L'éruption du Kīlauea en 1960 est une éruption volcanique qui s'est déroulée du 13 janvier au sur le Kīlauea, le volcan le plus actif d'Hawaï, aux États-Unis. Elle fait suite à l'éruption de fin 1959 survenue dans le Kīlauea Iki, à proximité du sommet du volcan. Des fissures s'ouvrent à l'extrémité orientale de l'île d'Hawaï, juste à côté de la localité de Kapoho. Des fontaines de lave en jaillissent et forment une coulée qui progresse dans l'océan Pacifique. La lave menaçant les habitations, plusieurs digues de fortune sont successivement érigées mais elles sont rapidement débordées et Kapoho est finalement détruite. Au sommet du volcan, des séismes frappent les abords de la caldeira et trois effondrements affectent le fond du cratère du Halemaʻumaʻu avec une apparition de la lave, reliquat d'une précédente éruption. Après une éruption d'une durée d'un peu plus d'un mois qui est la troisième plus puissante du Kīlauea au , la lave a recouvert plus de de superficie, dont gagnés sur la mer, et a avancé le cap Kumukahi, le point le plus oriental de l'île d'Hawaï, un peu plus vers l'est.
Contexte vignette|gauche|Vue générale du Kīlauea Iki, lieu de l'éruption de fin 1959 dont une partie de la lave de l'éruption de 1960 est issue.
À la fin 1959, du 14 novembre au 19 décembre, le Kīlauea est en éruption au niveau du cratère du Kīlauea Iki situé au sommet du volcan . Cette éruption est jugée exceptionnelle par les records établis et les phénomènes jamais observés auparavant : émission d'un volume de de lave sous la forme d'une fontaine de de hauteur , constitution d'un lac de lave d'une profondeur de où sont observés des vagues, des rapides, des cascades et des tourbillons de lave. Une communication à double-sens entre la chambre magmatique et la surface est établie, la lave refluant dans le réservoir souterrain entre deux fontaines de lave. Cette circulation est, avec l'arrivée d'une masse de magma supplémentaire dans la chambre magmatique, l'une des causes de l'éruption de 1960 puisqu'à la fin de l'éruption du Kīlauea Iki, l'intérieur du volcan contient plus de lave qu'au début de l'éruption . Elle n'a ainsi pas eu pour effet de relâcher la pression interne du volcan qui se trouve même augmentée. Une fois les fontaines de lave taries, les volcanologues de l'observatoire volcanologique d'Hawaï craignent le déclenchement d'une nouvelle éruption et restent en alerte.
Déroulement Prémices Les craintes des volcanologues se confirment lorsque apparaît une première crise sismique juste après la fin de l'éruption du Kīlauea Iki le puis une seconde la première semaine de janvier 1960. Les épicentres sont situés à Kapoho, une petite localité à l'extrémité orientale du rift Est du Kīlauea, à une quarantaine de kilomètres à l'est du sommet du volcan, juste avant le cap Kumukahi, le point le plus oriental de l'île d'Hawaï. L'installation d'un nouveau sismographe le 12 janvier permet l'enregistrement de plus de mille secousses dans la journée au rythme maximal d'une toutes les dix secondes environ. Ces séismes gagnent en intensité le lendemain, juste avant , ce qui permet aux habitants de commencer à les ressentir. Ils font rejouer deux failles parallèles, celle de Kapoho passant juste sous la localité et celle de Koaʻe plus au nord.
À partir de , le mouvement de ces failles est visible en surface par la formation de deux escarpements d'une amplitude de pour la faille de Koaʻe et de pour celle de Kapoho. Ils délimitent un graben par l'affaissement des terrains situés entre les deux failles. Les routes menaçant d'être impraticables, le sol vibrant constamment, les grondements accompagnant les plus forts séismes décident les 300 habitants de Kapoho à quitter spontanément leur village, totalement évacué en début de soirée. Cet affaissement du sol et la brusque diminution de l'intensité des séismes, environ encore enregistrés dans l'après-midi du 13 janvier, indiquent aux volcanologues l'imminence de l'éruption.
Ouverture des fissures vignette|Vue de la fontaine de lave émergeant du cône volcanique avec des papayers ayant perdu leurs feuilles à leurs pieds.
Le à , le rougeoiement du ciel annonce le début de l'éruption. En trente minutes, des fissures alignées sur de longueur s'ouvrent dans le sol, à l'intérieur du graben, parallèlement aux deux failles, à au nord-ouest de Kapoho , à environ trente mètres d'altitude. L'activité volcanique cessera au bout de quelques heures sur les fissures aux extrémités en se concentrant sur quatre d'entre elles au centre. Des fontaines de lave d'une centaine de mètres de hauteur s'en échappent et forment immédiatement une coulée de lave ʻaʻā qui se dirige vers le nord-est, en direction de l'océan. Elle progresse dans des terrains peu pentus couverts d'une végétation dense, notamment des plantations de cocotiers, de papayers, d'orchidées et de caféiers, qui se consume et provoque des explosions lorsque le méthane relâché par les végétaux en décomposition s'enflamme. À minuit, la route côtière est coupée par la lave.
Dans la soirée, l'une des fissures est secouée par de violentes explosions provoquées par la vaporisation de l'eau souterraine d'origine incertaine, provenant soit de la nappe phréatique saumâtre, soit de l'eau de mer qui s'infiltre dans les failles. Les panaches de vapeur d'eau expulsés violemment de la fissure pendant onze heures sont parcourus de fragments de lave, incandescents ou refroidis, le tout dans un bruit assourdissant ressemblant à « un énorme chalumeau ou à une machine à vapeur géante »Texte original : . Ce fonctionnement particulier cohabite avec les fontaines de lave voisines qui soit rejettent uniquement de la lave sans explosion puissante, soit rejettent temporairement un mélange de lave et de vapeur d'eau. Les environs se recouvrent alors d'un dépôt peu épais mélangeant de fins fragments de verre volcanique et des cristaux de sel expulsés avec la vapeur d'eau et emportés par le vent. Lorsque cette activité phréato-magmatique se termine vers midi le 14 janvier, seules trois fissures, totalisant de longueur, continuent d'émettre de la lave. Les fontaines construisent de petits cônes de scories de dix mètres de hauteur autour des bouches éruptives et la lave qui s'en échappe par l'ouverture au nord continue d'alimenter la coulée de lave, longue de 1,5 kilomètre et distante de de l'océan Pacifique.
Première avancée dans l'océan vignette|Vue de la coulée de lave en 2011.
La coulée de lave, après avoir progressé de 3,2 kilomètres à la vitesse moyenne de et mesurant de largeur pour une épaisseur de , atteint l'océan Pacifique au nord-est des fontaines, entre la pointe Kaoko et l'étang Higashi, le 15 janvier peu après . L'eau de mer, réchauffée jusqu'à à du littoral et au-dessus de jusqu'à , produit un important panache de vapeur d'eau qui s'élève au-dessus de la côte. La lave progresse à la fois dans la mer, jusqu'à de l'ancien trait de côte à , mais dévie aussi vers le sud en direction de l'étang Higashi. Ce petit plan d'eau relié à l'océan par un étroit chenal s'est formé par un précédent affaissement du graben au cours de l'éruption du Kīlauea en mai 1924. Après plusieurs heures de phases d'avancées et de stagnation, la coulée de lave pénètre le 16 janvier vers dans l'étang Higashi au niveau du chenal, le coupant de l'océan.
Plus au sud, un second front de la coulée se détache du flot principal et progresse vers l'est . Il bute contre le Puʻu Kukae, un petit cône volcanique, et le contourne par le nord. Sur son chemin se trouvent les , des sources chaudes qui constituent un lieu de détente et de pique-nique, que la lave finit par rejoindre et combler vers minuit dans la nuit du 17 au 18 janvier. Cette partie de la coulée, poursuivant sa course, rejoint et s'avance dans l'étang Higashi par le sud-ouest avant que les deux fronts de lave ne se rencontrent et finissent de combler l'étang dont l'eau s'est totalement évaporée.
À partir du , l'activité des fissures se modifie puisque seule une d'entre elles rejette une importante fontaine de lave . Celle-ci voit sa hauteur augmenter, de dans la nuit du 15 au , à plus de à partir des premières heures du 16 avec des pointes à 275, 320, 365 et respectivement le matin du 16, dans la journée du 16, le matin du et le . Le cône volcanique, long de , continue de s'accroître en fonction de l'activité des fontaines, passant de 30 à de hauteur en une journée pour atteindre de hauteur le .
Destruction de Kapoho vignette|Vue du phare du cap Kumukahi entouré par la lave en 2010.
Au fur et à mesure que la lave avance, elle menace puis détruit des infrastructures, la première est la route littorale dans les premières heures de l'éruption, et des paysages comme l'étang Higashi. Ainsi, les autorités tentent de dévier ou stopper la coulée en certains endroits. Une première tentative est réalisée le 17 janvier pour protéger les , situées au pied du Puʻu Kukae, par l'édification d'une digue de de longueur et de 1,5 à de hauteur. Cependant, elle s'avère inefficace puisqu'à , la lave commence à passer au-dessus et à , elle est totalement submergée par la coulée qui poursuit sa course vers l'est.
vignette|gauche|Maison du hameau de Koaʻe détruite par la coulée le 23 janvier.
Le lendemain, c'est la localité de Kapoho, jusqu'alors relativement épargnée par l'éruption en raison de son implantation légèrement en hauteur, qui est menacée par la lave . La coulée, qui est aux portes des habitations, commence à entrer dans le bourg à la faveur d'un effondrement du flanc sud du cône de scories qui a déversé d'importantes quantités de lave en direction des habitations. Le front de lave se déversant dans l'océan Pacifique changeant lui aussi de direction en progressant vers le cap Kumukahi, la coulée se déplace ainsi vers le sud sur toute sa longueur . Les habitations et l'école de Kapoho mais aussi le quartier de Kapoho Beach situé plus au sud sont alors menacés. Une première digue entre Kapoho et le cône volcanique du Puʻu Kukae est alors construite du 19 au 20 janvier. Elle mesure 4,5 à de hauteur mais son emplacement est mal choisi puisqu'elle s'élève entre 6 et en contrebas du seuil naturel entre le Puʻu Kukae et le cratère Kapoho. Cette digue est ainsi submergée par la coulée de lave de six mètres d'épaisseur le 23 janvier à . Le même jour, dans le hameau de Koaʻe situé au nord de Kapoho, de l'autre côté de la coulée, cinq bâtiments dont une église sont détruits par la lave après plusieurs jours d'avancée très lente de la coulée . Aucune digue n'y est construite pour stopper la lave qui cesse d'avancer le 28 janvier.
vignette|Destruction de l'école de Kapoho par la coulée le 28 janvier.
La première barrière visant à protéger Kapoho s'avère inefficace mais elle retarde assez longtemps la coulée pour permettre aux bulldozers d'édifier une seconde digue, en retrait de la première, à nouveau entre le Puʻu Kukae et le cratère Kapoho. Cette digue « de la dernière chance »Texte original : , construite les 23 et 24 janvier, est inefficace comme la première puisque contournée par la lave le 27 janvier à . Les premières maisons sont alors détruites, consumées par la chaleur puis écrasées par le mur de lave qui progresse lentement. S'étendant derrière ce front de lave, un vaste champ de lave liquide menace d'engloutir à tout instant et soudainement le village si le bord de la coulée venait à se rompre. Ce scénario catastrophe ne se produira pas mais sera remplacé par un autre lorsque certaines des fissures se réactivent et rejettent de la lave ʻaʻā. La nouvelle coulée arrive rapidement aux portes de Kapoho et progresse dans le bourg par le sud-ouest, détruisant chaque bâtiment qui se trouve sur son passage. Le à minuit et au bout de seulement trente minutes, la plupart de Kapoho est détruite. Les deux dernières constructions encore debout sont englouties le 30 janvier lors d'une dernière avancée de la lave.