Quelques danses op. 26 est une suite de quatre danses pour piano d'Ernest Chausson. Commencée à Glion, village de Montreux en et terminée à Bas-Bel-Air, près de Versailles, la suite est dédiée à Henriette de Bonnières, épouse de Robert de Bonnières, et elle est créée le par Édouard Risler à la Société nationale de musique à Paris. Ces quatre pièces constituent la principale œuvre pour piano du compositeur.
Présentation Pour Guy Sacre, . Avec cette Suite pour piano, Chausson s'inscrit dans le mouvement de retour aux formes classiques, dans un style plus objectif et moins romantique, mouvement initié par Claude Debussy, avec qui les relations amicales se sont arrêtées en 1894. , et il .
Contexte Le , Ernest Chausson écrit à l'un de ses amis :
En 1895, Chausson n'avait encore composé pour le piano que trois Sonatines et Cinq fantaisies (détruites) entre 1878 et 1880, une Marche militaire inédite en 1884 et des esquisses de quelques mesures. Au début de 1895, lors d'un séjour à Fiesole près de Florence, en même temps qu'il entreprend la composition des Serres chaudes il retourne à la composition pour piano avec Paysage, dont Jean Gallois souligne l'intérêt pour la connaissance du compositeur :
Quelques mois plus tard, au début de 1896, alors qu'il a recommencé à tenir un journal pendant deux mois (arrêté le ), il termine le Roi Arthus et les Serres chaudes. Il compose ensuite rapidement le Poème pour violon et orchestre, commencé en avril et fini en juin à Glion. Il écrit alors à Pierre de Bréville, au début du mois de juillet :
C'est donc au cours de cette féconde année 1896 qu'il écrit cette suite de danses.
Dédicace L'œuvre est dédiée à l'épouse de Robert de Bonnières Henriette de Bonnières, , rapporte Edmond de Goncourt qui voyait en elle une , .
vignette|droite|upright=0.9|alt=Portrait de femme par Renoir|Portrait d'Henriette de Bonnières par Auguste Renoir
Composition En 1896, Chausson a pris connaissance de la Suite bergamasque et des premières versions des pièces de Pour le piano de Debussy (commencées bien avant 1901, année de leur publication), en même temps que son évolution esthétique le pousse à alléger et simplifier son écriture harmonique. Avec cette suite, il se libère de l'emphase quelque peu germanisante de Franck et se rapproche de Debussy, autant par l'esprit que par certaines harmonies.
Cette suite est une des premières œuvres pour piano qui explore le passé musical français dans une synthèse moderne, anticipant sur le Tombeau de Couperin de Ravel : . Vladimir Jankélévitch oppose ainsi deux esthétiques : .
Structure Dans l'esprit de la suite de danses, des intitulés chorégraphiques remplacent les indications agogiques italiennes mais les quatre pièces . Dédicace Terminée le à Bas-Bel-Air, comme noté sur le manuscrit, c'est une page expressive qui ne rappelle aucune danse de l'époque baroque et est un court prélude, à la tonalité (sol majeur) plus suggérée que vraiment établie, où la main droite juxtapose de courts segments au souple balancement rythmique.
Dans une forme A-B-A en sol majeur, les sonorités voilées avec des dissonances non résolues, et les dernières mesures restent suspendues sur la septième de dominante en vibration. Un intervalle de seconde majeure, lancinant, .
Sarabande Terminée à Glion le , la sarabande est écrite dans une tonalité bien définie, oscillant entre si bémol majeur et sol mineur, avec des successions modales Avec sa .
En 1903, celui-ci écrit : . Pour Harry Halbreich, , créant un sentiment de suspens continu quand il se trouve lié à d'autres accords semblables en succession, et le morceau est effectivement une succession de renouant avec un air d'archaïsme qui évoque la Sarabande de Pour le piano de Debussy, bien que Ralph Scott Glover ait noté de grandes différences entre les deux pièces, celle de Chausson ayant la plupart du temps l'aspect d'une mélodie accompagnée d'accords, alors que chez Debussy il s'agirait plutôt d'une mélodie d'accords parallèles.
Anthony Girard analyse l'agencement de cette première phrase, considérant chacune des deux premières mesures comme une anacrouse comportant elle-même un accent très expressif sur le second temps (accord de onzième de dominante, puis de neuvième de dominante), avant la résolution qui commence sur la troisième mesure.
Guy Sacre compare cette pièce des Quelques danses avec son équivalent dans la Suite en sol de Gustave Samazeuilh, où
Pavane Première page composée, datant du , cette pavane . La mélodie plane sur .
En , cette pièce joue .
Forlane La forlane, sur une ample mesure à dans le style d'une toccata commence avec les deux mains à l'unisson, établissant un mouvement perpétuel de croches groupées alternativement par 2 ou par 3, donnant sur deux mesures un rythme caractéristique lié à la division de chaque demi-mesure alternativement en 3 noires puis 2 noires pointées, qu'on retrouvera dans le finale du Quatuor avec piano.
Le mouvement parallèle des deux mains continue, parfois à deux octaves d'intervalle, tandis que s'élève également aux deux mains un chant de tierces, dans une atmosphère . Une partie centrale superpose un accompagnement de tierces murmurées à la main droite sur un chant de la main gauche, avant la reprise amplifiée du début, le motif initial étant repris en octaves à travers tout le clavier, avant une fin rayonnante, .
Création La première audition publique des Quelques danses a lieu le , à la Société nationale de musique, sous les doigts d'Édouard Risler qui accompagne également les Serres chaudes, .
Postérité vignette|upright=0.9|Page de titre de l'édition originale des Quelques Danses, .
Les Quelques danses, .
L'œuvre dans son ensemble fut appréciée dans les années qui suivirent sa composition. Outre l'admiration de Debussy pour la Sarabande, les critiques furent favorables, alors que le Poème pour violon et orchestre ne recevait qu'un . Pour Léon Vallas, , et il loue le caractère « pianistique » de la suite .
Willy décrit la suite comme une .
Selon Guy Sacre, qui imprègnent les Stances à Madame de Pompadour de Déodat de Séverac.
En 1943, Paul Landormy regrette que les Quelques Danses soient . Considérant la mort accidentelle du compositeur à l'âge de 44 ans,
Discographie Quelques danses par Jean Doyen, piano (années 1960, LP Erato STU 70470/72) — avec des œuvres de Déodat de Séverac, Vincent d'Indy, Guy Ropartz et Albéric Magnard. Quelques danses par Grant Johannesen, piano (1972–1976, Vox CD3X 3032/ArkivCD) — avec le Concerto pour piano de Camille Saint-Saëns Quelques danses par Pierre Leconte, piano (, Adda) — avec des œuvres de Déodat de Séverac, Emmanuel Chabrier et Francis Poulenc. Quelques danses par Marie-Catherine Girod, piano (1989, LP FY 116) — avec la Sonate en mi mineur, de Vincent d'Indy et Promenades d'Albéric Magnard, réédité le chez Solstice (anciennement FY). Quelques danses par Jean Hubeau, piano (11-, Erato/Radio France 4509-96221-2) — avec Paysage, et des œuvres de César Franck et Paul Dukas. Quelques danses par Michel Bourdoncle, piano (6-, Doron music) Quelques danses par Denis Pascal, piano (, Polymnie POL 510 136) — avec Gérard Poulet et le Quatuor Benaim pour Concert et le Poème . Quelques danses par Paul Orgel, piano (29-, MSR Classics) — avec des œuvres de Josef Suk () et Max Reger ()
Bibliographie
Partition
Ouvrages généraux , , , , , , .
Monographies , , , , , , . , .
Articles , , , , .
Notes discographiques
Références
Liens externes
Catégorie:Œuvre d'Ernest Chausson Quelques danses Catégorie:Œuvre musicale composée en 1896