Cet article présente et décrit le parcours sportif de la Jeunesse sportive de Kabylie durant l'époque coloniale. C'est-à-dire depuis son premier match officiel le , jusqu'au retrait de celle-ci (et des clubs musulmans) de toutes compétitions sportive le , soit pratiquement dix ans.
Contexte et repères historiques.
Création de la Jeunesse sportive de Kabylie (1928-1946)
Un club à l'origine d'un projet, considéré comme l'ancêtre de la Jeunesse sportive de Kabylie, fut fondé en 1928 par l'avocat maître Sidi Saïd Hanafi; il portait alors le nom de Rapide Club de Tizi-OuzouNaïm Adnane, « 40 ans de Football », page 5. La création de ce club avait pour but de constituer un club omnisports musulman autre que l'Olympique de Tizi-Ouzou (club colon) dans l'agglomération de Tizi Ouzou, comme cela existait ailleurs dans d'autres villes d'Algérie où clubs colons et musulmans coexistaient. Malheureusement celui-ci ne disposait pas des conditions légales pour exister et fut contraint d'être dissout. Il faut savoir qu'à cette époque tous les clubs de football qu'ils soient colons ou musulmans, que ce soit en métropole ou dans les territoires d'outre-mers, étaient tous des associations sportives. Celles-ci étaient donc régies par la loi de 1901, sur les associations en France, que le Rapide ne respectait pas. Le projet fut donc interrompu en raison de cette loi pendant un certain temps.
Le contexte historique et politique de cette époque ne permit pas au club de se reconstituer dans les années trente. La France déclara la guerre contre l'Allemagne Nazie, la mobilisation générale fut décrétée et les compétitions sportives s'arrêtèrent. Dans ces conditions la création d'un club était donc chose impossible. Il faudra d'ailleurs attendre la fin de ce conflit qui trouva son terme dans ce que l'histoire aura retenu de Drôle de guerre, avec la signature d'un armistice, pour voir de nouveau la vie reprendre son cours ainsi que les compétitions sportives.
thumb|right|350px|alt=Équipe du RC Tizi-Ouzou|L'équipe du RC Tizi-Ouzou pour son premier match officiel
De Gauche à Droite :
Debout : Zemirli ; Slammour ; Hachaoui ; Hammoutène ; Belhadj ; Chikhaoui ; Souibes
Assis : Allouche ; Mesbahi ; Louggar ; H. Rafai ; M. Rafai ; Mekacher
Enfant : Mustapha Keddache ;
(image tirée du journal sportif disparu Champion)
Durant l'année 1943, malgré l'occupation allemande en France, Maître Sidi Saïd Hanafi relança le projet avec l'aide d'anciens joueurs musulmans du Rapide Club de Tizi-Ouzou et de l'Olympique de Tizi-OuzouNaïm Adnane, « 40 ans de Football », page 9-10, en effectuant des démarches pour la demande d'affiliation à la Fédération Française de Football Association. Le club devait alors se séparer de son ancien nom et Sidi Saïd Hanafi proposa de « se défaire de la ville de Tizi Ouzou et opter pour une portée plus large »; avec comme nom "Association Sportive de Kabylie". Malheureusement le décès du père fondateur survint moins d'un an après ses démarches un certain , qui entraîna à nouveau la suspension de la procédure.
Entre-temps la vie continua son cours comme celui de l'histoire avec la libération de Paris le et la fin officiel du conflit avec l'Allemagne, les et avec la capitulation de celle-ci par la signature de deux actes de reddition. Un autre évènement intervint qu'il est utile de rappeler pour comprendre la création de ce club. À la mort donc de Maître Sidi Saïd Hanafi, le projet fut repris par un groupe d'anciens joueurs de l'Olympique de Tizi-Ouzou, qui tenteront d'achever les dispositions d'affiliationLes joueurs étaient : Arezki Belhocine, Khodja Benyoucef, Amar Mekacher, Salem Moh Ouali, Saadi Ouakli, Khelifa Belhadj, Akli Mezbout ainsi que d'autres anciens joueurs de l'Olympique de Tizi-Ouzou. Cependant un évènement majeure survint le en Algérie, précisément à Sétif, Guelma et Kherrata qui retarda à nouveau la création de ce club. En effet, alors qu’une fête de célébration fut organisée pour la fin de la guerre, des militants nationalistes algériens se joignirent à la foule. Un policier tuera un jeune garçon qui portait un drapeau de l’Algérie, ce qui déclenchera des émeutes entre musulmans et colons. L'intervention de l'armée sera lourde de conséquence avec environ dix-sept mille morts et vingt mille blessés D'après les observations des services secrets américains présents en Algérie et témoins des évènements, une source neutre.. Moins d'une semaine après, le , Un arrêté sera promulgué dans lequel une interdiction est décrété à tout musulman de créer une association sportive ou autre; car des militants nationalistes de la C.A.R.N.AC.A.R.N.A = Comité d’Action Révolutionnaire Nord Africain. entre autres avaient infiltré les différentes associations sportives ou autres pour promouvoir l’idée d’indépendance, à la suite des événements survenus à Sétif; auquel cas il sera aussitôt assimilé à un complot visant la sûreté de l’État. Finalement, afin de calmer les esprits le , l’interdiction sera levé aux musulmans de créer des associations, et par ce geste l'administration coloniale tenta de ramener l'ordre et d'apaiser les tensions au sein du pays.
Enfin après toutes ces différentes interruptions liées au contexte historique et politique de l'époque, le Il s'agit de la date parue dans le bulletin de la Fédération Française de Football Association, à la rubrique Mouvements des Sociétés., le club fut officiellement fondé avec le nom de Jeunesse sportive de Kabylie, après avoir rejeté ceux de Association Sportive de Kabylie et de Union Sportive Musulmane de Tizi-Ouzou et entama la compétition par la troisième division de la Ligue d'Alger de Football Association, l'équivalent de septième division française de l'époque. Autre fait important, la commune de Tizi Ouzou refusa de subventionner le jeune club à ses débuts préférant aider le club colon de l'Olympique de Tizi-Ouzou plus ancien et déjà quarantenaire dans cette ville. Finalement le club se tourna vers la population indigène locale, qui l'aida Plusieurs services ou moyens ont été offerts par : Khalfi, Kitous, Oummia, Haddadou, Ali Haddouche et Meziane Berchiche, de mêmes que des clubs de football musulmans (USMA, MCA et WRBIl s'agit d'un ancien club de football disparu appelé Widad Riadhi de Belcourt, qui à l'indépendance fusionnera avec l'autre club du quartier de Belcourt, le CAB Club Athlétique de Belcourt pour former le CRB soit Chabab riadhi Belcourt futur Chabab riadhi Belouizdad notamment) qui permettront à la Jeunesse sportive de Kabylie de jouer son premier match officiel le en troisième division Naïm Adnane, « 40 ans de Football », page 13Témoignage de Ali Benslama un des membres fondateurs de la JSK sur jeunessesportivedekabylie.com. L'année 1946 vit donc les débuts du club en compétition à Tizi Ouzou au stade Arsène Weinmann, qui débuta dans un contexte particulier car il s'agissait de la première saison depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, après des années de critériums régionaux.
Développement et ascension du club (1946-1956)
Durant l'époque coloniale, les compétitions de football que Ce soit en Algérie ou dans le reste de l'Afrique du Nord, se déroulèrent entre les années 1920 (première saison des ligues) et 1962 (indépendance de l'Algérie). Si l'on considère cette large temporalité du football d'époque coloniale, l'année 1946 nous apparaît alors comme un élément important dans la chronologie de ce sport au Maghreb. En effet cette année-là marqua la fin des critériums de guerre coïncidant avec la reprise des compétitions officielles antérieures au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale qui eut lieu en 1939. Pour rappel, lorsque la France déclara la guerre à l'Allemagne nazie, la mobilisation générale fut décrétée et toutes les compétitions sportives en Afrique du Nord que ce soit au niveau régional ou inter-régional s'arrêtèrent. À la reddition de la France, les compétitions de football au niveau régional reprirent mais avec un système de critérium non officiel, à l'exception des plus grandes de niveau inter-ligue qu'étaient le Championnat d'Afrique du Nord et la Coupe d'Afrique du Nord.
Afin de comprendre les débuts sportifs du club il est utile de rappeler un peu le contexte sportif particulier de la Ligue d'Alger de Football Association durant cette année. En effet, le "Bureau de la Ligue" lors d'une réunion qui se déroula au mois d' et après mûre reflexion décida des dispositions suivantes pour l'organisation de la saison. Tout d'abord afin de rompre définitivement avec ces critériums de guerre, le Bureau reconsidéra la situation de tous les clubs existants avant la guerre et décida de la composition des divisions avec les nouveaux venus dont faisait partie la JS Kabylie. Cela signifie également que les résultats des clubs dans le système critérium de guerre sont considérés comme non officiels. De plus les rares clubs qui accédèrent dans des divisions supérieures durant cette période ne sont pas acceptés et leur situation comme celles des autres formations sont reprises à partir de la fin de la saison 1938-1939, ce qui entraîna de vives protestations de la part de ceux-ci qui allèrent même jusqu'à demander l'aide de la Fédération Française de Football Association. Malgré ces protestations, la fédération qui avait le même problème en métropole se rangea du côté de la Ligue d'Alger qui décida donc de la composition de chacune des divisions. Pour cette saison 1946-1947, le Bureau adopta le format suivant : dix clubs en Division Honneur (au lieu de douze et exclut même l'idée de seize clubs en deux poules de huit pour l'intégration des clubs arrivés à ce niveau durant les critériums de guerre) ; dix-huit clubs en Première Division (soit deux groupes de neuf) ; seize clubs de Deuxième Division (soit deux groupes de huit) ; quant à la Troisième Division, tous les autres clubs (vingt-huit clubs répartis en trois groupes, soit deux de neuf et un de dix). Concernant les modalités d'accession en division supérieure, la règle est on ne peut plus claire et se trouve inscrite dans les règlements généraux de la ligue. En fin de saison seuls les deux premiers de chacun des groupes participent normalement à des tournois d'accession. Néanmoins comme il s'agit d'une saison de transition et que la plupart des clubs qui se sont déclarés en situation de non activité afin de ne pas être pénalisés voudront sûrement revenir, le Bureau anticipa la demande massive d'entrée en compétition pour la saison prochaine et décida de ne pas tenir compte de cette règle. De ce fait, à la fin de la saison, les trois premiers de chaque groupe de chacune des divisions hormis la Première Division, accédèrent en division supérieure, de sorte qu'il y ait trois groupes en Première Division au lieu de deux, trois groupes en Deuxième Division au lieu de deux et six ou sept groupes en Troisième Division au lieu de trois.
Retrait du club en compétitions sportives (1956).
Bilan sportif de la Jeunesse sportive de Kabylie. Bilan récapitulatif