L'offensive Vistule-Oder est une opération de l'Armée rouge sur le front de l'Est. Elle se déroule du au . Cette offensive permet aux forces soviétiques partant des rives de la Vistule d'atteindre l'Oder, la Neisse et de s'approcher à de Berlin.
Elle combine deux offensives. La première au sud du dispositif est lancée le à partir des têtes de pont sur le cours supérieur de la Vistule par les troupes du Premier front ukrainien sous le commandement d'Ivan Koniev. Elle vise la Silésie, Breslau et la Neisse. Elle permettra notamment la libération du camp de concentration d'Auschwitz. La seconde au nord du dispositif démarre le , elle est menée par les troupes du Premier front biélorusse sous le commandement de Gueorgui Joukov, à partir des têtes de pont autour de Varsovie. Elle se développe en direction de Berlin et du cours inférieur de l'Oder.
Elle est suivie et accompagnée au nord par l'offensive de Prusse-Orientale et au sud par l'offensive des Carpathes occidentales.
Forces en présence Le déséquilibre entre les forces allemandes et les troupes soviétiques est important. Les Soviétiques alignent plus de chars et de canons (soit ), plus d'avions (environ ), et cinq fois plus de soldats que les Allemands, qui n'ont que en ligne sur ce front.
Les troupes allemandes sont composées, pour ce secteur du front, d'unités comportant les derniers affectés spéciaux, les membres du Volkssturm, amalgamés avec les rescapés des batailles précédentes ; certaines de ces unités, sommairement formées, sont distraites de leur tache militaire par l'aide qu'elles apportent aux réfugiés des régions de l'est. De plus, de nombreuses unités en cours de formation ou de reconstitution doivent tenir ce front, face à des armées soviétiques homogènes et aguerries.
Ordre de bataille
Opérations de déception menées par l'Armée rouge
La concentration des unités soviétiques en vue de cette offensive est impossible à masquer aux observateurs allemands. Ainsi, Guderian, Gehlen et les responsables militaires du front sont informés des positions soviétiques. Les responsables soviétiques se fixent donc comme objectif, lors de la phase de préparation opérationnelle, de masquer l'ampleur des concentrations ainsi que les véritables objectifs de l'offensive à venir.
Les mouvements de troupes sont soigneusement dissimulés, les unités montantes s'installent selon le dispositif exact des unités qu'elles relèvent, et qui sont destinées à être déployées sur d'autres secteurs du front. De plus, le long de certains axes, afin de leurrer les Allemands sur la véritable nature des objectifs soviétiques une activité factice est organisée : des agents soviétiques se font passer pour des déserteurs et confirment le sérieux de ces activités, de faux trafics radios sont organisés, des faux états-majors, de fausses unités, dotées de chars en bois, de fausses positions d'artillerie sont établis de façon visible, les reconnaissances sont doublées : pour une reconnaissance en force sur un axe de pénétration possible, une autre est lancée sur un autre axe. Ces mesures aboutissent à persuader les Allemands que la Silésie constitue le principal objectif des préparatifs soviétiques.
Les Soviétiques parviennent non seulement à masquer l'ampleur de leur concentration, les services de Gehlen sous-estimant de façon systématique la masse des concentrations soviétiques, mais aussi à cacher la nature du choc prévu. Jusqu'au début du mois de janvier, les services de renseignement allemands bien que conscients de l'importance des concentrations soviétiques de part et d'autre de Varsovie sont cependant totalement incapables de prévoir la direction, la nature de la manœuvre soviétique et les moyens déployés par l'Armée rouge pour cette opération. La localisation précise de fortes unités soviétiques est totalement ignorée des services allemands de renseignement militaire.
Le Front de l'Est à la fin de l'année 1944 Résistance allemande Après les succès du début de l'été 1944 sur le front centre, la progression soviétique dans ce secteur marque le pas dès la fin juillet, ralentie par la défaite qu'infligent Guderian et Model devant Varsovie. Le reste de l'année a donc été employé, dans ce secteur, par les Soviétiques, à pallier leurs difficultés de ravitaillement, et à attendre l'écrasement par la SS du soulèvement de Varsovie, déclenché le .
De plus, durant l'automne 1944, les troupes allemandes offrent une résistance inattendue à l'Armée rouge, refoulant une offensive en Vieille Prusse, reprenant même des villes prussiennes. Ces villes ont été le lieu de déprédations soviétiques : 26 civils ont été massacrés avec des raffinements de cruauté. Fouettés par la publicité qui en est faite par les services de Goebbels, les soldats de l'Ostheer, la Wehrmacht engagée sur le front de l'Est, opposent une résistance de plus en plus affirmée à la pénétration soviétique sur le territoire du Reich.
Front de l'Est et front de l'Ouest
Malgré cela, la préparation de l'offensive des Ardennes distrait du front de l'Est, à partir du mois de novembre, l'ensemble des unités d'élite qui y sont engagées. Au cours des semaines précédant le déclenchement de l'offensive, Guderian, commandant de l'OKH, se plaint de la dispersion des commandements, et demande instamment à Hitler de lui fournir des renforts, sur la foi des rapports reçus par les services de Gehlen, responsable du renseignement militaire (ces rapports sont jugés le totalement fantaisistes par Hitler). À la fin du mois de décembre 1944, Guderian obtient le renfort de quelques divisions blindées, envoyées en Hongrie, pour permettre de contrôler les derniers champs de pétrole encore à la disposition du Reich.
Durant les derniers jours de décembre 1944, les Alliés occidentaux, malmenés par l'offensive allemande dans les Ardennes, demandent aux Soviétiques, comme le fait Churchill une dernière fois le , de lancer une offensive en Pologne pour soulager les défenses alliées.
Une préparation minutieuse
Cette grande offensive, destinée dans un premier temps à finir la guerre en 45 jours, est préparée avec le plus grand soin à partir de l'automne 1944 par les planificateurs militaires soviétiques, assistés des commandants de fronts : cette préparation est destinée à permettre la conquête de la plaine s'étendant de la Vistule à l'Oder, puis de conquérir Berlin dans le même élan.
Choix stratégiques soviétiques
Lors de la phase de préparation, plusieurs choix s'offrent aux stratèges soviétiques : le franchissement de la Vistule sur le long du fleuve de part et d'autre de Varsovie ou des attaques de rupture à partir des têtes de pont conquises à l'été et à l'automne précédent en amont et en aval de la ville.
Les deux objectifs fixés sont Częstochowa et Breslau, Wrocław en polonais, situés très en arrière du front ; cependant, la conquête de Breslau et de la Silésie et de son bassin industriel, alors située très en arrière du front, constitue alors un objectif important aux yeux de Staline, le contrôle du bassin industriel de Silésie assurant à la Pologne, solidement arrimée à l'Union soviétique, des moyens pour sa viabilité économique.
Une fois la rupture obtenue, les unités blindées doivent avancer à marche forcée en direction de Łódź, puis au-delà, de Posen, Poznań en polonais, où doit s'opérer la jonction entre les deux fronts engagés dans l'opération.
Toutes les options sont analysées par les stratèges soviétiques lors de Kriegsspiel durant lesquels l'opération est nommée Varsovie-Posen. Rapidement écarté, le franchissement de la Vistule possède l'inconvénient de laisser aux Allemands le temps d'appeler des renforts pour contenir les poussées soviétiques, mais réunit les conditions d'une attaque surprise ; la seconde solution offerte à Joukov et à son état-major est certes prévisible, mais permet de ne lancer qu'une offensive au lieu de deux.
Un renseignement militaire soviétique efficace
Les Kriegsspiele organisés par les commandants de front sont d'autant plus efficaces qu'ils s'appuient sur une parfaite connaissance du terrain à conquérir, essentielle pour le succès du type d'opération que Joukov se propose de mettre en place : les unités blindées ne doivent pas être arrêtées longtemps afin de remplir leur objectif opérationnel, la constitution de têtes de pont sur l'Oder, à moins de de Berlin. Ainsi, les missions de reconnaissance aériennes des 6 mois précédant le déclenchement des opérations, la multiplication d'agents infiltrés dans les profondeurs du dispositif allemand, jusque dans la banlieue de Berlin, la capture de prisonniers, donnent aux commandants soviétiques une parfaite connaissance de ce dispositif, jusqu'à en arrière de la ligne de front et de ses points faibles, notamment les jonctions entre les différentes unités.
À cette observation systématique, rendue possible par l'importance des effectifs affectés à cette tâche, s'ajoutent les écoutes et la coordination des informations d'un bout à l'autre du front de l'Est ; ainsi, à chaque échelon de commandement, des unités de renseignement sont déployées, permettant une remontée rapide des informations aux échelons supérieurs : ces agents de renseignement parviennent à connaître ainsi, non seulement les positions, mais aussi le rythme de vie des soldats composant les unités allemandes positionnées devant elles. Joukov est ainsi avisé, le 31 décembre 1944, du transfert, la veille, de fortes unités blindées SS vers la Hongrie.
La mobilité et ses moyens
Une fois la manœuvre choisie, la poussée depuis les têtes de pont, les concentrations de troupes sont faites de façon à congestionner les têtes de pont soviétiques sur la rive occidentale du fleuve, tout en se révélant le moins possible.
Les armées chargées de la percée reçoivent des moyens de transport massifs : ainsi, Joukov obtient pour le premier front de Biélorussie de transport ; Koniev, pour le premier front d'Ukraine, reçoit .
En outre, tout est facilité pour permettre une avance profonde et rapide : constitution d'ateliers mobiles de réparation pour les moyens blindés, dotations de moyens techniques pour les besoins de chaque corps blindé. Cette utilisation plus souple des ateliers de réparation se révèle payante, puisque d'assaut soviétiques sont réparés en janvier 1945 en Pologne.
Enfin, le réseau ferré polonais est adapté au matériel soviétique : l'écartement des rails est mis aux standards soviétiques, ce qui simplifie l'acheminement vers le front des 113 millions de litres de carburant nécessaires au succès de l'opération
Opérations
Le , alors que Staline et ses proches conseillers pressent Joukov et Koniev de lancer leurs offensives respectives, ces derniers rappellent à leurs chefs de corps les principes de la manœuvre qui doit débuter le surlendemain : la rupture obtenue, les unités mécanisées doivent foncer en avant le plus loin possible, sans se préoccuper ni de leur flancs ni de possibles points de fixation.
Lancée le 12 janvier 1945 durant les premières heures de la journée, l'offensive, coordonnée depuis Moscou par Staline en personneLes principaux coordinateurs soviétiques sont absents de Moscou au début de l'année 1945., prend fin le suivant. Les percées soviétiques aboutissent à la conquête de plusieurs petites têtes de pont sur l'Oder, de part et d'autre de Francfort, maintenues dans des conditions précaires en dépit de multiples contre-attaques allemandes.
Une forte préparation d'artillerie
L'offensive débute le à cinq heures du matin, par un tir de barrage de de campagne soviétiques, tir très efficace puisqu'il détruit pratiquement la moitié de la Panzer Armee ; cependant, elle ne constitue nullement une surprise pour les Allemands, des hommes de troupe aux officiers généraux, informés de l'imminence de l'attaque soviétique par l'utilisation de méthodes soviétiques de préparation d'une attaque de grande ampleur : musique diffusée par haut-parleurs, observation aérienne du dispositif défensif.