German Arce Ross est un psychanalyste, essayiste et éditeur français né le à Lima (Pérou).
Biographie
German Arce Ross est né de mère britannique et de père péruvien aux origines du Pays Basque.
Il commence ses études de psychologie à l'Université Ricardo Palma, à Lima, au Pérou, en 1974, avant de s'installer à Sao Paulo, au Brésil, en 1975.
Installé à Paris depuis 1983, il effectue son analyse personnelle avec Gérard Miller et obtient la Nationalité Française en octobre 1995.
German Arce Ross a publié deux livres sur la psychose maniaco-dépressive où il développe des nouveaux concepts tels que facteurs blancs, forclusion maniaque, délire de mort et fuite des événements.
En 2009, il publie Manie, mélancolie et facteurs blancs, que Georges Lantéri-Laura a qualifié ainsi :« Travail à la fois clinique, psychopathologique et psychanalytique, recherche rigoureuse, toujours étayée à la fois sur la pratique quotidienne à l'égard des patients et sur la réflexion, tout aussi quotidienne, à l'endroit des théorisations possibles, excellente connaissance de l'histoire de la psychiatrie : voilà une étude rigoureuse et stimulante, dont il n'est pas nécessaire de partager toutes les convictions pour la lire avec un profit qui ne se démenti jamais »En 2016, German Arce Ross publie la Fuite des événements, qui est la suite de son premier livre. La deuxième édition de ce livre paraît en 2020 et, selon Jean Garrabé, Président d'honneur de l'Évolution psychiatrique :« Arce Ross traite de la valeur d'autodestruction autour du symptôme qu'il nomme “fuite des événements”. Si dans la psychose maniaco-dépressive il y a trois types d'événements pathologiques (le délire, l'hallucination et la passage à l'acte), il s'est aperçu, en analysant les passages à l'acte de Victor Tausk et de Louis Althusser, qu'il peut y avoir une quatrième modalité d'expression pathologique : la création inconsciente de situations intersubjectives qui s'enchaînent dans une fuite en avant vers le suicide ; c'est cette quatrième expression qu'il nomme “fuite des événements”»
Enseignement, recherche et pratique cliniques Psychologie clinique et psychopathologie Après avoir effectué ses études de psychologie à l’Institut de Psychologie de l’université de Sao Paulo, au Brésil, German Arce Ross s’installe en France en 1983. Il refait également ses études de psychologie à l’Université de Rennes II Haute Bretagne et obtient le DESS de psychologie clinique et psychopathologie, en 1997..
Il obtient un Doctorat en Psychanalyse sur « L'Amour post-freudien et les structures pathologiques de l'amour dans la clinique différentielle des psychoses », sous la direction de Gérard Wajeman, à l'Université Paris VIII, en juin 1989.
Dix ans plus tard, German Arce Ross obtient un Doctorat en Psychologie sur « Structure et déclenchement du délire de mort dans la psychose maniaco-dépressive », sous la direction de François Sauvagnat et dont le jury est également composé de Georges Lantéri-Laura, Yves Baumstiler, Monique Schneider et Jean-Claude Maleval, à l'Université Rennes II Haute Bretagne, en décembre 1999.
Enseignement universitaire et recherche De 1986 à 2011, il enseigne au Collège International de Philosophie, au Département de psychanalyse de l’université de Paris VIII, au Laboratoire de psychologie clinique de l’université de Rennes II et au Laboratoire de psychopathologie psychanalytique de l'Université Paris-Nanterre.
Il a été qualifié pour les fonctions de Maître de conférences par le Conseil National des Universités (CNU) en 2000 et 2004
German Arce Ross participe aux travaux de l’École de la cause freudienne et assiste au séminaire hebdomadaire de DEA de Jacques-Alain Miller. À Milan, il participe séminaires de l’ancien Centro Studi di Psicoanalisi.
En 1997, il devient membre de l’École de la cause freudienne et de l’Association mondiale de psychanalyse.
German Arce Ross a effectué des psychothérapies et des recherches cliniques en tant que psychologue clinicien dans plusieurs services psychiatriques tels que l’Hôpital psychiatrique de Prémontré, le service de psychiatrie de l’hôpital Saint-Antoine (Paris) et le Service XV de l’hôpital psychiatrique Paul Guiraud (Villejuif).
En 2001, il devient membre de l'association l'Évolution psychiatrique. Et en 2016, il devient membre de la Société médico-psychologique.
Facteurs blancs En 2001, German Arce Ross formalise ce concept, pour rendre compte de la conjoncture propice au déclenchement de la psychose maniaco-dépressive, partant de l'idée de l'existence d'un deuil vide, dépourvu d'affect, pour parvenir à situer des événements de perte et des situations de rupture. Ils produisent des blancs, des espaces vides ou des trous, dans le déroulement de la chaîne signifiante tout en mobilisant dangereusement le rejet de l’inconscient, ce qu'il appelle une forclusion maniaque. Les facteurs blancs fonctionnent ainsi comme des facteurs de déclenchement des états maniaco-dépressifs
Selon lui, les facteurs blancs se produisent lors de situations qui devraient avoir des valeurs affectives de nuisance, qui pourtant n'adviennent pas, et sont donc dépourvues de douleur psychique. Dans ces états psychotiques, où règne l'angoisse de mort, le sujet est pris entre une anesthésie affective et une hypersensibilité désexualisée. Cette absence d'affect, laissant le sujet devant un vide de sens, est à rapprocher des hallucinations négatives. Et, c'est au sens où ils représentent des événements vides d'affect que les facteurs blancs seraient à distinguer des deuils pathologiques ou traumatiques.
D'autres cliniciens reprennent à leur compte ce concept en considérant que le «non sens de la mort chez le sujet psychotique identifie la mort comme un facteur blanc» et d'autres soulignent que «les épisodes de décompensation récents [chez une patiente hospitalisée] pourraient avoir été déclenchés par de tels facteurs (naissances des enfants, décès du père de deux de ses enfants, décès de sa fille».
Cependant, si les facteurs blancs sont à distinguer des deuils pathologiques ou traumatiques, car ils représentent des événements vides d'affect, d'autres cliniciens se demandent s'ils peuvent se présenter dans des situations ou relations auxquelles le sujet accorde un trop d'affect injustifié. À ce propos, ils parlent du mécanisme d'idéalisation intense et extrême à l'égard d'une personne que certains sujets âgés font et qui peut, selon les cas, se déconnecter de la réalité favorisant les facteurs blancs.
Prééminence de la manie versus bipolarité Si German Arce Ross ne nie ni la bipolarité ni les troubles de l'humeur comme étant des symptômes effectivement présents dans les états maniaco-dépressifs, en revanche, il pointe la prééminence de la manie sur la dépressivité en tant que signe pathognomonique. On peut résumer cette question en disant que «la manie occupe alors une place centrale dans le concept bipolaire, et la mélancolie est réduite à une forme de dépression d'une intense sévérité (Arce Ross 2009)».
En suivant sa critique de l'impasse dans laquelle se trouve la réduction de la psychiatrie actuelle au discours du cognitivisme, la psychiatre Eléonore Elias souligne ce qui suit:«En poursuivant ces considérations et en reprenant les concepts développés par Lacan, German Arce Ross propose une théorisation de la psychose maniaco-dépressive tout à fait intéressante. […] Nous pouvons noter que les phénomènes clés de la manie et de la mélancolie sont des phénomènes dont la logique est tendue par la logique du langage. C'est-à-dire que cette identification à l'idéal du Moi qui s'accompagne d'une sensation de triomphe, c'est celle d'une jubilation inhérente au jeu du pur signifiant».
Syndrome de Cotard et hallucination négative Ses travaux sur le syndrome de Cotard, les deuils pathologiques ainsi que l'hallucination négative alimentent la recherche psychiatrique des états maniaco-dépressifs. On remarque, par exemple, qu'en établissant un lien entre la fuite des idées et l'hallucination négative, German Arce Ross soutient la thèse selon laquelle la fuite des idées persiste dans le syndrome de Cotard se manifestant sous la forme d'une «fuite confuse des idées», «une sorte d'envers de la fuite des idées».
D'autres chercheurs mettent en avant qu'il considère en particulier que «de nombreux patients aux délires nihilistes nient avoir des souvenirs ou des sentiments» et que d'autres patients «nient même avoir la moindre pensée ('Si j'avais un cerveau, je penserais, mais je ne pense pas')».
Face à l'observation d'un nombre significatif de cas de cette nature, Yann Auxéméry, directeur de l'École de Psychologues Praticiens, retient ce que German Arce Ross formule sur le sujet, à savoir la présence manifeste de facteurs blancs sous la forme d'hallucinations négatives dans le syndrome de Cotard. Il affirme notamment que «le terme d'hallucination négative pourrait rendre compte d'un mécanisme de défense particulier, ne se référant ni au refoulement ni à la projection, mais rendant compte de la représentation d'absence de représentation».
Suppléances pathologiques, secte à deux et suicides altruistes À la suite de ses recherches sur les passages à l'acte chez le patient maniaco-dépressif, il développe des concepts tels que les suppléances ratées ou pathologiques, et les suicides altruistes ou les homicides altruistes. Il met en opposition les premières avec la notion de sublimation. En effet, en réalité, pour lui, la suppléance pathologique «aboutit souvent à une paralysie totale de l'activité artistique et conduit au suicide».
Il considère que la transition des suppléances pathologiques au suicide altruiste se révèle manifestement éclairante dans les cas de Victor Tausk, Louis Althusser ou Marilyn Monroeet peut se matérialiser par une relation de couple reclus, ou secte à deux.
Concernant le meurtre d'Hélène Rytman par son partenaire, le philosophe communiste Louis Althusser, German Arce Ross évoquera, en 2003, un «homicide altruiste». Dans cette affaire, les tendances suicidaires des deux partenaires se trouvent fusionnées au sein d'un altruisme pathologique partagé, lequel se définirait, selon ses propos, par une «haine passionnelle» évoluant dans un espace clos, semblable à celui d'une «secte à deux». D'après lui, cette situation engendre un engagement impossible à supporter «comme la peur d'être abandonné ou la peur d'être exposé à une demande d'amour».
D'autres enseignants-chercheurs en droit s'appuient sur ses travaux relatifs à l'affaire Althusser pour soutenir qu'il est impératif de réexaminer les relations entre le crime psychotique et la législation pénale. Plus précisément, ils déclarent ce qui suit :«[…] depuis toujours, l'administration minimise la gravité des cas ; elle protège le fou pour se protéger elle-même et sa dignité : on quitte le “surveiller et punir” de Foucault pour constater le “supporter et nourrir” de l'administration. C'est la bienveillance envers le fou en milieu administratif. L'administration est comparable à un cocon familial. Par ailleurs, dès qu'on parle de fou dans l'administration s'imposent à nous trois “cas” analytiques et médiatiques : le Président Schreber (son homosexualité fantasmée, son antisémitisme etc.), Louis Althusser (son “homicide altruiste” et la secte-à-deux avec son épouse) et le caporal Lortie (la folie de Surpuissance d'un homme ordinaire)».
Publications
Livres
Manie, mélancolie et facteurs blancs, Paris, Beauchesne, 2009 - Préface du professeur Georges Lantéri-Laura La Fuite des événements : Les Angoisses altruistes dans les suicides maniaco-dépressifs, Séries, Livre II, Huit Intérieur Publications, 2016 Jouissance identitaire dans la civilisation, Séries, Livre III, Huit Intérieur Publications, Paris 2020 Genrisme et jouissance transidentitaire, Séries, Livre IV, Huit Intérieur Publications, Paris, 2024.
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