Saul de Groot, familièrement appelé Paul, aussi connu sous le pseudonyme de Paul van der Schilde, né à Amsterdam, le et mort à Bussum, le , est un homme politique néerlandais. Membre du Parti communiste dont il fut le chef politique, il fut résistant à l'occupant allemand durant la Seconde Guerre mondiale. Sa femme et sa fille périrent dans les chambres à gaz d'Auschwitz-Birkenau.
Biographie Enfance, adolescence, Grande Guerre Il était le fils d'un tailleur de diamants, Jacob de Groot, et de Rachel SëaltielSTUTJE, . Le travail dans le secteur du diamant étant devenu rare, ses parents, comme des milliers d'autres dans ces années-là, quittèrent Amsterdam peu de temps après la naissance de Saul pour s'établir à Anvers : d'abord à Borgerhout, puis à Zurenborg, un quartier aussi nouveau qu'élitaire. De Groot travailla dans cette ville comme apprenti tailleur de diamants.
Lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, la famille s'enfuit d'Anvers, ville menacée par l'avancement des troupes allemandes, pour se réinstaller temporairement à Amsterdam, où De Groot travaillait chez un fabricant de cigares qui lui enseigna les principes du socialisme. Déjà en 1916, la famille parentale revint à Anvers, où Saul rejoignit les Jeunes Gardes socialistes (SJW), une organisation de gauche, à la fois antibelgiciste, internationaliste et flaminganteSTUTJE, -118 ; son affiliation ne peut pas se comprendre sans prendre en compte ses sympathies flamingantes. Son pseudonyme, Paul van der Schilde, se référerait d'ailleurs, sous l'influence de la lecture de Conscience, au mot de passe, voire cri de guerre, des matines brugeoises « », qui revêtait une signification particulière dans les milieux flamingants. De Groot se sentait attiré par le « » des SJW, d'autant plus que le groupe cherchait la solution de la question flamande dans le socialisme ; ils estimaient la langue néerlandaise car, dans le contexte de la Belgique, elle était celle du prolétariatSTUTJE, .
De Groot devint tailleur de diamants et adhéra au syndicat belge des diamantaires. Enthousiasmé par la révolution d'Octobre, De Groot, sous le nom de Paul van der Schilde, prit part à la lutte entre les différents courants de la social-démocratie belge et les groupes réfractaires qui se désignaient comme communistes. Il s'opposait au gauchisme, mais aussi aux extrémistes parmi les flamingants, même s'il éprouvait de la sympathie pour la résistance contre l'oppression exercée sur la Flandre.
L'entre-deux-guerres Le HARMSEN, en ligne, il se maria à Anvers avec Szajndla Borzykowska (appelée Sally), une fille juive originaire de Łódź en PologneSTUTJE, , dont il eut une fille.
En tant que délégué, il assista à la conférence de fusion, qui avait lieu le 3 et le et où fut créé, sous de fortes pressions de l'exécutif du Komintern, le Parti communiste unifié de Belgique. De Groot fut élu à la direction du parti. En raison de sa participation à l'agitation contre l'occupation de la Ruhr, dans laquelle étaient impliquées des troupes françaises et belges, De Groot, après avoir passé quelques mois en prison, fut expulsé le . Il trouva un nouvel emploi dans la ville allemande de Hanau sur le Main. Après la répression de la rébellion des ouvriers communistes armés en octobre 1923, De Groot dut émigrer. Il s'installa avec sa famille à Saint-Claude, dans le Jura français, qui était également un centre de l'industrie diamantaire. De là, il revint, à l'automne de 1925, à Amsterdam où il obtint un emploi dans la taillerie de diamants de Boas. Membre du Parti communiste des Pays-Bas (CPN), il s'investit pourtant surtout dans le syndicat général des diamantaires des Pays-Bas ( ou ANDB). De Groot collabora à (Unité, 1926-1928), une revue par laquelle on cherchait à lutter contre la montée du fascisme par une action concertée des syndicats et, par extension, des social-démocrates et des communistes. Entre le marteau et l'enclume, De Groot, après une violente dispute qui avait eu lieu le , se vit forcé de quitter le CPN, contre lequel il se lança par la suite dans de vives attaques, publiées dans . Après qu'en avril 1928, le Parti social-démocrate des ouvriers (SDAP) eut interdit, toute participation à , ce qui signifiait la fin du périodique, De Groot put se réaffilier au CPN, en juin 1928, après avoir fait la déclaration d'autocritique exigée par la direction du parti.
En février 1930, au congrès du parti, les instructeurs du Komintern remplacèrent l'ancienne direction du parti, pour une bonne partie, par une nouvelle : selon la doctrine marxiste, la direction devait être dominée par des ouvriers politiquement instruits, raison pour laquelle la nouvelle direction du parti choisit De Groot, parmi d'autres, comme membre du bureau politique, le chargeant de travail syndical. Après dix-huit ans de travail salarié, il devint membre dispensé de la direction. Possédant déjà de grandes qualités, il acquit également une expérience internationale, de façon qu'aucun des dirigeants du CPN ne pût se vanter d'un tel état de service au niveau politique. De Groot, homme érudit qui s'était plongé dans la lecture de Marx, de Heine et de Multatuli, commença son nouvel emploi à un moment où l'on voyait mûrir la Révolution à Moscou et où, sur cette base, l'on qualifiait la social-démocratie de l'épithète de fascisme social. C'est la raison pour laquelle les têtes des syndicats, associées aux sociaux-démocrates en tant que traîtres de la classe ouvrière, devaient être combattues par tous les moyens ; cette optique conduisit, en 1931, à la création d'une opposition syndicaliste rouge (, RVO), composée d'ouvriers syndiqués et non syndiqués ; De Groot fut chargé de sa direction. L'un des rares succès auxquels parvint De Groot était la longue grève du textile de 1931-1932 à Twente, où la RVO jouait un rôle, surtout au début, sans toutefois avoir une emprise sur le cours des événements. Une pause dans le travail syndical de De Groot fut son court séjour de quelques mois à Moscou à partir de mars 1934. Au congrès du Komintern de 1935, De Groot déclara, en tant que délégué du CPN, qu'il envisageait la possibilité que la RVO conquît des syndicats entiers au moment même où, dans le cadre de la politique du et à l'instigation de Moscou, la RVO risquait d'être dissoute sans qu'on y fît attention. En 1938, De Groot devint secrétaire politique du PCN, ayant brisé toute opposition ouverte à son leadership, même si ses anciens rivaux faisaient toujours partie de la direction du parti. Un court instant, De Groot se trompa en évaluant les accords de Munich par lesquels le Royaume-Uni et la France avaient livré la Tchécoslovaquie au Troisième Reich. Dans (Le Quotidien du peuple), De Groot écrivit que : « Hitler a reculé, ce qui constitue un grand succès des forces de la paix qui, dans les dernières semaines, se sont rapidement renforcées et élargies, HARMSEN, en ligne. »
Lorsqu'un jour plus tard, Moscou eut rapporté l'horrible victoire remportée par les forces de la guerre, De Groot révisa entièrement son opinion. Il ne s'opposa par ailleurs ni au Pacte germano-soviétique ni à la guerre soviéto-finlandaise ; maintenant, la Seconde Guerre mondiale était imminente.
La Seconde Guerre mondiale
Juste avant l'invasion des Pays-Bas par les troupes allemandes, De Groot avait proposé à Moscou, par la télégraphie, de le faire venir à l'Union soviétique, demande à laquelle Moscou consentit d'abord ; mais le , G. Dimitrof chargea la direction du CPN de rester dans le pays pour y organiser la résistance. De Groot réduisit ensuite la direction du CPN à un triumvirat, composé de lui-même, de Jansen et de Dieters. Initialement, De Groot croyait que le pacte Molotov-Ribbentrop requérait une attitude politique réservée envers l'Allemagne nazie, qu'il créa aussi des circonstances dans lesquelles on pouvait agir - du moins en partie - dans la légalité, et qu'il rendait possible les négociations avec l'occupant à ce sujet. Du et de la revue mensuelle (Politique et Culture), un seul numéro légalement publié vit le jour sous l'occupation ; c'est De Groot qui rédigea l'éditorial des deux revues. Dans le , il voyait, au premier rang, l'impérialisme britannique et la bourgeoisie néerlandaise (y compris Koos Vorrink du SDAP, le parti social-démocrate des ouvriers) comme les pouvoirs qui avaient provoqué l'agression du Troisième Reich. Il alla encore plus loin dans en lançant un appel aux lecteurs à se comporter correctement envers l'occupant qui, lui, cependant, finit par interdire le Parti communiste des Pays-Bas et ses publications. Au début, De Groot avait limité les activités du parti aux actions socio-économiques mais, bientôt, Moscou donna l'ordre d'organiser plus d'actions illégales à court terme. Il fallut attendre novembre 1940 pour que paressât le premier numéro du périodique (La Vérité), le journal clandestin du CPN, pour lequel De Groot écrivait des éditoriaux où il combattait non seulement l'occupant nazi, mais aussi l'impérialisme anglo-américain, le gouvernement néerlandais à Londres et le SDAP. La lutte contre la classe dirigeante des Pays-Bas demeurait primordiale pour lui, ce qu'il exprimait dans un pamphlet clandestin, intitulé (La Paix par la révolution, d'août 1940), mais l'invasion de l'Union soviétique par l'armée allemande changea radicalement la ligne politique. Non pas la révolution prolétarienne, mais bien l'établissement de l'unité nationale et la résistance à tous les niveaux de la société, de haut en bas et de droite à gauche, constituaient désormais la ligne de conduite.
Lorsque l'occupant nazi, à la recherche de Juifs cachés, par hasard, eut dépisté De Groot à Gorssel, le , celui-ci put s'échapperDE JONGE, en ligne dans les bois par la porte arrière non verrouillée, mais sa femme et sa fille n'échappèrent pas et furent déportées, puis, immédiatement après leur arrivée à Auschwitz-Birkenau, gazées. De Groot parvint à s'échapper une seconde fois en février 1943 quand son nouvel abri à Lochem fut encerclé. À la suite d'une nouvelle vague d'arrestations, le triumvirat décida de se retirer de la direction qu'un nouveau trio prit en charge. Un des trois, Vosveld, arrêté avant de pouvoir passer par quelque action que ce fût, dénonça son rendez-vous avec Dieters, un membre du précédent triumvirat, de sorte que De Groot, qui avait attendu Dieters à une distance, le voyant emmener menotté, prit promptement le large. Après avoir dirigé le parti pendant trois ans, n'échappant que de justesse à la déportation, et cela à plusieurs reprises, De Groot rompit définitivement tout contact avec le parti clandestin pendant tout le reste de la durée de l'occupation. Il se cacha dans divers autres endroits, avant de trouver refuge auprès de la veuve Eke de Jong, qui tenait une papeterie à Zwolle. Après la guerre, De Groot habita avec elle pour finalement l'épouser en 1951.
Après la Seconde Guerre mondiale 1945-1956