Jacques Raillon (Bourgoin (Dauphiné), – Hyères (Var), ), est un prélat français des .

Nommé, par décret impérial du , évêque d'Orléans, Raillon ne reçut pas ses bulles : néanmoins , ne voulant pas en avoir le démenti, le créa baron de l'Empire le . Préconisé évêque de Dijon le , il ne reçut la consécration épiscopale que le ; transféré à l'archevêché d'Aix le , il décéda à Hyères le . Il avait la rosette de la Légion d'honneur.

Biographie Jacques Raillon, fils de Pierre Raillon, marchand, et de Marie Pollosson, naquit, le , à Bourgoin, petite ville du Dauphiné, aujourd'hui département de l'Isère.

Par son père, Pierre Raillon, il descendait d'une famille protestante de Chabeuil (Drôme), qui fut ruinée par la révocation de l'édit de Nantes, et forcée de s'expatrier. Son arrière-grand-père avait été le premier magistrat de Chabeuil. Par sa mère, il appartenait à une famille de Bourgoin, qui tenait héréditairement l'intendance du château de Maubec pour les princes de la maison de Lorraine.

Il étudia d'abord à Bourgoin, où se trouvait un petit collège. Certains biographes ont avancé qu'il avait terminé ses classes à Lyon, chez les Jésuites, ce qui ne peut être possible : la Compagnie de Jésus avait été supprimée en France l'année même où M. Raillon était venu au monde.

Il reçut de bonne heure la tonsure des mains de Lefranc de Pompignan, archevêque de Vienne, qui lui avait aussi donné la confirmation ; mais il ne resta point dans ce diocèse. 180px|thumb|right|Mercy (1736–1811), évêque de Luçon. Mercy, évêque de Luçon, son compatriote et ami de sa famille, l'attira auprès de lui. L'abbé de Fresne, abbé commendataire de , en ce diocèse, et vicaire général de ce prélat, dirigea, dans la carrière ecclésiastique, les pas du jeune Raillon, qui entra au grand séminaire en 1779, et fit avec succès sa théologie.

Une fois ses études terminées, comme il était loin d'avoir l'âge requis pour être admis dans les ordres sacrés, Mercy lui confia la chaire de rhétorique au petit séminaire. Il l'occupa plusieurs années, montrant dès lors ce goût de la bonne littérature dont il a fait preuve dans ses écrits.

Curé de Montaigu Aussitôt qu'il eut été ordonné prêtre, l'abbé Raillon fut nommé à la cure de Montaigu (Vendée), paroisse importante et religieuse, . La porte du presbytère était constamment ouverte pour les pauvres : ceux qui avaient besoin de conseils ne cherchaient point des et des officiers de justice ; on n'avait affaire qu'à M. le curé, nul en effet ne pensait être plus savant que lui.

La Révolution française chassa le pasteur de sa cure, car il répugna à prêter serment à la constitution civile du clergé. Après avoir essayé pendant quelque temps de rester dans sa paroisse, il fut obligé de l'abandonner : un curé (assermenté) l'avait remplacé au presbytère. Diverses circonstances le forcèrent de se retirer à Paris, où son évêque, Mercy, l'avait déjà devancé. Il y prit la défense des prêtres insermentés dans une brochure écrite , et intitulée : . Il était sur le point de publier un autre écrit, traitant aussi des droits de l'Église, mais contraint par la gravité des événements, de quitter la capitale et de s'expatrier, il en perdit le manuscrit pendant son émigration.

L'abbé Raillon alla rejoindre d'abord Mercy, à Soleure, puis, à l'aide de quelques ressources que lui firent passer quelques-uns de ses paroissiens de Montaigu, il put se retirer à Venise (république de Venise), où il résida pendant dix années, tandis que Mercy se fixa à Florence (grand-duché de Toscane).

Venise et Paris Il parlait avec intérêt de Venise et des relations qu'il y avait eues avec des littérateurs et d'autres hommes distingués. Lui-même cultivait la littérature, et c'est en cette ville qu'il composa un recueil d'idylles pastorales, à la manière de Gessner. Il le publia plus tard sous le titre , avec une épître dédicatoire au citoyen Cambacérès, second consul de la République, et son épigraphe, , annonçait parfaitement l'intention qui avait inspiré ces poésies. , firent adopter plus tard ce recueil pour les bibliothèques des lycées de France. L'abbé Raillon composa encore, pendant son séjour en Italie, divers autres ouvrages littéraires, notamment un poème en prose, intitulé le Temple de l'amitié, et leur succès lui procura des moyens d'existence jusqu'à l'époque de sa rentrée en France, presque immédiatement après la conclusion du Concordat de 1801.

thumb|L'abbé Raillon devint précepteur du fils de comte Jean-Étienne-Marie Portalis, ministre des cultes. Nommé à cette époque, à l'archevêché de Bourges, Mercy se proposait d'attacher l'abbé Raillon à son diocèse comme grand-vicaire, et en quelque sorte comme coadjuteur officieux, mais Jean-Étienne-Marie Portalis, chargé de la direction des cultes, pria ce prélat de le lui céder pour faire l'éducation de son fils Marius. Mercy vit, dans cette proposition, le gage d'un avenir brillant pour l'abbé Raillon ; et l'Église lui paraissait même devoir en obtenir de grands avantages ; aussi acquiesça-t-il aux désirs de M. Portalis.

En 1803, le cardinal de Belloy, archevêque de Paris, le nomma chanoine honoraire de Notre-Dame, et, en 1806, le pourvut d'un canonicat titulaire.

Lorsqu'en 1808, un décret impérial organisa la Faculté de théologie de Paris, il fut nommé professeur suppléant de la chaire d'éloquence sacrée, dont le professeur titulaire devait être l'abbé Gallard, docteur de Sorbonne, oncle de Gallard, mort en 1839, archevêque d'Anazarbe et coadjuteur de Reims. Cet ecclésiastique ayant refusé, Raillon devint professeur titulaire. Il jouissait, de plus, d'une pension de qui lui avait été donnée par Antoine Français de Nantes, directeur général des droits-réunis. C'était une sinécure, et Français de Nantes gratifiait plusieurs gens de lettres de semblables faveurs.

En 1809, l'abbé Raillon prononça successivement quelques discours dans des cérémonies d'apparat; l'oraison funèbre du comte Fleuriau ; celle du maréchal Lannes, tué à Essling, le de cette année ; un petit discours aux obsèques du comte Crétet de Champmol, ministre de l'Intérieur, qui était mort ; et le , le discours pour la solennité de l'anniversaire de la naissance de Napoléon, en présence du prince archi-chancelier de l'Empire (Cambacérès). Ces discours avaient mis l'orateur en évidence.

Nommé évêque d'Orléans La mort de Claude-Louis Rousseau ayant laissé vacant le siège épiscopal d'Orléans, l'abbé Raillon, par un décret impérial du , fut appelé à lui succéder. Peut-être dans les circonstances où se trouvait alors l'Église, une prudence même seulement humaine eût-elle conseillé de refuser. M. Raillon allait abandonner une existence fort agréable à Paris, et trois places pour un poste qui n'était pas sans péril : car les circonstances ne permettaient guère d'espérer qu'il obtint ses bulles : le pape était prisonnier à Savone, et les cardinaux dispersés et en exil. Cependant Raillon se rendit à Orléans.

Les abbés Borros de Gamanson et Mérault, vicaires généraux officiels, ainsi que de Blanbisson, Demadières, Métivier, Barbazan, Fauvel et Jourdan, vicaires généraux nommés par le chapitre, adressèrent aux fidèles du diocèse d'Orléans, le , une lettre circulaire qui eut, par la suite toute son importance, par laquelle ils reconnaissaient la nomination de l'évêque.

thumb|La cathédrale Sainte-Croix d'Orléans, siège du diocèse d'Orléans. L'entrée de Raillon dans le diocèse d'Orléans fut , et son administration dans laquelle il fut dignement secondé par Mérault, supérieur du séminaire et vicaire général, ne souffrit aucune difficulté jusqu'aux premiers mois de la Restauration française.

Dès le début, il fit voir , et aucune voix discordante ne vint se mêler aux hommages qui l'environnaient. Nulle réclamation ne s'éleva contre la validité ou même la licité de ses actes.

Raillon assista au concile national de 1811, comme les autres évêques nommés, et ne s'y fit point remarquer. Le de cette année, il avait publié un mandement, ordonnant qu'un serait chanté en actions de grâces de la naissance du Prince impérial ; par un autre mandement, il célébra le nouveau Concordat de Fontainebleau, le , et un an après, le , il réclamait les prières des fidèles pour la prospérité et le succès des armes de la France, dans la campagne entreprise sur le territoire même de l'Empire.

Le , parut un nouveau mandement portant que le , sera chanté en actions de grâces pour l'heureuse arrivée de Louis XVIII, dans la capitale de ses États. Tous ces mandements portaient la seule signature J. Raillon. Mais le de cette dernière année, une lettre enjoignant aux curés de célébrer un service solennel pour Louis XVI, Louis XVII, la reine Marie-Antoinette et Madame Elisabeth, est signée Raillon, vicaire général capitulaire, etc., le siège vacant. Enfin Raillon publia le suivant, un mandement pour la paix conclue le , entre le roi Louis XVIII et les souverains coalisés.

Déjà, à cette époque et bien que l'évêque nommé d'Orléans eût protesté de sa soumission au nouvel ordre de choses, une opposition assez vive s'était manifestée contre lui, et un certain nombre de membres du clergé du diocèse pensèrent que le prélat devait renoncer à sa nomination. Il parut sur ce sujet une lettre des chanoines honoraires résidant à Blois. Une réunion de plus de quarante ecclésiastiques eut lieu à Orléans, le , et voici les conclusions qui y furent prises, et qu'on présenta à Raillon et aux vicaires généraux : Le chapitre ne prit aucune part à cette démarche, et quatre jours après, après s'être réuni chez M. Barbazan, curé de Saint-Paul, les vicaires généraux répondirent par une délibération où ils défendaient la validité du pouvoir de leur évêque.

L'abbé de Montesquiou, ministre de l'Intérieur, dans les attributions duquel les cultes se trouvaient alors, approuva cette délibération, et reconnut Raillon, en qualité de principal vicaire général d'Orléans, et c'est avec lui seul qu'il continua de correspondre pour toutes les affaires du diocèse. Il parut alors quelques écrits contre l'administration de RaillonÉcrits contre l'administration de M. Raillon : Opinion des chanoines (honoraires) d'Orléans en résidence à Blois, L'Erreur démasquée ou Réponse au prétendu Triomphe de la vérité et aux Observations religieuses adressées à une dame pieuse par un prêtre catholique ; Justification de la conduite qu'une très-grande partie des ecclésiastiques d'Orléans vient de tenir à l'égard de M. Raillon nommé par Bonaparte à l'évêché d'Orléans ; Suite de la Justification de MM. les ecclésiastiques d'Orléans, et Observations sur la Déclaration de MM. les vicaires généraux, concernant la validité des pouvoirs de M. Raillon..

Enfin, après de longues controverses, Mérault et Demadières, vicaires généraux, firent une concession au clergé et arrêtèrent que, pour tranquilliser les consciences, un d'eux joindrait toujours sa signature à celle de Raillon, qui ne prendrait plus que le titre de vicaire général. Malgré quelques petites persécutions et tracasseries mesquines qu'eut à subir alors Raillon, qui cependant n'avait rien à se reprocher, sinon d'être l'élu d'un pouvoir qui venait de s'écrouler, céda aux instances du chapitre et continua à résider à l'évêché. Il ne quitta la ville qu'au mois de , . Il est à noter que le gouvernement royal ne reconnut pas le titre que les évêques nommés tenaient de , et que partout les chapitres, cédant à la double pression du moment, révoquèrent leurs pouvoirs. Un seul fut excepté, ce fut Jacques Raillon.