Alberto Pimenta, né le à Porto, est un écrivain, poète et artiste portugais.

Vie et œuvre

Entretemps, Pimenta avait déjà commencé une œuvre poétique qui s'inscrivait dans ce qui a été convenu d'appeler la « poésie expérimentale portugaise », avec la publication de O labirintodonte en 1970, Os Entes e os Contraentes en 1971 et Corpos estranhos en 1973.

En 1977, il publie Ascensão de dez gostos à boca,

Cette même année, il débute ses performances : le , au jardin zoologique de Lisbonne, il réalise un premier happening en s'enfermant dans une cage (à côté d'une autre cage contenant deux chimpanzés) sur laquelle un écriteau indique Homo sapiens. Cette opération fut consignée dans le livre homonyme Homo Sapiens (& etc., Lisbonne, 1977). Deux autres « opérations » ont lieu quatorze ans plus tard, pour la première le , lorsque le poète, dûment empaqueté, « fut exposé à la vente devant l'église des martyrs à Lisbonne » (Homo Venalis) et celle quatorze jours plus tard, le jour du poète portugais Camões et le dernier jour de la Foire du livre de Lisbonne, où Alberto Pimenta fit un autodafé de son livre Le Silence des poètes. En 1978, Pimenta fut l'auteur de deux émissions de télévision, « A Arte de Ser Português » (avec Jorge Listopad), aussi polémique qu'éphémère et « 6 Áreas para Cesário », utilisant un processus de construction-déconstruction en forme de poème audiovisuel, et fit un bref passage dans l'émission « A Noite da Má-Língua ».

En 1977, Pimenta publie ce qui sera son livre le plus traduit, Discours sur le Fils-de-Pute.

Pimenta est l'auteur d'un grand nombre d'études, d'essais et d'articles de critique culturelle. Parmi ses œuvres théoriques, Le Silence des poètes, paru pour la première fois en italien (Il silenzio dei poeti, Milan, 1977) puis en portugais (Lisboa, regra do Jogo, 1978) est une étude sur le sens de la création littéraire liée aux mouvements d'avant-garde, principalement le , , et la poésie concrète et visuelle allemande établissant une « phénoménologie de la modernité ». La magie qui ôte les péchés du monde, publié en 1995, est une œuvre théorique anti-platonicienne divisée en vingt-deux parties, chacune correspondant à un des arcanes majeurs du tarot où se mêlent mythes, archétypes, littérature (Adorno, Dante, Camões, Shakespeare, Fernando Pessoa, Coleridge, António Botto, Emilio Villa, Murilo Mendes, Haroldo de Campos) et artistes plastiques (Oskar Kokoschka, Yves Klein, Pablo Picasso…). Il collabora en 1981 (avec Miguel Vale de Almeida et Rui Simões) à Pornex : Textes théoriques et documentaires de pornographie expérimentale portugaise (coordination de Leonor Areal et Rui Zink).

À partir des années 1990, son œuvre fait référence plus directement aux phénomènes liés à la mondialisation. Ainda há muito para fazer (Il y a encore beaucoup à faire, 1998) est, par exemple, un long poème qui parodie les discours publicitaires et d'internet et traite des conséquences sociales de la guerre au Kosovo et de l'Union européenne. En 2005, il publie Marthiya de Abdel Hamid segundo Alberto Pimenta, un long poème reprenant les codes de la poésie arabe (et en particulier de la Marthiya) en rapport direct avec l'invasion de l'Irak par les États-Unis d'Amérique.

Pimenta est aussi traducteur. Il a notamment traduit en portugais Thomas Bernhard (La Force de l'habitude), Botho Strauss (Le Parc), le poète latin Martial, et le poète italien Nanni Balestrini (Petit éloge au public de la poésie).

Ses œuvres ont pour la plupart été publiées par les éditions & etc de . On retrouve Alberto Pimenta avec Vítor Silva Tavares le , invités de l'émission « culturelle » Câmara Clara de la Rtp dédiée ce soir-là à Luiz Pacheco récemment décédé, durant laquelle la présentatrice lança le sujet des « écrivains et éditeurs marginaux » (termes que les deux invités contestèrent) et supposa un lien entre Luiz Pacheco et l'univers de João César Monteiro (lien tout aussi rejeté par les deux invités) ; à la fin de l'émission, les deux invités partagèrent une délicieuse petite soupe – V. S. Tavares : « Alberto, c'est le meilleur moment de l'émission. […] c'est un hommage à Luiz Pacheco et João César Monteiro qui auraient tant apprécié une bonne soupe! », Alberto Pimenta, en pointant son bol de soupe : « Ça, c'est le meilleur spectacle du monde ! ».

Depuis 2010, Alberto Pimenta a été publié aux éditions 7Nós (Porto) qui inaugura son catalogue avec Que Lareiras na Floresta, un ouvrage réunissant une multitude de travaux auparavant dispersés : essais, performances, chroniques, entrevues, textes pour la télévision. Ces éditions ont annoncé la réédition des quatre premiers livres de poésie de l'écrivain publiés entre 1970 et 1977 à compte d'auteur et depuis longtemps épuisés : O Labirintodonte, Os Entes e os Contraentes, Corpos Estranhos et A Ascensão de dez gostos à boca. De ces quatre livres, seul O Labirintodonte a en effet été publié en 2013. Depuis 2014, Alberto Pimenta est pour l'essentiel publié aux éditions Pianola (Lisbonne).

Alberto Pimenta a été jusqu'en 2007 professeur auxiliaire invité de la faculté des sciences sociales et humaines de l'université nouvelle de Lisbonne, où il a enseigné la langue et la littérature portugaise.

Sur Alberto Pimenta « C'est un des poètes les plus originaux qui se soient révélés dans les années 1970. […] il a publié un ensemble d'ouvrages qui constituent le défi le plus réussi à toutes les conventions, ayant recours à des effets de répartition graphique, de paranomase, de parodie, de transgression calligraphique ou orthographique, d'absurdité narrative ou rhétorique, de désacralisation radicale, d'irritante répétition de phrases et d'insistance sur les petites expériences et situations les plus désagréables et inavouables du quotidien […] ». — Oscar Lopes (1917 - 2013) « C'est dans les incursions lyriques, parfois élégiaques, de ses travaux tout juste publiés au que se manifeste le geste le plus politique d'Alberto Pimenta, porteur d'une affirmation des valeurs de liberté et de vie, faisant de lui une des grandes voix de la poésie contemporaine portugaise. » — Bernardo Pinto de Almeida (1954 - ) (historien de l'art et critique, professeur à la Faculté des Beaux Arts de l'Université de Porto) « Four Contemporary authors deserve to be mentioned as post-modern descendant of Sterne : Alberto Pimenta (b.1937), Mario de Carvalho (b. 1944), Manuel da Silva ramos (b. 1947) and Alface (b. 1949). Sterne never shows up directly in their works, but their weaving of humour, narrative self-referrence and satire often strikes a Shandean note. All of them have acknowledged their admiration for TS. Alberto Pimenta is an experimental poet and critic, who has adopted parody as a kind of arch-rhetorical device. Personal and social experience is given a rare poetic force by a series of generic and formal echoes and pastiches. He has produced many outstanding works using a large number of literary genres and forms, both modern and classical, in different media (books, performance, video). Social satire, genre parody and an acute sense of the spatial nature of typographic meaning are entwined to vibrant comic effect. In his work, modernist and post-modernist poetics are blended with a unique sense of classical topoi and classical genres. Pimenta has developed what he calls a poetographic poetics, that is, a poetics concerned with the materiality of signs. His critical works, especially concerned with the symbolic and metaphorical nature of language, show his deep knowledge of the history of literary meanings and forms. His work belongs to the Western satirical tradition and is often a shandean celebration of the absurd and erotic condition of human life. » — Manuel Portela, "Sterne's Arrival in Portugal", in The Reception of Laurence Sterne in Europe (dir. Peter de Voogd, John Neubauer) Continuum, 2004. À propos du Discours sur le Fils-de-Pute : « À peu près inconnu du public francophone, le poète, dramaturge et essayiste portugais Alberto Pimenta jouit dans son pays, depuis le début des années 1970, d'une solide réputation d'écrivain avant-gardiste. Son Discorso sobre o Filho-da-Puta date de 1977 […]. Ce n'est évidemment pas un hasard si cet opuscule pamphlétaire et satirique a vu le jour trois ans seulement après la révolution des Œillets, qui sonna le glas du régime post-salazarien. Son audience n'aurait toutefois jamais dépassé les frontières du Portugal si l'auteur avait limité son propos au cas particulier de son pays, mais il a su donner à cette réflexion une portée universelle qu'illustrent l'édition brésilienne (1981) et les traductions en italien (1980), en espagnol et en catalan (1990), ainsi que la présente version française. Sous prétexte d'analyser la figure emblématique du Fils-de-Pute pour en dénoncer la perversité polymorphe, c'est à une véritable méditation de type philosophique que se livre l'auteur, passant au crible de son ironie toutes les structures de la société, choisissant pour cibles privilégiées les institutions réputées les plus respectables : la famille, l'Église, l'école, l'armée, la magistrature. Ce Discours s'ouvre, de manière inattendue, par une Ballade dithyrambique du petit et du grand fils-de-pute, où est exposé le thème. Vient ensuite le plan général de l'œuvre, puis enfin le texte proprement dit, divisé en trois chapitres. Chacun de ceux-ci est constitué d'amples paragraphes s'enchaînant les uns aux autres par le recours systématique à l'enjambement, tant phrastique que conceptuel. Il n'est pas sans intérêt de rappeler ici qu'Alberto pimenta a enseigné pendant plus de quinze ans la littérature portugaise à l'Université de Heidelberg, et cela explique sa connaissance approfondie de toutes les ressources de la rhétorique, et en particulier sa virtuosité à exploiter l'aspect incantatoire des répétitions. cela explique aussi que, pour cette réflexion iconoclaste, il ait fait choix, entre toutes les formes possibles, de celle du traité savant, ou plus exactement de sa parodie. » — Louis Chalon, Revue Belge de philologie et d'histoire, -3, vol. 75, 1997, . « Qui sont ces fils-de-pute qui sifflent sur nos têtes ? Une catégorie d'individus aux formes diverses et variées germant sur la modernité comme l'amanite sur le purin. Des héros négatifs qui en disent plus long sur une époque que tous les bavardages de nos sociologues éminents. Dans un petit essai où une rigueur d'ethnologue le dispute à la férocité du pamphlétaire, Alberto Pimenta tente d'esquisser les traits dominants de cette espèce. » — CFDT Magazine , , .

Livres publiés

Poésie 1970 - O Labirintodonte (Lisboa) [Le Labyrinthodonte] 1971 - Os Entes e os Contraentes (Coimbra) [Les Etants et les Contrétants] 1973 - Corpos Estranhos (Coimbra) [Corps étrange(r)s] 1977 - Ascensão de Dez Gostos à Boca (Coimbra) 1979 - Hoje Resolvi Suicidar-me [Aujourd'hui, j'ai décidé de me suicider] 1981 - Canto nono (Lisbonne) 1981 - A Visita do Papa (& etc., Lisbonne) [La Visite du pape] 1984 - Adan (Hueso Húmero, Lima) 1984 - Read & Mad (& etc., Lisbonne) 1990 - Um enlace feliz (Destinos, Lisbonne) 1992 - Tomai, Isto É o Meu Porco (Fenda, Lisbonne) [Prenez, ceci est mon porc] 1992 - A Divina Multi(co)Média (& etc., Lisbonne) 1992 - IV de Oiros 1993 - Santa Copla Carnal (Fenda, Lisbonne) 1996 - A Sombra do Frio na Parede (Edições Mortas, Porto) 1997 - Verdichtungen (Splitter, Vienne) 1998 - As moscas de pégaso (& etc., Lisbonne) [Les Mouches de Pégase] 1998 - Ainda há Muito Para Fazer (& etc., Lisbonne) [Il y a encore beaucoup à faire] 2000 - Ode Pós-Moderna (& etc., Lisbonne) [Ode postmoderne] 2001 - Grande Colecção de Inverno 2001-2002 (& etc., Lisbonne) [Grande Collection Hiver 2001-2002] 2002 - Tijoleira (& etc., Lisbonne) 2005 - Marthiya de Abdel Hamid segundo Alberto Pimenta (& etc., Lisbonne) [Marthiya d'Abdel Hamid selon Alberto Pimenta] 2006 - Imitação de Ovídio (& etc., Lisbonne) [Imitation d'Ovide]