L'église de Notre-Dame-de-la-Mer est une église fortifiée romane du des Saintes-Maries-de-la-Mer en Camargue, dans le département français des Bouches-du-Rhône en région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Dédiée à et aux Saintes Maries, elle fait l'objet du pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer, et est classée aux monuments historiques depuis 1840.
Histoire Oppidum D'après l'écrivain Jean-Paul Clébert, le géographe et historien grec Strabon indique que les Phocéens de Massalia érigèrent à cet emplacement un temple antique de culte à Artémis (déesse grecque de la nature et de la chasse).
La première mention du lieu est faite dans le poème ora maritima (cote maritime, en latin) d'Avienus au , sous le nom d'un îlot dénommé « oppidum priscium Râ ». Ce vieil oppidum devient au Sancta Maria de Ratis (Sainte Marie du radeau), nom qui évolua vers Notre-Dame-de-la-Barque lorsque la légende chrétienne du débarquement des saintes Maries sur la côte camarguaise se popularisa. Cette mutation se fit à partir de 547, avec l'installation d'une communauté de religieuses sur cet îlot par l'évêque Césaire d'ArlesMichel Mélot, Guide de la mer mystérieuse, Éd. Tchou et éditions Maritimes et d'Outre-mer, Paris, 1970, p. 715., pour christianiser ce lieu de pèlerinage et de culte païen de Mithra et Diane d'Éphèse.
De Notre-Dame-de-la-Barque à Notre-Dame-de-la-Mer Visible d'une dizaine de kilomètres à la ronde, cette église fortifiée et son imposant donjon-abside-clocher-mur domine la ville des Saintes-Maries-de-la-Mer depuis le début du , date du début de sa construction, à la période de transition entre invasions destructrices de l'Empire carolingien par les Vikings et les Sarrasins., et de fondation de la féodalité et de ses églises fortifiées et châteaux forts pour y résister, et de transition entre l'architecture carolingienne et l'architecture romane (histoire des Saintes-Maries-de-la-Mer au Moyen Âge).
Le site de Notre-Dame-de-la-Barque avait été sous la menace constante des Sarrasins et des Vikings, ce qui obligea les moniales à le délaisser. Ce ne fut qu'en 973 que les Sarrasins furent chassés par le comte Guillaume I de Provence, qui fit rebâtir une église (dite à nouveau en ruines en 1061). Elle passa dans la mense du chapitre métropolitain de la cathédrale Saint-Trophime d'Arles, puis les chanoines la rétrocédèrent à l'abbaye Saint-Pierre de Montmajour qui y établit un prieuré en 1078. C'est alors qu'elle fut dédiée à Notre-Dame-de-la-Mer. La reconstruction de l'église fortifiée actuelle se fit entre 1165 et 1170 (au début du style gothique du , avec des similitudes architecturales avec le palais des papes d'Avignon gothique du ). Elle annexa définitivement au christianisme le culte païen juxtaposéPèlerinage gitan et le marquis de Baroncelli.
Le lieu de culte était alors divisé en trois parties : .
vignette|Vue des Saintes-Maries-de-la-Mer, par Vincent van Gogh (1888, musée Kröller-Müller des Pays-Bas). Au , sous le pontificat des papes d'Avignon, le pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer y était très populaire. À tel point qu'en 1343, Benoît XII fixa la célébration des Saintes au et au . Jean de Venette, auteur d'un poème sur l'Histoire des Trois Maries raconte qu'il visita Pierre de Nantes, évêque de Saint-Pol-de-Léon, alors atteint de la goutte, et que ce dernier n'aurait dû sa guérison qu'à l'intercession des trois Maries. L'évêque accomplit alors en remerciement un pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer en 1357M. de La Curne, Mémoire concernant la vie de Jean de Venette, avec la Notice de l'Histoire en vers des Trois Maries, dont il est auteur, 1736, en ligne. Cette même année, Arnaud de Cervole, dit l'Archiprêtre, se dirigea vers Avignon via la Camargue avec ses bandes anglo-gasconnes. Les reliques que contenaient l'église furent mises à l'abri à la Sainte-Baume et Notre-Dame-de-la-Mer vit ses fortifications renforcées.
Les fouilles du roi René En 1448, ce fut l'invention des reliques sous le règne du roi René. Tout le sol de l'église fut défoncé. Ce qui permit de mettre au jour un puits et une source d'eau douce puis une tête d'homme cerclée d'une lame de plomb. Dans le chœur fut dégagée .
Enfin, entre cette grotte et le mur de la chapelle du , fut dégagé un vestige de mur qui barrait tout le chœur. Il s'ouvrait par une petite porte permettant d'accéder à un oratoire. Dans celui-ci se trouvait une colonne supportant une table de marbre formant autel. vignette|Marie Jacobé et Marie-Salomé, représentées en martyr sans tête sur une gravure du . Autour de celui-ci on découvrit deux corps allongés . Les ossements, lavés au vin blanc, furent placés dans des châsses et transportés dans la chapelle haute. En fin de fouilles, trois cippes furent exhumés et furent considérés comme les oreillers des Saintes. Toujours visibles dans la crypte de l'église, les deux premiers sont consacrés aux Junons et le troisième est un autel taurobolique ayant servi au culte de Mithra. Jean-Paul Clébert suggère que le culte des trois Maries (les Tremaie) s'était substitué à un antique culte rendu aux trois Matres, divinités celtiques de la fécondité, et qui avait été romanisées sous le vocable des Junons.
La découverte des reliques attribuées aux Saintes Maries s'accompagna de la décision de les « ostenter » trois fois l'an, le , pour la fête de Marie-Jacobé, le pour celle de Marie-Salomé et le . Une procession à la mer, avec la barque et les deux saintes, eut désormais lieu en mai et en octobre. Au cours de celle du était associée Sara la Noire.
Jean-Paul Clébert fait remarquer que la statue de Sara tout comme celle des Maries dans leur barque sont acéphales et munies de tête amovible. Il constate : .
vignette|Bain rituel du pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Le rituel de la procession à la mer Fernand Benoit, qui fut le premier historien à décrypter ce folklore, souligne pour les trois Maries et pour Sarah, l'importance de la procession à la mer. Depuis 1936, l'immersion de la sainte noire, que font les Bohémiens, précède d'un jour celle des Maries en leur barque. La statue de Sarah est immergée jusqu'à mi-corps.
En Camargue, l'immersion rituelle dans la mer obéit à une tradition séculaire. Déjà au , les Camarguaises et Camarguais se rendaient à travers les bois et les vignes, sur la plage, alors éloignée de plusieurs kilomètres de l'église des Saintes, et se prosternaient à genoux dans la mer.
Et l'historien de souligner que ces processions à la mer participent au caractère même de la civilisation provençale et à sa crainte respectueuse de la Méditerranée puisqu'elles se retrouvent tant aux Saintes-Maries-de-la-Mer, qu'à Fréjus, Monaco, Saint-Tropez ou Collioure, liées à d'autres saints ou saintes.
Description de l'église primitive vignette|gauche|redresse|Lion de type arlésien ayant appartenu à l'église primitive, gravure du . vignette|Lions de l'église primitive en réemploi sur une porte du . Les fouilles archéologiques ont permis de retrouver les structures de l'église qui a précédé Notre-Dame-de-la-Mer. Il s'agissait d'une chapelle rurale à nef unique. Ce lieu de culte avait été édifié en pierre calcaire dure ce qui explique l'absence de toute marque de tâcherons.
La nef de cette église primitive comprenait trois travées qui menaient à un chœur fermé par une abside semi-circulaire. Elle se trouvait flanquée, au nord, par une tour carrée qui était accessible par un escalier qui partait du chœur.
Deux portes donnaient accès à l'église par les façades latérales. La première, au nord, était réservée aux religieux. Elle permettait d'accéder au cloître et au jardin. La seconde s'ouvrait dans la troisième travée Sud. Cette porte des fidèles était décorée, très certainement, par deux lions de type arlésien qui se trouvent actuellement utilisés, en réemploi, sur une porte murée du . L'abside était précédée par une travée de chœur et l'arc triomphant très élevé était percé d'une ouverture.
Liste des prieurs, curés, prêtres et vicaires de l'église La plupart des informations reportées dans le tableau ci-dessous proviennent des actes paroissiaux des Saintes-Maries-de-la-mer accessibles par internet sur le site des archives départementales des Bouches-du-Rhône. Bertran de Noves, prieur1226Durand d'Ayguere et Raynaud, curés1332Giraud Samson, prieur1448 Hugues Rolland, vice curéav.1448 - ap.1455Antoine Bedarrides, curé 1561 - 1598 (décède le 22/10/1598)Claude Auriac, vicaire1600 - 1622 (décède le 4/05/1622)Claude Ribbe, prêtre (secondaire ?)1601 - ap. 1628Pierre Robert, prêtre1612 - 1616Pierre Cachat, prêtre1620 - 1648Girard, vicaire1624Honoré Arnoux, prêtre et secondaire1645 - 1660 (décède le 13/06/1698 à 81 ans)Michel Chabert, secondaire1646Guillaume Besselin, ?1648Elzear Amoureux, vicaire1653, 1654Desvignes, vicaire1660 - 1661 (31/07)Murator, prêtre, vicaire1656 - 1667Saint Jean, vicaireav.1690 - ap.1703 (décède en 1706 à 62 ans)Vaugier, prêtre secondaire1703Bruneau, secondaire1710, 1711Garcin, vicaire1711Biscarel, provicaire puis vicairedécembre 1719 - avril 1731Gilles, curé1733, 1735, 1736, 1737R.P. Ange Bonicel, secondaire1731, 1737, 1738Trobaty, curé1738Paul, provicaire, curé1741, 1745Roubian, prêtre1742Augustin Espitalier, curé1751 - 1769Joseph Blanc, curé1772, 1778 - ap.1781Prat, procuré1770Bruyere, vicaire, prêtre1780 - 1791Nalis, curé1784 Pierre Tavan, curéav.1785 - 1791Vincent Gazan (né en 1791), curé1836
Église actuelle vignette|Croix camarguaise. Extérieur Le village des Saintes resta protégé par ses remparts médiévaux jusqu'à la Révolution. Ce site était l'une des pièces maîtresses de la défense de la cité d'Arles. En son centre l'église fut fortifiée au fur et à mesure des nécessités. Son aspect actuel date du . La région subissant régulièrement des raids de pirates barbaresques, aux débuts de sa construction, le choix d'une forme de forteresse fut rapidement pris, avec une nef unique, mâchicoulis alternés, créneaux et tour de guet, surplombant la ville à Histoire de l'église.
L'abside extérieure L'ensemble des aménagements de type militaire dissimule souvent la construction romane. Seule l'abside polygonale est visible de l'extérieur. Elle est surmontée d'un ancien corps de garde. Éclairée d'une baie de plein cintre, ses deux colonnettes sont surmontées de chapiteaux qui ont été datés du début du . Sa décoration de bandes lombardes alterne avec des consoles.
Le clocher et la chapelle haute vignette|gauche|redresse|La double châsse des Saintes à Notre-Dame-de-la-Mer. droite|vignette|Les 5 cloches du clocher-mur. Surplombant le chœur, sur toute la largeur de l'église, le mur du clocher est surmontée de mâchicoulis et d'échancrures, de style roman : quatre sur une même ligne, comportant chacune une cloche, une cinquième en dessus. Ce mur est adossé au corps de garde, qui rehausse l'abside. L'exhaussement de la nef, aux s a apporté de profondes modifications.
La plus importante fut l'établissement d'un chemin de ronde. Construit en encorbellement, il repose sur des consoles ou des contreforts. Une chapelle haute somme l'abside. Située au-dessus du chœur, dans l'ancien corps de garde, elle est placée sous le vocable de l'archange saint Michel. Elle renferme les reliques des saintes, enfermées dans une châsse et qui ne sont sorties que pour le pèlerinage annuel. Sa singularité réside dans le fait qu'elle a été intégrée dans le système défensif de l'église. Elle se termine telle un donjon et servait aussi de poste de vigie.
Les cloches Le clocher-mur est doté de 5 cloches de volée : Marie Jacobé-Marie Salomé fondue en 1993 par la fonderie Paccard (à Annecy), note : sol3 Claire, fondue en 1837 par Eugène Baudouin (à Marseille), note : la#3 Rosa, fondue en 1839 par Eugène Baudouin (à Marseille), note : do4 Réconciliation, fondue en 1984 par Paccard (à Annecy), note : ré4 Fulcranne, fondue par Pierre Pierron (à Avignon), note : ré#4
vignette|Nef.
Intérieur