Le Groupe d’assistance des Nations unies pour la période de transition en Namibie (GANUPT) ou United Nations Transition Assistance Group (UNTAG) est une force de maintien de la paix des Nations unies déployée en Namibie entre avril 1989 et mars 1990 afin d'appuyer le processus de paix et de surveiller les élections.
Ancienne colonie du Sud-Ouest africain allemand, la Namibie est administrée par l'Afrique du Sud de 1921 à 1966, en application d'un mandat délivré par la Société des Nations. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'Afrique du Sud tenta d'obtenir des Nations unies l'annexion de ce territoire mais sans succès.
En 1966, l'Assemblée générale des Nations unies révoque le mandat de l'Afrique du Sud sur le Sud-Ouest Africain, rebaptisé Namibie en 1968, tandis que l'armée populaire de libération de la Namibie (People's Liberation Army of Namibia ou PLAN)), la branche armée de l'Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (South-West African People's Organisation ou SWAPO), engage alors une lutte armée contre les forces sud-africaines pour obtenir l'indépendance. En 1971, la Cour internationale de justice déclare illégale l'occupation sud-africaine. Si en 1978, la Résolution 435 du Conseil de sécurité des Nations unies prévoit, après la conclusion d'un cessez-le-feu, la tenue d'élections organisées par l'Afrique du Sud sous le contrôle direct des Nations unies, l'intensification de la guerre civile angolaise sur fond de guerre froide en Afrique australe retarde l'application de cette résolution. À partir de , à la faveur de la fin de la guerre froide et de la signature d'accords de paix entre les principaux belligérants, les Nations unies peuvent déployer le GANUPT en Namibie. Malgré quelques escarmouches entre les belligérants, le processus de paix parvient à son terme avec l'élection d'une assemblée constituante en marquée par la victoire de la SWAPO, la rédaction d'une nouvelle constitution quatre mois plus tard et l'indépendance de la Namibie le .
Le GANUPT est considéré comme l'une des missions de paix les plus réussies menées par les Nations unies.
Historique La tentative d'annexion avortée de l'Afrique du Sud En 1915, au cours de la Première Guerre mondiale, l'Union sud-africaine, engagée au côté de la Grande-Bretagne, s'empare du Sud-Ouest africain allemand, aujourd'hui la NamibieL'Afrique du Sud et l'Allemagne, Pierre Labouret, Politique étrangère, 1939. Le , la Société des Nations lui confère un mandat de type C pour administrer le Sud-Ouest Africain et assurer le bien-être des populationsArticle 22 du Pacte de la Société des Nations.. Des lois ségrégationnistes complètent les anciennes dispositions allemandes (prohibition du vagabondage hors des réserves, interdiction pour un indigène de démissionner de son emploi sans autorisation de son patron, passeport intérieur, contrats de travail restrictifs). Quelques soulèvements autochtones ont lieu entre 1922 et 1925 mais sont sévèrement réprimés. 200px|thumb|left|Église luthérienne de Windhoek (1910), héritage colonial des missionnaires allemands qui avaient évangélisé le Sud-Ouest Africain En 1924, les premiers partis politiques du territoire sont constitués et en 1925, la communauté blanche élit ses premiers représentants à l'assemblée législative du Sud-Ouest Africain (dix-huit élus, auxquels s'ajoutent six membres désignés par l'administration). L'Union allemande favorable à l'indépendance l'emporte grâce aux votes des Afrikaners anglophobes et hostiles à l'Union sud-africaine. Les vaincus fusionnent et forment le Parti unifié du Sud-Ouest qui devint le parti majoritaire dès les élections suivantes (et le demeurera jusqu'aux années 1950). Bien qu'il y ait des discussions en ce sens, le gouvernement sud-africain ne dépose, au cours de cette période, aucune demande formelle d'annexion du Sud-Ouest africain.
En 1925, 43 % du territoire est constitué en réserves sous l'autorité de chefs coutumiers (Ovamboland, Kavangoland, Hereroland, Damaraland, Namaland, Kaokoland), 41 % des terres appartenant aux Blancs et le reste à l'État ou aux Basters de Rehoboth.
En 1926, tous les natifs du Sud-Ouest Africain deviennent des ressortissants de l'Union sud-africaine. L'ancienne colonie allemande est dorénavant considérée comme une cinquième province de l'Afrique du Sud. Pendant vingt ans, la colonie sombre dans l'oubli. L'exploitation des diamants, des divers minerais et l'élevage sont les seules richesses du territoire.
En , à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Premier ministre sud-africain Jan Smuts déclare que « le mandat devait être aboli et le territoire incorporé comme une province de l'Union ».. Profitant de la dissolution de la Société des Nations, l'Afrique du Sud présente, en , une demande officielle d'annexion à l'Assemblée générale des Nations unies. Mais, le , l'Assemblée générale, menée par l'Inde, en conflit avec les autorités sud-africaines en raison de sa législation discriminatoire à l'encontre de sa population d'origine indienne, rejette cette demande. Elle recommande, à l'inverse, que l'Afrique du Sud place le territoire sous le régime international de tutelle prévu à l'article 13 de la Charte des Nations uniesConseil de tutelle des Nations unies. et lui soumette un accord de tutelleStatut futur du Sud-Ouest africain, Assemblée générale des Nations unies, 14 décembre 1946., ce que Pretoria refuse.
En 1949, la constitution du Sud-Ouest africain est cependant révisée par le nouveau gouvernement du Parti national dirigé par Daniel François Malan. Une représentation directe du territoire au parlement sud-africain est désormais assurée par six députés et quatre sénateurs alors que la tutelle des populations indigènes est désormais placée sous le seul ressort du gouvernement de Pretoria.
Au début des années 1950, les débats sont vifs à l'ONU entre les partisans du colonialisme (conduits par le Portugal et l'Afrique du Sud) et les partisans de la décolonisation. Le chef coutumier héréro Hosea Kutako est le premier représentant noir du Sud-Ouest africain à faire présenter une pétition aux Nations unies dénonçant l'administration sud-africaine. Par un avis consultatif, la Cour internationale de justice confirme que l'Union sud-africaine est liée par ses obligations internationales résultant du mandat donné par la SDN et qu'elle ne peut modifier unilatéralement le statut du territoire. Elle confirme néanmoins que l'Afrique du Sud n'a pas l'obligation d'accepter la compétence du Conseil de tutelle des Nations unies sur le Sud-Ouest africain. Elle confirme le droit de l'Assemblée générale des Nations unies d'adopter des résolutions concernant le Sud-Ouest africain et de procéder aux auditions de pétitionnaires Avis consultatif du juin 1956 - Admissibilité de l'audition de pétitionnaires par le Comité du Sud-Ouest africain.. 250px|thumb|left|Le plan Odendaal de ségrégation territoriale du Sud-Ouest africain. En 1958, la population du Sud-Ouest africain atteint habitants dont Ovambos résidant très majoritairement dans le quart septentrional du territoire. Le gouvernement sud-africain propose alors, sans succès, de diviser le territoire en deux afin de se débarrasser du quart septentrional du Sud-Ouest africain qui aurait été directement géré par les Nations unies. En novembre 1959, dans le cadre de la politique d'apartheid mise progressivement en place dans le Sud-Ouest africain, les autorités de Windhoek décident de déplacer les populations indigènes de la capitale vers un nouveau quartier, le futur township de Katutura. Le , une campagne de protestation se solde par la mort de 13 manifestants, abattus par les forces de police et 54 blessés. Le à New York, l'Organisation populaire de l'Ovamboland et d'autres mouvements créent l'Organisation du peuple du Sud-Ouest Africain (SWAPO) dont la présidence est confiée par Sam Nujoma. Organisé en parti de masse, la SWAPO affiche une idéologie tournée vers le marxisme-léninisme et obtient le soutien de l'Union soviétique ainsi que de la majorité des pays du Tiers monde. Dès 1961, la SWAPO coopère avec les mouvements rebelles de l'Angola et envisage la lutte armée
En 1961, l'Assemblée générale des Nations unies vote un texte considérant que la situation au Sud-Ouest africain menace la paix internationale et la sécurité. Elle confie à un comité le soin d'envoyer deux émissaires dans le Sud-Ouest africain pour faire un rapport sur la situation réelle à l'intérieur du pays. Les deux émissaires concluent à l'absence de toute menace pour le monde et pour la sécurité du territoire (Rapport Carpio). Néanmoins, l'assemblée générale ne renonce pas et décide de transmettre le dossier au Comité dit « des 24 » chargé de mettre en œuvre les indépendances des peuples colonisés.
En 1963, le gouvernement sud-africain d'Hendrik Verwoerd met en place une commission d'enquête sur le Sud-Ouest africain dirigée par F. H. Odendaal, l'administrateur du Transvaal. Son rapport préconise la division du territoire en trois parties dont la première serait réservée à dix homelands (foyers nationaux ou réserves indigènes), la seconde aux Blancs, destinée à intégrer l'Afrique du Sud et une troisième comprenant les parcs naturels (Etosha, Côte des squelettes, désert du Namib) et les zones interdites (dont la zone diamantifère du Sperrgebiet). Ce rapport est rejeté par l'Assemblée générale des Nations unies.
En 1965, Sam Nujoma obtient que la SWAPO soit le seul mouvement du Sud-ouest Africain inscrit sur la liste du comité de libération de l'Organisation de l'unité africaine (OUA)et d'être le seul représentant officiel (au niveau international) du Sud-Ouest africain.
En 1966, le Libéria et l'Éthiopie, les deux seuls pays dont l'indépendance est antérieure à celle de l'Afrique du Sud, saisissent la Cour internationale de justice afin de faire juger illégale l'occupation du Sud-Ouest africain par la République sud-africaine — mais la Cour rejette leur demande. La décision de la Cour provoque l'indignation de l'Assemblée générale des Nations unies qui vote le la résolution 2145 déclarant que l'Afrique du Sud a failli à ses obligations et que le Sud-Ouest africain relève dorénavant directement de la responsabilité de l'Organisation des Nations unies jusqu'à son accession à l'indépendanceRésolution 2145 (XXI), Question du Sud-ouest africain, 27 octobre 1966..
Début des affrontements En 1966, l'armée populaire de libération de la Namibie (People's Liberation Army of Namibia ou PLAN), aile militaire de la SWAPO, commence à lancer des attaques de guérilla à partir de la Zambie. La première bataille opposant le PLAN et l'armée sud-africaine (South African Defence Force - SADF) dans ce qui est désormais connu comme la guerre d'indépendance de la Namibie a eu lieu le à Omugulugwombashe.
Au cours des années suivantes, l'Assemblée générale et le Conseil de sécurité adoptent une série de résolutions importantes: thumb|alt=opérations de l'armée sud-africaine en Angola de 1978 à 1981|Opérations de l'armée sud-africaine en Angola de 1978 à 1981 En , l'Assemblée générale créé un Conseil des Nations unies pour le Sud-Ouest africain ayant juridiquement la compétence exclusive d'administrer le territoire. Le , elle rebaptise le territoire du Sud-Ouest africain du nom de NamibieLa Namibie, une construction des Nations unies, Laurent Lucchini, Annuaire français de droit international , 1969, Vol. 15 .. En 1969, par ses résolutions 264 et 269, le Conseil de sécurité demande clairement à l'Afrique du Sud de se retirer de la NamibieRésolutions 264 et 269, La situation en Namibie..