La guerre russo-polonaise de 1792 ou guerre du deuxième partageGod's Playground, a History of Poland, page 535 . ou guerre pour la défense de la ConstitutionZieleńce Dubienka: z dziejów wojny w obronie Konstytucji 3 maja . oppose de mai à la république des Deux Nations (Pologne et Lituanie) à l'Empire russe et à ses alliés polonais de la confédération de TargowicaGod's Playground, a History of Poland, page 535 ..

Le , environ russes franchissent la frontière polonaise et attaquent les forces de Pologne-Lituanie, fidèles au roi Stanislas II Auguste, à la Grande Diète et à la Constitution polonaise du 3 mai 1791.

La guerre prend fin dès par la soumission du roi à la confédération de Targowica, qui obtient le retrait de la constitution. Mais, conséquence non prévue, la Prusse, qui n'est pas intervenue militairement, obtient tout de même de la Russie que la Pologne subisse son deuxième partage, réalisé en 1793.

Contexte 290px|thumb|L'adoption de la Constitution du 3 mai 1791

Les problèmes de l'État polono-lituanien au XVIII siècle Au début du , les magnats de Pologne et de Lituanie contrôlent l'État, ou plutôt, réussissent à faire en sorte que les réformes susceptibles d'affaiblir leur Liberté doréeGod's Playground, a History of Poland, page 274 . ne puissent être entreprises. Abusant de la règle du liberum veto qui permet à tout député de paralyser les procédures de la Diète, les députés soudoyés par les magnats, les puissances étrangères ou tout simplement ceux qui continuent de croire qu'ils vivent dans un âge d'or sans précédent, paralysent le gouvernement de la République depuis plus d'un siècleThe new Cambridge modern history, page 562 .Constitutions, Elections, and Legislatures of Poland…, page 156 ..

L'idée de réformer le gouvernement de la République apparaît au milieu du Historia Polski, 1764–1864, pages 60–63 ., mais elle est tout de suite considérée avec suspicion, non seulement par les magnats, mais aussi par les pays voisins, qui abhorrant l'idée d'une puissance renaissante à leurs frontièresThe Russian Empire and the World, 1700–1917, pages 41 et 42 ., avaient tout entrepris pour dégrader les relations entre le roi et la noblesse. L'armée de la République n'a alors que à présenter face aux armées de Russie forte d'environ , de Prusse forte d'environ et du Saint-Empire forte également d'environ Uchwalenie i obrona Konstytucji 3 Maja, page 19 ..

Le contexte international Une conjoncture favorable à la Pologne se présente à la fin des années 1780. La Russie de Catherine II et l'Autriche de Joseph II sont engagées depuis 1787 dans une guerre contre la Turquie (Guerre russo-turque de 1787-1792 et guerre austro-turque de 1788-1791).

La Russie est aussi engagée dans une guerre contre la Suède (guerre russo-suédoise de 1788-1790)Democratic government in Poland, pages 11 et 12 .Constitutions, elections, and legislatures of Poland…, page 176 .A history of eastern Europe, page 160 .Democratic government in Poland…, page 226 .. Mais la paix est rétablie dès le (paix de Värälä).

Un traité d'alliance et d'amitié entre la Pologne-Lituanie et la Prusse est signé le à Varsovie.

Mais la situation redevient moins favorable au début des années 1790 : la Révolution française incite plutôt à un renforcement des liens entre l'Autriche, la Prusse et la Russie, pour s'opposer à la mise en cause de l'ordre établi.

La Grande Diète et la constitution de 1791

La Diète réunie en 1788 se lance dans un processus de réformes, et contrairement à l'habitude, elle va siéger pendant 4 ans. S'inspirant de ce qui se passe alors en France (à partir de ), le courant réformateur prend de l'importance : il prône une révolution sociale sans violence, donnant des droits à d'autres classes de la société que la noblesse.

Le roi est poussé à adopter une nouvelle constitution. Celle-ci est promulguée le The price of freedom…, page 128 .Constitutions, elections, and legislatures of Poland…, pages 172 et 173 .Constitutions, elections, and legislatures of Poland…, pages 184 et 185 . et reçoit un large soutien populaire. La constitution prévoit aussi un renforcement du pouvoir exécutif : entre autres, le roi ne sera plus élu, mais héréditaire ; le liberum veto disparait.

Les réactions à la constitution La tsarine Catherine II considère cela comme une atteinte au statut de « protecteur » de la Pologne qu'a de fait la Russie depuis quelques décenniesA concise history of Poland…, page 84 . : « La pire des nouvelles est arrivée de Varsovie : le roi polonais est presque devenu un souverain », dit Alexandre Bezborodko, important responsable des Affaires étrangères russes, quand il apprend la nouvelleUchwalenie i obrona Konstytucji 3 Maja, page 84 ..

La Prusse (Frédéric-Guillaume II) est également opposée à la nouvelle Constitution polonaise. Elle craint qu'un État polonais renforcé ne devienne une menace et ne finisse par exiger la restitution des terres acquises lors du premier partage de la Pologne. Le ministre des Affaires étrangères, Schulenburg-Kehnert, déclare que la Prusse est dégagée de ses obligations du traité d'alliance de 1790Histoire des progrès du droit des gens en Europe…, page 208 ..

La Constitution n'a pas été adoptée sans opposition au sein de la République elle-même. Des magnats, comme Franciszek Branicki, Stanislas Potocki, Séverin Rzewuski et Szymon et Joseph Kossakowski, ont été des opposants dès le début du processus. Une fois la constitution adoptée, ils sont prêts à tout pour revenir à l'état des choses antérieur.

La confédération de Targowica Le la Russie signe avec la Turquie le traité d'IașiPrécis historique du partage de la Pologne, page 283 ., qui rétablit la paix. La Russie, libre de tout engagement militaire, peut maintenant s'occuper des affaires polonaises.

Les opposants polonais vont faciliter l'intervention de la Russie. Venus s'installer à Saint-Pétersbourg en , les magnats critiquent ouvertement la constitution, l'accusant de répandre « la contagion des idées démocratiques, après les exemples mortels établis à Paris ». Ils affirment que « le parlement […] a rompu toutes les lois fondamentales, balayé toutes les libertés de la noblesse […] Le marque le début de la révolution ». Ils demandent à la tsarine de Russie d'intervenir et de rétablir leurs privilèges.

En avril-, ils se forment en « confédération », à laquelle ils donnent le nom de confédération de Targowica, en référence à un village d'Ukraine polonaise. Le texte fondateur de la confédération, rédigé de concert avec le ministre russe de la Guerre, Vassili Stepanovitch Popov, est publié le . C'est un appel public à l'intervention russe, qui permet au gouvernement russe de la présenter comme un secours apportés aux Polonais contre des révolutionnaires factieux.

Le , l'ambassadeur de Russie en Pologne, Yakov Bulgakov, fait une déclaration de guerre au ministre polonais des Affaires étrangères Joachim Chreptowicz. Le jour même, les armées russes entrent en Pologne.

Les forces en présence 290px|thumb|Théâtre des opérations

L'armée russe Les forces russes, environ aguerris par les conflits récents, sont divisées en deux armées commandées par Mikhaïl Kretchetnikov, qui doit attaquer au nord (grand-duché de Lituanie) et Mikhail Kakhovsky, au sud (Ukraine)La République des Deux Nations unit (depuis 1569) le royaume de Pologne (Krolestwo Polskie, aussi appelé Korona, « la Couronne »), qui inclut une grande partie de l'Ukraine et le grand-duché de Lituanie, qui inclut des territoires biélorusses et apparentés, dits « ruthéniens ». Le mot « Pologne » renvoie parfois au royaume de Pologne (la Couronne), mais souvent à la République des Deux Nations, comme dans « partages de la Pologne ».. La confédération de Targowica ne représente pas une force numérique importante et les tentatives des confédérés pour recueillir le soutien populaire lors du franchissement des frontières n'auront pas de succès.

L'armée de Kakhovsky, forte de , est répartie en quatre corps. Le , environ , est placé sous le commandement du général Mikhaïl Koutouzov, le , sous le commandement du général Ivan Dunin, le , sous le général et le , sous les ordres du général .

Kakhovsky, traversant l'Ukraine polonaise, doit prendre Kamieniec Podolski, Chełm et Lublin, puis atteindre Varsovie par le sud.

L'armée de Kretchetnikov, forte de , est également divisée en quatre corps : le le commandement d'un Polonais, Szymon Kossakowski, membre éminent de la confédération de TargowicaIl sera condamné à mort et exécuté par les insurgés de Wilno en avril 1794, pendant l'insurrection de Kosciuszko. () ; le (général ), compte ; le (général ), compte ; le (général ), compte .

Kretchetnikov doit avancer par Minsk, Wilno, Brest et Białystok, pour arriver à Varsovie par le nord.

Les Russes disposent d'un bon service de renseignement et sont au courant de la distribution des troupes polonaises, alors que les Polonais ont moins d'informations, souvent erronées. Ils sont surpris par l'entrée des Russes en Pologne.

L'armée polono-lituanienne Le commandement nominal des forces armées revient au roi Stanislas II Auguste, mais il a délégué le commandement effectif à son neveu, le prince Joseph Antoine Poniatowski. Pour affronter les Russes, Poniatowski a en théorie à sa disposition de l'armée du royaume de Pologne et environ de l'armée du grand-duché de Lituanie (alors qu'en 1789 la Diète avait décidé de porter les effectifs de l'armée de ligne à ). Dans la pratique, les forces de la République ne comptent qu'environ . L'armée est en pleine réorganisation, manque d'équipement et de soldats expérimentés.

En Ukraine, les forces polonaises sont réparties en trois corps, commandés par Tadeusz Kościuszko, Michał Wielhorski et le prince Poniatowski lui-même.

L'armée du grand-duché, renforcée par une détachement polonais de , est commandée par le duc Louis de Wurtemberg, qui n'a rien prévu pour la guerre et dont les troupes ne sont pas prêtes au combat.

Une armée de réserve d'environ doit se rassembler à Varsovie sous le commandement du roi.

Quelques mois auparavant, Tadeusz Kosciuszko avait proposé de réunir toute l'armée polonaise afin de pouvoir affronter l'armée russe avec une certaine égalité numérique. Ce plan a été rejeté par le prince Poniatowski, qui a choisi une stratégie d'attente : éviter tout engagement important, en attendant les que la Prusse est censée envoyer.

Le conflit Les opérations sur le front sud 290px|thumb|Après la bataille de Zieleńce, par Wojciech Kossak

Les Russes franchissent la frontière dans la nuit du 18 au .

Kościuszko rejoint le prince Poniatowski près de Janów le . L'armée de la Couronne est cependant trop faible pour s'opposer aux quatre colonnes ennemies progressant en Ukraine occidentale et commence un retrait sur la rive ouest du Boug méridional, vers Lioubar et Polonne, Kościuszko commandant l'arrière-garde. En attendant des renforts promis par le roi, Poniatowski décide de quitter l'Ukraine et de passer en Volhynie où le lieutenant-général Michał Lubomirski a été chargé de rassembler vivres et matériel, afin d'établir un point de défense majeur.

Le , Wielhorski est battu à Boruszkowce.

Le , Poniatowski reçoit des renforts d'environ commandés par Lubomirski. Le lendemain, les Polonais battent le général Iraklij Morkow à Zieleńce. La victoire est célébrée par le roi, qui envoie des médailles de l'ordre militaire de Virtuti Militari qu'il vient de créer pour la circonstance.

Les forces russes continuent cependant d'avancer. L'armée polonaise recule en bon ordre, sous le commandement de Joseph Poniatowski.

Le , Kościuszko retarde les Russes en livrant bataille à Volodymyr-Volynskyi. Pendant que l'armée de Poniatowski se retire sur le Boug, les unités de Kościuszko résistent encore à Dubienka le et remportent une brillante victoire face à l'armée de Mikhail Kakhovsky, 4 à 5 fois plus forte. Cependant, Kościuszko préfère se retirer et franchir le Boug, avant que les Russes ne l'encerclent complètement.