thumb|Charles Théodore de Bavière avec une flûte traversière baroque.
La flûte traversière baroque, dite flûte allemande ou traversoVoir sur festesdethalie.org., est une flûte en usage en Europe au et au Voir sur flutehistory.com..
Historique vignette|gauche|Tableau des doigtés de la flûte à une clé (méthode de flûte de François Devienne vers 1795).
Jean-Baptiste Lully est le premier compositeur de premier plan utilisant la flûte traversière dans son ensemble.
À la fin du , des flûtistes tels que Jacques-Martin Hotteterre (1674-1743), membre d'une famille de facteurs de flûtes, et Johann Joachim Quantz, apportent des améliorations à l'instrument, encore perfectionné à la fin du avant d'être supplanté au milieu du par la flûte traversière que nous connaissons. La perce de la flûte devient conique et l'instrument est divisé en trois morceaux : la tête (avec l'embouchure), le corps qui comporte les trous joués directement avec six doigts (trois pour chaque main, index, majeur et annulaire) et le pied qui reçoit la clé actionnée par l'auriculaire de la main droite. C'est une quasi-certitude que la famille Hotteterre est à l'origine de la clé de ré dièse, inventée vers les années 1660-1670, qui permet à la flûte traversière de produire tous les sons de l'échelle chromatique. Le la des flûtes signées Hotteterre conservées aujourd'hui est à environ 392 Hertz, p. 8 (Réflexions sur l'Essai de J. J. Quantz et sur la flûte traversière à une clef). Par ailleurs Jacques-Martin Hotteterre écrit en 1707 le premier livre à propos de la flûte traversière : Les Principes de la Flûte Traversière.
La flûte connait dans la première moitié du de nouvelles évolutions. Elle comprend à présent quatre parties, et le diapason du la le plus courant est à . Ce modèle est appelé modèle Quantz, ou modèle Stanesby en Angleterre et modèle Bizey ou Scherer en France.
Ces flûtes ne disposaient que de cette unique clé de ré#. Quantz en ajoute une deuxième pour distinguer le ré dièse du mi bémol, mais cette innovation n'est pas adoptée. À l'exception du ré#, les altérations à la gamme de base de ré majeur de l'instrument étaient produites par des doigtés de fourche. Le jeu dans la tonalité de ré ou celles proches (de do à mi majeur et tons relatifs mineurs) était plus aisé que dans les tonalités comportant des bémols, rarement utilisées dans les œuvres où la flûte est soliste, telles que concertos ou pièces de musique de chambre, où l'instrument est mis en valeur . Cette flûte à une clé est celle pour laquelle ont composé les musiciens de l'époque baroque et du début du classicisme, notamment Bach et Mozart.
Des clés supplémentaires sont ajoutées vers 1790, le modèle le plus courant de la première moitié du étant la flûte à cinq clés, les cinq doigts de la main gauche étant utilisés, pouce pour une clé de si bémol (ou la dièse), auriculaire pour une clé de sol dièse (ou la bémol) et deux autres clés permettant d'éviter les doigtés de fourche pour un jeu chromatique plus aisé, plusieurs notes restant encore d'une justesse imparfaite ou d'un timbre inégal. Certains facteurs ajoutent une «patte d'ut» étendant la tessiture d'un ton dans le grave (do et do#) et d'autres clés pour faciliter certains trilles, portant ce nombre jusqu'à neuf. Cet instrument était celui des compositeurs de la première période romantique avant la création de la forme actuelle de l'instrument par Theobald Boehm dans les années 1830. Cette flûte en bois à plusieurs clés, certains modèles comportant des trous larges donnant une sonorité plus puissante, correspond à la flûte irlandaise et ne peut être assimilée au traverso baroque.
La redécouverte du traverso au milieu du est liée au renouveau de la musique baroque. Son timbre voilé et la sonorité particulière de certaines notes mise en valeur par certains compositeurs, notamment Jean-Sébastien Bach dans l'accompagnement de plusieurs cantates, permet une interprétation plus authentique.
Facture Matériaux Avant l'introduction du métal, les flûtes étaient construites en bois (généralement buis ou ébène pour celles de l'époque baroque), ou en ivoire pour des instruments plus prestigieux. Les viroles (ou bagues) étaient en ivoire, en métal, en os ou en corne, et les clés en argent, en cuivre ou en laiton. Beaucoup plus exceptionnelles, quelques flûtes à une clé ont été réalisées en porcelaine de Saxe.
vignette|centré|redresse=2|Flûte à une clé de Léonard Clapisson en ébène, bagues en ivoire (c.1775/1790)
La facture moderne utilise également le buis, mais surtout la grenadille (ébène du Mozambique) et le palissandre, plus rarement le bois de rose, le cocobolo, le mopane ou d'autres essences exotiques. La plupart sont des bois tropicaux inscrits sur les listes des espèces menacées d'extinction, ce qui en rend l'approvisionnement difficile et onéreux. Les viroles peuvent être en ivoirine.
Des instruments en résine ABS sont également disponibles depuis 1985.
Facteurs La facture instrumentale était très souvent à l'époque baroque une affaire de famille ; les techniques et les secrets de fabrication se transmettaient de père en fils, ou de père en gendre, les mariages étant souvent arrangés entre familles de la même corporation. En France, il y a eu notamment, originaires de La Couture, village réputé pour la qualité et l'abondance de son buis, la dynastie des Hotteterre, d'une quinzaine de membres et active sur deux siècles, dont le représentant le plus illustre est Jacques-Martin Hotteterre, et la dynastie Lot, active jusqu'en 1950.
Par leur qualité de fabrication, la noblesse des matériaux, les innovations techniques, mais aussi le nombre d'instruments retrouvés de nos jours (infime par rapport aux quantités produites), quelques facteurs ont eu leurs noms retenus par la postérité. D'autres éléments ont pu jouer, comme la réputation acquise auprès de musiciens célèbres, ou le privilège d'être fournisseur d'une cour princière ou royale, comme, entre autres, Scherer pour les flûtes en ivoire de Frédéric le Grand, ou la firme dirigée par Barbe Naust (veuve de Pierre Naust), distinguée en 1715 comme « maitre faiseur d'instruments de la maison du Roy ».
Parmi les nombreux facteurs de flûtes actifs aux , on peut citer : George Astor (1752-1813), Londres Willem Beukers senior (1666-1750), Willem Beukers junior (1703-1781), Amsterdam Charles Bizey (c.1690-175?), Paris Pierre Jaillard dit Bressan (1663-1731), Londres Gabriel (1701-1763), Gottlieb (1706-1768) et Johann August Crone (1727-1804), Leipzig Johann Christoph Denner (1655-1707), Jacob Denner (1681-1735), Nuremberg (1678-1769), Leipzig (Karl) August Grenser (1720-1807), Heinrich Grenser (1764-1813), Dresde Griessling & Schlott, atelier à Berlin (1801-1835) (1646-1705), Amsterdam Jean Hotteterre (1677-1720), Jacques-Martin Hotteterre (1673-1763), Paris Friedrich Gabriel August Kirst (1750-1806), Potsdam Martin (1718-1785), Gilles et Thomas Lot (1708-1787), Paris Pierre Naust (1660-1709), Paris Johann Wilhelm Oberlender (1681-1763), Nuremberg Carlo Palanca (1690-1783), Turin Prudent (1730-1786), Paris Johann Joachim Quantz (1697-1773), Potsdam Jean-Jacques Rippert (1645-1724), Paris (1672-1765), Godefroid Adrien (Godfridus Adrianus) Rottenburgh (1703-1768 ou 1709-1790), François-Joseph Rottenburgh (1743-1803), Bruxelles Johannes Scherer (1627-1707), (1664-1722), Georg Heinrich Scherer (1703-1778), Butzbach Thomas Stanesby junior (1692-1754), Londres Johann George Tromlitz (1725-1805), Leipzig Robbert Wijne (1698-1774), Willem Wijne (1730-1816), Nimègue
Alors que la fabrication de copies de flûtes à bec du avait commencé dès 1920, celle des flûtes traversières de type baroque n'intervient que beaucoup plus tard, dans les années 1960, avec Rudolf Tutz (1940-2017) et Andreas Glatt (1945-2013), qui reproduisent les rares instruments historiques mis à leur disposition. Dans la continuation de ces deux pionniers, d'autres artisans créent leurs propres ateliers, chacun ajoutant sa touche personnelle et sa signature : Guido M. Klemisch (1974), Alain Weemaels (1975), Claire Soubeyran (1949-2018) en 1976, Stefan Beck (1977), Alain J.W. Winkelman (1978)… Les instruments les plus souvent copiés sont ceux de J.H. et G.A. Rottenburgh, A. Grenser, J. Denner, Carlo Palanca, Hotteterre, Stanesby, Quantz et Bressan.
Contrairement aux flûtes à bec, qui font dès 1930 l'objet d'une production semi-industrielle, la fabrication de flûtes baroques en bois reste un domaine exclusivement artisanalEn Europe, Amérique du Nord et Japon ; on connaît mal les conditions de fabrication au Pakistan ou dans d'autres pays d'Asie proposant des instruments à faible coût., et les instruments ne sont joués que par des professionnels, des étudiants spécialisés ou des amateurs passionnés. Cependant, la firme japonaise Toyama et le facteur français Vincent Bernolin fabriquent désormais des traversos de qualité en résine pouvant contribuer à la démocratisation du marché.
La reproduction d'un traverso en polymère de résine époxy par impression 3D a pu être réalisée en 2020.
Compositeurs Compositeurs flûtistes Jacques-Martin Hotteterre dit « le Romain » (1673-1763) Michel de La Barre (vers 1675-1745) Jean-Baptiste Lœillet de Londres (1680-1730) Jean-Baptiste Lœillet de Gand (1688-1720) Joseph Bodin de Boismortier (1689-1755) Pierre-Gabriel Buffardin (1689-1768) Jacques-Christophe Naudot (1690-1762) Johan Helmich Roman (1694-1758) Johann Joachim Quantz (1697-1773) Michel Blavet (1700-1768) Frédéric II de Prusse (1712-1786) Jakob Friedrich Kleinknecht (1722-1794) Filippo Ruge (1725-1767) François Devienne (1759-1803) « le Mozart français »
Autres compositeurs La plupart des grands compositeurs de la période baroque et du premier classicisme ont écrit des œuvres pour flûte traversière : concertos, musique de chambre et solos.
Époque baroque Vivaldi : six concertos opus 10 Jean-Philippe Rameau : Pièces de clavecin en concerts Telemann : Douze fantaisies pour flûte seule, Suite pour flûte et orchestre en la mineur TWV 55:a2 Georg Friedrich Haendel : sonates Jean-Sébastien Bach : Partita pour flûte seule BWV 1013, qui exploite toutes les possibilités de l'instrument Sonates pour flûte et clavecin ou accompagnement de basse continue Suite (Ouverture) 2 en si mineur BWV 1067 qui met en valeur l'instrument soliste, notamment dans la célèbre Badinerie Johann Adolph Hasse : 12 concertos opus 3 Après avoir été longtemps jouées sur des flûtes modernes, ces œuvres sont de plus en plus souvent interprétées sur instruments historiques ou copies d'originaux.
Époque pré-classique et classique Franz Benda : plusieurs concertos Carl Philipp Emanuel Bach : concertos et sonates Christoph Willibald Gluck : Scène des Champs Élysées d'Orphée et Eurydice ; un concerto Johann et Carl Stamitz : concertos Anna Bon di Venezia (1738-après 1767) : sonates op. 1 pour flûte et b.c. (1756) ; sonates en trio op. 3 pour 2 flûtes et b.c. Karl Friedrich Abel : 6 concertos opus 6, sonates Franz Anton Hoffmeister : concertos, musique de chambre Mozart : deux concertos, Andante pour flûte et orchestre, Concerto pour flûte et harpe, quatre quatuors pour flûte et cordes, 6 sonates de jeunesse K. 10 à 15 pour flûte ou violon Franz Danzi : 4 concertos Johann Nepomuk Hummel : sonates, rondos, variations Friedrich Kuhlau : nombreuses œuvres du « Beethoven de la flûte » Dans ce répertoire, surtout pour Mozart, la plupart des interprètes choisissent encore la flûte Boehm en métal tandis que quelques-uns préfèrent des copies d'instruments d'époque, une voie médiane de plus en plus utilisée étant la flûte Boehm en bois.
Les interprètes À l'ère baroque et pré-classique Les plus grands virtuoses étaient presque tous compositeurs, quelquefois facteurs, ou auteurs d'ouvrages didactiques : (1639-1717), cité comme le premier virtuose de la "flûte allemande" en France, ordinaire du Cabinet de Louis XIV en 1667