LEmpire ashanti ou Empire asante (en twi : ) est un État akan situé dans l'actuel Ghana et ayant existé de 1670 à 1902 puis de 1935 à 1957.

Cet État est d'abord formé en confédération puis son organisation socio-politique évolue sous forme de royaume puis d'empire dès 1701. À son apogée, l'Empire ashanti s'étendait au-delà de l'actuelle région Ashanti et incluait les régions de Brong Ahafo, Centrale, Orientale, du Grand Accra et Occidentale du Ghana actuel.

À partir de la fin du , le roi Ashanti (Asantehene) Osei Tutu et son conseiller Okomfo Anokye instaurent le royaume Ashanti par le symbole du trône royal Ashanti, aussi appelé siège doré. Le royaume entame une expansion territoriale militaire importante vers le sud et conquiert Denkyira afin d'obtenir un accès au golfe de Guinée et au commerce côtier avec les Européens situés sur la Côte de l'Or, notamment les Néerlandais.

L'économie de l'Empire ashanti repose initialement sur le commerce de l'or et les exportations agricoles, ainsi que sur le commerce d'esclaves, l'artisanat et le commerce avec les marchés situés plus au nord. Cependant, la traite négrière devient progressivement majoritaire, appuyée par des opérations militaires permettant de se procurer des captifs dans les régions septentrionales.

L'Empire ashanti mène plusieurs guerres avec les royaumes voisins, tels que les Fante, et combat l'expansion coloniale britannique. L'empire remporte les deux premières guerres anglo-ashanti et humilie les Britanniques. En 1824, après que le général Charles Mac Carthy a été tué, son crâne est transformé en tasse à boire à rebord d'or. Cependant, les trois guerres suivantes provoquent le saccage de la capitale Ashanti de Kumasi, son protectorat forcé en 1896 et finalement l'annexion de l'empire à la Côte-de-l'Or britannique en 1902, au terme de la cinquième guerre anglo-ashanti.

Après restitution du trône royal en 1935, le royaume Ashanti s'unit au Ghana en 1957 lors de son indépendance en tant qu' prévu par la Constitution. Le roi du royaume Ashanti est alors Otumfuo Osei Tutu II Asantehene. Le royaume Ashanti abrite le lac Bosumtwi, le seul lac naturel du Ghana. Les revenus économiques actuels de l'État proviennent principalement du commerce de lingots d'or, de cacao, de noix de kola et de l'agriculture.

Étymologie Le nom Ashanti (twi : Asante), dérivé des mots twi ɔsa (« guerre ») et nti (« à cause de »), signifie « à cause de la guerre ». Il a pour origine la formation d'une confédération des chefferies du clan Oyoko à Kumasi et ses environs afin de combattre le royaume de Denkyira. La variante du nom, Asante, provient de rapports britanniques retranscrivant le nom du royaume tel qu'il est prononcé : as-hanti. D'autres hypothèses, moins acceptées, existent également. Pour Meyerowitz, ce sont « les gens de San ». Pour Braffi, ce sont les Asanties : les dispersés ou (villes) « éparpillés afin de conquérir des terres ». Cependant, il est le seul à émettre cette hypothèse.

La première théorie est favorisée par les historiens puisqu'elle coïncide avec les événements historiques et les premières mentions des Asante par les Européens à la fin du .

Histoire Origine

Migrations Akans gauche|vignette|Le tissu Kente, le vêtement traditionnel porté par la royauté Ashanti. Entre le et le , les Akan migrent dans la ceinture forestière du sud du Ghana et établissent plusieurs États : Ashanti, Brong-Ahafo, Denkyira, Fanti, Ahantas, Mankessim, Akyem, Akwamu, Akuapem, Kwahu, Aowin, Sefwi et Wassa.

D'importants gisements d'or existent dans la région Ashanti dans laquelle prennent place ces populations, permettant à des relations commerciales de se construire avec les puissants empires du Sahel. Les routes commerciales du nord provenant de Tombouctou, Gao et Djenné, ainsi que les routes commerciales de l'ouest provenant de Kano et Sokoto, se croisent dans cette régionK. Y. Daaku, Trade and Politics on the Gold Coast 1600-1720, London 1970, S. 8..

L'apparition progressive d'une confédération ashanti coïncide avec l'amoindrissement des caravanes du Sahel et le ralentissement du commerce transsaharien, permettant à Kumasi et à ses environs de devenir un acteur majeur du commerce de l'or dès le , et principale région d'approvisionnement de la Côte de l'Or où commercent les EuropéensCollins and Burns (2007), p. 139.. En échange de l'or, les marchands obtenaient des armes à feu permettant aux clans influents de continuer l'extension de leur pouvoir. Les régions pauvres en or se spécialisent dans la capture d'esclaves, facilitée par des armées désormais équipées d'armes à feuWalter Rodney, Gold and Slaves on the Gold Coast, in: Transactions of the Historical Society of Ghana 10 (1969), S. 13–28.. Cette situation provoque une nouvelle vague de migration Akan, incluant le clan OyokoUte Luig, Konstitutionsbedingungen des Aschanti-Reiches. Zentralisierungsprozesse politischer Herrschaft. Von den Akan-Staaten zum Aschanti-Reich, in: R. Hanisch & Rainer Tetzlaff (Hg.) Historische Konstitutionsbedingungen des Staates in Entwicklungsländern, Frankfurt/M. 1980, S. 118–186, S. 133–138..

Asantemanso, berceau du clan Oyoko

Selon la tradition orale, le berceau du clan Oyoko se situe à Asantemanso, où le clan aurait émergé de la terre. Asantemanso aurait été fondée par le clan Aduana et devient la capitale de l'État de Domaa. Prospère sous le règne des premiers Domaahene et au sein du territoire de Bono, elle accueille rapidement de nombreux migrants fuyant les conflits en cours au sein du royaume de Denkyira qui émerge. Un premier clan Oyoko, guidé par Akyempon Tenten, fuit Kokofu et noue une alliance forte avec le Domaahene qui leur octroie un quartier, Nampansa.

À la suite de cela, une seconde vague de migrants Oyoko rejoint Asantemanso depuis Juaben et Nsuta. Cette augmentation démographique déclenche, vers 1650, une guerre civile qui oppose les trois clans Oyoko aux Domaa et Aduana et provoque la destruction d'Asantemanso. La tradition orale ashanti tend à occulter cette guerre afin de favoriser le mythe fondateur qui entoure Osei Tutu Ier et Okomfo Anokye. En effet, ce conflit est perçu comme un échec, provoquant un nouvel exil du clan Oyoko.

Cette destruction provoque la dispersion des différents clans. Le premier clan Oyoko, dirigé par Akyeampon Tenten, retourne à Kokofu. Le second clan Oyoko, dirigé par Oti Akenten, s'installe à Kwaaman, ancien nom de Kumasi. Le troisième clan Oyoko tente de s'installer également à Kokofu, puis rejoint Oti Akenten à Kwaaman. Cette dispersion provoque également l'émergence de nouvelles maisons dynastiques au sein du clan matrilinéaire. Chacune s'installe dans des villes environnantes telles que Juaben, Bekwai, Dadiasi et Mampon. L'origine commune de tout ces clans situés à Asantemanso en font effectivement le berceau du clan Oyoko et des futurs Ashantis.

Des fouilles archéologiques réalisées en 1986 sur le site traditionnel d'Asantemanso dévoilent quant à elles une occupation remontant à plusieurs siècles avant J.-C. et l'existence d'une communauté importante pouvant appartenir à la culture Guan. Cette hypothèse remet en question l'histoire du peuplement de la région et les relations entre les Guan et les premiers Akan.

État de Kwaaman Kumasi et sa périphérie est composée, dès le début du de chefferies ou micro-États fondés par plusieurs clans de l'Abusua issus de différentes migrations Akan. La ville n'existe pas en tant qu'État unifié à l'arrivée du clan Oyoko.

Ces trois micro-États sont le Tafo, Kaase et Amakum. Le Tafo serait le premier État fondé dès le début du . Il commerce déjà avec les portugais selon un rapport de 1527. Cet État est reconnu comme un important centre de production d'or et joue déjà un rôle majeur sur les voies commerciales reliant la côté au Sud aux royaumes mossi au Nord. Le second État, Kaase, aurait été fondé par le clan Aduana lors de la seconde migration Akan, vers la fin du . Ils pourraient être à l'origine de l'acculturation de l'État de Tafo par le clan Aduana. Le troisième État, Amakum, appartient au clan Asenee et provient d'Akrokyere, dans le royaume Adansi en conflit avec le royaume de Denkyira. Sa fondation est estimée vers 1650, avant la guerre civile qui détruit Asantemanso.

Les migrants du clan Oyoko s'installent d'abord à Amakum tandis que les Domaa fondent Suntreso (banlieue actuelle de Kumasi) et négocient avec les trois États pour l'octroi de nouvelles terres. C'est également à Suntreso que se tient une réunion tenue par Boamponsem, roi de Denkyira, afin de délimiter les frontières des différentes cités-États sous sa tutelle. Cet ensemble de cité-états noue des alliances qui posent les bases d'une réunification autour d'un seul État de Kwaaman, ensuite renommé Kumasi.

L'origine du royaume ashanti est étroitement liée à la domination progressive du clan Oyoko découlant de la tradition de l'Abusua qui détermine l'organisation sociale et familiale en huit clans. Ce clan s'implante au à Kumasi et remplace progressivement le clan dans la noblesse et sur le trône de Kumasi. Selon la tradition orale, les Oyoko possèdent une ancêtre commune, Ankyewa Nyame.

Le mythe fondateur de Kwaaman dans la tradition orale indique qu'Oti Akenten aurait négocié avec le chef de Tafo pour l'obtention d'une parcelle de terre sous un arbre nommé Kum. Cette parcelle s'appellerait ensuite Kum-ase (en twi "sous l'arbre), donnant naissance au nom de Kumasi. À la suite des enquêtes et révisions chronologiques menées par les historiens, la version historique la plus acceptée au fait d'Oti Akenten le fondateur de Kwaman, permettant à la migration du clan Oyoko de s'y installer de 1650 à 1660. Obiri Yeboah lui succède en tant que Kwamanhene (chef de Kwaman) vers 1660 et concentre la majorité des clans Oyoko ayant migré depuis Asantemanso. L'installation du clan se fait probablement pacifiquement et Obiri Yeboa se trouve au cœur de nombreuses alliances avec les micro-États de Tafo, Kaase et Amakum.

Formation de l'Empire

Facteurs d'émergence Les causes profondes de l'émergence de l'Empire ashanti sont multiples. Tout d'abord, la recherche du contrôle des voies commerciales intérieures. Celles-ci sont l'une des causes des flux migratoires Akans, incluant donc ceux du Clan Oyoko et permettant leur installation dans la région de Kumasi. Cette région se trouve au croisement de plusieurs axes commerciaux : les Malinkés au Nord-ouest, les royaumes haoussa au nord-est et enfin l'axe commercial côtier. Ensuite, l'explosion démographique provoquée par la diffusion de nouvelle cultures de rente agricole par les Européens augmente les flux migratoires, la main d'œuvre militaire et par conséquent la propension des États à faire des esclaves. Enfin, la présence des Européens sur la Côte provoque un chamboulement commercial et militaire par l'introduction des armes à feu et l'augmentation de la demande en or et en esclaves.

Cependant, les causes ne sont pas uniquement à rechercher dans les opportunités commerciales, sans quoi les Ashantis se seraient plutôt installés sur la côte. En effet, l'essentiel des ressources aurifères se trouvent dans le sud, à proximité immédiate des forts coloniaux européens. Une autre cause importante de l'émergence de la confédération est également la conséquence de l'émergence de puissances militaires au sud, tels que le royaume de Denkyira, d'Akwamu et des Akyems.

Un autre facteur est la disposition de la région de Kumasi qui a la particularité d'être constituée de petites collines et marécages formant une défense naturelle contre les agressions extérieures.