Régime autoritaire, la Birmanie a été dirigée par une dictature militaire marxiste après le coup d'État de 1962 Suu Kyi's release spurs calls to free other prisoners - CNN. Le régime a été dominé de 1962 à 1988 par Ne Win, qui a occupé les postes de premier ministre, chef de l'État, et chef du parti unique de l'époque, le Parti du programme socialiste birman. La démission de Ne Win lors des évènements de 1988 a été suivie par la prise de pouvoir par une junte militaire, le Conseil d'État pour la restauration de la loi et de l'ordre, qui a pris en 1997 le nom de Conseil d'État pour la Paix et le Développement. Le travail forcé est une pratique courante. Les organisations internationales des droits de l'homme classent la Birmanie parmi les pires pays du monde en matière de libertés publiques : la liberté de la presse et les droits de l'homme n'existent pas, le pouvoir judiciaire n'est pas indépendant de l'exécutif et les partis d'opposition sont interdits.
Après l'indépendance avec l'Angleterre, la Tatmadaw (l'armée nationale) était la seule institution assez forte pour imposer son autorité sur un pays divisé.
Dotée d'un budget représentant environ 50 % du PNB, l'armée, forte de , n'a pourtant pas d'ennemi extérieur déclaré, malgré des tensions récurrentes avec la Thaïlande, qui conduisirent à des escarmouches à la frontière entre les deux pays. En plus de la protection extérieure, son rôle est de contrôler la population et elle participe à des missions de maintien de l'ordre et de répression au même titre que la police.
Le parti d'opposition mené par Aung San Suu Kyi (la Ligue nationale pour la démocratie ou LND) a remporté les élections législatives en mai 1990 avec plus de 80 % de voix en sa faveur, à la surprise de la junte militaire, qui espérait légitimer ainsi son pouvoir. Celle-ci a alors invalidé les élections. Le NLD lutte pour le retour de la démocratie dans le pays.
La junte a une position ambiguë envers l'opposante Aung San Suu Kyi, qui est très populaire dans le monde depuis son prix Nobel de la paix en 1991. Sa popularité et son statut de fille du héros national Aung San lui procurent une certaine protection, alors que la junte voudrait pouvoir se débarrasser de cette épine dans le pied. Face à ce dilemme, la junte l'a placée à plusieurs reprises en résidence surveillée. Le , un américain, John Yettaw, gagne sa résidence en traversant un lac à la nage. Il est hébergé pendant deux jours par Aung San Suu Kyi, entraînant leur arrestation et leur jugement. Aung San Suu Kyi est condamnée le à 18 mois d'assignation à résidence, à la suite d'un décret de Than Shwe réduisant la peine initiale de moitié. Ce jugement très controversé, la rendait inéligible pour les élections de 2010. Le , quelques jours après celles-ci, elle a été finalement libérée.
La politique mise en place par les généraux occasionne des migrations massives de certaines minorités, comme les Karens par exemple, vers la Thaïlande.
Le , le Premier ministre, le général Khin Nyunt, a été et assigné à résidence. Il a été remplacé par Soe Win, un « dur » tenu pour responsable de l’embuscade contre le convoi d’Aung San Suu Kyi en mai 2003. Khin Nyunt premier ministre depuis , supervisait les services secrets birmans depuis plus de vingt ans et était considéré comme un modéré. Son opposant au sein de la junte, le général Maung Aye, réputé très dur, qui occupait jusqu'alors les fonctions de vice-président du Conseil d'État pour la paix et le développement, est également chef d'état-major. Il est en concurrence pour le pouvoir avec le général Than Shwe, président de la junte et commandant en chef des forces armées.
Les sanctions économiques prises contre le régime militaire birman par la communauté internationale, dont les États-Unis, la Malaisie et les pays de l'Union européenne (la France y compris), n'ont eu que peu d'effet, ceci étant dû en grande partie à l'inventivité des collaborateurs de la Junte, comme à la volonté de nombreux pays asiatiques soucieux de continuer à promouvoir les échanges économiques avec la Birmanie et notamment en vue des profits générés par les investissements dans l'extraction des ressources naturelles du pays. On peut cependant dire que ces sanctions ont eu pour effet de mettre au chômage plus de , du jour au lendemain, qui travaillaient auparavant dans les usines textiles qui commençaient à émerger dans le pays. Beaucoup des jeunes filles qui travaillaient dans ce secteur sont allées grossir les rangs des prostituées de la capitale. Les sanctions semblent donc plus contribuer à un appauvrissement de la population qu'à une démocratisation du pays.
Dans la même logique que les sanctions, de nombreuses voix se sont élevées contre les sociétés comme Total investissant dans le pays et contre les voyageurs qui font fonctionner l'industrie du tourisme. Selon les démocrates, l'entrée de devises étrangères aiderait le gouvernement actuel et contribuerait à la généralisation du travail forcé.
Déplacement de la capitale La capitale a été déplacée en 2005 de Rangoon, située dans le delta de l'Irrawaddy, à Naypyidaw, 300 km à l'intérieur des terres. Les spéculations abondent quant aux raisons de ce déménagement brusque du gouvernement vers une ville pratiquement construite à partir de rien dans une région complètement isolée.
Selon les explications officielles, l'ancienne capitale de Rangoon était devenue trop étriquée ; de plus, la nouvelle capitale occupe un emplacement plus central, ce qui permettrait des liaisons plus faciles avec les différents endroits du pays. Certains observateurs ont fait le rapprochement avec l'ancienne coutume qu'avaient les nouveaux rois de construire une nouvelle capitale (la Birmanie en a compté une quinzaine au cours de son histoire). Le déplacement exprimerait une volonté de la junte d'asseoir sa légitimité par ce geste symbolique, d'où le nom de la nouvelle capitale, Nay Pyi Daw, qui signifie « Siège des Rois ».
D'autres estiment que le déplacement reflète la volonté du gouvernement de se protéger à la fois d'une invasion de l'extérieur et de mouvements populaires intérieurs, qui avaient ébranlé le pouvoir en 1988. En particulier, un journaliste indien, Siddharth Varadarajan, décrit après une visite de Nay Pyi Daw la nouvelle capitale comme « l'assurance ultime contre le changement de régime, un chef-d'œuvre d'urbanisme dessiné pour contrer toute tentative de révolution colorée — non par les tanks et les canons à eau, mais par la géométrie et la cartographie. » Le gouvernement semble en effet vouloir s'isoler, au point de limiter les moyens de communication.
Enfin, des raisons ésotériques semblent être entrées en ligne de compte. Depuis toujours, l'astrologie et le pouvoir ont été liés en Birmanie. Le mécontentement de 1988 était notamment lié au fait que Ne Win, écoutant son astrologue, avait décidé de remplacer tous les billets de banque par d'autres dont les valeurs étaient des multiples de 9, son chiffre porte-bonheur. Le déménagement vers Nay Pyi Daw s'étant fait à une heure précise, déterminée par le calendrier lunaire, il est possible que la décision de changer de capitale ait été influencée par les astrologues de la junte.
Événements de 2007
Un mouvement national de protestation éclate en et se poursuit tout au long du mois de septembre. Du fait du rôle primordial tenu par les moines dans ces événements ce soulèvement a pris malgré son échec le nom de révolution de safran, par allusion à la couleur de la robe des bonzes. Les manifestations ont commencé le à Rangoun pour dénoncer l'augmentation massive des prix des carburants et des transports en commun. Elles ont pris de l'ampleur à partir du , où des moines bouddhistes ont été frappés à Pakokku par des miliciens de la junte, sans que ces violences soient suivies d'excuses officielles demandées par la All Burmese Monks Association. Dans toutes les grandes villes du pays des membres de la Ligue nationale pour la démocratie d'Aung San Suu Kyi, des étudiants et des autres personnes de toutes les catégories sociales ont rejoint les manifestations pacifiques des moines . Le mouvement a été brutalement réprimé à partir du , l'armée opérant des rafles dans les monastères et opérant de nombreuses arrestations.
Événements de 2008
En février, les autorités militaires annoncent la tenue d'un référendum pour valider des réformes constitutionnelles "Burma's military issues warning before poll", ABC Radio Australia, 9 avril 2008. D'après la Ligue nationale pour la démocratie, la nouvelle Constitution ne ferait que renforcer le pouvoir des autorités militaires "Main Burmese Opposition Party Calls for Defeat of Draft Constitution", Voice of America, 2 avril 2008. Le gouvernement militaire affirme, pour sa part, que la nouvelle Constitution établirait « une démocratie où fleurit la discipline ».
Le , un cyclone tropical de catégorie 4, Nargis, frappe très durement la Birmanie, en particulier la région de Rangoon. Quarante-huit heures avant le passage du cyclone, le service météorologique indien a informé les autorités de son arrivée mais l'information aurait été mal relayée dans le pays. Le bilan officiel fait état de plus de 130 000 morts ou personnes portées disparues. Les ONG sur place parlent de 2,5 millions de sans abris. Dans le chaos le plus total, l'aide humanitaire peine à arriver sur place, les visas n'étant pas délivrés suffisamment vite par la junte au pouvoir, qui rechigne à accepter l'aide internationale.
Le référendum a cependant eu lieu le , avec un taux de participation officiellement supérieur à 98 %. Le Conseil d'État pour la Paix et le Développement a été officiellement dissous le , lors de l'intronisation de Thein Sein comme président de la RépubliqueLa junte birmane a été dissoute, Le Monde, 30 mars 2011.
Élections Élections de novembre 2010 et accession à la présidence de Thein Sein
Conformément à ce qu'avait annoncé la junte le , des élections ont lieu le dans des conditions dénoncées comme une mascarade par les observateurs étrangers et l'opposition birmaneDemocratic Voice of Burma 08.12.2010. Son principal représentant, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi, refuse d'y participer. C'est donc sans surprise que Parti de la solidarité et du développement de l'Union (USDP), créé par la junte pour la représenter lors de ce scrutin, obtient 76,5 % des sièges sur l'ensemble des trois parlementsDemocratic Voice of Burma 11.12.2010. Le , Thein Sein , premier ministre depuis 2007, est élu président de la République , par un comité composé de parlementaires et de militaires nommés par la junte. Celle-ci est dissoute le et le généralissime Than Shwe prend sa retraiteLibération : Birmanie : la junte dissoute, le généralissime Than Shwe devrait se retirer.