Paul Robin Krugman, né le à Albany dans l'État de New York, est un économiste américain.
Il a obtenu le prix dit Nobel d'économie en 2008 pour avoir montré « les effets des économies d'échelle sur les modèles du commerce international et la localisation de l'activité économique ». Il a tenu une tribune entre 1999 et 2024 dans le New York Times ce qui lui a permis de devenir un « faiseur d'opinion »« Le Nobel d'économie est décerné à l'Américain Paul Krugman » : Paul Krugman « n'est pas seulement un scientifique mais aussi un faiseur d'opinion », a reconnu Tore Ellingsen, membre du comité du prix d'économie. Mais il a assuré que ses prises de position politiques n'entraient pas en ligne de compte dans l'attribution du prix. « Nous ne regardons que les mérites scientifiques », a-t-il souligné..
C'est également un grand passionné de science-fiction, et notamment des ouvrages de l’écrivain Isaac Asimov. Il a concilié cette passion pour la science-fiction et sa profession d’économiste dans son essai humoristique La Théorie du commerce interstellaire, paru en 1978..
Biographie
Jeunesse et études Fils de David et Anita Krugman et petit-fils d'immigrants russes et juifs ashkénazes, Bennie et Fannie Krugman venant de Brest (Biélorussie)., il a d'abord suivi des études d'économie à l'université Yale où il a obtenu une licence (summa cum laude) en 1974, puis au Massachusetts Institute of Technology (MIT), où il a obtenu son doctorat d'économie (PhD) en 1977 sous la direction de Rüdiger Dornbusch Andrej Svorenčík, MIT's Rise to Prominence: Outline of a Collective Biography..
Il est marié à l'économiste américaine Robin Wells Krugman.
Parcours professionnel Paul Krugman enseigne au MIT de 1984 à 1994. Il est à cette date recruté au sein de l'université Stanford , où il enseigne jusqu'en 1996. Il a également enseigné à l'université Yale et à la London School of Economics.
Il est aujourd'hui professeur d’économie et de relations internationales à l’université de Princeton.
En 1991, il reçoit la médaille John Bates Clark de l’American Economic Association (attribuée tous les deux ans à un économiste de moins de quarante ans ayant apporté une contribution substantielle aux sciences économiques) et en 2008, le « prix Nobel » d'économie pour ses travaux sur le commerce international en concurrence imparfaite et en économie géographique. Il est coauteur avec Maurice Obstfeld de International Economics: Theory and Policy, le livre de cours le plus utilisé dans ce domaine aux États-Unis, ainsi que d'une vingtaine d'autres ouvrages.
Krugman s'est fait connaître du grand public par ses ouvrages de vulgarisation publiés depuis la fin des années 1980, grâce à son anticipation de la crise asiatique de 1997.. Il est devenu réellement célèbre depuis son entrée au New York Times, dans lequel il écrivait un éditorial deux fois par semaine. Il s'y est illustré comme l'un des critiques les plus virulents du Parti républicain en général, de George W. Bush en particulier et de la « grande divergence »« Une nouvelle gauche radicale aux États-Unis » par Gilles de Margerie, l'accroissement des inégalités des revenus et des fortunes. Il se définit comme un « libéral », c'est-à-dire dans un contexte américain comme un économiste qui se situe « à gauche ». .
Néokeynésien, il est un des principaux auteurs de la nouvelle théorie du commerce international, il est le plus grand théoricien actuel du commerce international, pour Dani Rodrik La fin du consensus de la mondialisation, qui repose sur le commerce intra-firme et intra-industrie, les effets de réseau, et les situations de concurrence imparfaite.
Contributions à la science économique Paul Krugman, dans ses travaux, a couvert des sujets aussi variés que le commerce international, la géographie économique et la finance internationale. Selon le projet Research Papers in Economics, il figure parmi les cinquante économistes les plus cités et les plus influents au monde.. Son ouvrage International Economics: Theory and Policy, coécrit avec Maurice Obstfeld est un manuel de référence pour l'étude des relations internationales. C'est également un vulgarisateur qui écrit pour le grand public sur le commerce international, la politique économique ou la répartition des revenus. C'est un tenant du néokeynésianismeThe New York Times, "In Economics Departments, a Growing Will to Debate Fundamental Assumptions"., exposant ses opinions dans Peddling Prosperity.
Théorie du commerce international
Comme l'explique le comité Nobelsource la principale contribution de Krugman à la science économique est l'analyse de l'impact des économies d'échelle dans le commerce international. Avant lui, la théorie dominante est celle de l’avantage comparatif de David Ricardo et le modèle Heckscher-Ohlin-Samuelson qui étudient les échanges entre économies complémentaires : un pays exporte des matières premières et l'autre des biens manufacturés. En 1978, à la suite d’une conversation avec son professeur Rudi Dornbusch, il décide de travailler sur les rendements croissants pour l'intégrer dans la théorie des échanges internationaux. Krugman remarque pour sa part que l'essentiel du commerce international n'est pas nord-sud avec des termes inégaux mais bien nord-nord et que les biens échangés sont très similaires : la Suède exporte ses Volvo vers l'Allemagne qui lui vend des BMW.
Son explication, proposée en 1979, dans un article paru dans le et présenté la même année au Summer Institute du bureau national des études économiques des États-Unis, part du constat que les consommateurs préfèrent la diversité et que la production intègre des économies d'échelle. La préférence des consommateurs pour la diversitéKrugman a modélisé sa préférence pour la diversité en supposant une Fonction de production CES comme dans l’article d’Avinash Dixit et Joseph Eugene Stiglitz, Monopolistic Competition and Optimal Product Diversity, in American Economic Review, 1977, p. 67. explique la coexistence de différents modèles de voitures et de constructeurs, comme Volvo et BMW là où la théorie classique suppose une spécialisation des économies respectives. Cette logique explique pourquoi il y a spécialisation par marque au lieu de spécialisation par produit.
La plupart des modèles de la théorie du commerce international incluent l’idée de Krugman et comprennent des économies d'échelle dans la production et un penchant pour la diversité dans la consommation.
Face à des économies d’échelle dans la sphère de production, une économie peut se retrouver « coincée » dans des termes inégaux de l'échangePaul Krugman, Trade, Accumulation, and Uneven Development, Journal of Development Economics, 8, 1981, p. 149-161.. Cependant, le commerce international reste bénéfique même entre pays aux économies identiques parce qu’il permet à chacune des entreprises d’économiser des coûts en bénéficiant d’un réservoir de consommateurs plus large que sur le seul marché domestique et parce qu’il permet au consommateur de bénéficier d’un choix plus large et de prix plus bas en aiguisant la compétition entre sociétés<ref>[http://www.economist.com/finance/economicsfocus/displaystory.cfm?story_id=12429411 « Bold Strokes: A Strong Economic Stylist Wins the Nobel »'], The Economist, 16 oct. 2008.</ref>. Par conséquent, Paul Krugman est resté le défenseur du libre-échange et de la mondialisation des économies en critiquant, en parallèle, les interventions de l’État dans la politique industrielle. À la suite de ses travaux, Krugman avec Helpman, Barbara Spencer et James Brander ont étendu la théorie des rendements croissants au plan normatif pour déboucher sur la théorie de la politique commerciale stratégiqueCela aboutit à des conclusions controversées qui semblaient prôner l’intervention de l’État, d’où l’impression de certains observateurs que la position de Krugman sur le libre- échange trahissait une certaine schizophrénie . Il écrira cependant, dans un article de 1987 intitulé Le libre-échange est-il dépassé ?, que le libre-échange avait et qu’il ne pouvait Ses idées seront mal comprises par ceux qu'il traitera d' (notamment Robert Reich, Lester Thurow et Robert Kuttner) pour justifier l'intervention étatiqueL'économie internationale selon Paul Krugman. Dans ses livres grand public d'après, il se mettra à clarifier sa position. Il écrit, en particulier, page xxvi de son livre The Great Unraveling que
Plus anecdotiquement, Krugman a écrit, en 1978, The Theory of Interstellar Trade (La Théorie du commerce interstellaire), un essai humoristique sur l’échange des biens à une vitesse proche de celle de la lumière. Il dit qu’il l’a écrit pour se détendre du travail stressant d’assistant professeur..
Nouvelle économie géographique
Si le commerce est grandement conditionné par des rendements d'échelle, alors les régions économiques avec le plus de production vont devenir plus compétitives et attirer plus d’entreprises. Ceci explique pourquoi, plutôt que de se saupoudrer également sur toute la surface du globe, la production a tendance à se concentrer dans quelques pays, quelques régions ou même quelques villes qui deviennent densément peuplées et bénéficient de revenus plus élevésComité du prix Nobel, Information for the Public, page 3.. Cette analyse est développée dans des articles publiés, à partir de 1991, dans le Journal of Political Economy'Honoring Paul Krugman' Economix blog of the New York Times, Edward Glaeser, 13 oct. 2008. et forme la base de la nouvelle économie géographique.
Macroéconomie internationale
Krugman est un économiste influent dans le domaine de la finance internationale et de la macroéconomie internationale. En 1979, il publie une modélisation de crises des changes dans le Journal of Money, Credit, and Banking montrant que les taux de change fixes vont se terminer par des attaques spéculatives, et que les mauvaises politiques des États la cause des crises monétaires. Cet article est considéré comme l’une des principales contribution de la première génération des modèles de crises de changesCraig Burnside, Martin Eichenbaum et Sergio Rebelo, 'Currency crisis models', New Palgrave Dictionary of Economics, 2008, éd.. Il est aussi le promoteur de la troisième génération des modèles de crises des changes qui attribue aux engagements en devises non couverts le rôle catalyseur des crises et même des contagions.
À la fin des années 1980, il va s'intéresser aux zones-objectifs monétaires. Il publie ses conclusions dans Quarterly Journal of Economics. Cependant, le verdict de l’histoire a été moins généreux, en partie parce que la principale prédiction de l’étude, à savoir que les monnaies se stabilisent lorsqu’elles approchent les extrêmes des zones-objectifs, n’a pas été validée par les faits.
Au début des années 1990, il a aidé à la diffusion des arguments de Laurence Lau et Alwyn Young, entre autres, que la forte croissance des économies des « tigres asiatiques » n’est pas le résultat d’un nouveau modèle économique mais celui de la croissance du capital qui n’a pas — contrairement au développement des « dragons asiatiques » — abouti à la croissance de la productivité globale des facteurs de production. Il prédit alors que la croissance économique va se ralentir et qu’il deviendra plus difficile de générer plus de croissance avec des intrants augmentant. La crise économique asiatique de 1997 a validé ces prédictions.
Il critique aussi les investisseurs tels que le fond Long Term Capital Management dont les profits dépendent essentiellement du maintien des taux de change fixe. La crise financière russe de 1998 sonne le glas de cet investisseur.