Tony Desjardins, né le à Lyon et mort le au château d'Hostel, sur la commune de Belmont-Luthézieu, est un architecte français. Il fut l’architecte en chef de la ville de Lyon à partir de 1854. Il fut également architecte diocésain du jusqu'à sa mort.

Il est le père de Paul Desjardins (naissance en 1847), également architecte, ..

Biographie Années de formation Tony Desjardins est élève au pensionnat Michel de Lyon. À l’âge de 14 ans, il part en Allemagne pour poursuivre ses études. À cette époque, les études à l’étranger sont complexes et coûteuses. Le père de Tony Desjardins tient néanmoins à cette éducation qui lui coûte cher.

En 1831, Tony Desjardins retourne dans sa ville natale où il est admis à l’École Saint-Pierre. Ses dessins y sont déjà remarqués pour leur qualité. L’élève démontre un intérêt particulier pour la Renaissance alors que la plupart de ses camarades s’inspirent plutôt de motifs antiques. En 1835, il entre à l’école des Beaux-Arts de Lyon. Il étudie dans la classe d’Antoine-Marie Chenavard. En 1836, Tony Desjardins reçoit un premier prix d’architecture au Concours ouvert à l’École Saint-Pierre de Lyon pour son projet d’église paroissiale. Code archives municipales de Lyon : 1C651956 Sal.

En 1836, Tony Desjardins étudie à l'école des Beaux-Arts de Paris dans la classe de Jacques-Félix Duban (1798-1870). En même temps, il est élève à l’École d’architecture de Paris. Puis, il revient dans sa ville natale pour travailler dans le cabinet de Louis Dupasquier.

1848-1882 : architecte du diocèse de Lyon thumb|L'église Saint-Bernard de Lyon En 1837, Tony Desjardins devient répétiteur et professeur de dessin à l'École de La Martinière avant d'occuper deux postes clés dans le monde de l'architecture lyonnaise.

En , il est nommé architecte du diocèse de Lyon, poste qu'il occupera jusqu'à sa mort en 1882. Dans le cadre de ses fonctions, Tony Desjardins réalise, supervise et intervient dans de nombreux travaux d'architecture, tant à Lyon que dans le diocèse ou dans le département du Rhône. À Lyon, il construit l'église Saint-Bernard (en collaboration avec l'architecte Hugues-François Dubuisson de Christot) et l'église Saint-André, puis le grand séminaire de Saint-Irénée et réalise la décoration de la chapelle de l'archevêché. Il construit de nouvelles églises paroissiales dans la Loire (à Firminy, à Roanne, à Montbrison) ainsi que dans le Rhône (à Tarare, à Anse, à Marnand, à Pierre-Bénite, à Villechenève, à Valsonne, à Fleurie, à Brouilly). Parallèlement, il mène de nombreux chantiers de restauration dans la Loire, comme à l’abbaye de Charlieu ou au prieuré d’Ambierle. Il mène également ce type de chantier dans le Rhône, notamment dans les églises de Saint-Pothin de Lyon, de Salles-Arbuissonnas-en-Beaujolais, de Villefranche-sur-Saône, de Saint-Georges-de-Reneins, dans la chapelle du château de Châtillon, etc.

Tony Desjardins travaille à plusieurs reprises sur la Primatiale Saint-Jean de Lyon. On lui attribue plusieurs croquis de maître-autel lorsque celui-ci était en projetBARBARIN, Philippe [Dir.], La grâce d’une cathédrale. Lyon. Primatiale des Gaules, Strasbourg, Éditions La nuée bleue, 2011, .Il a depuis 1847 le projet de relever la charpente et de la droiture de la grande nef, et celui-ci se concrétise un an après sa nomination en tant qu’architecte en chef de Lyon, en 1855. Ces travaux s’achèvent vers 1861BARBARIN, Philippe [Dir.], La grâce d’une cathédrale. Lyon. Primatiale des Gaules, Strasbourg, Éditions La nuée bleue, 2011, . Il travaille aussi à la finition de la cathédrale. On a en effet retrouvé des croquis de flèches réalisés d’après une idée du Cardinal de Bonal. Son choix se porte sur un style « néo-gothique fleuri »BARBARIN, Philippe [Dir.], La grâce d’une cathédrale. Lyon. Primatiale des Gaules, Strasbourg, Éditions La nuée bleue, 2011, et 274.

Durant longtemps, Desjardins rêve de remanier le Palais archiépiscopal de Lyon, dit Palais Saint-Jean. Il dessine de nombreux projets, mais peu sont considérés et encore moins réalisés, faute de budget suffisant. Au total, il fait raser une tour médiévale du Palais et fait couvrir une autre dans style néo-gothique après l’avoir rabotée..

L’architecte fait aussi orner les fenêtres côté Saône de frontons triangulaires, ainsi que de larmiers sur les côtés. Enfin, il coiffe une tourelle d’escalier d’une poivrière agrémentée d’une girouetteConférence de M. Mathieu MÉRAS, «Histoire du Palais Saint-Jean», Mémoires de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon pour l’année 2003, série, Tome 3, Édition de l’Académie, 2004. Néanmoins, à la suite de travaux ultérieurs, il est ardu de définir l’étendue exacte de ses travaux et de comprendre quelles tours étaient concernées. Son fils, Paul Desjardins, prend sa suite et continue en 1909 les rénovations du Palais.thumb|Le clocher de l'église Saint-Pothin de Lyon

1854-1870 : architecte en chef de la Ville de Lyon En , le préfet Claude-Marius Vaïsse le nomme architecte en chef de la Ville de Lyon. Tony Desjardins occupe ce poste jusqu'à la chute de l’Empire, en , tout en étant également membre du Conseil départemental des bâtiments civils du Rhône. Il mène au cours de ces années de nombreux projets, qui ne sont pas tous réalisés ; néanmoins, il a changé le visage de l’architecture de la Belle Époque à Lyon. Le premier grand changement qu'il introduit est de séparer le service d’architecture de celui de la voirie municipaleDominique BERTIN et Nathalie MATHIAN, Lyon. Silhouettes d’une ville recomposée. Architecture et urbanisme. Éditions Lyonnaises d’Art et d’Histoire, . De plus, son règne inaugure une période d’intense constructions, reconstructions et opérations d’urbanisme.

Il est élu à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon le .

Réalisations Travaux publics thumb|Statue du Maréchal Suchet produite selon les plans de Tony Desjardins Tony Desjardins dirige la restauration générale de l'Hôtel de ville de Lyon (1854-1866). À la suite de René Dardel, Tony Desjardins élargit le Palais des Arts (l'actuel Musée des Beaux-Arts) qui n’a cessé de s’enrichir depuis sa création, en érigeant une aile du côté de la rue de l’Impératrice et de la rue du Plâtre.

Il édifie de façon éclectique à la fois un lycée à Saint Rambert-l’Ile-Barbe (l'actuel collège Jean-Perrin), un marché aux bestiaux couvert et un abattoir à Vaise. Entre 1858 et 1859, la première des Halles de Lyon est réalisée selon ses plans, avec une structure métallique, pour laquelle il reçoit la mention honorable du jury international de l’Exposition des Beaux-Arts de Paris.

Desjardins fait aussi réaliser une statue (et le piédestal de celle-ci) du Maréchal Suchet, place Tolozan, aujourd’hui disparue.

Il fait aussi construire une nouvelle mairie pour le arrondissement ainsi qu'un hôtel de police, rue Luizerne (aujourd'hui il s'agit de la rue Major-Martin.) Il construit au début des années 1850 deux pavillons sur la place Bellecour. L’un devient l’office du tourisme en 1925, après avoir perdu son fronton sculptéCatalogue Aguttes, Hôtel des ventes des Brotteaux, 20 mai 2010, 4 bis. Il aurait aussi fait ériger une statue de bronze sur cette place, mais celle-ci ayant été détruite avant 1925, il n'en reste pas de tracesJULLIAN, René, Les villes d’art célèbres, Lyon, Paris, H. Laurens Éditeur, 1960.

Desjardins est aussi l’architecte, avec les sculpteurs Guillaume Bonnet et Charles Dufraine, de la fontaine de la place du Maréchal-Lyautey dite « Fontaine Morand » construite de 1862 à 1865. Ce monument commémore un évènement politico-administratif : le rachat des péages des ponts du Rhône par la ville en 1860. La fontaine a été élevée grâce à la volonté des habitants et de la VilleUne femme, deux fleuves, un lion. Allégories et symboles relatifs à la Ville de Lyon depuis sa fondation jusqu’à nos jours. Exposition réalisée par les Archives Municipales de Lyon en collaboration avec l’Institut d’histoire de l’art, Université Lumière-Lyon 2.

Cette fontaine demeure un de ses ouvrages les plus importants, notamment en raison des contrastes qu’elle offre en fonction de la position du soleil.

Tony Desjardins fait aussi ériger une autre fontaine sur la place des Jacobins, plusieurs piédestaux de statues, des bureaux d’octroi, des salles d’asile, etc. Il restaure aussi le Théâtre des Célestins et le Mont de piété (aujourd’hui Crédit municipal de Lyon), en plus de l’Hospice d’Aligre, à Bourbon-Lancy en Saône-et-Loire (actuel Centre Hospitalier).

Le , l’Hôtel de ville de Lyon est occupé à la suite de l’instauration de la Troisième République et quelques endroits en sont détériorés. Même si Tony Desjardins se défend en affirmant que de par sa fonction il se devait de se tenir à l’écart des questions politiques, le maire est insatisfait du travail de Tony Desjardins lors de ces événements et le congédie le . C’est un ingénieur, M. Celler, qui lui succède. M. Hirsch, un des disciples de Desjardins nommé directeur du bureau d’architecture municipale, continue à solliciter ses services pour certains travaux. Tony Desjardins devient d’ailleurs membre de la Commission municipale(équivalent du Conseil Municipal) en .

Travaux privés Desjardins réalise divers plus petits travaux au cours de ses années en tant qu’architecte en chef, surtout en fonction de ses commandes. Ainsi, il réalise en 1861 un caveau dans le cimetière de Loyasse (Lyon) pour le compte de la famille d’Aubarède.thumb|Vue générale du cimetière de Loyasse à Lyon Dans le cimetière de la GuillotièreLAVIGNE-LOUIS, Maryannick, Châtelains et vie de château autour de Lyon (1840 - 1940 ), Éditions BGA PER-MEZEL, , il fait construire le caveau de la famille Combalot.

Après la fontaine de la place Morand, il s’attèle à la réalisation de quatre fontaines sur la place Perrache. Emile Perret de la Menue explique qu’ «un bienfaiteur lyonnais, léguait à la ville une somme importante ; il voulait que cette somme fût spécialement consacrée à établir sur la place de l’Impératrice un service d’eau mis à la disposition du public. Le programme était facile à remplir».

Desjardins a conçu un projet de cercle des Arts pour lequel il dessine de nombreux croquis de façades, mais qui reste à jamais irréaliséLe temps de la peinture. Lyon 1800-1914, Éditions Fage Cette idée de projet mélange les styles : tout à la fois antique, médiéval, parisien, vénitien et lombardienDominique BERTIN et Nathalie MATHIAN, Lyon. Silhouettes d’une ville recomposée. Architecture et urba-nisme. Éditions Lyonnaises d’Art et d’Histoire, .

Il réalise un certain nombre de maisons particulières :thumb|L'ancien lycée Saint-Rambert se nomme aujourd'hui collège Jean-Perrin Maison Blanchon, devant l’église Saint Nizier ; Maison Courajot, aux Brotteaux ; Grande maison de la boucherie des Terreaux ; Maison Ribollet ; Ainsi que d’autres maisons dans la région.

Engagement envers le passé : archéologie et réminiscences médiévales thumb|Une tour du Palais Saint-Jean de Lyon (France) qui a été reconverti en bibliothèque

Tout au long de sa carrière, Tony Desjardins s’inspire de l’architecture médiévale. Cet intérêt est visible notamment dans les travaux de rénovations de la cathédrale Saint-Jean de Lyon, dont il dessine les flèches dans un style néo-gothiqueBARBARIN, Philippe [Dir.], La grâce d’une cathédrale. Lyon. Primatiale des Gaules, Strasbourg, Éditions La nuée bleue, 2011, . Ce faisant, il s’inscrit dans la lignée d’Eugène Viollet-le-Duc et plus largement, dans un mouvement de restauration des édifices médiévaux en France qui a commencé vers 1830. Ces rénovations sont contestées sur certains aspects, puisque Tony Desjardins aurait fait détruire une tour médiévale du palais Saint-Jean et il aurait ajouté une couverture de style néo-gothique à une tour déjà existante.

Ces restaurations impliquent un risque d’anachronisme et d’ajouts d’éléments non-vérifiées historiquement.