vignette|Étourneau sansonnet en train de chanter. vignette|Sonagramme et oscillogramme des ondes sonores d'une baleine à bosse (Megaptera novaeangliae). La bioacoustique est un domaine scientifique interdisciplinaire combinant la biologie et l'acoustique. Elle enregistre, stocke et étudie la production, la réception et l'interprétation des sons par les organismes biologiques, notamment chez les animaux, êtres humains inclus et plus récemment par des plantes aquatiques ou terrestres (au niveau racinaire y compris) et même chez des colonies bactériennes (ex : de Bacillus carboniphilus)Ces bactéries émettent des sons à des fréquences comprises entre 8 et 43 kHz avec de larges pics à environ 8,5 kHz, 19 kHz, 29 kHz et 37 kHz, selon . Pour interpréter des sons, identifier des significations en matière de communication inter et intra-espèce, elle prend autant en compte la neurophysiologie que l'anatomie. Elle prend une importance croissante dans l'étude de la biosphère et des écosystèmes terrestres et aquatiques, parfois gravement perturbés par la pollution sonore.
Histoire De tout temps, les hommes ont écouté les sons d'animaux pour reconnaître les espèces animales et les repérerUli Pförtner, documentaire « Opération Dolittle. La voix des animaux », WDR, 2013.
Bioacoustique et animaux Les pionniers dans ce domaine sont Ludwig Karl Koch qui réalise en 1889 le premier enregistrement connu d'un oiseau (un Shama en captivité dans le zoo de Francfort-sur-le-Main. L'universitaire Arthur Augustus Allen et ses étudiants du laboratoire d'ornithologie de l'Université Cornell, Paul Kellogg et Albert A. Allen enregistrent sur des disques microsillons dans les années 1920 les cris et chants de plus de 301 espèces d’oiseaux de l'Est des États-Unis.
En 1925, le biologiste slovène Ivan Regen étudie la stridulation de sauterelles et de criquets. Il montre que ces insectes répondent aux stimuli acoustiques d'autres individus ou d'un dispositif artificiel de stridulation. Ensuite, il montre que la réception des sons se fait au niveau de l' situé sur les pattes des grillons et des sauterelles ou au niveau de l'abdomen des criquets. Il est considéré comme le fondateur de la bioacoustique en tant que discipline scientifique.
Des dispositifs électro-mécaniques relativement rudimentaires, tels les phonographes, sont utilisés dans la première moitié du pour évaluer sommairement les propriétés des signaux acoustiques. L'apport de l'électronique et de dispositifs tels que des oscilloscopes, des caméras acoustiques, des hydrophones (placés notamment sous les DCP) et divers enregistreurs numériques permettent dans la seconde moitié du d'effectuer des mesures plus précises.
Dans les années 1990, Campbell et ses collègues analysent le bruit des ailes de moustiquesCampbell, R.H., Martin, S.K., Schneider, I. & Michelson, W.R. (1996) Analysis of mosquito wing beat sound. 132nd Meeting of the Acoustical Society of America, Honolulu et on cherche utiliser l'informatique (machine learning…) pour la reconnaissance automatiques d'espèces d'insectesChesmore, E.D. (1999) Technology transfer: applications of electronic technology in ecology and entomology for species identification. Natural History Research 5, 111–126.Chesmore, E.D. & Nellenbach, C. (2001) Acoustic methods for the automated detection and identification of insects. Acta Horticulturae 562, 223–231. et on sait détecter dans le grain la larve de Rhizopertha dominica , un ravageur des stocks de blés Hagstrum, D.W., Vick, K.W. & Webb, J.C. (1990) Acoustic monitoring of Rhizopertha dominica (Coleoptera: Bostrichidae) populations in stored wheat. Journal of Economic Entomology 83, 625–628. Et un logiciel arrive à distinguer et identifier automatiquement 22 espèces de grenouilles du nord de l'AustralieGrigg, G., Taylor, A., Mc Callum, H., & Watson, G. (1996). Monitoring frog communities: an application of machine learning. In Proceedings of eighth innovative applications of artificial intelligence conference, Portland Oregon (pp. 1564-1569)..
Communication vibrationnelle Utilisant des vibrations transmises via un substrat (surface de l'eau, bois morts, feuilles mortes ou tissus végétaux vivants en général), elle est inaudible, et porte typiquement jusqu'à 2 m de l'émetteur selon Keuper & Kühne en 1983 à propos du criquet Tettigonia cantans, ou selon Henry & Wells en 1990 à propos du « chant » pré-copulatoire de Chrysoperla plorabunda, Cokl et Virant-Doberlet en 2003. Des araignées peuvent néanmoins percevoir de gros insectes de 2 à 4 m d'elles d'après McVean et Field en 1996McVean A Field LH . 1996. Communication by substratum vibration in the New Zealand tree weta, Hemideina femorata (Stenopelmatidae: Orthoptera). Journal of Zoology (London). 239: 101–122., et Barth en 2002. Et Stewart et Zeigler en 1984 ont expérimentalement montré que, dans de bonnes conditions, mâles et femelles de plécoptères de l'espèce Perlinella drymo peuvent communiquer en duo à 8 m (voire plus) l'un de l'autre, par tambourinement transmis le long d'une baguette de bois (de 5 à 9 mm de diamètre), ici utilisée comme guide d'ondes.
Ces « vibrations » inaudibles pour l'Homme peuvent être électriquement transcrites en sons « aériens » écoutables via un haut-parleur par l'Homme (avec leur ton et leur rythme conservés). Ainsi amplifiés, ces sons apparaissent très différents des chants stridulants de cigales, sauterelles et grillons ou des vrombissements d'apidés (abeilles, bourdons) : ils semblent produits par de gros animaux. Pour ce type de vibrations, il n'y a plus de lien entre la taille de l'invertébré émetteur et la fréquence (hauteur) du signal produit. Les ondes de pression traversant l'air ne peuvent pas être utilisées par les petits invertébrés pour communiquer alors que les baleines ou éléphants peuvent produire efficacement des sons à basse fréquence portant très loin respectivement dans l'eau ou l'air. Cependant, les contraintes de transmission d'une vibration dans l'air n'existent plus pour les substrat bons conducteurs de vibration tels que le bois mort ou le végétal vivant. Là des signaux basse fréquence peuvent être émis par de très petits animaux (ex : la cicadelle épineuse Umbonia crassicornis, 10 000 fois moins lourde qu'un crapaud buffle américain Lithobates catesbeianus, est inaudible pour nous, mais communique via le substrat végétal avec des signaux vibratoires identiques (en termes de basses fréquences) aux coassement aériens de l'amphibien.
La communication vibrationnelle, écologiquement importante, car très commune chez les insectes repose sur l'émission de tons plutôt purs et/ou de séries harmoniques changeant de fréquence évoquant parfois le chant des oiseaux. Cokl et Virant-Doberlet ont montré en 2003 qu'un même insecte peut en outre associer plusieurs moyens pour générer des vibrations de basse fréquence dans un substrat ce qui lui permet d'associer des tons purs à des harmoniques avec des segments bruyants et/ou percussifs plus ou moins rythmiques. À ce jour peu de signaux vibrationnels ont été étudiés chez les invertébrés, il est donc certain que la majeure partie de ces signaux est encore à découvrir. Outre les sons émis volontairement, il y a ceux qui correspondent au travail des mandibules en train de manger, ronger ou forer…
Analyse automatique des sons animaux Au début des années 2000 on sait identifier automatiquement le barrissement d'éléphants, mais aussi la signature vocale d'individus au sein du groupeClemins, P.J. & Johnson, M.T. (2002) Automatic type classification and speaker verification of African elephant vocalizations. Animal Behaviour 2002, Vrije Universiteit, Amsterdam. ou encore, au sein de balles de coton, la signature sonore du Ver rose du cotonnier (Pectinophora gossypiella)Hickling, R., Lee, P., Velea, D., Denneby, T.J. & Patin, A.I. (2000) Acoustic system for rapidly detecting and monitoring pink bollworm in cotton bolls. pp. 1–10 in Proceedings of the Beltwide Cotton Conference, San Antonio. On détecte aussi la larve de Cephus cinctus dans la tige du blé Mankin, R.W. & Weaver, D.K. (2000) Acoustic detection and monitoring of Cephus cinctus sawfly larvae in wheat stems. International Congress of Entomology, Brazil.. On automatise aussi la détection/identification des chiroptères en vol.
Des techniques de bioacoustique améliorées par des réseaux neuronauxChesmore E.D (2001) Application of time domain signal coding and artificial neural networks to passive acoustical identification of animals. Applied Acoustics 62, 1359–1374. ont été récemment proposées comme une méthode non invasive pour estimer la biodiversité. Par exemple, en 2004, 25 espèces d'orthoptères britanniques pouvaient déjà être reconnus par leur chant, de manière automatique, avec une précision de 99 % pour des sons de bonne qualité.
Bioacoustique et végétaux
Des outils bioacoustiques sont aussi envisagés pour analyser la santé des végétaux et leurs caractéristiques structurelles internes, ainsi que pour détecter certains insectes dits « ravageurs » du bois ou de plantes d'intérêt alimentaire ou commercial, via leurs comportements typiques (bruits de locomotion, de creusement, d'alimentation et/ou de communication). On sait maintenant amplifier, filtrer (éliminer les interférences émises par le dispositif d'enregistrement, l'environnement), classer et interpréter ces sons, dont par apprentissage automatique. Le signal sonore peut être segmenté et chaque segment peut être caractérisé pour son harmonique dominante, sa périodicité, ses coefficients cepstraux (distribution relative de l'énergie entre les différentes sous-bandes spectrales). En tenant compte des caractéristiques combinées de distribution spectrale, temporelle et spatiale des signaux écoutés dans les plantes, il devient possible d'interpréter de manière de plus en plus fine les vibrations structurelles des plantes, les processus de filtrage et de distorsion du bruit, pour améliorer les évaluations de l'état de la plante et d'éventuelles infestations cachées de ravageurs ou d'espèces contribuant à la biodiversité négative (espèces introduites, envahissantes, invasives…). Parmi les espèces cibles testées figurent notamment deux coléoptères (Curculionidae, Dryophorinae) : Rhynchophorus ferrugineus qui attaque les palmiers, et le charançon du riz, Sitophilus oryzae (L.). En 2009, le taux de détection atteignait respectivement 99,1 % et 100 % pour ces deux insectes.
Un champ récent et encore émergent de la bioacoustique est l'étude des bruits activement ou passivement produits par les plantes terrestres ou aquatiques.
Écologie acoustique Les progrès les plus récents en bioacoustique ont fait émerger les relations entre les organismes vivants et leur environnement sonore, d'où le développement du concept de paysage sonore étudié par l’écologie acoustique ou écologie sonore, concept formulé à l'origine par le compositeur et écologiste canadien R. Murray Schafer dans son livre de 1977 Le Paysage sonore.
L'écologie acoustique étudie des sons produits par les êtres vivants d'un écosystème (discipline appelée ), des sons d'origine humaine et notamment l'impact du bruit anthropique (discipline appelée ), et des sonorités de la Terre non biologiques (discipline appelée ), disciplines dont les termes sont dus au musicien Bernie Krause et son collègue Stuart Gage.