisée à lInternationale Funkausstellung Berlin'' l'année suivante.
En août 1940, l'ingénieur mexicain Guillermo Gonzalez Camarena, invente le système de télévision en couleur appelé « système trichromatique séquentiel ». Dans les années 1960, le même inventeur développe un système plus simple pour générer la couleur, appelé système « bicolore simplifié ».
Solution électronique La précision concernant les Techniques de télévision fait l'objet d'un article séparé.
Le , John Logie Baird réalise la première démonstration publique d’un écran couleur entièrement électronique. Ce dispositif à exploite un entrelacement triplé, avec six balayages pour chaque imageAlbert Abramson, The History of Television, 1942 to 2000, McFarland & Company, 2003, .Baird Television: The World's First High Definition Colour Television System.. En , aux États-Unis, la chaîne de télévision Columbia Broadcasting System présente son système de télévision couleur, le N.T.S.C. toutefois, ce système encore mécanique n'est pas confirmé officiellement. En 1952, l'ingénieur français Paul Massebiau dépose un brevet avec Jean-Marie Gutmann, relatif à un procédé de télédiffusion pour la transmission des images en couleur.
Le 15 décembre 1953, les États-Unis adoptent le standard couleur électronique NTSC.
vignette|Le modèle RCA CT-100, tout premier téléviseur en couleurs commercialisé aux Etats-Unis, vendu à , affichant le générique d'un dessin animé de Superman. Le premier téléviseur couleur américain est commercialisé en ; ce modèle fabriqué par la société RCA a pour référence « CT-100 ».
Le 30 mars 1956 à Paris, la presse et le Comité consultatif international des télécommunications (CCIT) sont invités par la RTF pour la présentation aux experts du secteur, de plusieurs démonstrations de télévision en couleurs. On note qu'Henri de France y présente pour la première fois son système de télévision à haute définition en couleur à 819 lignes développé avec Radio-Industrie, celui du L.E.P. (Laboratoire d'électronique et de physique) à double balayage et, que les ingénieurs insistent sur le fait que ces appareils et dispositifs ne sont encore que des prototypes. Le 25 mai 1956, l'ingénieur français Henri de France dépose un premier brevet du standard SÉCAM. Il tente de l'associer à la norme haute définition noir et blanc française en 819 lignes.
Le , le gouvernement français annonce la création d'une seconde chaîne de télévision à la Radiodiffusion-télévision française (RTF); les services techniques de la RTF procèdent à plusieurs essais en vue de diffuser depuis l'émetteur de la tour Eiffel un deuxième programme au standard 819 lignes VHF, aux mêmes normes que l'unique chaîne française déjà en service sur le canal 8A à Paris. Le 11 mai 1959 à Genève, la chaîne américaine RCA présente à la télévision suisse romande, un autocar de reportage équipé avec un magnétoscope à bande magnétique capable d'enregistrer des émissions en couleur au standard NTSC.
À la même période, le Hollandais Philips élabore un standard de télévision en couleurs exploitant deux fréquences sous-porteuses associée à la fréquence principale pour la vidéo en noir et blanc et l'audio..
Le tout premier essai de la deuxième chaîne de la RTF a lieu le sur les canaux 10 et 12 de la bande IIILes essais de la deuxième chaîne de télévision ont commencé-Le Monde-19/09/1959 mais les transmissions sur les canaux voisins se soldent par des échecs, la réception étant fortement brouillée sur l'une ou l'autre des deux fréquencesHebdomadaire Radio-Cinéma-Télévision (ancêtre de Télérama), années 1957 à 1959. Le recours à une diffusion sur la nouvelle bande de fréquences UHF (471-, canaux 21 à 65), associée à la définition au format 625 lignes créé par les Russes à la fin des années 1940 et en usage dans la quasi-totalité des pays européens, s'avère alors indispensable pour cette nouvelle deuxième chaîne de télévision de la RTF.
La bataille des standards
Le 29 avril 1960, la première liaison en télévision SECAM entre Paris et Londres est réalisée par les techniciens de la Compagnie française de télévision (CFT), filiale de la société Thomson, qui marque la mise au point fonctionnelle du standard français. Au cours de l'année 1960, l'ingénieur français Henri de France abandonne ses développements pour adapter son système SECAM à la haute définition 819 lignes alors que la deuxième chaîne nationale française adopte officiellement la norme européenne à 625 lignes. Le 24 juin 1961, la BBC présente à l'antenne le premier magnétoscope grand public de marque anglaise Telcan dont on promet l'adaptation future aux signaux de télévision en couleur, mais la société ne parviendra pas à le commercialiser autrement que dans une version noir et blanc.
Le , le nouvel émetteur 625 lignes désormais adapté au standard couleur SECAM est installé sur la tour Eiffel à Paris et commence à diffuser des émissions expérimentales en couleur. Jusqu'en 1967, le SECAM est exploité à plusieurs reprises de façon régulière par la chaîne sans succès afin de préparer la mise en place de la couleur sur la chaîne. Ces émissions d'essai en couleur sont restreintes à la région parisienne et réalisées sur l'unique chaîne diffusée en 819 lignes, à raison de deux matins par semaine (généralement mardi et jeudi), entre et Entre l'enclume et le marteau : Le Service public de la télévision dans l'Union européenne-Jean-Noël Dibie (Épilogue. Rubrique 37).RTF Télévision - interlude en couleur avec Denise Fabre - 1964-YouTube. Le 16 mai 1963, la tour Eiffel permet au puissant émetteur expérimental (100 kilowatts) de la deuxième chaîne RTF, de diffuser un programme en couleur SECAM sur le canal 22 en UHF. En juillet 1963, la deuxième chaîne RTF encore expérimentale diffuse pour la première fois en couleur SECAM, des mires en couleur ainsi que la légendaire photographie du visage souriant de « la Niçoise ».
Le , la RTF procède à une expérimentation publique de télédiffusion en SECAM.
Le 12 novembre 1964, plusieurs pays d'Europe expérimentent à la fois les deux standards couleur européens, SECAM et PAL. Le 22 mars 1965, l'URSS adopte officiellement le SECAM français, créant la surprise, la veille d'une conférence internationale à Vienne où un standard européen de télévision couleur doit en principe être adopté. Le 29 novembre 1965, une liaison vidéo est établie entre Moscou et Paris en couleur au standard SECAM grâce au satellite soviétique Molnya 1 (éclair en russe) pour échanger les programmes télévisuels entre les deux pays. Le marque la première retransmission couleurs depuis Paris, retransmise vers la Russie en couleur SECAM grâce au satellite soviétique Molnya 3; l'extrait de la pièce de Théâtre Lucrèce Borgia de Victor Hugo, réalisée par Jean-Roger Cadet.
Le , l'Europe est officiellement divisée entre les pays adoptant le SECAM et ceux, largement majoritaires, ayant choisi le PAL lors d'une réunion du CCIR; ironiquement, l'inventeur du SECAM, Henri de France va toucher des royalties du standard concurrent PAL allemand car il exploite plusieurs brevets du SECAM. Le , soit plus de dix années après son voisin américain, le Canada diffuse pour la première fois en couleur NTSC sur la chaîne nationale Radio-Canada pour toucher potentiellement près de quatre millions de Québécois, alors que des expérimentations ont été réalisées trois mois auparavant.. Le , la RFA est le premier pays à diffuser une chaîne de télévision au standard couleur PAL.
Le , la deuxième chaîne de l'ORTF diffuse le premier journal télévisé en couleurs diffusé en Europe. Le marque le début des émissions régulières en couleurs SECAM sur la deuxième chaîne ORTF. Près de 40 procédés de télévision ont été développés et plusieurs années d'expérimentation pour y parvenir.. Le , la Belgique adopte officiellement le standard couleur PAL pour ses chaînes nationales.