La forêt de Białowieża ( ; en ; en , Bielaviejskaïa pouchtcha, ou , Bielavieskaïa pouchtcha), aussi appelée en français forêt de Bialovèse ou forêt de Belovej, est l'une des dernières forêts primaires d'Europe, à cheval sur les territoires polonais (Podlachie) et biélorusse. Formée il y a dix mille ans, lors de la dernière glaciation, elle est historiquement restée à l'écart de la plupart des influences humaines.
Le toponyme Białowieża signifie « tour blanche » en polonais.
Ce site est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1979. et il est également reconnu par l'UNESCO en tant que réserve de biosphère depuis 1976.. Cette inscription, effectuée dans le but de protéger la forêt, s'accompagne de sérieuses critiques de la part de l'UNESCO sur la gestion du site par les autorités polonaises.
Białowieża est l'un des derniers vestiges de l'immense forêt qui a recouvert les plaines du nord et du centre de l'Europe après la dernière glaciation et de la forêt hercynienne qui lui a succédé jusqu'au début de l'ère chrétienne.
Biogéographie La forêt est située de part et d'autre de la frontière entre la Biélorussie et la Pologne. Elle est distante de au nord de Brest, au sud-ouest de la Biélorussie, en partie sur la voblast de Brest (raïons de Kamieniets et Proujany) et la voblast de Hrodna (raïon de Svislatch), et s'étend autour du village de Białowieża dans la voïvodie de Podlachie ( au sud-est de Białystok et au nord-est de Varsovie) en Pologne. thumb|Les bisons se rafraîchissent dans l'eau, peut-être s'y débarrassent-ils d'une partie de leurs parasites. thumb|Białowieża est une des rares forêts européennes qui ont conservé de vieux arbres, tels ce chêne multiséculaire, dit « le chêne-empereur du Sud ». thumb|Białowieża est l'une des forêts où le taux de bois mort est naturel, ce qui permet une expression optimale de la fonge et des communautés saproxylophages, et lui permet de jouer un rôle de réservoir de biodiversité pour ces espèces, ce qui présente un grand intérêt scientifique et écologique. thumb|left|Localisation de la forêt de Białowieża, à cheval entre la Pologne et la Biélorussie. thumb|left|Partie polonaise de la forêt vue ici en fausse couleur (composition à partir de plusieurs photos)Cliquer pour agrandir. thumb|left|Cours d'eau et vallées de la partie polonaise de la forêt.
Toponymie Le nom Białowieża, qui désigne originellement le village situé au centre de la forêt, est issu du polonais .. L'origine de ce nom est discutée. Selon les historiens du et , il proviendrait d'un pavillon de chasse blanc construit dans la forêt par les rois de Pologne au . Certains historiens plus récents, comme Franciszek Gliński ou Guéorgui Kartsov, rapprochent plutôt ce nom de la tour de Kamieniets, également appelée « Tour blanche », édifiée au à Kamieniets, près de la partie biélorusse de la forêt.. De nos jours, la plupart des historiens pensent cependant que c'est une autre tour, et non celle de Kamieniets, qui est à l'origine du toponyme..
La forêt est aujourd'hui appelée (API : ), c'est-à-dire « forêt de Białowieża », en polonais, et (Bielaviejskaïa pouchtcha) ou (Bielavieskaïa pouchtcha), c'est-à-dire « forêt de Bielavieja », en biélorusse.
En français, la forêt peut être désignée par son nom polonais Białowieża (souvent orthographié Bialowieza), son nom francisé Bialovèse.. (jadis Bialowèse.) ou son nom russisé Belovej. ; en russe, elle est en effet connue sous le nom de (Belovejskaïa pouchtcha). Parmi ses principaux exonymes comptent aussi les dénominations allemandes , . et .. (aujourd'hui concurrencées par l'appellation .), et lituaniennes ., ., . et . (cette dernière forme étant la plus utilisée aujourd'hui).
Histoire Cette forêt pourrait être considérée comme étant une des dernières reliques de la forêt hercynienne, elle-même relique de la forêt préhistorique dans l'Antiquité aux époques dont les chroniqueurs ont gardé un témoignage écrit. En 1827, le Bulletin des sciences géographiquesde François-Jean-Philibert Aubert de Vitry évoqueMémoire sur la forêt de Bialowikza, (par P. Brinken, administrateur général des forêts dans le royaume de Pologne. In-4° avec cartes et gravures. Varsovie 1825; Glucksberg. (Nouv. Annal, des Voyages ; février 1827, . cette forêt comme suit :
Toute cette partie de l'Europe orientale fut originellement couverte de forêts dites « primaires » semblables à celle de Bialovèse. Les voyages s'y déroulaient le long des rivières (ou sur les rivières) jusqu'au , puis par des routes et des ponts. , maître général des forêts du royaume pour la partie russe de la Pologne, décrit la forêt en 1826 dans son ouvrage Mémoire descriptif sur la forêt impériale de Białowieża en Lituanie, dédié au tsar Nicolas Juliusz Brinken. Mémoire descriptif sur la forêt impériale de Białowieża en Lituanie. N. Glücksberg, Imprimeur-Libraire de l'Université Royale, 1826. Lire en ligne., à une époque où la science forestière se développe en Russie, influencée par l'Allemagne, où cette discipline existe depuis déjà longtempsMichel Devèze. Contribution à l'histoire de la forêt russe (suite). In: Cahiers du monde russe et soviétique, vol. 5, , octobre-décembre 1964. . lire en ligne..
La forêt appartenait pour la plus grande partie aux domaines des rois de Pologne. Peu de temps après l'incorporation des provinces lituaniennes à l'Empire russe, accorde des dotations à plusieurs seigneurs de sa cour et une partie de cette forêt devient propriété particulière. Une autre partie appartient depuis plusieurs siècles à la famille des comtes Tyszkiewicz. . La forêt Impériale est limitée, tant par la rivière Narew qui la sépare des biens du comte Tyszkiewicz, . La Narew et le marais d'où elle découle servent en même temps de frontière à deux districts du gouvernement de Grodno, celui de Vawkavysk à l'est, comprenant la plus grande partie des bois particuliers et celui de Proujany à l'ouest, contenant toute la forêt Impériale avec une petite partie des possessions particulières. Peu après l'acquisition de ces provinces, le Gouverneur de Grodno fit arpenter la forêt Impériale de Białowieża, en mesura les contours extérieurs et .
Par le Pacte germano-soviétique, la forêt est scindée en deux entités dont l'une va à l'URSS.
C'est dans cette forêt que le est signé l'accord de Minsk, qui entérine la dislocation de l'URSS et donne le jour à la Communauté des États indépendants.
Les réserves naturelles
La haute valeur de naturalité de ce massif de plaine, dont le degré de conservation sur une telle surface est unique en Europe a justifié la création d'une régime spécial de protection de la nature qui a succédé au statut de forêt royale qui, sur une partie du massif, a permis d'éviter les grands défrichements médiévaux et ultérieurs.
Une réserve naturelle forestière a été constituée en 1921, et elle a été transforme en parc national en 1932. Le territoire de la réserve, alors entièrement situé en Pologne, est aujourd'hui partagé avec la Biélorussie.
Partie de la réserve située en Biélorussie
Du côté biélorusse, la réserve de biosphère occupe , la zone centrale , la zone tampon et la zone de transition . Le parc national et la partie inscrite à l'UNESCO représentent . La frontière qui sépare les deux est physiquement fermée, tant pour les touristes que pour la grande faune sauvage.
thumb|Bison européen (żubr) dans la forêt de Białowieża. thumb|La forêt est fréquentée par des chevaux koniks polonais, espèce considérée comme génétiquement la plus proche du cheval tarpan, l'une des races de chevaux préhistoriques aujourd'hui disparues. Le centre Belovejskaïa Pouchtcha, situé dans la localité biélorusse de Kamieniouki, comprend un laboratoire, un zoo où des bisons (réintroduits dans le parc en 1929), des koniks (un cheval ayant conservé des caractéristiques proches d'une espèce préhistorique et vivant à moitié sauvage), des ours, des cervidés, et d'autres animaux indigènes peuvent être vus dans leur habitat naturel, ainsi qu'un petit musée explicatif, un restaurant, un snack, et des hôtels, tous construits à l'époque soviétique. À cause des faibles infrastructures et des lourdeurs administratives (autorisation spéciale à retirer à Brest), peu de touristes étrangers visitent la partie biélorusse du parc. Les frontières de l'espace Schengen correspondent à la frontière entre les deux pays, Pologne et Biélorussie. La traversée de la frontière entre les deux pays reste dès lors difficile dans les deux sens. Toutefois la visite de la réserve ne nécessite plus de démarches particulières à partir de la Biélorussie depuis quelques années.
Partie polonaise de la réserve Du côté polonais, la forêt est partiellement protégée depuis 1932À l'époque l'intégralité de la forêt était en territoire polonais. sous le nom de , ou parc national de Białowieża, et occupe .
En sa partie polonaise, le parc national de Białowieża, l'on trouve la clairière de Białowieża, aménagée à l'origine par les tsars de Russie, les derniers propriétaires privés de la forêt lorsque l'intégralité de la forêt se trouvait à l'intérieur de l'Empire russe.
Au cœur de la forêt, on trouve un hôtel, un restaurant et une zone de stationnement. La réserve a été ouverte aux touristes en 1988 https://bpn.com.pl/index.php?option=com_content&task=view&id=67&Itemid=119&lang=en..
Des parcours guidés avec des attelages de chevaux sont organisés en des zones strictement délimitées. Environ cent mille touristes visitent le parc et la forêt chaque année.
En 2016, contre l'avis de l'Union européenne et de l'UNESCO, le gouvernement polonais décide d’ouvrir de larges zones de la forêt à l’abattage par l’industrie forestière..
Réintroductions d'espèces animales Le succès qui a suivi la réintroduction des bisons en 1952 (25% de la population mondiale en 2016. d'après le président du WWF Pologne.) a conduit les scientifiques polonais à envisager d'autres réintroductions d'espèces récemment éteintes en Pologne dans cet habitat naturel : plusieurs couples de loups ont été réintroduits du côté polonais du parc ; les autorités scientifiques et gestionnaires polonaises et biélorusses ont plusieurs fois refusé l'introduction d'aurochs de Heck (ou « aurochs reconstitués ») qu'elles considèrent comme une « fraude scientifique ». Elles ont en revanche accepté qu'on y réintroduise des couples de chevaux konik polonais, espèce considérée comme génétiquement la plus proche du cheval tarpan (l'une des espèces de chevaux sauvages européens qui ont survécu aux dernières glaciations, mais non à la chasse dont elle a été victime par la suite) : ainsi des troupeaux se sont-ils reconstitués tant du côté polonais que biélorusse du parc ; la réintroduction de l'ours brun dans la forêt en 1938 a été un échec ; les sujets relâchés ont été tués par des braconniers lors de l'invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie.
L'UNESCO relève cependant que la circulation de la faune sauvage est entravée par l'existence d'un mur de béton le long de la frontière polono-biélorusse, infranchissable par les espèces de grande et moyenne taille.
Intérêt écologique et scientifique majeur La forêt primaire ou même peu artificialisée est devenue très rare en Europe. Białowieża en est l'exemple le plus vaste et le mieux conservé à cette échelle, ce qui en fait un site de référence où les scientifiques peuvent avoir une idée de ce qui serait normal en matière de sol, d'humus forestier, de strate herbacée, de fonge et faune forestière (saproxylophage et xylophage), ou encore en matière de taille et d'âge des arbres, de structure de la forêt, ou en termes de proportion de bois mort, résilience écologique ou puits de carbone.