L'expédition de Louisbourg est une tentative britannique avortée de capturer la forteresse de Louisbourg sur l'île Royale (actuelle île du Cap-Breton) pendant la guerre de Sept Ans et la guerre de la ConquêteDonald I. Stoetzel, Encyclopedia of the French & Indian War in North America, 1754-1763, . C’est un succès défensif français, une expédition aussi importante que celle venue d’Angleterre réussit à dissuader la Royal Navy d’attaquer la place en 1757. À la fin de la campagne, une violente tempête disperse l'escadre britannique,et une épidémie de typhus décime l'escadre française.
L’expédition française et britannique thumb|Carte de la région avec la Nouvelle-Écosse et Halifax au sud-ouest et l’Ile Royale avec Louisbourg au nord. thumb|La flotte britannique rassemblée à Halifax en 1757 en vue de l’attaque contre Louisbourg.
En 1755 et 1756, malgré les tentatives d’interceptionVoir par exemple le Combat du 8 juin 1755., la flotte française a réussi à faire passer des renforts à Louisbourg et à Québec. Au début de 1757, la campagne reprend avec les mêmes enjeux : ravitailler le Canada français pour Versailles et s’en emparer pour Londres, dont l’objectif final est la destruction complète de l’empire colonial français. Louisbourg représentant la clé de la défense du Canada, c’est sur elle que se concentrent encore une fois l’essentiel des efforts navals et .. Versailles, au courant des préparatifs britannique pour débarquer sur l’Île Royale, décide d’y constituer un important dispositif défensif en y faisant parvenir trois divisions navales.
La première quitte Brest le . Placée sous les ordres du chef d’escadre Joseph de Bauffremont, elle compte cinq vaisseaux et une frégate. Elle a aussi pour mission de passer par les Antilles afin de ravitailler Saint-Domingue, puis de cingler vers l’Amérique du NordBauffremont capture aussi près de Saint-Domingue un vaisseau anglais de 50 canons, le Greenwich et un corsaire. .. Beauffremont arrive à Louisbourg le .
La deuxième quitte Toulon le . Elle compte quatre vaisseaux et deux frégates sous les ordres du capitaine Joseph-François de Noble du Revest. Malgré l’escadre britannique de Saunders, qui surveille le détroit de Gibraltar, elle réussit à passer dans l’Atlantique et arrive à Louisbourg le Le 5 avril, à leur sortie dans la nuit du détroit de Gibraltar, les quatre vaisseaux ont eu un engagement de deux heures avec six vaisseaux de Saunders. ..
La troisième quitte Brest le . Elle compte neuf vaisseaux et deux frégates, sous le commandement du lieutenant général Dubois de La Motte et arrive sans difficulté le . Dubois de La Motte, qui assure le commandement général, dispose donc de dix-huit vaisseaux et cinq frégates pour défendre le port et la forteresse de Louisbourg. Il prélève deux vaisseaux, qui sont envoyés ravitailler Québec et qui rentrent ensuite directement en France. Dubois de La Motte s’emploie ensuite à améliorer les fortifications de Louisbourg.
Du côté britannique, Lord Loudon, le gouverneur général de Virginie, est chargé de planifier l’attaque. Les forces se concentrent à Halifax, sur l’île voisine de la Nouvelle-Écosse, à une journée à peine de navigation. Au mois de juin, arrive d’Angleterre un convoi porteur de escorté par deux vaisseaux et quatre corvettes sous les ordres du contre-amiral Hardy. Le mois suivant, le vice-amiral Holburne vient mouiller avec quatorze vaisseaux et onze autres bâtiments de guerre. Au mois d’août arrive un quinzième vaisseau. Le , cette escadre mouille devant Louisbourg.
Hardy et Holburne découvre alors l’étendue du dispositif français. Dubois de La Motte a établi des batteries sur divers points de la rade et a embossé dix vaisseaux en demi-cercle devant la passe. Surpris par ce déploiement de force, ils n’osent pas débarquer et se contentent d’une croisière avant de rentrer à Halifax. Les chefs britanniques, qui ont des ordres stricts, sont toutefois contraints de reprendre la mer et reparaissent devant la place avec un renfort de quatre vaisseaux. Cependant, le temps passe, et ils n’osent toujours rien faireUne défection aurait aussi informé de l’importance du dispositif français, convainquant Lord Loudon de renoncer à l’attaque. Donald I. Stoetzel, Encyclopedia of the French & Indian War in North America, 1754-1763, ..
Tempête et épidémie Le , une tempête s’abat sur la région et balayair l’escadre britannique. Le vent d’est-sud-est drosse à la côte un vaisseau de 58 canons, qui s’échoue et emporte avec lui 200 hommes d’équipage. Un sloop armé de 14 canons se perd corps et bien. Huit vaisseaux se retrouvent rasés comme des pontons. Quatre autres vaisseaux se retrouvent avec de graves avaries de mâture.. L’escadre française est secouée elle aussi car les vents donnent en plein dans la rade de Louisbourg. Plusieurs vaisseaux cassent leurs câbles et s’échouent, et d d’autres s’abordent. Un vaisseau de 80 canons et une frégate touchent des roches et doivent être mis en carène peu après pour en vérifier la coque.
Ces ennuis sont cependant minimes par rapport à ceux de l’escadre britannique. Pendant quelques jours, Dubois de La Motte dispose d’une occasion unique d’attaquer pour s’emparer de la douzaine de vaisseaux anglais désemparés ou les détruire. Cependant, le vieux chef (74 ans), qui avait été jadis le compagnon d’arme de Duguay-Trouin lors de la prise de Rio, laisse passer sa chance. Ses ordres lui recommandent la prudence (il doit défendre la place et non chercher à livrer bataille), et l’état sanitaire de ses équipages est de plus en plus inquiétant.
Pour les Britanniques, la campagne est terminée. Le vice-amiral Holburne renvoie les vaisseaux les plus abimés en Angleterre avec le contre-amiral Hardy. Lui-même rentre à Halifax le puis s’empresse de remettre à la voile pour l’Europe. Ne reste dans la région qu’une division aux ordres du capitaine Melville. Dubois de La Motte, estimant à raison que Louisbourg ne risque plus rien, décide de rentrer lui aussi et prend la mer le . Le retour est très difficile. Le soir du départ, une tempête disperse l’escadre, qui ne se reforme que le . Le mauvais temps va d’ailleurs accompagner l’escadre pendant tout le voyage.
La santé des équipages ne cesse de se dégrader. Plusieurs semaines avant le départ des Britanniques, les vivres commençant déjà à être comptés, le scorbut ayant fait son apparition. Plus grave, c’est maintenant le typhus qui se manifeste. L’épidémie touche tous les navires et ravage les équipages pendant la traversée. À l’arrivée à Brest, le , trois vaisseaux ont perdu tellement de matelots qu’ils ont toutes les peines du monde à manœuvrer dans la rade et le port. L’épidémie se transforme en désastre sanitaire lorsque les cinq à six mille malades débarqués contaminent la ville et ses environs, faisant à peu près .. S’y ajoute aussi quelques pertes militaires. Alors que les Français ont laissé s’échapper un vaisseau britannique de 70 canons croisé en route le , deux de leurs cinq frégates ont été capturées.
Les enseignements de la campagne Cette campagne dans laquelle les deux marines ont mobilisé des moyens équivalent n’a rien donné et se termine par une forme de match nul.. Pourtant, la marine française, qui combat grosso modo à un contre deux, a réussi pour la troisième année consécutive à mettre à l’abri le Canada des entreprises britanniquesSoixante vaisseaux et trente frégates français contre cent-vingt vaisseaux et soixante-quinze frégates anglaises. Effectif des deux flottes pour l’année 1755 donné par . même si l’alerte a été chaude. L’inquiétude a été très vive à QuébecParlant en termes imagés de la nervosité qui règne au Canada au sujet de l’île Royale dont le sort n’est pas encore connu, Montcalm écrit au chevalier de Lévis : « de vous à moi et ne me citez pas, tout le monde fait ici caca [souligné] dans ses culottes pour Louisbourg ». Cité par .. Ce succès naval défensif était complété d’un succès terrestre offensif. Pendant l’été, une expédition menée par Montcalm avait chassé les Britanniques de la haute vallée de l’Hudson en s’emparant de Fort William Henry..
Cependant, l’épidémie de typhus qui a ravagé Brest et ses environs ne permettra, faute d’hommes, que des armements limités en 1758. La marine britannique, qui dispose de moyens matériels et humains bien supérieurs repartira à l’assaut en 1758 en ne trouvant devant elle que des effectifs réduits faute d’équipages assez nombreux pour constituer des flottes importantes.
L’expédition de Louisbourg constitue la dernière grande opération navale victorieuse de la marine française dans cette guerre. En 1758, année charnière du conflit, les Britanniques parviendront à s'emparer de Louisbourg, prélude à la chute du Canada français en 1759-1760.
Annexes : Armements français et britannique pour le Canada en 1757
Division navale du chef d’escadre Bauffremont et . Départ de Brest le . Passage par Saint-Domingue. Arrivée à Louisbourg le . Vaisseaux Canons Nom Commandant Remarques 80 Tonnant Bauffremont Heurte une roche lors de la tempête du . Abattu en carène pour vérifier la coque. Très touché au retour par l’épidémie de typhus. 74 Défenseur Blénac Courbon - 74 Diadème Rosily de Méros Prend en chasse au retour le et le combat plusieurs heures le mais doit le laisser s’échapper. 64 L’Éveillé De Merville Très touché au retour par l’épidémie de typhus. 64 L'Inflexible Le Gardeur de TillyDe Sartres de Saint-Laurent Le Gardeur de Tilly décède en mer le . Remplacé par De Sartres de Saint-Laurent.. Frégate 36 Brune Inconnu - Division navale de Du Revest Départ de Toulon le . Attaquée en passant Gibraltar. Repousse les assaillants. Arrivée à Louisbourg le . Vaisseaux Canons Nom Commandant Remarques 74 Hector Du Revest - 64 Achille De Pannat - 64 Vaillant Surin de Murat - 64 Sage Dabon - Frégates 36 Abénaquise Mac Carthy Heurte une roche lors de la tempête du . Abattue en carène pour vérifier la coque. Séparée de l’escadre par le mauvais temps au retour. Capturée près de Brest le . 30 Comète Inconnu - Escadre de Dubois de La MotteDépart de Brest le . Arrivée à Louisbourg le . Vaisseaux Canons Nom Commandant Remarques 80 Formidable Guichen Vaisseau amiral. Lieutenant général Dubois de La Motte. Guichen assure le plus gros du commandement pendant la traversée. 80 Duc de Bourgogne D’Aubigny Très touché au retour par l’épidémie de typhus. 74 Héros Chasteloger - 74 Glorieux Chavagnac - 74 Superbe Choiseul Praslin - 70 Dauphin-Royal D’Uturbie Fagosse - 64 Belliqueux D’Orvilliers - 64 Bizarre De Montalais Envoyé à Québec y porter des troupes. Rentre ensuite à Brest séparément. 64 Célèbre La Jonquière Taffanel Idem. FrégatesL’Encyclopédie de l’histoire du Québec donne aussi la présence d'une sixième frégates, la Fochine, mais ce navire semble porter un nom fantaisiste et sa présence n'est pas signalée sur un document d'époque mis en ligne par la BNF. 30 Fleur de Lys Inconnu - 28 Hermione Inconnu Capturée au retour le .