Verbal Behavior ou Comportement verbal est le titre d'un livre de Burrhus Frederic Skinner. Il paraît en 1957, et est une analyse théorique du comportement linguistique du point de vue scientifique de l'analyse du comportement ou behaviorisme. Le comportement linguistique, d'après , obéit aux mêmes règles que d'autres comportements. Il s'en distingue cependant par le fait qu'il n’est pas directement renforcé par l'environnement physique, mais seulement indirectement par le comportement des autres personnes. Dans cette approche théorique, le langage est un comportement social. Il peut être renforcé ou éteint par les interlocuteurs comme tout autre comportement.Le comportement verbal est mis en forme et conservé par un environnement verbal - par des personnes qui répondent au comportement de certaines manières en raison des pratiques du groupe dont ils font partie. Ces pratiques et l'interaction qui en résulte, entre celui qui parle et celui qui écoute, génèrent les phénomènes qui sont considérés ici sous la rubrique du comportement verbalSkinner 1957, .L'originalité de l'approche et son efficacité thérapeutique vient de son approche fonctionnelle et non pas formelle du langage. La linguistique et la psycholinguistique s'intéressent à la structure du langage, son vocabulaire, sa grammaire et ses liens avec la structure du psychisme. Dans l'approche du comportement verbal au contraire, le langage est considéré comme un moyen d'obtenir ou d'éviter une conséquence à l'instar des autres comportements et également de modifier l'environnement. Les approches linguistiques et comportementales du langage sont en fin de compte complémentaires.

Le livre est considéré comme un des travaux les plus importants du béhaviorisme. Cependant, il n'y en a pas, pour l'instant, de traduction ni en allemand ni en français. On connaît presque mieux que l'ouvrage sa critique faite en 1959 par le linguiste Noam Chomsky, que l’on considère comme un des points de départ du cognitivisme, et qui introduisit en psychologie la révolution cognitiviste.

Si initialement l'ouvrage fut ignoré par la communauté scientifique, y compris béhavioriste, cette position a progressivement changé au cours des années 1980 et 1990. Depuis le début des années 1980, il a été l'objet d'un regain d'intérêt en particulier dans ses applications pratiques dans le cadre de l'ABA ou analyse appliquée du comportement. Les principes théoriques de l'ouvrage sont désormais totalement intégrés aux différents programmes de soins aux enfants présentant des Troubles Envahissant du Développement (TED) et des syndromes autistiques afin de leur apprendre à interagir avec leur environnement au moyen du langage et ainsi les socialiser. C'en est un volet fondamental dont les bénéfices ont été démontrés.

Un journal scientifique est consacré aux recherches dans ce domaine : "The analysis of Verbal behaviour".

Résumé thumb|200px|Skinner à Harvard dans les années 1950

Skinner commence par définir le comportement verbal, et explicite l'utilisation de l'appareillage conceptuel de l'analyse béhaviouriste dans le domaine de la langue. Ainsi, il présente et explicite les diverses formes d'opérants verbaux (les unités du comportement verbal). La discrimination opérée dans le comportement verbal permet une généralisation des formes, en permettant l'élaboration de formes nouvelles, plus complexes, de comportement verbal. Skinner souligne particulièrement la motivation multicausale des actes de langage : un comportement verbal n'est que rarement déclenché par un seul des processus décrits par Skinner, et également, les variables du comportement verbal peuvent contrôler plusieurs sortes de comportement. Sous la désignation de comportement autoclitique, Skinner énonce comment le comportement linguistique même du locuteur peut se contrôler soi-même. Enfin, Skinner décrit le contrôle du comportement linguistique par le locuteur, c'est-à-dire comment le comportement linguistique est contrôlé par les autres types de comportements. Et Skinner considère la pensée aussi comme un comportement.

Skinner conduit ici jusqu'au bout bien des sujets qu'il n'avait fait qu'effleurer dans Science and Human Behavior, traduit en Science et comportement humain. Ce livre ne contient cependant aucune nouvelle loi sur le comportement, qui ne pourraient servir que dans le cadre linguistique. Les seuls concepts nouveaux introduits par Skinner sont les opérants verbaux (mande et tact, l'échoïque, les comportements textuel et intraverbal, ainsi que l’autoclitique). Du point de vue épistémologique, Verbal Behavior constitue une théorie économique « [A]s an interpretation, it is both parsimonious and an adequate account of the behavior of speakers » (Cette interprétation à la fois est économique et rend bien compte du comportement des locuteurs). Skinner illustre ses hypothèses au cours du livre avec des centaines d'exemples.

La compréhension du contenu de Verbal Behavior n'est que difficilement possible sans connaissances fondamentales de l’analyse du comportement (bien que Skinner écrive avec une grande clarté). En particulier, il est vain d'essayer de comprendre Verbal Behavior avec les présupposés traditionnels du phénomène du langage, parce que l'hypothèse béhaviouriste est plutôt contraire à l'intuition. Le présent article ne peut donc que donner une brève introduction dans le thème. Avant tout, l'explication par Skinner des comportements langagiers les plus complexes ne peut prétendre à entrer dans un article encyclopédique.

Conditions préalables Skinner est un des fondateurs de l'école béhavioriste de l’analyse du comportement. Dans Verbal Behavior, il applique les connaissances acquises sur le comportement des animaux et des hommes au comportement langagier.

Le comportement est soumis, dans la perspective béhavioriste, au contrôle par l'environnement, ou sous une autre formulation : le comportement est formé par l'environnement (passé et présent) de l'organisme. Une première distinction s'impose : Le contrôle par les stimulus : ce sont les influences de tous les événements de l'entourage de l’organisme qui se sont produits dans le passé du comportement, donc les conditions préalables au comportement (Antécédents) et le contrôle de renforcement : ceci est l'influence des événements de l'entourage à la suite temporelle du comportement, c'est-à-dire les Conséquences du comportement

au moyen du modèle ABC où B représente le comportement (Behavior), on peut expliquer la forme et la fréquence du comportement : A → B → C On parle ici de contingence à trois termes du comportement. Pour simplifier, l'énoncé fondamental de ce modèle peut se formuler ainsi : le comportement est déclenché par les conditions préalables (les stimulus ou Antécédents) et par les conséquences prévisibles (renforcement ou Conséquences).

Le concept de contrôle donne prise au malentendu que l'organisme, du point de vue béhavioriste, se comporte d'une certaine manière mécaniquement et dirigé de l’extérieur. Mais Skinner souligne l'activité de l'organisme : le comportement (conditionné) de l’organisme est un résultat. Skinner exprime ceci dans son introduction :

Les hommes agissent sur le monde, le changent, et sont à leur tour changés par les conséquences de leurs actions.

Définition Skinner définit le comportement langagier comme un comportement qui n’agit pas directement sur l'environnement physique, mais seulement indirectement, par le comportement d'autres hommes (« Behavior which is effective only through the mediation of other persons ». Quand quelqu'un a soif, il peut aller chercher un verre d'eau, ou dire à une autre personne « Donne-moi de l'eau, s'il te plaît. » Ce second comportement ne donne lieu à un renforcement que si quelqu'un d'autre (un auditeur) fait quelque chose (apporte de l’eau). L'auditeur doit pour cela être entraîné (pas forcément explicitement) à renforcer le comportement verbal, et par suite appartenir à la même communauté linguistique que l'énonciateur.

Un exemple montrera combien Skinner pousse loin sa définition : un pigeon qui a appris dans une expérience d'analyse comportementale à picoter un guichet quand apparaît un disque vert, n'est pas directement renforcé par l'environnement physique, mais par un « auditeur », l'expérimentateur, qui a appris à renforcer le comportement du pigeon dans ce cas (en lui donnant p. ex. une boulette de nourriture). Le picotement du pigeon est donc dans ce sens un comportement langagier.

Il est parfois reproché à la définition de Skinner qu'elle ne permet pas de distinguer le comportement langagier d'autres comportements sociaux. Pour cela, il faut des informations sur l'histoire de l’apprentissage d'une autre personne (l'auditeur), pour pouvoir appliquer la définition. Une définition claire du comportement langagier est cependant (selon Matthew Normand) aussi impossible que celle du comportement agressif. L'énoncé central de Skinner exprime que le comportement langagier ne diffère pas essentiellement des autres types de comportement. Si la définition contient aussi quelques cas que l'on n'appellerait pas d'habitude langagiers, mais que le lecteur désignerait plutôt comme un comportement social, ceci ne constitue pas un défaut.

Il découle en outre de la définition de Skinner que le comportement langagier n'est pas lié à une forme définie (à un support physique). La forme la plus courante de comportement langagier est la parole (comportement vocal), qui en tous cas a la plus faible influence sur l’environnement physique (ce n'est que rarement, souligne Skinner, que la parole amène les murailles de Jéricho à s'effondrer, ou le Soleil à interrompre sa course). En outre s'ajoutent les formes les plus diverses de langage écrit et la langue des signes ; également les langues où le locuteur touche la peau de l’auditeur (langue de Lorm pour les sourds-muets-aveugles). Les formes audibles de comportement langagier peuvent aussi être les applaudissements au théâtre, ou les sonneries de clairon pour les militaires. L'opérateur du télégraphe se comporte aussi selon Skinner comme un locuteur en remuant sa main, comme celui qui pointe des mots sur un tableau – toujours en supposant que ce comportement va modifier celui d'une autre personne.

Avec cette définition, Skinner se démarque de la définition de la vue linguistique du problème de la langue : les linguistes s'occupent plus rarement du comportement langagier (ou de l’action verbale) d'une personne isolée mais ils étudient en général les langages (c'est-à-dire le comportement langagier abstrait de nombreuses personnes). De façon traditionnelle, il est aussi supposé que le comportement langagier (comme bien d'autres comportements) ne peut être expliqué qu'à partir d'événements internes à l’organisme : la langue sert dans cette optique à exprimer des « idées » (ou des signifiés ou de l'information). Par contre, Skinner voit dans la signification de ce qui est dit quelque chose qui se passe hors de l'organisme (dans les relations entre les événements de l’environnement et le comportement). C'est pour cela que la vision d'un langage de Skinner a plus été comparée à celle de Ludwig Wittgenstein(« La signification d'un mot est son usage dans la langue »).

Bases L'opérant verbal, unité du comportement verbal