Le est un motet qui servit de facto d'hymne national et royal à la France« Le Dixit Dominus et le Domine, salvum fac regem sont les deux hymnes solennels régulièrement chantés avant 1789 » Une histoire de l'Europe à travers ses chants nationaux Ian Grocholski Edilivre 2007, lors de la célébration de la messe durant l'Ancien Régime. En français, le titre du chant se traduit par : « Seigneur, sauvez le roi ».

Historique Origine La tradition de la prière pour le roi à la messe était, dans les royaumes des Francs, assez ancienne. Dès le , l'on priait pour lui, en invoquant les exemples d'Abraham, de Moïse et de DavidJean Favier, Charlemagne, p. 418, Tallandier, , Paris, 2013.. D'ailleurs, après avoir promu l'abbaye de Saint-Denis en établissement royal, le roi Dagobert († 639) y fit instituer la louange perpétuelle Laus perennis pour la famille royale et sa successionPascal Boulhol, La connaissance de la langue grecque dans la France médiévale, p. 69, 2013 .

Liturgie locale Ce qui demeure certain est qu'il s'agissait d'une liturgie locale française, et non de ce qui est issu du rite romain. La musicologue Denise Launay s'apercevait que, dans l'ordinaire de la messe, le Sanctus était fréquemment fragmenté et modifié. Surtout en France, les petits motets avaient tendance à remplacer le dernier verset Hosanna après l'élévation. Il s'agissait d'une part, du motet O salutaris Hostia issu de l'hymne de saint Thomas d'Aquin. D'autre part, c'était également ce motet Domine, salvum fac regem tiré du dernier verset du Psaume 19 (20): « Domine, salvum fac regem et exaudi nos in die qua invocaverimus te ». Si Launay considérait que l'origine de ce motet était l'un de nombreux rites propres à la cathédrale Notre-Dame de Paris, l'hypothèse pour le rite parisien manque de manuscrit. L'origine peut être affectée à la Chapelle royale sous Henri III ou Louis XIIIp. 56 et 60 (continuité de répertoires).

Lien avec les croisades Selon Jean Richard, historien médiéviste, l'origine remonterait toutefois à l'époque des croisades effectuées par saint Louis. En , le chapitre général cistercien se réunitCecilia Gaposchkin, Invisible Weapons : Liturgy and the Making of Crusade Ideology, 2017 Pierre Le Nain, Essai de l'histoire de l'ordre de Cîteaux, tome VII, p. 92, 1697 ; il est vraisemblable que le chapitre général n'était pas lié au sujet de croisades.. Pour l'intention du pape et du roi Louis IX, leurs abbayes dans le royaume de France auraient dorénavant ajouté l'invocation Domine, salvum fac regem lors de la célébration de la messeJean Richard, Saint Louis, p. 194, Fayard, Paris 1983 . Quelques chercheurs aussi racontaient que saint Louis lui-même aurait, en 1245, fait insérer cette prière dans la messeJean-Paul Montegnier, The Polyphonic Mass in France, p. 145, note n° 92 2017 ; or, sa note n° 93 n'est pas convenable, car Moneignier parlait du cérémonial de l'Église d'Anger (édition 1760), qui n'existait pas avant 1600..

Cependant, l'étude récente de Cecilia Gaposchkin (2017) présente que la formule Domine, salvum fac regem ne se trouve que dans un manuscrit de ReimsManuscrit 218, folio 122v, de la bibliothèque municipale de Reims (voir Cecilia Gaposchkin p. 257) ; il s'agit des ajoutes sur un missel lequel fut initialement copié au début du ., copié vers 1245 et avant la septième croisade sous la direction de saint Louis. Au contraire, la formule Salvum fac populum (psaume 28 (27), 9) était utilisée dans plusieurs documents, tant l'institution cistercienne de 1245 qu'un manuscrit de Lyon copié vers 1300 qui était en usage pour le royaume de FranceCecilia Gaposchkin, Invisible Weapons : Liturgy and the Making of Crusade Ideology, p. 263, Cornell University Press 2017.

Motets du La bibliothèque Laurentienne à Florence conserve un manuscrit important. Il s'agit du manuscrit FlorL666, dit codex MediciOn dispute l'origine de ce manuscrit, soit en Italie soit en France. L'hypothèse de Lowinsky est qu'il s'agit d'un cadeau de noces de Madeleine de la Tour d'Auvergne, future mère de Catherine de Médicis, et de Laurent II de Médicis. Le manuscrit contient plusieurs motets de Jean Mouton.. Copié sans doute en 1518, ce livre de chant contient un motet Domine, salvum fac regem, et exaudi de Jean Mouton († 1522), qui est actuellement la composition polyphonique la plus ancienne de ce texte connue dans les archives. Il s'agissait d'une œuvre à deux voix, avec un autre texte Deus qui Moysi legem. On ignore la raison pour laquelle Mouton composa cette pièce. L'hypothèse du motif par le musicologue Edward Lowinsky était qu'il s'agît d'une œuvre en faveur du sacre de François , tenu le à la cathédrale de ReimsLewis Peter Bennett, Sacred Repertories in Paris under Louis XIII, p. 97, 2009 .

Or, il existe deux autres œuvres composées dans le même siècle. Les pièces de Jean Maillard et de Guillaume Costeley furent publiées à Paris, respectivement en 1552 et en 1570. Et on présume qu'elles étaient pratiquées à la Chapelle royale. Leur texte était assez long et se composait de deux psaumes.

La question restante est à quel moment cet hymne, explicitement royal selon le texte, était chanté en polyphonie, au lieu de la psalmodie en monodie. En 2021, le musicologue Peter Bennett hésitait encore entre l'usage liturgique et les célébrations royales telle la procession de l'entrée du roi. Ce qui demeure certain est que, dans ce siècle, le psaume 20 (19) entier qui se commence avec Exaudiat te Dominus et se termine Domine, salvum fac regem devint une prière pour le roi de France et les célébrations royales. Selon Bennett, cela serait le roi Henri III († 1589) qui fit promouvoir et renforcer la pratique de psaumes, dans l'optique de manifester que le royaume de France était un pays protégé par Dieu. Ainsi, cela fut Renaud de Beaune, patriarche-archevêque de Bourges, qui dédia son livre Pseaumes de David à Henri III dans cet objectif en 1587, œuvre initialement publiée en 1563À vrai dire, les formules établies à la chapelle d'Henri III étaient également utilisées par les musiciens d'Henri IV et de Louis XIII, ses successeurs, selon l'étude de Peter Bennett (2021). En effet, Henri III fit réformer la Chapelle royale. Et Henri de Villiers, musicologue de la Schola Sainte Cécile, découvrit la tradition de ton royal dans un manuel de processions de la Ligue sous le règne d'Henri III ..

Et il est vraisemblable que ces dernières compositions de motets avaient eu effet, lors du synode de Chartres tenu en 1575, sur la prière de l'évêque pour le nouveau roi Henri III :- EPISCOPUS : Oremus pro Christiannissimo Domino nostro Rege.- CHORUS EX PSALM. 19 & 20 : Domine salvum fac Regem, & desiderium cordis tribue ei.La version actuelle n'était pas encore en usage, en dépit de la composition de Jean Mouton.

texte source de texteDomine salvum fac regemet exaudi nos in die qua invocaverimus te.Celestem dans ei rorem.Domine salvum fac regemet exaudi nos in die qua invocaverimus te.Tuum catholicum gregem salva defende protege.Domine salvum fac regemet exaudi nos in die qua invocaverimus te.Deus qui Moysi legem dedisti in Sinai monte, fac nos ad celum scandere post presentis vite cursum. Domine salvum fac regem. psaume 20 (19), 10(inconnu)(inconnu)(inconnu)

texte source de texteDomine salvum fac regemdesiderium cordis eius tribue ei,et voluntate labiorum eius noli fraudere.Posuisti in capite eius coronam,et, prævenisti eum in benedictionibus,quoniam in misericordia tua speravit.Da ei victoriam contra hostes suoset longitudine dierum reple eum semenque eiusmaneat semper in sæculum et in sæcili.psaume 20 (19), 10psaume 21 (20), 3psaume 21 (20), 4(inconnu)(inconnu)psaume 21 (20), 5 motet de Jean Maillard, dans le Liber primus sexdecim musicales modulos, Paris 1552 ainsi que dans le Modulorum Ioannis Maillardi quaternis, quinis, senis & septenis vocibus modulatoum, Paris 1565 motet de Guillaume Costeley, dans la Musique de Guillaume Costeley, Paris 1570

Sacre de Louis XIII Un témoignage important pour l'hymne Domine, salvum fac regem était le sacre du roi de France Louis XIII, célébré à la cathédrale de Reims en 1610. Le cérémonial français de Théodore Godefroy, sorti en 1649, détaillait la petite célébration tenue la veille, avant l'office des vêpres. C'était à 16 heures du samedi que la succession de cérémonies se commença avec solennité. Après l'une des antiennes mariales, l'archevêque de Reims dit ses versets : - VERSUS (archevêque) : Domine salvum fac Regem. - RESPONSORIUM (chantre et chœur) : Et exaudi nos in die qua invocaverimus te. - VERSUS : Dominus vobiscum. - RESPONSORIUM : Et cum spiritu tuo. Ce passage indique que, contrairement à ce que Lowinsky considérait, le motet en polyphonie Domine, salvum n'était pas chanté à la célébration de sacre du roip. 52 - 53. Or, il s'agit d'un témoignage quand et comment ce texte était prononcé.

Fixé sous l'Ancien Régime

thumb|upright=0.8 Titre : ÆTERNÆ HENRICI MAGNI, GALLORVM, Nauarrorumque Regis Potentissimi, ac Clementissimi memoriæ. ET LVDOVICI IVSTI : EIVS FILII, Gallorum, Nauarrorumque Regis Christianissimi, atque Inuictissimi, NICOLAVS FORMÉ, REGIÆ MUSICÆ PRÆFECTVS. Missam hanc duobus Choris ac quatuor voc. compositam, Vouet & Consecrat. Paris, Pierre Ballard, 1638.

Publication sous le privilège général du roi Louis XIII daté du .

Composition : messe à 8 voix en double-chœur (Agnus Dei I à 4 voix, Agnus Dei II à 4 voix et Agnus Dei III à 9 voix) ; motet Domine salvum fac Regem, & exaudi nos in die qua invocaverimus te à 10 voix ; motet Ecce pulchra es amica mea, Oculi tui columbarum genæ tuæ sicut à 9 voixNotice CMBV .

En France sous l'Ancien Régime, cet hymne devint un véritable phénomène, à partir de la composition de Nicolas Formé († 1638), sous-maître de la chapelle de Louis XIII.

Pareillement, cet hymne se trouve dans un règlement de concours, établi au Mans en 1633, pour la célébration de sainte Cécilep. 145. Il s'agissait d'une cérémonie exceptionnelle pour la création de cette fête au Mans. À l'élévation,

Plusieurs sous-maîtres de chapelle royale composèrent donc leurs œuvres en petit motet, notamment sous le règne de Louis XIV. C'était exactement l'hymne royal, car Jean-Baptiste Lully et surtout Marc-Antoine Charpentier (25 compositions) aussi laissèrent leurs pièces, quoiqu'ils n'aient eu aucune fonction à la chapelle royale. S'ils les composèrent, c'était parce qu'il s'agissait de l'hymne national pratiqué dans le royaume de France. D'ailleurs, ce petit motet était une liturgie locale. En sortant son livre Cantica pro capella Regis en 1665, Pierre Perrin précisait les musiques quotidiennement célébrées pendant la messe basse à la Chapelle royale, en présence du roi Louis XIV : Parfois, le Domine, salvum fac regem était exécuté en plain-chant. Ainsi, les lazaristes le chantaient à la fin de deux messes quotidienne ainsi que chaque matin trois foisAlexandre Maral, La chapelle royale de Versailles, p. 175, 2010 . En effet, Louis XIV fit installer quatorze lazaristes à la chapelle royale, lorsqu'en 1682, le roi avait choisi Versailles en tant que son résidence officielle. Logés à ce château royal, ils étaient chargés de soutenir toutes les activités religieuses, exécutant l'hymne DomineMathieu da Vinha (éd.), Versailles : Histoire, Dictionnaire et Anthologie, p. 436 - 437, 2015 .

Au À la suite de la Révolution, la pratique au était vraiment compliquée. C'était d'abord Louis-Philippe qui fit restaurer la formule traditionnelle Domine, salvum fac regem en 1830Étienne Vo Duc Hanh, Domine, salvum fac ... La pierre de touche des relations entre clergé séculier et l'administration dans le Finistère au début de la monarchie de juillet, 1830 - 1834, p. 371, 1979 . L'histoire raconte qu'il existait un certain nombre de prêtres qui ne voulaient pas faire chanter l'hymne royal à la messeJean Escande, Escoussens sous la royauté / Les bourgeois du château, p. 96, 2010 . Polémique, car la formule était le sujet du chef d'État.