thumb|Riza-i Abbasi, Deux amants, Iran, 1630. thumb|Coupe avec Barham Gur et Azadeh, céramique siliceuse à décor de haftrang, Iran, fin , Metropolitan Museum of Art.

Les expressions arts de l'Islam et art islamiqueLa question de l'appellation de ce domaine a, depuis le début de son étude, été difficile ; d'aucuns ont cherché à le qualifier de manière ethnique et raciale (« art arabe », « art persan », « art turc », « art sarrasin » , « art mauresque »…), d'autres, pour en mettre en avant l'unité, ont utilisé des adjectifs religieux (« art mahométan », puis « art musulman »), impropres puisqu'une grande partie de la production est profane. Le terme d'Islam, dans son acception culturelle et non religieuse, a été préféré au cours de la deuxième moitié du . Mais la question de l'unité d'un tel art reste épineuse, et est mise en doute, par exemple par Oleg Grabar dans La formation de l'art islamique. L'expression « arts de l'Islam » est donc de plus en plus souvent préférée par les historiens d'art à celle d'« art islamique », qu'on trouve toutefois fréquemment dans les publications. Dès 1971, J.-P. Roux l'utilisait pour son exposition au Louvre, institution qui a créé en 1993 un « département des arts de l'Islam ». Pour une étude de ces questions d'appellation, voir notamment : Makariou, Sophie. « Arabes versus Persans : génie des peuples et histoire des arts de l'Islam », in Labrusse, R. (dir.) Purs décors ? Arts de l'Islam, regards du [cat. exp. Paris : musée des arts décoratifs, 2007-2008], Paris : Les arts décoratifs/musée du Louvre éditions, 2007, . désignent la production artistique qui s'est développée depuis l'hégire (622 de l'ère chrétienne) jusqu'au dans un territoire s'étendant de l'Espagne jusqu'à l'Inde et habité par des populations de culture islamique. ..

L'art produit dans le contexte du monde islamique présente une certaine unité stylistique due aux déplacements des artistes, des commerçants, des commanditaires et des œuvres. L'emploi d'une écriture commune dans toute la civilisation islamique et la mise en valeur particulière de la calligraphie renforcent cette idée d'unité. D'autres éléments ont été mis en valeur, comme l'attention portée au décoratif et l'importance de la géométrie et des décors tapissantsBernus Taylor, Marthe. « L'art de l'Islam ». in Moyen Âge, chrétienté et Islam. Paris : Flammarion, 1996. .. Toutefois, la grande diversité des formes et des décors, selon les pays et les époques, amène souvent à parler plus d' « arts de l'Islam » que d'un « art islamique ». Pour Oleg Grabar, l'art d'Islam ne peut d'ailleurs se définir que par « une série d'attitudes vis-à-vis du processus même de la création artistique »Grabar, Oleg. La formation de l'art islamique. [trad. Yves Thoraval]. Paris : Flammarion, coll. "Champs", 2000. ..

En architecture, des bâtiments aux fonctions spécifiques, comme des mosquées et des madrasas, sont créés dans des formes très variées mais suivant souvent un même schéma de base. S'il n'existe quasiment pas d'art de la sculpture, le travail des objets de métal, d'ivoire ou de céramique atteint fréquemment une grande perfection technique. Il faut aussi souligner la présence d'une peinture et d'une enluminure dans les livres sacrés et profanes.

Les arts de l'Islam ne sont pas proprement religieux : l'Islam est ici considéré comme une civilisation plutôt que comme une religion<ref>Par convention, on différencie par la graphie la religion (islam) de la civilisation (Islam). Dans La formation de l'art islamique, Oleg Grabar montre comment l'art islamique n'est pas l'art musulman en ces termes : « Art islamique ne s'applique pas aux formes artistiques d'une religion en particulier, car un grand nombre de ses monuments [nota : il faut prendre monument au sens premier d'objet témoin] ont peu ou rien à voir avec la foi musulmane. Des œuvres d'art, dont il est établi qu'elles ont été créées par et pour des non-musulmans, peuvent, à juste titre, être étudiées comme islamiques ». Oleg Grabar, op. cit., . Il note aussi que « la notion dislamique n'est pas très claire » (), tout en s'attachant ensuite à la mieux définir. Pour lui, l'Islam se distingue par une série de conceptions établies moins par des tendances religieuses que par « le résultat de l’impact des cultures existantes sur les Arabes » au début de la période ().</ref>. Contrairement à une idée reçue, il y existe des représentations humaines, animales et même de Mahomet : celles-ci ne sont bannies que dans les lieux ou ouvrages religieux (mosquées, madrasas, Corans), en dépit de quelques exceptionsNaef, Silvia. Y a-t-il une « question de l'image » en Islam ? Tétraèdre, 2004 ; en particulier..Note : sauf exception, les termes « Iran » et « Syrie » ou « Palestine » désignent le Grand Iran (qui regroupe l'Iran, l'est de l'Irak, l'Ouzbékistan, une partie du Turkménistan, de l'Afghanistan et du Pakistan actuels) et la Grande Syrie (États actuels de Syrie, Palestine, Israël, Liban, ouest de l'Irak ). Histoire des arts de l'Islam

Les débuts ()

Avant les dynasties

On connaît peu de choses sur l'architecture islamique avant la dynastie des Omeyyades. Le premier et le plus important bâtiment islamique est sans doute la « maison du Prophète Mahomet » située à Médine. Cette maison, plus ou moins mythique, aurait été le premier lieu où se seraient rassemblés des musulmans pour prier, bien que la religion musulmane considère que la prière peut se faire en n'importe quel endroit.

La maison du Prophète est d'une importance considérable pour l'architecture islamique, en ce sens qu'elle met en place le prototype de la mosquée de plan arabe : une cour avec une salle de prière hypostyle. Ce schéma, adapté à la prière, ne naît pas de rien : le temple de Husa (Yémen, ) ou la synagogue de Doura Europos (rénovée en 245) pourraient en être les inspirateursStierlin, Henri. L'architecture islamique. Paris : PUF, 1993. .. Construite en matériaux périssables (bois et pisé), la maison du prophète n'a pas survécu longtemps mais est décrite en détail dans les sources arabesHillenbrand, Robert. Islamic architecture, form, function and meaning New York : Columbia University Press. .. La grande mosquée de Médine s'élève actuellement à son emplacement supposé.

Les premiers objets islamiques sont très difficiles à distinguer des objets antérieurs, sassanides et byzantins, ou déjà omeyyades. En effet, l'islam naît dans des régions où l'art semble avoir été peu abondantGrabar, Oleg. La Formation de l'art islamique. [Trad. Yves Thoraval] Paris : Flammarion, coll. Champs, 2000. . mais entouré d'empires remarquables par leur production artistique. C'est pourquoi, dans les premiers temps, les artistes islamiques utilisent les mêmes techniques et les mêmes motifs que leurs voisins« Nous pouvons considérer l'art islamique comme une accumulation de structures et de formes puisées aux quatre coins du monde conquis ». Grabar, Oleg. id.. .. On connaît notamment une abondante production de céramique non glaçurée, comme en témoigne un célèbre petit bol conservé au musée du Louvre dont l'inscription assure sa datation dans la période islamique.. Ce bol provient d'un des seuls sites archéologiques qui permet de suivre le passage entre monde préislamique et islamique : celui de Suse en IranSophie Makariou (dir.). Suse, terres cuites islamiques. Snoeck, 2005..

L'art omeyyade

thumb|Grande mosquée des Omeyyades à Damas.Période historique : Califat des Omeyyades de DamasMonuments et œuvres majeurs : Dôme du Rocher, grande mosquée des Omeyyades

Sous les Omeyyades, l'architecture religieuse et civile se développe avec la mise en place de nouveaux concepts et de nouveaux plans. Ainsi, le plan arabe, à cour et salle de prière hypostyle, devient véritablement un plan-type à partir de la construction, à l'emplacement le plus sacré de la cité de Damas — sur l'ancien temple de Jupiter et à la place de la basilique Saint-Jean-Baptiste — de la grande mosquée des Omeyyades. Ce bâtiment majeur servira de repère aux bâtisseurs (et aux historiens de l'art) pour la naissance du plan arabe. Néanmoins, les récents travaux de Myriam Rosen-Ayalon semblent indiquer que le plan arabe est né un peu avant, avec le premier état en dur de la mosquée al-Aqsa à JérusalemRosen Ayalon, Myriam. Art et archéologie islamiques en Palestine. Paris : PUF, 2002..

La coupole du Rocher à Jérusalem est sans conteste l'un des bâtiments les plus importants de toute l'architecture islamique, marqué par une forte influence byzantine (mosaïque à fond d'or, plan centré qui rappelle celui du Saint-Sépulcre) mais comportant déjà des éléments purement islamiques comme la grande frise d'inscriptionO. Grabar. Le dôme du Rocher, joyau de Jérusalem. 1997.. Son modèle n'a pourtant pas essaimé, et celui qu'Oleg Grabar considère comme « le premier monument qui se voulût une création esthétique majeure de l'Islam »Grabar, Oleg. La formation de l'art islamique. [Trad. Yves Thoraval.] Paris : Flammarion, Champs, 2000. . est resté sans postéritéHillenbrand, Robert. Islamic architecture, form, function and meaning New York : Columbia University Press, . Celui-ci remarque néanmoins que, selon des travaux récents, le plan du dôme du Rocher serait reproduit dans la grande mosquée de Kairouan, par l'agencement des colonnes et des chapiteaux de remploi..

Les châteaux du désert de Palestine nous offrent quant à eux de nombreux renseignements sur l'architecture civile et militaire, quoique leur fonction exacte soit soumise à caution : caravansérails, lieux de villégiature, résidences fortifiées, palais à visées politiques, permettant la rencontre entre le calife et les tribus nomades ? Les spécialistes ont du mal à trancher, et il semble d'ailleurs que leur usage ait varié selon le siteHillenbrand, Robert. Islamic architecture, form, function and meaning New York : Columbia University Press, Grabar, Oleg. La formation de l'art islamique. [Trad. Yves Thoraval.] Paris : Flammarion, coll. Champs, 2000. .. Anjar était ainsi une ville entière, qui nous informe sur un type d'urbanisme encore très proche de la Rome antique, avec cardo et decumanus, comme RamlaBernus-Taylor, Marthe. « L'art de l'Islam » in Moyen Âge, chrétienté et islam. Paris : Flammarion, 1996. .

Outre l'architecture, les artisans travaillent une céramique, souvent non glaçuréeMakariou, Sophie. Suse, terres cuites islamiques. Snoeck, 2005., parfois à glaçure monochrome transparente verte ou jaune, ainsi que le métal. Il reste très délicat de différencier ces objets de ceux de la période préislamique, les artisans réutilisant des éléments occidentaux (rinceaux végétaux, feuilles d'acanthe, etc.) et sassanides (motifs d'ailes qui reprennent celles des casques)« If the production of objets d'art during the first one hundred and twenty-five years of Muslim rule is discussed at all it is usually with the suggestion that the material culture chaged very little during the first century and a quarter after the Muslim conquest » Grabar et Etinghausen, Islamic art and architecture, 650 - 1250. New Haven et London : Yale university Press, 2001. ..