Joseph Raseta, né le à Marovoay et mort le à Antananarivo, est un intellectuel et un homme politique malgache.

Biographie

Enfance et formation Hova d'origine né le à Marovoay, Joseph-Delphin Raseta est le petit-fils d'un officier du palais et commandant d’armes à Mahajanga dans la guerre franco-malgache de 1883-1885 et le fils d'un deka (aide de camp) du premier ministre Rainilaiarivony, gouverneur dans la province d'Iboina.

Après des études à Tananarive aussi bien chez les frères des écoles chrétiennes (catholiques) et au collège des quakers de la Friends Foreign Mission Abroad, il entre à l’école de médecine de Tananarive, dont il sort diplômé en 1908. Médecin fonctionnaire de l’Assistance médicale indigène (1909-1922), il adhère, en , lors d’un congé à Tananarive, à la Vy, Vato, Sakelika (« fer, pierre, ramification »), association clandestine d’étudiants nationalistes. Au début de 1916, les dirigeants de la VVS sont condamnés pour complot contre l'État, mais Raseta n'est pas poursuivi. Cette circonstance lui est reprochée après 1947, semblant accréditer la thèse d'une manipulation policière à l'origine de l'insurrection malgache de 1947.

Débuts dans le militantisme

Établi en 1922 comme médecin libre à Toliara, il devient en 1926 correspondant du journal anticolonialiste L'Opinion de Diego Suarez. Poursuivi successivement pour délit forestier en 1927 et pour collecte de cotisations en faveur de Jean Ralaimongo en 1929 et 1930, il est condamné, en 1933 à 500 francs d'amende et trois ans d'interdiction de séjour pour outrage au gouverneur général, après avoir qualifié de « décret scélérat » le décret foncier de 1926, en défendant un village dont des terres ont été concédées à un colon ; il est acquitté en appel. Suspendu d’exercice de la médecine et poursuivi pour homicide involontaire en 1935 après le décès de l'un de ses patients indiens, mort de gangrène diabétique, il est à nouveau acquitté en appel.

Il adhère au Secours rouge international, qui représente le Parti communiste français dans l'outre-mer et, en 1934, à la Ligue anti-impérialiste en France, collabore à L'Aurore Malgache, puis au nouvel Opinion, et devient l'un des principaux actionnaires, avec 10 % du capital, du nouveau journal La Nation malgache (1935), tout en étant correspondant de L'Humanité et du Prolétariat malgache, créé à la fin de 1936. Cette dernière publication est l'organe du Parti Communiste, Région Madagascar (PCRM) auquel il adhère à sa fondation en , et jusqu'à la dissolution du PCRM en 1939, même s'il n'est pas communiste, mais nationaliste. Condamné par les autorités vichystes à deux ans d’internement au camp de Moramanga au titre du code de l’indigénat, il est libéré en et reprend son militantisme.

Député de l'Assemblée constituante

Élu à l'Assemblée constituante en 1945 avec voix sur inscrits et votants puis le 2 juin 1946 avec voix sur inscrits et votants, il découvre la France en et fonde à Paris en le Mouvement démocratique de la rénovation malgache, dont il devient président. Sous la première Constituante, il se montre discret, n'intervenant qu'à trois reprises, dans la discussion d’une proposition de loi tendant à fixer le régime électoral, la composition, le fonctionnement et la compétence des assemblées locales d'outre-mer et sur le projet de loi relatif aux assemblées locales de Madagascar. Le , il dépose une proposition de loi demandant pour Madagascar le statut d'« État libre dans l’Union française », mais celle-ci est renvoyé en commission, où elle est enterrée. Toutefois, la suppression de l’indigénat et du travail forcé lui assurent un accueil triomphal à Tananarive le . Sous la deuxième Constituante, il réitère sa demande sous la forme d'une proposition de résolution, réclamant le l'organisation d'un référendum à Madagascar, en vain. Il intervient deux fois, notamment sur le chapitre de l'Union française, le .

Condamnation lors du « procès des parlementaires »

Réélu le 10 novembre 1946 avec voix sur inscrits et votants), il est de retour en France le . Nommé à la commission de la famille, de la population et de la santé publique de l'Assemblée nationale le , il interpelle, le le gouvernement sur sa politique à Madagascar, après le déclenchement de l'insurrection malgache le , mais doit comparaître, le , devant une commission d’enquête parlementaire présidée par Maurice Viollette. Il rejette toute responsabilité dans une révolte qu'il condamne. Toutefois, après un long débat, le , son immunité est levée le 6, par 234 voix contre 195. Arrêté et transféré à Tananarive, il est traduit en justice au « procès des parlementaires » (juillet-), au terme duquel il est condamné à mort le . Après le rejet de son pourvoi en cassation, le , le président Vincent Auriol commue sa peine en détention à vie dans une enceinte fortifiée, le . Il est déporté aux Comores, puis transféré à Calvi en , avant d'être libéré, pour raisons de santé, le et mis en résidence à Grasse, puis à Cannes.

Figure de l'indépendance malgache

Toujours influent dans les milieux nationalistes, il soutient Stanislas Rakotonirina en 1956, lance avec Jacques Rabemananjara un appel à l’unité d’action de tous les nationalistes aux élections provinciales de 1955, appuie en 1958 le nouveau parti AKFM, nationaliste et pro-soviétique, s'oppose à Philibert Tsiranana et à la communauté française. Ayant tenté de rentrer à Madagascar avec l'aide des communistes en , il est interpellé à Djibouti et ramené en France.

De retour dans son pays le , il intègre en août l’AKFM et se fait élire député sur sa liste à Tananarive, contre Joseph Ravoahangy. Lors de la rentrée parlementaire de , doyen d'âge de l'Assemblée, il se distingue par un discours incendiaire contre le gouvernement. Toutefois, mis en minorité par les modérés de l'AKFM, partisans d'un compromis avec Tsiranana, il quitte ce parti en 1963 et fonde le FIPIMA, l'Union nationale malgache. Candidat aux élections présidentielles de 1965 contre Tsiranana, il est battu, n'obtenant que 2 % des voix. Cet échec cinglant révèle qu’il n’a guère que des ennemis parmi les opposants au pouvoir en place. A Tananarive même, l’AKFM a fait voter discrètement Tsiranana.

Transformé en « héros de la révolution » et nommé grand officier de l’Ordre des combattants de la révolution malgache par la Seconde République de Didier Ratsiraka, il meurt à Tananarive le .

Historique électorale +ÉlectionVotes reçus (%)Taux de participation / électeurs inscrits (%)RésultatÉlections constituantes françaises de 19455 476 (45,72 %)11 977 / 26 047 (45,98 %)RemportéeÉlections constituantes françaises de 194613 529 (58,06 %)23 302 / 86 181 (27,04 %)RemportéeÉlections législatives françaises de 194621 639 (52,21 %)41 447 / 86 181 (48,09 %)RemportéeÉlection présidentielle malgache de 196554 814 (2,19 %)2 521 216 / 2 583 051 (97,61 %)Perdue Voir aussi

Article connexe Mouvement démocratique de la rénovation malgache Insurrection malgache de 1947

Liens externes

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