Le château de Champlitte est un bâtiment construit au dans la commune française de Champlitte, dans la Haute-Saône. Il abrite actuellement le Musée départemental d'Arts et Traditions populaires.
Histoire Le château médiéval vignette|gauche|Armoiries de la famille de Vergy au Château de Champlitte. Un château fort est attesté au Moyen Âge, incendié à plusieurs reprises. Les seigneurs de Fouvent, agissant en maîtres dans leur seigneurie, construisent un château fort au sommet de la colline, à proximité immédiate d'un foyer de peuplement plus ancien (gallo-romain) : le village de Champlitte-la-Ville situé à , installé en fond de vallée et sans valeur défensive, entre en concurrence avec le centre nouveau-né du château, le castrum qui lui est installé sur une butteAFFOLTER (E.) et al., Atlas des villes de Franche-Comté, Série médiévale, I, Les bourgs castraux de Haute-Saône, Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, , 1992.. Des sondages archéologiques menées par l'INRAP en 2010 attestent cette présence et sa positionVéronique Brunet-Gaston : Le château médiéval de Champlitte in La vie de château, de la forteresse à la résidence de plaisance.Interview de Véronique Brunet-Gaston par Aurélien Bertini produit par les Musées départementaux de la Haute-Saône. , ..
Les quartiers d'habitation se fixent à l'intérieur de la forteresse, dans la basse-cour, le bourg se développe dans la vallée, entre le château et le pont ; les halles et les murs sont mentionnés depuis 1252 : le fossé est le premier obstacle à franchir pour celui qui vient de l'extérieur, il peut mesurer entre 15 et et derrière le fossé se trouve le rempart à l'origine certainement en bois. La proximité du château assure la protection des activités marchandes et artisanales. La ville va ensuite se peupler de monastères : Prieuré bénédictin de saint Christophe à Champlitte-la-Ville, le Couvent des Augustins (), le Chapitre collégial (1439) puis en 1475 quand la ville fut ruinée, Charles Quint fait clore le bourg par une muraille bordée d’un fossé et fortifiée de plusieurs tours. Quelques vestiges de cette période sont actuellement encore visibles (Tour des Annonciades, Tour Charles Quint, fossé, couvent des Augustins) et la topographie des ruelles permet de lire la structure ancienne de la ville. La seigneurie de Champlitte appartient ensuite à une branche cadette de la maison de Vergy.
À la Renaissance La bâtisse médiévale est augmentée d'une aile RenaissancePlan topographique de Claude Bonjour conservé aux Archives départementales de la Haute-Saône (côte 4Fi2).. Cet agrandissement correspond à la transformation courante des places en résidence déliée des impératifs de la guerreVianney Muller, Les évolutions du château au Moyen Âge in La vie de château, de la forteresse à la résidence de plaisance. François de Vergy reçoit la charge de lieutenant général du comté de Bourgogne et prend en charge la sécurité de la Franche-Comté. Également comte de Champlitte, il "s'installa dans la demeure médiévale de son oncle (Champlitte) tandis que le siège du gouvernement militaire de la Franche-Comté se trouvait à Gray, ville récemment fortifiée"Jean-Pierre Jacquemart, Architectures comtoises de la Renaissance 1525-1636, Presses Universitaires de Franche-Comté, Besançon, 2007.. Appelé régulièrement dans les Flandres pour rendre compte des événements de la province, il connaît les modes et architectures flamandes. Il décide de procéder à des aménagements du château, vraisemblablement entre 1560 et 1564, et semble faire appel à un architecte d'origine flamande, peut-être un prénommé Nicolas Morris. Un plan topographique de la ville, Plan de Claude Bonjour, permet de se figurer en partie le château ainsi remanié associant bâtisse médiévale et construction Renaissance de prestige. En 1630, à la mort de Clériadus de Vergy, la seigneurie passe par héritage aux familles de Cusance puis de Clermont d’Amboise et enfin à la famille des comtes de Toulongeon. Mais entre-temps le château a subi de nombreux dégâts puisqu'en trois siècles la ville est assiégée 4 fois et pillée 11 fois (en , pendant la guerre de Dix Ans la ville est assiégée par les troupes françaises du Duc d’Angoulême, général de Louis XIII qui mirent le feu au château, à la ville et au clocher).
L'incendie de 1751 Un incendie ravage complètement l'ensemble des bâtiments le Texte d'archive sonorisé : L'incendie sur Musée Albert et Félicie Demard - Champlitte - Archives Départementales de la Haute-Saône, B1909..
La première aile de Claude Antoine Colombot vignette|droite|Aile Sud du château. Une première aile, l'aile sud est reconstruite probablement en 1768 selon les plans de l'architecte bisontin Claude Antoine Colombot.
La réalisation de Claude Joseph-Alexandre Bertrand vignette|droite|Esquisse d’élévation coupe et profil de la salle à manger du château par Claude Joseph Alexandre Bertrand , vers 1770. Le marquis Hippolyte Jean René de Toulongeon poursuit les travaux entrepris par son père et fait réaliser l'ensemble du château par l'architecte bisontin Claude Joseph Alexandre Bertrand. Le décor Renaissance de la façade est conservé et le reste est remplacé par l'édifice actuel rebâti par Bertrand, architecte, et Luc Breton, sculpteurLa Haute-Saône..
À partir de 1781 sont lancées les premières études et plans pour poursuivre la reconstruction du château selon un style néo-classique ( du ) : aile symétrique face nord, façade sur les jardins, aménagements intérieurs, salon d'été appelé "grotte", orangerie-théâtre. C'est l'architecte Claude Joseph Alexandre Bertrand qui conçoit le projet. Il est connu en Franche-Comté pour ses réalisations bisontines : nombreux hôtels, la salle de la comédie à Besançon et surtout le château de Moncley. Les travaux semblent avoir été très rapidement menés, puisqu'en 1782 est consacrée la chapelle du château.
Rez-de-chaussée vignette|droite|Salon des papiers peints. Le rez-de-chaussée est composé de deux parties : en façade, une grande galerie de la longueur des sept travées frontales ; sur l'arrière, les salles destinées à l'usage du marquis de Toulongeon.
Cette enfilade de pièces comprend : en face de l'entrée et donc au centre de la galerie, l'antichambre du marquis ; cette pièce communique à gauche sur la salle à manger ; à droite sur la chambre du marquis ; après la salle à manger, le château comporte un grand salon de réception ; contigu à ce grand salon, un salon plus petit ou salon d'hiver marque l'entrée des appartements de la marquise. Ce salon est appelé salon des papiers peints en raison de son ornementation d'un décor de papier peint Les Sauvages de la mer du Pacifique.
L'orangerie vignette|droite|Façade de l'orangerie du château de Champlitte. Il est probable que cet édifice construit en marge du château, derrière l'église Saint-Christophe ait eu une double utilisation : orangerie l'hiver et théâtre l'été (en lien avec l'ornementation en stuc de la façade).
Ce bâtiment est cohérent avec d'autres réalisations de Claude Joseph Alexandre BertrandPascal Brunet, in La vie de château, de la forteresse à la résidence de plaisance, Musées départementaux Albert et Félicie Demard ..
Bâtiments municipaux Anne Edmé Alexandre de Toulongeon, propriétaire du château après les saisies révolutionnaires, meurt en 1823 et lègue le château à ses trois enfants qui ne souhaitent pas conserver ce patrimoine.
La commune de Champlitte décide de se porter acquéreur lors du conseil municipal du . Cette décision est confirmée par l'acte de vente signé le .
Le château sert alors d'hôtel de ville, de logement aux curé et vicaire, à la justice (salle à manger), aux écoles de jeunes filles (deuxième étage) et à l'habitation du professeur (ou grammairien)Abbé Briffaut, Histoire de Champlitte.Entretien avec des anciennes écolières du château. , ..
Un musée dans un château
vignette|droite|Espace muséographique consacré au travail du chanvre, dans la rotonde. Le musée départemental d'histoire et de folklore s'y installe en 1957musées de Franche-Comté.. Ce musée fait actuellement partie des Musées départementaux de la Haute-Saône, également appelés musées départementaux Albert et Félicie Demard en hommage aux fondateurs des collections ethnographiques qui y sont présentées.
Les salles sont petit-à-petit converties en espace muséographiques selon le principe de la reconstitution sur le modèle du Musée national des arts et traditions populaires fondé par Georges Henri Rivière« Cet homme c'est Albert Demard. Pour moi, mieux qu'un confrère, qu'un frère de lait, il m'est demi-frère en raison de la moitié de mon sang qui, comme tout le sien, est campagnard » (Georges-Henri Rivière, préface de Un homme et son terroir).. Ce parti pris débouche sur l'utilisation à contre sens de ce bâtiment historique, qui, finalement, présente des intérieurs paysans dans les salles d'un château.
Des travaux importants de rénovation sont entrepris en 2013 dans le but de rendre accessible l'ensemble du bâtiment aux personnes à mobilité réduite, de créer des espaces de travail dans l'aile Sud et des espaces d'accueil du public dans l'aile Nord.
Rénovation des jardins à la française vignette|droite|Jardin à la française créé en 2008.
En 2008, sous la direction du paysagiste Marc Lechien, des jardins à la française sont recréés (par analogie historique) dans la cour avant du châteauInterview de Marc Lechien. , .. Malgré les nombreuses recherches menées à cette occasion, aucune archive ne témoigne de l'histoire de ces jardins.
Ces jardins sont installés dans une cour d'honneur : cet emplacement était destiné à recevoir les voitures à cheval en regard des écuries, actuellement bâtiments municipaux. Il était d'usage de ne pas mettre de jardin dans les cours d'honneur pour faciliter les manœuvres ; Champlitte fait exception. Il faut surtout noter que les jardins du château s'étendaient en contrebas du château jusqu'au Salon et surtout à l'arrière du château jusqu'à l'orangerie (appelée ainsi puisqu'on y conservait probablement les orangers l'hiver).
Les plans du qui ont servi de modèle indiquent six parterres symétriques, avec un axe central. Deux perpendiculaires traversent le jardin pour renforcer les effets de perspectives. Du mobilier a été recréé lors de cette restauration : des bancs sur un modèle Louis XVI ; des vases en fonte, hommage à la tradition des fonderies Haut-Saônoises ; des caisses qui accueillaient historiquement des orangers (aujourd'hui remplacés par des lauriers du Portugal pour des raisons pratiques et économiques).
La façade des écuries et garnies d'un treillage dont un soleil de treillage, pratique courante au . Ces décorations ont été complétées par deux abreuvoirs en pierre, en référence à l'ancienne utilisation de ces bâtiments latéraux. Les parterres sont bordés de buis, bordures réalisées avec passe-pied. L'élévation non précisée sur les plans originaux a été traduite par des tilleuls palissés, végétation favorisant l'ombre.
L'absence de fleurs est conforme au classicisme qui favorisait des espaces à l'esthétique permanente. Les couleurs utilisées, bleu et jaune de Naples, sont des références à la décoration intérieure du château.
Classement Le château a été classé le au titre des monuments historiques. L'élévation et l'orangerie font l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le .
Architecture Le château est de style néo-classique avec façade à deux niveaux de style Renaissance. Les études actuelles attribuent le décor de la façade à Nicolas Moris et la datent autour de 1564-1565, soit quelques années avant la construction de l'hôtel de ville de Gray.