Gaston Valois est un médecin, un homme politique et résistant français, né le à Grenoble et mort le .
Biographie
Enfance et études
Homme politique Son implication dans la vie politique locale date de lorsqu'il est élu conseiller municipal de Tullins. Il milite au sein du comité tullinois du parti radical dont il devient le leader à la disparition en 1931 de son confrère Noël Masson, un notable très populaire qui avait cumulé les fonctions de maire et de conseiller général. Le père Albert Valois avait donné l'exemple. C'était un militant radical qui fit partie de la municipalité grenobloise Stéphane Jay de 1900 à 1904. Il assumait en 1909-1910 le secrétariat général du Cercle démocratique de l'Isère, dont l'objectif était l'organisation de conférences et de fêtes dominicales réunissant l'ensemble "des forces démocratiques"Le Petit dauphinois, . . Il brigue aux élections législatives de le siège de député de la circonscription de Saint-Marcellin qui est détenu depuis par Ferdinand Buisset, membre de la SFIO. Devancé au premier tour par le sortant, il se retire de la course. Buisset est réélu grâce aux suffrages des électeurs radicaux. En , la mairie de Tullins, que dirigeait depuis 1925 le socialiste Claude Mignot, , bascule entre les mains de Valois.
C'est l'époque des ligues et des affrontements sanglants entre droite et gauche. . Il se démarque des dirigeants historiques de la Fédération iséroise qui, sous la direction du sénateur Léon Perrier, également président du Conseil général, ne voient à gauche aucun ennemi. . Ayant obtenu du Congrès fédéral de liberté de manœuvre pour les élections municipales de mai, il conclut à l'échelle de son canton une alliance de droite avec Jules Durand, syndicaliste paysan et chef du jeune parti démocrate populaire (PDP). Sous le slogan "Faire barrage à la coalition socialo-communiste", il conserve la mairie de Tullins.
Il concentre ensuite ses attaques sur Léon Perrier, à la tête du département depuis 1920. Élu conseiller général de Tullins en , il fait partie du groupe des radicaux de droite qui tentent d'imposer le jeune sénateur Robert Belmont, conseiller général de Crémieu, à la présidence du Conseil général. La fronde échoue de justesse. Gaston Valois manifeste publiquement son hostilité au Front populaire. dit-il dans Le Petit Dauphinois du . Le docteur Léon Martin, député SFIO de Grenoble, était furieux du comportement de Valois. Au Conseil général où il était rapporteur du budget, il ne pouvait s'empêcher de pester en le voyant lire, en guise de réponse aux observations formulées dans le rapport, un papier que Le Petit Dauphinois lui avait dicté. Jean, le fils aîné de Valois, se lança aussi dans la mêlée contre cette gauche qu'incarnait Léon Perrier. Avec trois radicaux de droite, il fondait le , en dehors des structures fédérales, un groupement des Jeunesses radicales de l'IsèreLa Dépêche dauphinoise, .
. C'était en effet un touche-à-tout, faisant de l'athlétisme et de la natation, s'intéressant au Tour de France. Mais c'est au rugby qu'il laissa une forte empreinte. Outre l'équipe de Tullins qu'il réorganisa au lendemain de la Grande Guerre, il fut capitaine du Football club de Grenoble rugby, du Lyon olympique universitaire et de Voiron. Il poussa ses deux fils Jean et Philippe à entrer aussi dans la mêlée. En 1941, il accéda à la présidence du FCG, s'entourant de collaborateurs dont certains allaient bientôt le suivre dans la Résistance. C'était également un aviateur émérite. Il possédait un avion qui stationnait sur la piste aménagée au pied du Bec de l'Echaillon (près de Moirans) et avec lequel il lui arrivait d'exécuter des voltiges au grand étonnement de ses concitoyens.
. Le , il lance un appel au rassemblement autour du gouvernement d'Edouard Daladier. .
Fédérateur de la Résistance dauphinoise La mise en sommeil du régime parlementaire, conséquence du vote du sur les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, du nouvel État français. Archives départementales de l'Isère, 16M 368, rapport du préfet Didkowski. Mais Valois ne bluffe pas : il tient à ne pas être associé aux conduites discriminatoires de Vichy. Il exprime d'ailleurs sa sympathie à Lucien Hussel, l'un des "80 irréductibles" du , qui vient d'être suspendu de son mandat de maire de Vienne. , lui écrit-il le . .
. . Comme sa passion n'a rien de muette, ni de discrète, il appelle sans se masquer à la désobéissance civique, lacérant notamment en plein jour les affiches qui invitent les travailleurs français à émigrer en Allemagne. Il adhère au réseau "Carte" qu'animent le peintre André Girard et l'architecte Henri Frager. Puis, en , il rejoint la section iséroise de Combat. Bien qu'il ne soit plus maire de Tullins, il parvient à se procurer des lettres d'introduction signées par son successeur et demandant à la préfecture de remettre à leurs bénéficiaires des cartes d'alimentation et des vêtements. C'est ainsi que la plupart des volontaires de Combat seront nourris et habillés. Valois organise aussi les départs vers l'Espagne des agents qui sont "grillés". Il informa notamment en 1943 un ami dauphinois réfugié à Tarascon-sur-Ariège et le consulat britannique de Barcelone que Raymond Nagel, dit "Pierre Carré", chef des groupes francs de Combat-Isère, allait quitter la France, via les Pyrénées, car le régime de Vichy avait ordonné son arrestation. Peu de temps avant sa mort, il convoya lui-même, de Grenoble à Saint-Marcellin, trois résistants évadés dont Paul Vallier, le nouveau responsable de ses groupes francs.
Avec Georges Durand, qu'il connaît par les milieux du sport, plus particulièrement du rugby, il met en place les mouvements de la région.
Entre-temps, Valois s'est rapproché du groupe de Franc-Tireur pour organiser la fusion des courants non-communistes de la Résistance dauphinoise. : le principal animateur isérois de Franc-Tireur n'était autre que le docteur Léon Martin. Mais , les deux hommes surent tirer un trait sur leurs divergences du passé. . Leurs enfants avaient tout arrangé. La Résistance amorçait son unification. En , suivant les instructions du général de Gaulle, Valois crée les Mouvements unis de la Résistance (MUR) en Isère .
Mort Quand Valois conclut le avec le Front national (obédience communiste) une alliance qui donne naissance au nouveau Comité départemental de la France combattante, dont l'organisation a été ébauchée à l'automne 1942, . Les clivages idéologiques sont loin de disparaître face à l'intérêt commun.
Mais dans le sillage de plusieurs groupes francs, il eut tôt fait de le dénoncer, inquiet des risques de représailles allemandes dont on l'informa qu'elles pouvaient être implacables. Flaureau a cependant maintenu la manifestation, faisant distribuer des tracts qui portaient le parrainage des diverses composantes de la France combattante et qui appelaient les Grenoblois à manifester. Valois a alors ordonné à ses partisans d'empêcher par tous les moyens le rassemblement. , a précisé Georges Bois-Sapin. Les communistes sont parvenus à mobiliser un millier de sympathisants; quelque 600 d'entre eux seront arrêtés, la moitié mourra en déportation.
Valois met de son côté une touche finale au plan de destruction, par les MUR et le résistant Aimé Requet, du Polygone d'artillerie où sont stockées tonnes de munitions. L'opération, classée prioritaire, était initialement fixée au , mais en raison d'un détonateur défectueux elle avait été reportée au 10 puis au 14, Valois ayant réussi dans ce laps de temps à se procurer des « crayons » neufs qui permirent l'allumage. L'explosion fut entendue à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde. C'est le dernier fait d'armes connu de Valois. Le , il rendait visite à Bois-Sapin pour lui demander de remplir le réservoir de sa Simca qu'il avait parquée au garage Parendel sur l'Esplanade. Une cinquantaine de litres d'essence lui étaient nécessaires. Il devait partir le lendemain en mission: direction la Savoie où l'attendaient des résistants locaux. Il n'aura pas le temps de partir. Dans la nuit à 2 heures du matin, la police allemande l'arrêtait rue Palanka, où depuis l'été, il habitait un appartement que lui avait prêté Raymond Bouillol, un médecin futur conseiller général de Roybon. En effet, bien que Valois demandât qui se trouvait derrière la porte, on lui répondit avec une voix qu'il crut être celle de Jean Pain le mot de passe "Je viens voir Hoche de la part de la Fayette". Au moins ou il a ouvert la porte, une mitraillette était pointée sur lui. Pendant une dizaine d'heures, il fut torturé, mais il ne parla point. Pensant ne pas pouvoir tenir un nouvel interrogatoire qui devait survenir le soir, il avoua son envie de se suicider à Gustave Estadès grâce à deux lames de rasoir qu'il a réussi à emmener avec lui. Ainsi, vers 06h15, il trouvera la force de se suicider en se tailladant l'artère radiale avec une lame de rasoir avec l'aide de Gustave Estadès. Lorsque Valois perdit connaissance, Estadès fit un garrot lâche avec son mouchoir pour faire croire aux Allemands qu'ils ont tenté de le sauver. Une des lames de rasoir est jetée dans le sang alors que la seconde est gardée par Estadès tout comme l'épingle de Cravate de Valois, à sa demande. Ce fut l'une des victimes de la Saint-Barthélemy grenobloise. Les circonstances exactes de sa disparition ne furent révélées qu'au retour de déportation de résistants qui, emprisonnés dans la même cellule que Valois, avaient assisté à la scène.
Combat Le fils Jean a enquêté sur les causes qui conduisirent à l'arrestation de son père. Il en est venu à la conclusion que le chef des Mouvements Unis de la Résistance avait été donné par l'un de ses proches, et donc qu'il y avait eu trahison. Le coupable serait le journaliste Jean Pain, de sensibilité socialiste, qui fut arrêté le au soir, portant sur lui un carnet d'adresses qui contenait les noms de code des responsables de différents réseaux. La Gestapo avait réussi à lui faire avouer qui se cachait sous le pseudonyme de "Hoche" : c'était Valois. Jean Pain devint une proie facile pour la Gestapo qui, une fois obtenues les informations qu'elle recherchait, l'exécuta.
Le nom de Jean Pain est attribué le au boulevard des Alpes qui longeait un lavoir et en bordure duquel sera inauguré en 1967 le nouvel Hôtel de ville de Grenoble. Son ami socialiste Georges Martin étudia la demande lorsqu'il fut élu en 1965 conseiller municipal. Estimant que des motifs politiques l'inspiraient essentiellement, il opposa une fin de non- recevoir : . En , lors de la commémoration du soixante-dixième anniversaire de la Saint-Barthélemy grenobloise, une exposition du Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère préparée par plusieurs historiens estimait que l'arrestation de Jean Pain n'était pas la cause de celle du docteur Valois, car, d'après cette même source, les miliciens et la police allemande détenaient déjà suffisamment d'informations pour arrêter Gaston ValoisFilm du Conseil général de l'Isère sur la Saint-Barthélemy grenobloise - voir à 12 min 30 s .
avant d'être installé en 2002 dans le quartier grenoblois du Polygone scientifique où il préside le Mur du Souvenir. Dans le département de l'Isère, outre le square à Grenoble, les communes de Fontaine, Échirolles, Saint-Martin-d'Hères, Gières, Le Pont-de-Claix, Renage, Voiron, Roussillon et Tullins ont nommé une artère en hommage au docteur Gaston Valois.
Notes et références Notes
Références
Bibliographie Regards, semestriel édité par les Amis du Vieux Tullins, numéros 13 () et 14 () consacrés à Gaston Valois Pierre Deveaux, La bataille du Chambaran: section 3 de l'armée secrète de l'Isère: témoignages, Presses Universitaires de Grenoble, 1994 Gil Emprin, Gaston Valois, La République à en mourir, Editions du Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère, 2013 Claude Muller, Dauphiné 1939-1945, Les sentiers de la liberté: les témoignages de nombreux résistants et déportés, Editions de Borée, 2003