Ana de Lobera Torres (Medina del Campo, - Bruxelles, ), connue sous son nom religieux d'Anne de Jésus, en espagnol Ana de Jesús, est une religieuse, grande mystique, et écrivaine espagnole. Elle est proche de Jean de la Croix et de Thérèse d'Avila. Elle rassemble les écrits de la sainte, contribue à leur publication, et diffuse la spiritualité thérésienne en Europe.
Après avoir participé à la fondation de divers convents en Espagne, elle est appelée par Pierre de Bérulle à fonder un couvent réformé en France. Le couvent est fondé à Paris en 1604. Anne de Jésus en devient la prieure. L'année suivante, elle fonde deux nouveaux couvents à Pontoise et Dijon. En 1607, elle est appelée pour fonder un couvent aux Pays-Bas. Après trois nouvelles fondations, elle meurt le à Bruxelles.
Son procès en béatification débute l'année même de sa mort avant d'être arrêté et relancé à de multiples reprises. Anne de Jésus est déclarée vénérable le et béatifiée par le pape François lors de sa visite en Belgique le .
Biographie Enfance
Ana de Lobera est née à Medina del Campo le dans une famille de la petite noblesse espagnoleSa famille est peu fortunée et très pratiquante.. La jeune fille est baptisée le jour même.. Elle a un frère aîné, Cristobal, qui deviendra jésuite.
Peu de temps après sa naissance, son père meurt. Elle est muette et sourde durant les sept premières années de sa vie, jusqu'au jour où , elle commence à parler. Après deux années heureuses près de sa mère, alors qu'elle est âgée de seulement 9 ans, sa mère meurt. C'est sa grand-mère qui obtient la tutelle d'Ana et de son frère. La jeune fille développe une grande dévotion à la Vierge Marie. À l'âge de 10 ans, Anne de Lobera fait vœu de chasteté, contre l'avis de sa grand-mère qui . À 14 ans, Ana est devenue une belle jeune fille, et sa grand-mère envisage alors de la marier..
Pour échapper au projet de mariage, à l'âge de 15 ans (en 1560), elle décide avec son frère de partir vivre à Plasence, chez leurs grands-parents paternels. Mais son autre grand-mère veut elle aussi la marier ; son prétendant tente de la séduire. Elle a 16 ans lorsque, pour clairement exprimer son intention de et couper court à tout projet de mariage, elle provoque volontairement un coup d'éclat : lors d'une réception familiale, elle se fait attendre par toute l'assemblée avant de se présenter revêtue d'un drap noir, et les cheveux coupés en tous sensÀ l'époque, pour une jeune fille, une telle coupe de cheveux faisait scandale. Voir également Séraphine de Dieu qui, presque un siècle plus tard, a utilisé le même subterfuge pour elle aussi entrer au couvent.. L'assemblée, sa famille, et le prétendant comprennent alors sa détermination et acceptent sa décision. Désormais, plus personne ne cherchera à la marier.
Recherche d'une communauté religieuse La jeune fille se met en quête de la communauté religieuse . En attendant de trouver la congrégation idéale, elle mène une vie très austère, s’adonnant à la prière et jeûnant souvent. Elle se consacre également à aller soigner des malades. Ses biographes rapportent qu'elle commence déjà à recevoir des grâces mystiques. Anne reste alors durant sept années chez sa grand-mère, poursuivant ce style de vie. Pour la guider spirituellement, elle prend pour directeur un père jésuite : le père Pierre Rodriguez. Celui-ci lui transmet un grand amour de l'Eucharistie..
En 1569, Anne tombe gravement malade : durant trois mois elle est atteinte d'une forte fièvre (sans doute liée à la malaria) qui va en s’aggravant. Même si son état finit par s’améliorer, elle en reste néanmoins affaiblie. C'est à ce moment que le père Rodriguez est nommé à Tolède et doit la quitter. Cette séparation est un coup dur pour la jeune femme.
En 1570, Thérèse d'Avila se rend à Tolède pour fonder un nouveau carmelLa réforme thérésienne du carmel a débuté huit ans plus tôt. Cette réforme en est encore à ses débuts.. Le père Rodriguez rencontre le père Pablo Hernandez, lui aussi jésuite, qui lui présente sainte Thérèse d'Avila. Le père Rodriguez se trouve enchanté par le projet de réforme mené par la Carmélite. Il écrit rapidement à sa protégée pour lui annoncer : . Anne est tout de suite intéressée, dans son courrier de réponse, elle demande, si Thérèse l'accepte, et dans quel couvent elle doit se rendre. Thérèse d'Avila lui écrit le pour lui dire qu'elle l'admet dans l'ordre des Carmélites, mais elle lui demande de finir de se soigner avant de venir la rejoindre au couvent d'ÁvilaSainte Thérèse est alors prieure du Carmel Saint Joseph d'Avila.
L'entrée au Carmel thumb|150px|Portail d'Anne de Jésus (). Anne quitte Plasence le pour se rendre au . Elle y arrive le où elle est reçue par Marie de Saint-Joseph (car Thérèse d'Avila est alors en voyage à Tolède). Anne prend l’habit du Carmel le 1er août et demande à prendre le nom d'Anne de Saint-PierreLe 1er août est le jour de la fête de saint Pierre aux Liens., mais Thérèse d’Avila, bien qu’absente à ce moment, a déjà décidé de son nom de religieuse : Anne de Jésus..
Ce n'est qu'à la fin du mois d’août qu’Anne de Jésus rencontre Thérèse pour la première fois. La Madre discerne très vite la valeur de la jeune femme, et c'est le début d'une belle et grande amitié spirituelle entre les deux femmes. En , Thérèse d'Avila appelle Anne pour participer à la nouvelle fondation de Salamanque. Lorsque Thérèse repart, elle confie à Anne (qui n'est alors que novice) la responsabilité des autres novices.. Thérèse recommande également à la nouvelle prieure de Salamanque de consulter sœur Anne pour les affaires du monastère.
À la suite d'ennuis de santé, la date de sa profession est retardée de quelques mois. Le , Anne de Jésus fait sa profession définitive dans l'Ordre du Carmel. Mais, pendant la cérémonie il se passe un incident imprévu : Anne entre en extase ! À la suite de cet incident, Thérèse d'Avila ordonne que désormais, toutes les nouvelles professions ne se fassent qu'en présence uniquement de la communauté.
L'année suivante, Anne est nommée sacristine et infirmière, afin de la distraire de ses méditations (selon Thérèse d'Avila). Elle reste à Salamanque jusqu'en .
Fondations en Espagne Anne de Jésus quitte Salamanque en 1575 pour participer à la fondation du . Thérèse la nomme prieure de ce nouveau couvent. Anne rencontre à cette occasion Jérôme Gratien, le père carme visiteur des couvents d'Andalousie. En , elle rencontre saint Jean de la Croix, qui s'était échappé de sa prison au Carmel de Tolède. Lorsqu'Anne voit pour la première fois Jean de la Croix (évadé peu de jours auparavant de son cachot), et encore couvert de plaiesJean de la Croix avait été très mal traité durant son incarcération et il était couvert de plaies lors de son évasion. À son arrivée au couvent de Béas, ses blessures n'étaient pas encore guéries., Anne demande à deux religieuses de chanter des cantiquesIl y a une incertitude concernant la nature des cantiques : textes écrits par Anne de Jésus ou non.. En entendant les chants, Jean de la Croix entre alors en extase. Madeleine du Saint-Esprit recueille par écrit toutes les paroles, compliments et avertissements, que Jean transmet à la communauté.
Saint Jean de la Croix reste deux années au couvent de Béas, assurant la direction spirituelle des religieuses. Anne est alors très marquée par l'influence spirituelle de Jean de la Croix.
En , à la demande de Thérèse, elle part pour effectuer une nouvelle fondation à Grenade. Elle est accompagnée de Jean de la Croix et de six religieuses.. Le nouveau carmel est fondé le .
Anne intervient à la fondation du Carmel de Malaga. En , accompagnée de Jean de la Croix, elle fonde le Carmel de Madrid, et en devient la prieure (Thérèse souhaitait ardemment effectuer cette fondation de son vivant, mais elle n'avait jamais réussi à la mener à bien.). Elle y rencontre la fille du roi Philippe II, Isabelle-Claire-Eugénie d'Autriche qui devient son amie. Depuis Madrid, Anne prépare les fondations de couvents à Huarte et à Valence. Un temps incarcérée au couvent de Madrid et privée de sa charge de prieure (en sanction à son opposition au général de l'ordre), elle est libérée en 1594 et se rend au couvent de SalamanqueMañero Sorolla, dans sa publication () indique qu'elle poursuit sa réclusion au couvent de Salamanque, et que son départ (en 1604) pour la France est une forme d'exil pour fuir une hostilité persistante de la part des autorités carmélitaines espagnoles.. Elle est élue prieure du couvent en 1596.
Fondations en Europe
Marie de Saint-Joseph est envoyée, avec cinq autres religieuses espagnoles, pour fonder le premier couvent réformé en France. Cette fondation se fait sous la protection de Pierre de Bérulle, qui avec d'autres personnes envoie des lettres à Henri IV qui donne son accord. La bulle papale datée du apporte l'appui de Rome. Pierre de Bérulle souhaiterait faire venir (en France) Anne de Jésus, mais le supérieur Général, Francisco de la Madre de Dios, y est opposé. Après des discussions, et l'appui d'Anne de Saint-Barthélemy qui soutient la candidature d'Anne de Jésus, le supérieur Général accepte finalement d'envoyer Anne de Jésus en France pour fonder le premier couvent de l'ordre du Carmel déchaussé.. Les religieuses arrivent à Paris le et, le , le Carmel de l'Incarnation de Paris est fondé. Anne de Jésus est la prieure de ce nouveau couvent.
L'année suivante, en 1605, Anne de Jésus fonde un nouveau Carmel à Pontoise, et un troisième à Dijon..
Isabelle-Claire-Eugénie d'Autriche, la fille de Philippe II, gouvernante des Pays-Bas, demande à Anne de fonder un Carmel dans cette province espagnoleA cette période, les Flandres sont une province dépendant du roi d'Espagne.. Ce qu'elle fait le . Le Anne fonde un deuxième carmel à Louvain, puis elle fonde encore un Carmel à Mons le . Mais elle doit suspendre ses nouveaux projets de fondations, car les couvents français refusent de lui envoyer des Carmélites expérimentées (dont elle manque), et les pères carmes déchaux qu'elle a demandés (pour l'accompagnement spirituel des religieuses) se font toujours attendre..
En 1610, les pères carmes déchaux arrivent à Bruxelles. Anne leur transmet alors la charge d'effectuer de nouvelles fondations. Sans prendre directement part à de nouvelles fondations, Anne de Jésus va susciter la fondation du Carmel de Cracovie en 1612, et puis celui d'Anvers en 1619. Bien qu'étant âgée et malade, elle envisage un temps d'aller fonder un Carmel en Angleterre, mais ce projet et abandonné.
Âgée de 75 ans, Anne de Jésus meurt à Bruxelles le .. La célébration funèbre a été présidée par les archiducs Albert d'Autriche et Isabelle-Claire-Eugénie d'Autriche, gouverneurs des Pays-Bas..
Importance et rôle dans la réforme Thérésienne Relation et proximité avec Thérèse d'Avila
Dès que Thérèse d'Avila rencontre Anne de Jésus, Thérèse voit immédiatement en elle de nombreuses vertus, et Anne devient sa fille de prédilection. Avec Marie de Saint-Joseph, ces deux religieuses sont considérées par Thérèse comme étant ses piliers pour la réforme carmélitaine (qu'elle a entreprise), et ses héritières (Thérèse surnomme Anne de Jésus ). C'est pourquoi, Thérèse étant sûre de la valeur d'Anne de Jésus, elle l'envoie pour les fondations les plus difficiles en Andalousie et en Castille.
Anne de Jésus fait partie des quelques religieuses qui ont eu la possibilité de partager le quotidien de Thérèse d'Avila pendant plusieurs années, et donc . Thérèse, qui tient en haute estime sœur Anne de Jésus, en fait sa grande confidente. Les deux femmes ont l'une pour l'autre, une grande familiarité de sentiments, de décisions et de grâces mystiques. Thérèse établit une correspondance intense avec mère Anne et lui partage toutes les agitations de son âme, tous les soucis qui la préoccupent ; elle n'hésite pas non plus à communiquer à sa confidente toutes les grâces spirituelles qu'elle affirme recevoir.