William Howard Livens ( – )) était un ingénieur, un soldat de l'armée de terre britannique et un inventeur particulièrement connu pour la conception d’armes chimiques et incendiaires. Ingénieuses et intelligentes, les créations réussies de Livens « ont été caractérisées par leur facilité d’utilisation et leur facilité de production en grande série ». Dans une notice nécrologique, Sir a déclaré : « Livens a combiné une grande énergie, un esprit d'entreprendre avec un flair pour voir des solutions simples, et un génie inventif ».

William Howard Livens est surtout connu pour avoir inventé le « mortier Livens » (Livens Projector), une espèce de mortier simple pouvant projeter de grands fûts remplis de produits chimiques inflammables ou toxiques. Durant la Première Guerre mondiale, le mortier Livens était devenu le moyen standard pour lancer les attaques au gaz et il est resté dans l'arsenal de l'armée britannique jusqu'aux premières années de la Seconde Guerre mondialeThe Use Of Gas In The Field, 1940.

Jeunesse Ses parents, Frederick Howard Livens (1854-1948) et Priscilla Abbott se sont mariés le à l'église congrégationaliste d’Upton. Frederick Howard Livens a été ingénieur en chef, puis président de Ruston and Hornsby à Lincoln. Frédéric et Priscilla ont eu trois enfants, William Howard et deux filles plus jeunes.

En 1903, Livens a été envoyé à Oundle School, une public school célèbre située dans l'ancienne cité commerciale d’Oundle dans le Northamptonshire, en Angleterre. Là-bas, il s'enrôle dans l'Officers' Training Corps (OTC) dans lequel il sert avec le grade de sergentApplication for commission.

En quittant l'école en 1908, Livens est allé au Christ's College à l'université de Cambridge de 1908 jusqu’en . Il s'enrôle dans l’OTC et sert avec le grade de soldat. Il était capitaine de l'équipe de carabine à Cambridge. Il était un tireur d'élite au fusil, réalisant un score record dans une compétition avec une équipe de l'université d'Oxford, ainsi qu’un brillant tireur au pistoletObituary, Edward Hindle. Journal The Times, 5 février 1964, , colonne C..

Livens est devenu ingénieur civil, et a été pendant un certain temps rédacteur en chef adjoint du magazine Country Life. Mais, quand la Première Guerre mondiale a commencé, il rejoint l'armée de terre britannique.

Première Guerre mondiale Le , diplômé de l'OTC, Livens se porte candidat pour entrer dans le corps des Royal Engineers. Il a été enrôlé en tant que sous-lieutenant (Second Lieutenant) le et on lui a donné un poste de bureau dans la section de signalisation motorisée à Chatham. L’expérience de Livens à l'OTC et sa passion pour le tir sportif l’avaient bien préparé à certains aspects de la vie militaire :

La vie militaire n'a pas fait disparaître la créativité de Livens, il dirigea son esprit vers la problématique de la création de meilleures armes. Sur sa propre initiative, il aménagea des laboratoires de fortune dans sa chambre de la caserne de Chatham et dans le garage des officiers. Pour le champ de tir, il utilisa un terrain vacant près de l'un des anciens forts qui dominent l'estuaire de la Tamise. Là bas, il a travaillé sur le développement de lance-flammes et de petits mortiers pour projeter du pétrole et du gazAwards to Inventors, 1922, .

Le travail inventif de Livens a été accéléré par une volonté de vengeance pour les atrocités allemandes. Selon le livre de Simon Jones, World War I Gas Warfare Tactics and Equipment (Tactiques et équipement de la guerre de gaz durant la Première Guerre mondiale), à l'annonce du naufrage du paquebot de luxe RMS Lusitania en et de la perte de vies, y compris, apparemment, son épouse, il a juré de tuer un nombre égal d’Allemands. Il a, à cette fin, commencé à expérimenter avec des mortiers à gaz et incendiaires de différents types et a continué son travail, même après avoir appris que sa femme n'était pas, finalement, à bord du Lusitania. Cette histoire ne peut être totalement véridique, car Livens ne s’est pas marié avant 1916. Charles Foulkes qui est devenu l’officier commandant de Livens et qui écrivit plus tard Gas! The Story of the Special Brigade (Gaz ! L'histoire de la Brigade spéciale) mentionne « un fort sentiment personnel » en relation avec le naufrage du Lusitania, sans être plus précis. Selon le Who's Who in World War One (Qui est qui de la Première Guerre mondiale) par John Bourne, c'était la première utilisation de gaz toxiques par les Allemands durant la deuxième bataille d'Ypres le qui a poussé Livens à se venger. Cette histoire alternative est compatible avec les déclarations postérieures de Livens disant qu'il a commencé son travail expérimental, à la fin du mois d'.

À la fin , Livens quitte Chatham pour rejoindre l'une des compagnies, nouvellement formées, des gaz spéciaux du Royal Engineer où il était l'un des très rares officiers à avoir une formation en ingénierie, plutôt qu’en chimie. À l'époque, la guerre des gaz était très primitive : des bouteilles lourdes de gaz toxiques étaient manipulés à la main dans les tranchées et leur contenu tout simplement évacué vers l'extérieur par des tuyaux en métal, la brise portant le nuage toxique vers les tranchées ennemies. Mais le vent pouvait être instable et changer de direction : la première attaque britannique au gaz à Loos a été un désastre. Livens développa l'utilisation de longs tuyaux en caoutchouc pour transporter le gaz vers un emplacement optimal pour la libération à l’air libre et un collecteur qui a réduit le nombre de tuyaux sur les parapets en connectant quatre cylindres à un seul tuyau, ces améliorations ont permis au système d’être plus fiableFoulkes 1934, .. Le major-général Foulkes a décrit comme un « gagneur », mais aussi comme quelqu’un de peu familier avec le protocole militaire. Plus tard, Foulkes fera appel à Livens dans la préparation d'une attaque au gaz sur la redoute Hohenzollern :

vignette|upright=2.12|right|Livens Large Gallery Flame Projector.

Livens fut bientôt mis à la tête de la compagnie Z, une unité spéciale qui avait la responsabilité de développer une version britannique du lance-flammes allemand qui avait été récemment déployé sur le front occidentalFoulkes 1934, .. Quatre des énormes lance-flammes fixes de Livens – Le grand lance-flammes de Livens (son appellation originale est Livens Large Gallery Flame Projector)– devait être utilisé le au début de la bataille de la SommeWork of Trench Warfare Section 5 on flame projectors, sprayers, etc. from June 1915 to March 1916 - MUN 5/385. The Catalogue, The National Archives. Construit dans des chambres souterraines, deux ont été mis hors service par l'artillerie allemande avant l'offensive. Les deux autres ont été efficaces pour démoraliser les défenseurs allemands. Bien qu’impressionnant (il fut surnommé le « dragon de la Somme »), il avait une portée limitée et son immobilité limitait sévèrement son utilisation et le projet fut abandonné. Les restes d'un de ces lance-flammes ont été découverts en 2010Secret terror weapon of the Somme battle 'discovered' - Telegraph.

vignette|Photographie montrant Livens avec des composants du lance-flammes Livens. vignette|Troupes chargeant un lance-flammes Livens. vignette|Schéma simplifié montrant la disposition typique du lance-flammes Livens semi enterré dans le sol avec un angle de 45 °, avec une réserve de gaz chargée prête pour le tir. De fins fils électriques courent depuis l’amorce à la base du tube, jusqu'à l'intérieur du tube et de la bouche du canon à un générateur électrique. Lorsque le générateur électrique met à feu l’amorce à la base du tube, qui enflamme la charge propulsive et la pression du gaz en expansion projette la bombe hors du tube.

Un jour, lors d'une attaque sur la Somme, la compagnie Z a rencontré des Allemands qui étaient bien enterrés. Des grenades n'ayant pas réussi à les déloger, Livens a fait jeter deux fûts de cinq gallons de pétrole ; l'essence enflammée a été si efficace que le camarade de Livens, Harry Strange, se demanda s'il ne serait pas préférable d'utiliser des fûts pour amener les flammes à l'ennemi plutôt que de compter sur un lance-flammes complexeAwards to Inventors, 1922, . Réfléchissant sur l'incident, Livens et Strange a examiné comment un gros obus rempli de carburant pourrait être lancéAwards to Inventors, 1922, . Bien que l'idée clé de projeter un gros obus contenant de l’essence était due à Strange, c’est Livens qui a continué à développer un gros et simple mortier qui pourrait projeter un fût de trois gallons d'essence qui aurait éclaté quand il aurait atterri...

La nouvelle arme de Livens a été utilisée pour la première fois dans la matinée du : vingt mortiers projetant de l’essence ont été tirés juste avant une attaque à Pozières (dans le cadre de la bataille de la Somme), leur effet a été limité. Puis, 30 mortiers ont tiré à l'angle Est du bois des Foureaux le avec des résultats plus encourageants, et le une autre attaque a été un grand succès.

À la suite de ces attaques, Livens a attiré l'attention du général Gough qui, impressionné par ses idées, se débrouilla pour lui procurer tout ce qu'il fallaitAwards to Inventors, 1922, . La nouvelle arme a été développée pour devenir le mortier Livens qui consistait en un simple tube fermé par un hémisphère à une extrémité. Il était à moitié enterré dans le sol avec une inclinaison de 45 degrés, pointant dans la direction voulue. Il était ensuite chargé d'une charge unique de propergol calculée pour atteindre la portée souhaitée. La préparation d'une batterie de mortiers pour une attaque demandait beaucoup de temps, ce n'était pas un problème grave dans les conditions d’une guerre de tranchées statique et l'arme était si simple et peu coûteuse que des centaines - et à certaines occasions des milliers - de mortiers pouvaient faire feu simultanément prenant l'ennemi par surprise. La compagnie Z a rapidement développé le mortier Livens, en augmentant sa portée initialement de , d'abord à pour finalement produire une version à déclenchement électrique avec une portée de 1300 yards ().

Le mortier Livens a été modifié pour tirer des bonbonnes de gaz rempli de poison plutôt que de pétrole. Ce système a été testé secrètement, à Thiepval en et à Beaumont-Hamel en novembre. Le mortier Livens était capable de délivrer une forte concentration de gaz à une distance considérable et chaque cartouche de gaz libérait autant de gaz que plusieurs obus chimiques d'artillerie.

Le mortier Livens a été utilisé dans une série d'attaques au gaz en et un certain nombre d'officiers s'intéressèrent de près aux résultats. Livens avait vu certains tirs depuis un avion et dans son rapport, il estimait que Obituary, by Major-General Foulkes. The Times, 11 février 1964, colonne A. Ce rapport a été envoyé au ministère des Munitions et Livens est retourné en Angleterre peu de temps après pour participer au développement d’un mortier standard et du bidon. Le mortier Livens devenu un moyen privilégié par lequel l'armée britannique procédait à une attaque chimique et sa production a reçu une priorité élevée, la quantité totale produite pour les Alliés de la Grande Guerre a finalement dépassé les . Livens, qui « était toujours plein d'idées » a abandonné le commandement de la compagnie Z et est devenu un agent de liaison entre la brigade spéciale de Foulkes et le ministère de l'Armement, rôle dans lequel il est resté durant les deux dernières années de la guerre.