Andrew Dickson White (Homer, État de New York, 1832 — Ithaca, État de New York, 1918) est un historien, homme politique, diplomate et professeur d’université américain.
À l’issue de brillantes études d’histoire à Yale, il accepta une chaire d’histoire à l’université du Michigan, puis, revenu dans sa région d’origine, se lança dans la politique et fut élu membre du sénat de l’État de New York. Il y eut pour collègue Ezra Cornell, riche homme d’affaires, en compagnie duquel, mettant à profit une nouvelle législation propice à la création de nouveaux établissements d'enseignement supérieur, il décida de fonder en 1865 une nouvelle université, l’université Cornell, où il occupa la chaire d’histoire et dont il devint le premier président.
En 1871, il requit un congé lorsque le président Grant fit appel à lui pour siéger dans une commission chargée d’examiner la faisabilité d’une annexion par les États-Unis de la République dominicaine, annexion dont ladite commission appuya l’idée dans son rapport. Il démissionna comme président de Cornell pour se vouer à sa carrière diplomatique, et remplit les fonctions d’ambassadeur des États-Unis en Russie et, par deux fois, en Allemagne, jusqu’en 1902 — élément de sa biographie qui explique sans doute ses prises de position en faveur de l’Allemagne dans les premiers mois de la Première Guerre mondiale.
Il fut l’auteur de nombreux ouvrages d’histoire, parmi lesquels se détache Histoire de la lutte entre la science et la théologie (1896), où il interprète l’histoire (intellectuelle) de la chrétienté par une dialectique entre les pôles opposés de la religion révélée et de la science rationnelle. Ce livre eut, et garde encore, une grande influence sur le débat d’idées aux États-Unis. Est à signaler aussi la Crise financière française de 1789-1799, paru également en 1896, où il attribue l’échec de la Révolution française à une politique monétaire inflationniste selon lui dévastatrice.
Biographie Origines familiales et vie personnelle vignette|gauche|redresse|Andrew et son frère ont dédié à leur mère la flèche de la cathédrale épiscopale Saint-Paul de Syracuse, que la famille Dickson White avait contribué à financer. Andrew Dickson White naquit le dans une demeure de type colonial à Homer, qui était alors un petit village (« le plus charmant que l’on puisse imaginer ».), fondé seulement quarante ans auparavant, dans le centre de l’État de New York. Sa mère Clara Dickson était la fille d’Andrew Dickson, qui fut membre de l’assemblée de l’État de New York en 1832 (sous la ), et de l'épouse de celui-ci ; son père Horace était le fils d’Asa White, exploitant agricole du Massachusetts, et de sa femme. La ferme autrefois florissante de ces derniers fut ravagée par un incendie alors que Horace avait 13 ans.. Nonobstant son faible niveau d’études et quoique défavorisé par ses antécédents de pauvreté, Horace White parvint à devenir un négociant aisé. En 1839, il se vit confier la gestion d’une nouvelle banque à Syracuse (distant d’une cinquantaine de km de Homer) et réussit à en faire un établissement prospère.. Andrew Dickson White et son frère vécurent donc une enfance exempte du dénuement dont avaient souffert leur père et leurs grands-parents paternels. Andrew reçut le baptême en 1835 à l’église épiscopale de Homer.
White se maria deux fois. Il épousa d’abord, en , Mary Amanda Outwater (1836–1887), fille de Peter Outwater et de Lucia M. Phillips, originaires de Syracuse. La grand-mère de Mary, Amanda Danforth, fille d’Asa Danforth Jr., et femme d’Elijah Phillips Jr., fut le premier enfant blanc né dans ce qui allait devenir le comté d'Onondaga ; parmi ses bisaïeuls figure le général Asa Danforth, colon précocement établi dans l’intérieur de l’État de New York (Upstate New York) et chef de la milice de l’État, et Elijah Philips Sr., qui en 1775 accourut à l’alarme de Lexington, dans le Massachusetts, et servit plus tard comme Haut Sheriff dans le comté d’Onondaga. Andrew et Mary Dickson White eurent ensemble trois enfants : Frederick Davies White, qui se suicida en 1901 à la suite d’une longue série de maladies, pendant que son père se trouvait en Allemagne ; Clara (White) Newbury, qui mourut avant son père ; et Ruth (White) Ferry. Après le décès de son épouse en 1887, White entama une tournée de conférences et voyagea en Europe avec son proche ami, Daniel Willard Fiske, bibliothécaire à l’université Cornell.
En 1890, au terme de deux années de veuvage, White épousa Helen Magill, fille d’Edward Magill, deuxième président de Swarthmore College. Elle s’était signalée par le haut fait d’avoir été la première femme à obtenir un titre de doctorat aux États-Unis. Comme son mari, Helen était sociologue et enseignante. Ils s’étaient rencontrés lors d’une conférence, où elle était l’oratrice. Le nouveau couple eut une fille, Karin White.
L’un de ses cousins était Edwin White, artiste peintre adepte du luminisme et du mouvement Hudson River SchoolAppleton's Cyclopædia of American Biography, édité par James Grant Wilson, John Fiske (D. Appleton and Company, 1889), . Avec une gravure d’A. D. White et une reproduction de sa signature.. Horace White, gouverneur de New York, était son neveu.
Formation À l’automne 1849, cédant aux instances de son père, White passa sa première année d’université à Geneva College (établissement connu aujourd’hui sous l'appellation de Hobart and William Smith Colleges).. Il fut initié comme membre de la fraternité étudiante « grecque » Sigma Phi. Dans son autobiographie, il indique qu’il considérait le temps passé à Geneva comme « gaspillé », car passé dans une petite école affiliée à l’Église épiscopale, plutôt que dans l’une des « grandes universités de Nouvelle-Angleterre ». Ne voulant plus continuer à « gaspiller son temps », White décida en 1850 de laisser là ses études à Geneva. Après une consécutive période de brouille avec son père, White sut le convaincre de lui permettre de changer d’établissement pour l’université Yale.
À Yale, il eut pour condisciple Daniel Coit Gilman, qui allait devenir plus tard le premier président de l’université Johns-Hopkins. Tous deux furent membre de la société secrète Skull and Bones* et devaient demeurer en étroite amitié par la suite, voyageant ensemble en Europe après obtention de leur diplôme et siégeant ensemble au sein de la commission d’arbitrage chargée de statuer sur les frontières du Venezuela (1895–96). Son camarade de chambrée était Thomas Frederick Davies Sr., troisième évêque du diocèse épiscopal du Michigan de 1889 à 1905. Parmi les autres membres de la même promotion que White figurent encore Edmund Clarence Stedman, poète et essayiste, Wayne MacVeagh, procureur général des États-Unis et ambassadeur des États-Unis en Italie, et Hiram Bingham II, le missionnaire ― toutes personnalités constituant ce qu’il sera convenu d’appeler l’« illustre promotion de 1853 » (Famous class of '53). Selon White, l’un de ceux qui exercèrent une grande influence sur sa carrière universitaire fut le professeur Noah Porter, futur recteur de Yale, qui l’instruisit personnellement dans la rhétorique et resta jusqu’à sa mort l'un de ses amis proches..
En 1850, White fut initié à la confrérie Alpha Sigma Phi et remplira désormais l’office d’éditeur de The Tomahawk, publication de la confrérie. Pendant tout le restant de sa vie, White restera actif au sein de cette confrérie, dont il fonda la branche cornellienne et dont il occupa le poste de président national de 1913 à 1915.. Il fut également éditeur de The Lit., connu aujourd’hui sous le titre de Yale Literary Magazine, et appartint à la Linonian Society, société littéraire et de débats. Encore étudiant de premier cycle (junior), White remporta le prix littéraire de Yale pour le meilleur essai, avec un texte ayant pour sujet The Greater Distinctions in Statesmanship (les Grandes Distinctions des hommes d’État), ce qui provoqua quelque commotion sur le campus attendu que traditionnellement l’essai gagnant était toujours de la plume d’un étudiant de deuxième cycle (senior).. Toujours en tant que junior, il adhéra à l’association junior Psi Upsilon. Dans sa dernière année d’études, White remporta le prix Clark de débat en anglais, ainsi que le prix De Forest d’art oratoire, pour un discours traitant de l’« histoire diplomatique des temps modernes ». À l’époque, la médaille que comportait le prix De Forest, d’une valeur de , était dans son espèce le prix le plus important décerné par un établissement d’enseignement aux États-Unis ou ailleurs, "Yale College--The De Forest Prize.", New York Times, 18 juin 1853, . En son honneur, un donateur anonyme fit don d’une somme d’argent destinée à alimenter un prix du meilleur essai rédigé par un étudiant de dernière année sur un thème d’histoire américaine, européenne ou du tiers monde, prix à attribuer annuellement sous le nom d’Andrew D. White Prize. Parallèlement à ses études, White était en outre membre de l’équipe d’aviron de Yale et participa à ce titre à la première édition de la régate Harvard–Yale en 1852..
Son diplôme en poche, White se mit à voyager en compagnie de son condisciple Daniel Coit Gilman, puis s’en fut poursuivre ses études en Europe. Entre 1853 et 1854, après un séjour en Angleterre, il étudia à la Sorbonne et au Collège de France :
À l’issue d’un périple en Italie, retournant vers le nord, il traversa la Provence :
Il s’inscrivit ensuite à l’université de Berlin, et fut accueilli dans une famille où, cette fois, seul l’allemand était utilisé. Plus tard, lorsque son compagnon Gilman eut accompli son temps comme traducteur au service de Thomas H. Seymour, ambassadeur des États-Unis en Russie, White le suppléa en tant que traducteur quoiqu’il n’eût pas étudié le français ― langue de la diplomatie et de la cour royale de Russie ― avant de commencer ses études en Europe.
De retour aux États-Unis, White s’inscrivit de nouveau à Yale en vue d’une maîtrise en histoire et fut initié à la confrérie Phi Beta Kappa en 1856..
Débuts dans la vie professionnelle En , White accepta un poste comme professeur d’histoire et de littérature anglaise à l’université du Michigan, qu’il occupa jusqu’en 1863. Il laissa une empreinte durable sur les terrains de l’université, en engageant des étudiants à planter des ormes le long des allées du Diag, zone arborée centrale du campus universitaire.. Entre 1862 et 1863, il partit pour l’Europe afin de tenter d’entraîner la France et l’Angleterre à appuyer les États-Unis dans la guerre de Sécession ou, pour le moins, à ne pas venir en aide aux Confédérés.
Université Cornell 170px|vignette|White en 1865, à l’époque où il cofonda, avec Ezra Cornell, l’université Cornell.