Le concile de Toulouse de 1229 est une réponse réactive face à la montée des hérésies en Europe de l'Ouest au . Il se déroule en octobre 1229, à Toulouse, et organise de manière systématique la recherche et la punition des hérétiques. On peut, en bon droit, dire que le système de l'Inquisition se trouve mis en place en Languedoc à partir de 1229.

De plus il paraît important de préciser le terme concile : c'est une assemblée solennelle des évêques, convoquée à la demande du pape et qui traite des affaires de l'Église. Au , Toulouse est une ville d'importance, qui prédomine sur l'ensemble du Languedoc. Pendant longtemps, elle fut indépendante du domaine royal, mais à la suite de révoltes, le comte ne conserve plus que le pouvoir de battre la monnaie, et de lever des troupes en cas de menace extérieure. Malgré cet affaiblissement, Toulouse conserve une influence et une position stratégique dans le Midi de la France.

Texte source

Extrait R. Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, t. 23, rééd. 1903, col. 193-198.

Analyse Nous proposerons ici une étude objective du contexte, du déroulement du Concile, ainsi que de son rayonnement.

Contexte historique et spirituel La crise religieuse de l'an mille Cette expression désigne généralement la période 950-1050. Elle voit la géopolitique occidentale en mouvement à la suite des guerres et des invasions. La chrétienté dans cette région d'Europe ressemble encore à une cité assiégée, menacée au Sud par l'expansion musulmane, au Nord par les Normands, et coupée à l'Est de Byzance, l'autre grand empire chrétien.

Si l'Église avait connu une période de calme relatif après le , les hérésies connaissent un nouveau développement aux , le plus souvent en suivant les routes de pèlerinage. Des études locales ont en effet montré que les hérésies se répandent souvent par ce biais, par le bouche à oreille : les pèlerins discutent entre eux, et avec les villageois lors de leurs étapes, propageant ainsi des questions et des réponses, cette profonde inquiétude spirituelle, de la vie après la mort, en dehors du pouvoir régulateur de la paroisse.

Dans le haut Moyen Âge, l'hérétique est comme un lépreux qu'il faut éloigner du corps sain des fidèles par l'excommunication, puis par l'exil ou la confiscation des biens. Ces hérésies, prennent différentes formes selon les régions dans lesquelles elles se développent, une sera propre à la région de Toulouse.

Le Catharisme et la croisade des Albigeois Au Moyen Âge les hérésies sont définies comme une manière de penser et d'agir qui va à l'encontre des dogmes religieux et qui tend à ébranler la suprématie de l'Église. Dans ce climat, affleure après 1140, l'idée que l'hérésie s'est propagée par l'intermédiaire des Balkans, ces « terres germaniques et païennes » qui ont échappé à la christianisation. Les hérésies ont une tendance nette à s'introduire et se développer dans les villes, cet enracinement urbain est indéniable.

Contrairement à la doctrine catholique, les cathares considèrent qu'il existe deux principes supérieurs, le bien (Dieu) et le mal (Satan). La création du monde, imparfaite, relève du mal et les cathares doivent s'extraire de leur prison charnelle pour retourner à Dieu (c'est la transsubstantiation). Pour cela, ils prônent une vie de pauvreté et de renoncement pour atteindre une perfection spirituelle, appelés parfaits, terme railleur, inventé par l'abbé Eckbert von Schönau pour désigner les « parfaits hérétiques ».

Dans la région de Toulouse, la lutte contre les hérésies débutera avec une période sanglante, la croisade des Albigeois. L’assassinat du légat Pierre de Castelnau, en , pressa l’intervention militaire. Bien que très différente dans l'esprit, des précédentes croisades, on assiste à une évolution de la notion de croisade, où il s'agit maintenant de combattre les ennemis de la papauté. Bien que l'infériorité numérique des croisés fut peu à peu constante, ils sortirent vainqueurs dans la première partie de la croisade, tant la force morale des croisés et leur conviction étaient bonnes, la division entre les villes cathares ne faisant qu'accroitre leurs faiblesses. À l'inverse, dans le deuxième temps de la croisade, la fatigue et l'usure des croisés furent écrasées par la réalité d'une hérésie unifiée sous le même étendard. Intervient la Conquête Royale, qui voit l'abdication du comte de Toulouse.

Face à ces divergences spirituelles, des réformes structurelles seront mises en place au sein de l'Église romaine afin de lutter contre ce processus et de récupérer son influence.

La poursuite des réformes grégoriennes C'est une politique menée sous l'impulsion de la papauté. Si les historiens admettent que le pape Léon IX a commencé le redressement de l'Église, c'est pourtant le pape Grégoire VII qui a laissé son nom à la réforme (puisqu'il en a dirigé le projet initial sous le mandat de Léon IX). L'expression peut paraître impropre puisqu'elle ne s'est pas limitée à quelques années mais concerne au total près de trois siècles.

Elle comporte trois projets principaux : Affirmation de l'indépendance du clergé : les laïcs ne peuvent plus intervenir dans les nominations. Ce point ne va pas sans conflits, notamment entre le pape et les empereurs germaniques qui se considèrent comme les représentants de Dieu sur terre (référence faite à la querelle des Investitures). Réforme du clergé : pour que le clergé suscite le respect, il est mieux instruit et l'Église impose le célibat des prêtres ainsi que le mariage chrétien pour les laïcs. Affirmation du rôle du pape : à partir du , le pape met en place une structure centralisée autour de la papauté, puis il multiplie les interventions pontificales. L'une des plus connues est matérialisée par le décret d' (ou synode de Latran) réformant l'élection pontificale et interdisant le nicolaïsme et la simonie.

Les réformes grégoriennes ont pris appui sur l'abbaye de Cluny pour diffuser leurs idées en France, avec toutefois un rayonnement partiel. Les nombreux conciles locaux réunis à cette époque témoignent d'une étonnante continuité de vue. Leurs canons sont unanimes à proclamer que seule l'Église catholique romaine peut éliminer l'hérésie et donner la paix à la France du Midi.

Cette période marquée par de nombreux Conciles verra celui de Toulouse se distinguer.

Dissection du Concile L'apogée de l’Église romaine et ses légats L'époque dite grégorienne marque l'apogée de l’Église romaine, dans un monde éclaté en cellules politiques étroites, celle-ci constitue la seule instance d'unité et de régulation. L'Église rassemble tout l'Occident, cette situation favorise son unification, sa centralisation et l'essor de la monarchie pontificale.

Afin de diffuser efficacement la parole du pape, un système de missionnaires deviendra prépondérant. Ce sont les ambassadeurs du pape, ils effectuent des délégations, ce qui évitait au pape de se déplacer. Le simple fait de sortir de Rome était vu comme un signe de faiblesse.

En 1204, Innocent III donne à ses légats dans la région du Languedoc, tout pouvoir de supprimer l'hérésie. La recherche et la lutte contre le catharisme est la justification essentielle de droit du pape et de ses légats à intervenir dans l'ensemble du monde chrétien, et évincer les évêques rétifs à dépendre de Rome. Cette prédominance spirituelle permettra à l’Église d'effectuer une progression spectaculaire en Languedoc.

La campagne pontificale Le concile de Toulouse de 1229 est une véritable percée pontificale dans cette région qualifiée comme le repaire des dissidents. En effet l’avènement de Raymond VI enleva tout espoir à la papauté de triompher de l'hérésie par les voies normales. Lorsque Innocent III s'est rendu compte que depuis 50 ans, l'hémorragie spirituelle du comté de Toulouse, a conduit au développement préjudiciable des dissidences cathares en Languedoc, pour constituer un État hérétique autonome, le grand pape qui rêve d'unifier, se décida à employer les armes.

L'intervention de la papauté dans le Languedoc est la conséquence d'un échec religieux. Conscient de l’inefficacité du clergé local, qui se voit déchargé de cette tâche, l’Église fera prendre au concile de Toulouse le rôle de purge, écartant les clercs rétifs aux commandes du pape. Et c'est ce que le Pape fera de mieux lors de cette assemblée, à comprendre par la liste des présents.

Les présents au Concile et le déroulement Sont présents au Concile, bien évidemment la délégation complète du pape, et les laïcs les plus influents du Midi. Note donc la présence du comte Raymond VII, deux délégués du consulat, et le sénéchal nommé par la couronne de Carcassonne, André Chaulet. Y est donc écarté le clergé local.

Ce concile est dirigé par le cardinal légat Romain de Saint-Anges, envoyé en France par le Pape depuis 1226. Très habile diplomate, il conduisit les négociations avec Raymond VII qui aboutirent au traité de Meaux-Paris en mars-avril 1229. Lors de cette assemblée, 18 canons sur 45 codifient ainsi les principes de la répression et proposent une définition de l'identité hérétique par le clergé. Que personne ne soit puni comme croyant, ou hérétique, sans avoir été jugé tel par le pouvoir ecclésiastique (canon 9).

Cette juridiction est confiée à l'ordre des Frères Prêcheurs ou Dominicains, car implantés dans le comté de Toulouse au . Le choix des Dominicains par Rome n'est pas un hasard, cet Ordre, récemment accepté par la papauté, ne peut que servir l'Église, et défendre la foi avec une grande ferveur et une remarquable rigueur dans la charge de son mandat.

Le Concile de Toulouse, un cas particulier et original L'Inquisition et la répression Le cadre de la pratique religieuse est très clairement explicité, y sont exposés les interdits et les obligations du fidèle. La délation y est présente, le , après la signature du traité de Meaux-Paris, le comte de Toulouse, Raymond VII, est soumis à la Couronne de France et doit s'engager à pourchasser de tout son pouvoir les hérétiques de sa terre : Que les seigneurs territoriaux fassent rechercher les hérétiques (canon 3). Et, pour que l'on découvre plus aisément les coupables, il promet de fortes sommes à ceux qui les feraient prendre, ou qui y participeraient Que qui que ce soit puisse chercher ou capturer les hérétiques sur la terre d'autrui (canon 9).

De façon plus concrète, le concile rappelle les droits et les libertés des clercs, ainsi que les modalités de la paix de l'Église et de la paix du roi (nombre de mesures, antiféodales servent à accroitre le pouvoir de la monarchie). Il refuse aux fidèles l'approche directe de la Parole de Dieu (Bible) : Que les laïcs n'aient pas de livres de l’Écriture, à l'exception du psautier et de l'office divin, mais que ces livres, ils ne les aient pas en langue vulgaire (canon 14).

Avec la fin de la croisade contre les Albigeois, le combat contre l'hérésie entre en phase exclusivement judiciaire avec un tribunal, l'Inquisition. Ce tribunal aura pour but de concilier les directives de l'Église catholique romaine et les hérésies, selon un tableau des droits et des obligations très clair.

Les prérogatives croissantes de l'Inquisition et l'allègement constant de la tutelle qui devrait s'exercer sur elle expliquent la toute puissance de l'institution au : les inquisiteurs prennent l'habitude de travailler seuls, et sans rendre de comptes, leur permettant ainsi de se rendre autonomes vis-à-vis du clergé local et du bras séculier.

Le fonctionnement ordinaire était le suivant. L’enquête générale était proclamée dans une région entière. L’inquisiteur publiait un décret de grâce et un édit de foi, convoquant tous les habitants devant l'inquisiteur, pendant une durée fixée par le décret de grâce (typiquement de 15 à 30 jours).