thumb|285x285px|L'école anglaise de Gyantsé L'école anglaise de Gyantsé est une école laïque moderne, basée sur le modèle de l'école privée anglaise et située dans la ville de Gyantsé au Tibet. Un éducateur britannique, Frank Ludlow, invité par le gouvernement tibétain, en fut le directeur. L'école, fondée par le dalaï-lama, est ouverte en 1923. Elle est fermée trois ans plus tard en 1926 Catriona Bass, Education in Tibet: policy and practice since 1950, Zed Books, 1998, , p. 2..

Histoire Le projet

C'est lors de la Convention de Simla (en 1913) que l'idée de fonder une école britannique au Tibet fut évoquée par le plénipotentiaire tibétain, le premier ministre Paljor Dorje Shatra. Pour faire face aux pressions de la civilisation occidentale, elle semblait indispensable au gouvernement tibétain qui voyait que, sans éducation scolaire générale, on ne pouvait former de Tibétains pour développer le pays selon ses vœux : . Un responsable britannique insista pour préciser que l'école serait entièrement fondée par les Tibétains de leur propre initiative et que ce n'était en aucun cas une entreprise britannique augurant une « pénétration pacifique » : .

Gyantsé est choisie car la ville possède déjà un agent commercial (David Macdonald) et une petite garnison militaire britanniques, formant une communauté susceptible de donner l’occasion aux élèves de fréquenter des Anglais : : . Le nombre d’élèves serait au début entre 25 et 30 et aucun d’entre eux ne devrait avoir fait des études même en tibétain. Leur scolarité durerait de 5 à 8 ans selon les besoins puis ils seraient envoyés dans des écoles soit en Europe, soit à Darjeeling, Mussoorie, etc., en Inde pendant un an pour se frotter à de jeunes Européens et apprendre à connaître les coutumes, idées et mœurs européennes : .

Ouverture et enseignements thumb|285x285px|Frank Ludlow avec des élèves tibétains En 1923, le dalaï-lama fonde l'école anglaise de Gyantse sous la direction de Frank LudlowMelvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, 1913-1951, p. 421 : .. L'école ouvre le avec 30 élèves, des garçons âgés de 8 à 18 ans dont aucun ne venait de Lhassa, ni n'était le fils d'un responsable du gouvernement. Certains étaient bien habillés, tandis que d'autres avaient une origine modeste de toute évidence : . Ils sont choisis par le Bureau des Finances parmi les familles de l'aristocratie laïqueMelvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, 1913-1951: The Demise of the Lamaist State, p. 423. Les conversations en anglais étaient la priorité, et Ludlow était fier au terme des trois ans de son mandat que la plupart des enfants de sa classe pouvaient tenir une conversation sensée sur tout sujet. Il ajouta ensuite la géographie au programme : . En 1926, les garçons plus avancés « faisaient d'excellents progrès en anglais. Leur orthographe et écriture étaient excellentes, ils commençaient à parler couramment et s’intéressaient de près à des livres comme Robin des bois, Guillaume Tell, Les Chevaliers de la table ronde, etc. En arithmétique, ils avaient acquis une bonne compréhension des fractions et des nombres décimaux : ..

Fermeture Le , la décision de fermeture de l'école est transmise à Ludlow par , qui lui enverra la copie d'une lettre où le Kashag explique ses raisons. Les parents, déclare le Kashag, « se sont continuellement plaints qu'à moins que leurs garçons n'apprennent leur propre langue à fond au départ, ils ne peuvent pas travailler au service du gouvernement tibétain de façon satisfaisante ». Ils ont réitéré la proposition que des professeurs indiens viennent chez eux enseigner l'anglais, mais ont insisté pour affirmer qu'ils avaient le plus grand respect pour Ludlow : .

Avis de Ludlow thumb|285x285px|Frank Ludlow, et Frederick Williamson en 1933 à Gangtok, Sikkim Ludlow n'a pas imputé la fermeture de l'école qu'aux Tibétains, il pensait aussi que les autorités britanniques en Inde étaient tout aussi coupables. Frederick Markham Bailey pensait aussi que le Foreign Office aurait pu donner beaucoup plus d'encouragements : : . L'école ferma en , date du départ de Ludlow du Tibet : .

Avis de David Macdonald

En dehors des raisons officielles invoquées par le gouvernement tibétain pour abandonner le projet, David Macdonald en identifie trois supplémentaires : (i) les parents s'opposaient à l'envoi de leurs enfants si loin de chez eux ; (ii) les lamas y étaient opposés car selon eux, si les enfants devaient apprendre pour moitié de leur temps l'anglais et pour l'autre le tibétain, ils n'apprendraient aucune des deux langues correctement ; et (iii) le gouvernement tibétain était dans l'incapacité de payer régulièrement le salaire du maître d'école : .

Autres avis

Pour Yangdon Dhondup, l’échec de ce projet est liée aux factions conservatrices du clergé Yangdon Dhondup, Roar of the Snow Lion: Tibetan Poetry in Chinese, in Lauran R. Hartley, Patricia Schiaffini-Vedani, Modern Tibetan literature and social change, Duke University Press, 2008, 382 p., , p. 37 : . Pour Robert W. Ford, c'est en raison d'un changement dans la politique extérieure du Tibet, qui amorçait une coopération avec la Chine, que l'école fut ferméeRobert W. Ford, Tibet Rouge, Capturé par l’armée chinoise au Kham, Olizane, 1999 p. 72..

Pour Alex McKay, l'école anglaise dut fermer en raison d'un mouvement tibétain général opposé à la modernisation à cette époque Alex McKay, “The Birth of a Clinic”? The IMS Dispensary in Gyantse (Tibet), 1904–1910 : .

Pour Jérôme Edou et René Vernadet, c'est l'opposition des grands monastères qui contraignit l'école à fermer : .

Influence

Pour , l'école anglaise fut un échec dans la mesure où elle était censée accroître l'influence britannique au Tibet grâce aux élèves appelés à devenir, du moins l'espérait-on, de puissants responsables du gouvernement tibétain. Selon lui, guère de responsables (sinon aucun) ayant été à l'école anglaise ne semblent avoir exercé une influence importante dans les affaires du pays : . Pour d'autres auteurs, Ludlow eut une influence considérable, et en 1942 de nombreux hauts responsables tibétains avaient été ses élèves à Gyantsé Richard Starks, Miriam Murcutt, Lost in Tibet: The Untold Story of Five American Airmen, a Doomed Plane, and the Will to Survive, Globe Pequot, 2005, p. 90 : .

Anciens élèves thumb|Surkhang Lhawang Topgyal en 1937|355x355px Au nombre des anciens élèves célèbres de l'école, figurent : Surkhang Lhawang TopgyalSurkhang Lhawang Topgyal, homme politique, militaire et diplomate tibétain. Kelsang Wangdu (Dergé Sé) Derge Se Kusho, qui devint le gouverneur de Markham GartokRobert W. Ford, Tibet Rouge, p. 72. Horkhang Sé (Horkhang Sonam Palbar), qui devint ministre laïc des FinancesRobert W. Ford, Tibet Rouge, p. 73.. Doring Thaiji : . Tenzin Norbu (1900- mort après 1959), nommé dzongpön de Nyalam en 1932, il fut promu au grade en 1934, et on lui confia la mission délicate de rencontrer le panchen-lama, exilé en Chine à l'époque. De retour en 1938, il fut nommé contrôleur des biens du dalaï-lama Luciano Petech, Aristocracy and government in Tibet, 1728-1959, 1973, p. 64 : . Doring Se (Dadul Wangyal), devenu responsable tibétain le , il fut nommé assistant du ministre Lhalu Shape en Doring Se.. Tendong Dzongpon (Palden Gyaltsen) était chargé des propriétés du gouvernement tibétain à Chayul avant de devenir assistant à l'usine hydro-électrique de Drapchi près de Lhassa. Il fut nommé dzongpön de Gyantsé en 1935, et de Trachhen Dzong dans le Kham en 1942. Il fut nommé assistant télégraphe à Lhassa en Tendong Dzongpon.. Dhondup Khangsar II (Sonam Wangchhuk) entra au service du gouvernement en 1939, nommé clerc du Kashag en , dzongpön de Chomo Dzong dans le Kongpo en 1942. Devenu rupön du régiment des Kusung, il fut posté dans le district de Naktshang en Dhondup Khangsar II.. Lhagyari Kelzang Nyendrak (début du XXe - 1952), père de Lhagyari Namgyal Gyatso. Phala Dorje Wangdu

Projet de réouverture

Les autorités tibétaines souhaitaient rouvrir l'école. L'agent commercial de Gyantsé rapporte en 1932 qu'il avait été décidé d'ouvrir une école anglaise à Lhassa, les murs avaient été élevés et le gouvernement souhaitait réengager Frank Ludlow. Ce projet ne se concrétisa pas, mais il ne disparut pas totalement. Ainsi, Ludlow écrit en 1937 qu'il avait appris l'année précédente que le gouvernement envisageait de rouvrir l'école de Gyantsé. Il ajoute qu'il est maintenant trop âgé pour rester longtemps à une telle altitude mais espère qu'une personne plus jeune comme Spencer Chapman pourra accepter : .

Références

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