thumb|Pèlerinage des Gitans aux Saintes-Maries-de-la-Mer.
Le pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer, dit encore pèlerinage des Gitans, est une manifestation religieuse, doublée d'un phénomène touristique, qui se déroule chaque année les 24 et en Camargue, aux Saintes-Maries-de-la-Mer, dans le département français des Bouches-du-Rhône en région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Ce pèlerinage, avec la présence massive de Tsiganes venus de toute l'Europe, est l'objet d'une forte médiatisation. Cette tradition camarguaise est pourtant récente puisqu'elle a été instaurée sous sa forme actuelle par le marquis Folco de Baroncelli, en 1935.
Ce grand pèlerinage s'inscrit, au même titre que les rassemblements organisés par l'association Vie et Lumière fondée par le ministre du culte Clément Le Cossec dans les grands évènements majeurs gitans.
Des origines au Comme le rappelle Jean-Paul Clébert, Strabon indiquait que c'est sur l'emplacement des Saintes-Maries-de-la-Mer que les Phocéens de Massalia érigèrent un temple à Artémis. De plus des vestiges sous-marins ont été identifiés comme un habitat antique au large de la côte. Ils sont antérieurs à la colonisation grecque.
La première mention d'une cité est faite dans les d'Avienus. Il la nomme . Ce vieil oppidum devint au (du radeau), nom qui évolua vers Notre-Dame-de-la-Barque lorsque se popularisa la légende du débarquement des Trois Maries sur la côte camarguaise. Cette mutation se passa à partir de 547, quand Césaire d'Arles y installa une communauté de religieuses avec comme mission de veiller sur des reliquesMichel Mélot, Guide de la mer mystérieuse, éd. Tchou et éditions Maritimes et d'Outre-mer, Paris, 1970, ..
En 1926, le chanoine ChapelleA. Chapelle, Les Saintes-Maries-de-la-Mer, l'église et le pèlerinage, Cazilhac, Belisane, 1926. écrivit à ce propos : . Selon cet auteur les Saintes-Maries étaient un lieu de pèlerinage avant l'arrivée des Saintes, et il décrit les restes d'un temple païen successivement dédié à Mythra puis à Diane d'Éphèse. thumb|Les trois Maries, par Nicolaus Haberschrack, . La seule chose qui est assurée est qu'un culte chrétien se juxtaposa au païen et que la construction de l'église-forteresse au l'annexa définitivement au christianisme. Au , sous le pontificat des papes d'Avignon, le pèlerinage y était très populaire. À tel point qu'en 1343, Benoît XII fixa la célébration des Saintes au et au Pèlerinage gitan et le marquis de Baroncelli..
Jean de Venette, auteur d'un poème sur l'Histoire des Trois Maries raconte qu'il visita Pierre de Nantes, évêque de Saint-Pol-de-Léon, alors atteint de la goutte et que ce dernier n'aurait dû sa guérison qu'à l'intercession des trois Maries. L'évêque accomplit alors en remerciement un pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer en 1357M. de La Curne, Mémoire concernant la vie de Jean de Venette, avec la Notice de l'Histoire en vers des Trois Maries, dont il est auteur, 1736, en ligne..
Ce pèlerinage ne put qu'être connu des premiers Gitans qui entrèrent en Europe au début du . Primitivement associée aux deux autres Maries, Marie Madeleine avait vu son culte se centrer sur la Sainte-Baume, et Sara la noire l'avait remplacé dans la triade. Au cours de l'été 1419, les premières tribus gitanes apparurent sur le territoire de la France actuelle en trois lieux différents : Châtillon-sur-Chalaronne, Mâcon et SisteronFrançois de Vaux de Foletier dans Monde Gitan - Numéro spécial : Les Tsiganes.. Ces nouveaux venus furent craints car identifiés aux bandes armées qui dévastaient ces régions. Aussi, préférait-on les payer pour obtenir d'eux une passade rapideJean-Pierre Saltarelli, Les Côtes du Ventoux, Éd. A. Barthélemy, Avignon, 2000, . ..
thumb|La stèle des Tremaie aux Baux-de-Provence. thumb|left|Oreiller des Saintes Maries découvert en 1448. Les archives de la ville d'Arles conservent la trace de leur passage en . Ils étaient alors à dix lieues des Saintes-Maries-de-la-Mer. Dix ans plus tard, en 1448, ce fut l'invention des reliques sous le règne du roi René. Sous l'autel de l'église on découvrit des ossements. Ils furent placés dans des châsses et transportés dans la chapelle haute. Lors des fouilles que le comte de Provence avait ordonnées, trois cippes furent exhumés, ils furent considérés comme les oreillers des Saintes. Toujours visibles dans la crypte de l'église des Saintes-Maries-de-la-Mer, les deux premiers sont consacrés aux Junons et le troisième est un autel taurobolique ayant servi au culte de Mithra. Jean-Paul Clébert suggère que le culte des trois Maries (les Tremaie) s'était substitué à un antique culte rendu aux trois Matres, divinités celtiques de la fécondité, et qui avait été romanisées sous le vocable des Junons.
La découverte des reliques attribuées aux Saintes Maries s'accompagna de la décision de les ostenter trois fois l'an, le , pour la fête de Marie-Jacobé, le pour celle de Marie-Salomé et le . Une procession à la mer, avec la barque et les deux saintes, eut désormais lieu en mai et en octobre. Au cours de celle du était associée Sara la Noire.
La première mention de Sara se trouve dans un texte de Vincent Philippon, bayle du viguier du comté de Provence, rédigé vers 1521 : La légende des Saintes Maries et dont le manuscrit est à la bibliothèque d'Arles. On l'y voit quêtant à travers la Camargue pour subvenir aux besoins du pèlerinage. En vérité, nul ne sait qui est Sara la Noire, ni comment son culte s'instaura aux Saintes-Maries. Ce qui est certain, c'est que la dévotion à Sara commença dans l'église des Saintes bien avant la venue des Gitans en Camargue.
On les retrouve, en 1595, au pied du mont Ventoux, au village de Faucon arrivant de Basse-Provence. Leur passade est rétribuée avec quatre pichets de vin. Comme ils reviennent le 19 du même mois, ils n'ont plus droit qu'à trois pichets. Nouvelle venue, le d'une bande de seize personnes qui accepte de ne pas s'attarder contre un pichet. Le vin étant apprécié, le une troupe plus nombreuse apparaît qui accepte de partir contre deux pichets. Le pichet valant alors trois sols, ce village du Comtat Venaissin s'en tirait à bon compte.
Quatre ans après, le village voisin du Crestet, résidence des évêques de Vaison, voit arriver Jean Delagrange, dit le comte des Bohémiens, avec sa tribu. Il achète sa passade contre quinze sous. Un demi-siècle plus tard, en 1655, le même village se trouve confronté à . Le ton a changé, il n'est plus question de négocier et les consuls ordonnent qu'ils soient expulsés .
Seule la Révolution française interrompit momentanément le pèlerinage, qui reprit au début du lorsqu'on commença à reparler des miracles et guérisons attribués aux reliques des Saintes femmes>.
Pourtant aux Saintes-Maries-de-la-Mer, c'est le , comme l'explique le baron de Rivière dans son Mémoire sur la Camargue publié en 1825. Dans toute la Camargue sévissaient les fièvres paludéennes, le village des Saintes-Maries-de-la-Mer se désertifiait. Tour à tour avaient déserté le juge, les régents d'école, le médecin et les notaires. À la fin du siècle, Vidal de la Blache, après avoir passé une journée en Camargue, notait : .
Conscients de cette situation, les Saintois réclament le désenclavement de leur village, uniquement desservi par des chemins impraticables plusieurs mois dans l'année. Le projet des commerçants qui dirigent la mairie, en 1850, est de développer un tourisme balnéaire, le pèlerinage rapportant peu. thumb|Campement de pèlerins aux Saintes en 1852 par J. J. B. Laurens. Pas question alors de Gitans puisque leur présence n'est attestée qu'à la moitié du . La première mention de leur participation aux pèlerinages des Saintes figure dans un article d'un journaliste de L'Illustration, Jean-Joseph Bonaventure Laurens, en 1852, avec une gravure de l'auteur.
Frédéric Mistral racontant sa visite en Camargue, en 1855, nota : . thumb|left|En 1903, bénédiction de la mer par le chanoine Ribon, curé des Saintes-Maries, lors des processions de mai et d'octobre avec une présence uniquement provençale. Les Gitans ne sont pas signalés y compris dans les archives de police. Celles de la paroisse les ignorent, tout comme le journal du curé Escombard, qui fut en fonction aux Saintes-Maries de 1861 à 1893.
Les Gitans qui participent au pèlerinage durant cette période se fondent parmi les autres pèlerins. Ils dorment soit sous des tentes, soit dans l'église, ce que confirme le curé de la paroisse des Saintes : . Même si la présence, depuis la fin du , de l'archevêque d'Aix-en-Provence en mai et octobre confirmait l'importance accordée à ces pèlerinages, cette présence populaire gêna certains puisqu'en 1873, le curé fit installer des tribunes payantes et numérotées dans l'église. Elles demeurèrent en place durant un siècle, garantissant à la fois une vue imprenable et le respect de la hiérarchie sociale. thumb|Verdines sur les routes de Camargue. thumb|left|Campement gitan près d'Arles, par Vincent van Gogh, en 1888. À partir de 1892, l'arrivée du train aux Saintes-Maries-de-la-Mer facilite l'accès au village. Les voitures de chemin de fer bondées déversent les pèlerins par centaines. En conséquence, les horaires des cérémonies s'adaptent aux horaires du train. Le guide de voyage Baedeker, dans son édition de 1886, ne mentionnait que l'existence des Saintes-Maries-de-la-Mer, mais, en 1897, il décrit la petite ville camarguaise accessible par voie ferrée, signale le pèlerinage et de la présence des Gitans>.
Le journal paroissial, tenu par les curés des Saintes de 1861 à 1939, quand il mentionne leur présence insiste sur . Vers 1900, un curé se demanda même ce que ces Gitans venaient faire au pèlerinage de mai et quelles raisons peu avouables les faisaient se mêler aux pèlerins locaux. Par ailleurs, l'occupation nocturne de l'église donnait lieu à toutes sortes d'élucubrations que publiaient les journaux, il y était question d'élection de la reine des gitans, de célébration de messe noire, de rituels secrets et même de sacrifices sanglants.
Un autre curé moins hostile à leur présence, notait : .
thumb|left|Procession nocturne aux Saintes-Maries. Il est assez admiratif quand il rapporte : .
Si le curé des Saintes souligne , il se demande s'ils sont véritablement chrétiens et il serait tenté d'en douter. Il explique : .
thumb|Baiser d'un enfant à la barque des Saintes. Il reconnaît cependant que nombreux sont ceux qui sont attachés à la religion catholique, qui font baptiser leurs enfants ou qui appellent un prêtre pour leurs malades. Il constate de plus que .
Dans le journal de la paroisse se trouvent aussi quelques indications sur le nombre de Gitans qui fréquentaient alors le pèlerinage. Jusqu'en 1939, sur un total de dix à vingt mille pèlerins, ils étaient un bon millier arrivant dans une centaine de roulottes.
Église et pouvoirs publics en cette fin de , début de , ne savent point trop quelle attitude adopter face aux Gitans. En 1895, un arrêté préfectoral interdit leur présence lors des fêtes de mai. Il est annulé trois ans plus tard, mais il est institué un registre des visiteurs pour entrer dans l'église. En 1907, une proposition de loi est déposée par Fernand David, député de Savoie, pour interdire tout rassemblement gitan lors du pèlerinage de printemps.
Le marquis de Baroncelli crée une tradition thumb|left|Folco de Baroncelli, en 1906, fondateur de la Nacioun gardiano. Un Avignonnais, le marquis Folco de Baroncelli-Javon s'installe en Camargue en 1895. Sa présence sur place va tout changer car il va devenir le personnage incontournable de ce pèlerinage.
Folco de Baroncelli, extrêmement attaché aux traditions provençales suit les recommandations de Mistral, il écrit de la poésie et se charge d'organiser des manifestations populaires. En 1904, installé à la manade de l'Amarée, proche du village, il crée la Nacioun gardiano. Les gardians qui la composent participent aux processions, montés sur ses chevaux blancs. Ils sont très rapidement rejoints par les Arlésiennes en costume.