Le vicomte Gaston Eyskens est un homme d'État belge né le à Lierre et mort à Louvain le .
Professeur à l'Université catholique de Louvain (1931), il commence sa carrière politique en tant que député du Parti catholique pour l'arrondissement de Louvain en 1939. Plusieurs fois ministre des Finances en 1945 puis en 1947 et une fois encore en 1965 (dans les gouvernements Achille van Acker, Paul-Henri Spaak et Pierre Harmel), il est nommé ministre d'État en 1963.
En 1949, pendant la Question royale, il forme son premier gouvernement en coalition avec les libéraux qui ne tient que jusqu'en 1950. Revenu à la tête d'un gouvernement en , d'abord avec uniquement des membres du PSC-CVP puis à partir de novembre en coalition avec le parti libéral. Avec le Pacte scolaire, son gouvernement a jeté les bases de la paix en matière d'enseignement. Autres moments importants de sa carrière politique : les lois d'expansion de 1959 et l'indépendance du Congo le . il remanie son gouvernement en à la suite des réactions négatives (notamment les grèves) contre la « Loi unique », lesquelles font cependant tomber son gouvernement en . Entre 1968 et 1972, il est à nouveau Premier ministre, dans une coalition entre sociaux-chrétiens et socialistes. Là, Il mène à bien le grand projet de révision de la Constitution. Tombé fin de l'année 1971 et après les élections législatives du , il préside une dernière fois le gouvernement à partir entre le jusqu'au de la même année. Ce gouvernement a été contraint de s'incliner devant la polémique entourant (ancien quater) de la Constitution (issu de la réforme de 1969-1971) et le problème de Fourons.
Le roi Baudouin lui confère le titre de vicomte (transmissible par ordre de primogéniture) le .
Biographie
Famille Gaston Eyskens est le fils d’Antonius Frans Eyskens (1875-1948), représentant des ventes dans une entreprise familiale pour l’industrie textile, et de Maria Voeten (1872-1960). En 1931, il se marie avec Gilberte De Petter (1902-1981) avec qui il aura deux enfants : Mark Eyskens, qui est Premier ministre de Belgique du au et Erik Eyskens né à Louvain le et décédé en 2008.
Études et engagement politique Il fait ses études secondaires à la Koninklijk Atheneum de Louvain, où il ne suit pas le cours de religion. À dix-huit ans, à la fin de ses études secondaires, il se convertit au catholicisme, religion à laquelle il est fidèle tout au long de sa vie.
En 1923 il passe le concours pour entreprendre des études de sciences commerciales et consulaires à la Katholieke Universiteit Leuven. Il suivit également des cours à la faculté de Sciences politiques et sociales.
Déjà étudiant, Gaston Eyskens voue un grand intérêt pour la politique et en particulier le mouvement flamand. Il est notamment membre de la Katholiek Vlaams Hoogstudentenverbond (KVHV). Il entre en tension avec l’épiscopat, qui est très peu porté sur la cause flamande, et aussi avec les organisations étudiants belgicistes. Bien qu’il participe aux activités du KVHV, il n’est pas pour autant attiré par le nationalisme flamand. Il trouve le volksnationalisme, le nationalisme populaire, trop étroit et trop limité. Les questions qui intéressent le plus Gaston quand il est étudiant sont les problèmes internationaux et la coopération entre les peuples .
Il plaide pour une paix universelle et soutient l’idée d’une coopération européenne. Il y voit un moyen pour l’Europe de devenir plus forte tant politiquement qu’économiquement. En 1926, voit le jour un mouvement paneuropéen dont Richard Coudenhove-Kalergi est le fondateur. Eyskens devient l’un de ses adeptes. À la suite de ses préoccupations internationales, lors de ses études, il entre en contact avec l’Union belge pour la Société des Nations. Il y rencontre par exemple Paul Struye et Henri Rolin .
C’est sur les instances d’Albert-Edouard Janssen (l’un de ses professeurs à la faculté, qui l’entraîne plus tard à Genève pour des négociations monétaires) qu'il fonde, à l’Université de Louvain, durant l’année académique de 1929, l’Association des étudiants flamands de la Société des Nations, dans laquelle il organise principalement des conférences sur divers problèmes internationaux. Au vu de son engagement considérable auprès de l’Union belge pour la Société des Nations, Albert-Edouard Janssen, en sa qualité de président de l’Union, fait de Gaston son secrétaire. À la suite de cela, il a l’occasion d’assister aux assemblées générales de la Société des Nations depuis la tribune, d’où il peut entendre les discours des ministres des Affaires étrangères.
En 1926, Gaston Eyskens est sélectionné pour poursuivre ses études aux États-Unis, où il obtient le titre de Master of Science à la Colombia University de New York. De retour à Louvain, il poursuit ses études en sciences économiques et obtient le titre de doctorat en sciences commerciales en 1930. Un an après, il obtient également le titre de doctorat en sciences politiques et sociales. La même année, il devient assistant à l’Institut pour Sciences économiques et termine comme professeur à la Katholieke Universiteit Leuven en 1934 où il enseignera jusqu’en 1975.
Eyskens est également préoccupé par les problèmes sociaux. Il est membre du Cercle d’études sociales des étudiants flamands. Dans le cadre de ce groupe d’étude, il prend connaissance de la « Vaarstraat », le quartier général du Mouvement ouvrier chrétien à Louvain.
vignette|Gaston Eyskens En 1930, il est d’autant plus engagé dans le mouvement ouvrier chrétien du fait de son activité parallèle d’enseignant à l’École sociale des travailleurs chrétiens. En apprenant à connaitre des élèves de conditions sociales différentes dans les villages flamands, il prend conscience de la nécessité d’établir un système social qui garantisse de bonnes conditions de vie à un grand nombre d’individus. Gaston garde cette volonté tout au long de sa vie politique.
Il se rallie au Christene Volkspartij – Parti Social-chrétien (C.V.P. - P.S.C.).
Débuts en politique À la suite des élections législatives du , il entre dans le Mouvement ouvrier chrétien grâce à ses contacts. La même année, il se voit proposer la fonction de député suppléant de Louvain. Gaston accepte la proposition malgré le fait que le recteur de l’Université de Louvain lui a demandé de choisir entre son investissement dans l’université et son entrée dans le Mouvement ouvrier. Il devient ensuite président de l’Algemeen Christelijk Werknemersverbond (ACW) pour l’arrondissement de Louvain, membre du Conseil central national et du Comité national de l’ACW. Grâce à ses contacts dans ce mouvement, il peut participer aux rencontres de l’Union internationale des chrétiens démocrates.
Eyskens est d’abord nommé en chef de cabinet du ministre Philip Van Isacker au Travail et à la Prévoyance sociale. Cependant, il ne reste que quelques mois au sein du cabinet de Van Isacker car le gouvernement de Brocqueville démissionne le .
Dans le gouvernement Theunis, Eyskens reste au Travail et à la Prévoyance sociale et il devient le chef de cabinet du ministre Edmond Rubbens.
En 1939, Eyskens devient représentant de la ville de Louvain, poste qu'il conserve jusqu'en 1965.
Seconde guerre mondiale Pendant l’entre-deux-guerres, il fait déjà partie du monde politique. Il a été nommé chef de cabinet du ministre du Travail, membre du Conseil supérieur des Finances et est professeur à l’Université catholique de Louvain. Aux élections législatives du , Eyskens est élu en tant que député pour l’arrondissement de Leuven. Il est également secrétaire du « Katholieke Vlaamse Kamergroep ».
Sous l’occupation allemande, Gaston Eyskens reste en Belgique. Mais, 15 jours avant l’invasion, il prend la route pour la France accompagné de sa famille. À Limoges, il prend part à des réunions parlementaires. Le , comme la plupart des membres du gouvernement, il vote la motion « flétrissant la capitulation dont Léopold III a pris l’initiative et dont il porte la responsabilité devant l’histoire ». Plus tard, Eyskens regrettera ce choix. Il dira qu’il a été impressionné par les propos tenus à Wynendaele et que son choix s’explique également par la grande confiance qu’il avait en Pierlot. Après la guerre, Eyskens présente ses excuses au Roi. Il rentre en Belgique au mois de . Gaston Eyskens veut reprendre son activité d’enseignant mais il en est empêché. Il est interdit d’enseignement par les Allemands pendant deux ans. Cependant, il n'est finalement suspendu que pour quelques mois.
Durant la Seconde Guerre mondiale, il a, entre autres, régulièrement pris part à des réunions clandestines avec des gens de confiance de l’ACW et participe discrètement à la Résistance. Il a notamment une longue discussion avec le cardinal van Roey. Celui-ci confie à Eyskens la charge d’exercer son influence sur ses étudiants flamands afin d’éviter que ceux-ci ne penchent vers la collaboration. A la fin de la guerre, il participe, en outre, à de nombreuses réunions, toujours clandestines, ayant conduit à la fondation du Parti social chrétien (CVP-PSC) et collabore à la préparation de réformes financières d’après-guerre comme « l’opération Gutt ».
Durant toute la Seconde Guerre mondiale, il a l’image d’un patriote irréductible. Cette position peut s’expliquer par le fait que son père avait combattu, de son propre gré, durant la Première Guerre mondiale. Cet engagement, et la guerre en général, lui laissent une impression considérable. À la suite de cela, il garde une véritable haine du militarisme allemand.
En 1949, à la libération de la Belgique, il participe directement au pouvoir politique restauré. Sa compétence en matière monétaire lui permet d’obtenir le poste de ministre des Finances durant le gouvernement Van Acker 1 (12.02.1945 - 02.08.1945).
Ministre Le , Gaston Eyskens est nommé ministre des Finances au sein du gouvernement Van Acker I, poste qu'il occupe jusqu'au . Il retrouve ce poste du au au sein des gouvernements Spaak III & IV.
Il forme le le gouvernement Gaston Eyskens I, coalition sociale-chrétienne / libérale qui dure jusqu'au . Il doit alors gérer la question du retour du roi Léopold III sur le trône.
À l'issue de son mandat de premier ministre, Eyskens devient ministre des Affaires économiques au sein du Gouvernement Duvieusart ( – ). L'alternance politique le fait alors entrer dans l'opposition.
Rappelé au poste de Premier ministre, il forme le gouvernement Eyskens II le , gouvernement social-chrétien qui dure jusqu'au et qui est suivi par le gouvernement Eyskens III, coalition sociale-chrétienne / libérale qui gère l'indépendance du Congo belge.
Ce gouvernement dure jusqu'au ; à cette date, le gouvernement est remanié (gouvernement Eyskens III) et dure jusqu'au .
Eyskens devient ensuite ministre des Finances du au au sein du gouvernement Harmel.
Il forme ensuite les gouvernements Gaston Eyskens IV (du au ) et gouvernement Gaston Eyskens V (du au ). Ce dernier gouvernement signe la fin de sa carrière politique, il remet sa démission le .
Sénateur Il est sénateur de Louvain de 1965 à 1973.. vignette|196x196px|Blason de la famille Eyskens
Hommage thumb|La tombe de Gaston Eyskens au cimetière de l'abbaye de Parc à Louvain (Brabant flamand).
Gaston Eyskens est un homme politique important en Belgique. Il traverse de grandes périodes de troubles: la Seconde Guerre mondiale, la Question royale, les grandes grèves d'hiver, l'indépendance du Congo belge, la fédéralisation de l'Etat belge, etc.
Après sa mort, de nombreuses personnes et institutions commencent à manifester un certain intérêt pour ses archives et sa documentation. Gaston Eyskens a laissé une lettre à son fils lui demandant que ses écrits soient regroupés. C’est ainsi que voient le jour ses Mémoires.