Noir Canada : pillage, corruption et criminalité en Afrique est un ouvrage de synthèse et d’analyse sur les activités des sociétés canadiennes en Afrique écrit par Alain Deneault en collaboration avec Delphine Abadie et William Sacher, membres du Collectifs ressources d'Afrique, aux éditions Écosociété.
Ont aussi contribué à la recherche et à son élaboration : Pierrette Abadie, Adrien Beauduin, Claire Gauthier, Frantz Gheller, Chowra Makaremi et Caroline Mouette. Publié en , le livre contient 352 pages.
L'ouvrage dénonce les abus commis par des multinationales canadiennes en Afrique en matière de criminalité économique, de destruction de l'environnement, de déplacements forcés ou encore de financement occulte de guerres civiles. Noir Canada évoque la spécificité du Canada, en tant que législation à partir de laquelle de nombreuses sociétés du secteur extractif opèrent à travers le monde.
Les auteurs du livre ont fait un exercice de mise en commun et de dialogues. Toutes les sources utilisées sont scientifiques et tirées de recherches publiques.
Par son titre, le livre fait explicitement référence à l’œuvre de l'africaniste français François-Xavier Verschave et à son ouvrage Noir Silence.
Sujet Noir Canada rend compte des abus commis par les sociétés minières canadiennes en Afrique.
L'ouvrage tente de démontrer six grandes thèses :
Le calcul du profit des sociétés minières ne tient pas compte des coûts sociaux et environnementaux Des sociétés minières canadiennes soutiennent parfois des dictateurs pour avoir accès à des gisements Des sociétés minières canadiennes financent des guerres civiles pour accéder à des gisements La Bourse de Toronto ne garde aucune trace des causes concrètes de la croissance de la valeur des titres des sociétés minières L’Agence canadienne de développement international finance des projets dévastateurs pour l’environnement et les populations en Afrique Le Canada n’est un « ami » de l’Afrique qu’en apparence
Résumé
Introduction: Le Canada dans la « Mafiafrique » L'introduction pose les bases de l'argumentaire des auteur-es. Le Canada héberge les sociétés minières sous un système de bourse avantageux pour elles, les protège et les finance et ce, même si elles sont coupables d'abus. De plus, les banques soutiennent les minières canadiennes à la bourse de Toronto avec les placements de citoyens. Les auteures du livre demandent une commission d'enquête, dont les membres sont indépendants, pour faire le point sur les effets des investissements politiques, industriels et financiers en Afrique depuis une vingtaine d'années.
Thèse 1 : Homicide et génocide involontaires L'acquisition de la mine de Bulyanhulu en Tanzanie comporte un lourd passé gardé sous silence nous disent les auteur-es. Cette mine était exploitée artisanalement par des mineurs de la région au moment de la privatisation de celle-ci par le gouvernement tanzanien en 1994. La compagnie minière Sutton Ressources de Vancouver aurait joué le rôle d'éclaireur pour la compagnie Barrick Gold. Face à la résistance des mineurs artisanaux qui occupaient le site, les témoignages rapportent qu'ils auraient été enterrés vivant sous les ordres de la compagnie Sutton Ressources. Celle-ci a été rachetée par Barrick Gold peu de temps après. Il semblerait habituel pour Barrick Gold de laisser de plus petites entreprises minières faire l'acquisition de sites et ensuite de les racheter afin de ne pas être mêlé directement aux meurtres de miniers tanzaniens par exemple.
Au Mali, l'exploitation de la mine de Sadiola par la compagnie canadienne IamGold et AngloGold a causé des maladies graves causant la mort de populations locales. Leurs techniques d'exploitation ont été pointées du doigt à maintes reprises dû au traitement du minerai à l'aide de cyanure qui a causé la mort de plusieurs personnes. Les populations ont été délocalisées et leur territoire rasé par l'industrie minière. Les minières y ont arraché tout l'or qu'elles pouvaient et ont laissé les populations locales gérer les dommages collatéraux. Le Canada n'est pas intervenu, autre que pour faciliter l’acquisition des sites miniers même s'il était conscient des conséquences de ces exploitations. Le FMI, La Banque mondiale et l'ACDI sont aussi complices.
Thèse 2 : Contrats léonins au Congo Kinshasa En 1996, le Canada a profité de l'instabilité politique du Zaïre et financé, armé et encadré Laurent-Désiré Kabila, afin de destituer Joseph Mobutu. Les compagnies minières canadiennes et occidentales voulant avoir accès au territoire congolais ont fait des ententes avec Laurent-Désiré Kabila avant que celui-ci ne soit président. En échange d'aide économique et militaire, les compagnies minières ont eu accès à des « contrats léonins ». La première guerre du Congo résultera de la prise de pouvoir de Kabila soutenue par l'America Mineral Fields International (AMFI).
Dans les mêmes circonstances, Kabila donnera accès à Lundin mining corporation l'accès à la plus grande réserve de cuivre et de cobalt du Congo. L'État qui partageait la possession des gisements se verra peu à peu dépossédé de son sol et se retrouvera dans une situation où les ressources minières sont contrôlées par des compagnies privées. La corruption ainsi que les pressions internationales ont comme conséquence directe de donner au rabais le sol congolais aux compagnies extractivistes dont plusieurs sont canadiennes. Les populations sont victimes de guerres civiles, de maladies et de déplacements forcés au profit des intérêts du futur président Kabila et de ses actionnaires.
En 2004, l'entreprise australienne Anvil Mining enregistrée au Canada a été prise dans une controverse entourant des opposants à l'extraction d'une de leurs mines au Congo ; « Les soldats se sont livrés à un saccage sans distinction aucune, à des arrestations arbitraires et exécutions sommaires des rebelles suspectés et de ceux qui les soutiennent, violant des femmes, et soumettant les prisonniers à la torture et à la bastonnade » Kinross Gold, compagnie Ontarienne est également impliquée dans cas d'abus rapportés à plusieurs reprises par des ONG. Le magnat israélien du diamant Dan Gertler, a également financé et armé massivement Laurent-Désiré Kabila pendant la guerre civile.
Thèse 3 : Un Canada sur tous les tableaux dans les Grands Lac africains « Le contexte historique du Congo oriental — ses champs de bataille jonchés de cadavres, ses viols quotidiens, ses enfants drogués et enrôlés de force, ses villages pulvérisés au titre de « conquêtes », ses hôpitaux renversés sans gloire et la psychologie des peuples complètement pervertie — ne s'explique ni par la barbarie fondamentale des uns, ni par l'idéologie raciale des autres. Des sociétés cotées en Bourse au Canada ont financé ou armé, alternativement ou simultanément, les forces étatiques et les mouvements rebelles, exacerbé ces tensions, attisé ces conflits et provoqué ces escalades pour diviser le pays de façon à en contrôler durablement les ressources. »
La deuxième guerre du Congo dans les Grands Lac africains est financé par les minières et pétrolières canadiennes. Celles-ci ont été victimes d'un président moins docile qu'elles ne le croyait. Celui-ci a fait des ententes avec des compagnies Sud-Africaines et d'autres compagnies canadiennes afin de faire rentrer plus de capitaux au Congo. Le mouvement de libération du Congo et le rassemblement congolais pour la démocratie s'organisant contre le président on eut de l'aide économique par les compagnies canadiennes faisant partie de l'AMFI ainsi Barrick Gold, George Bush et Brian Mulroney qui continue la conquête du Congo.
Thèse 4 : Le judiciaire comme paradis Judiciaire des sociétés minières et pétrolière La spéculation est un élément essentiel pour les entreprises minières. La bourse de Vancouver et la bourse de Toronto offrent des marchés « archispéculatif » favorisant les placements douteux pour les juniors. C'est-à-dire les compagnies minières qui n'ont pas les capitaux nécessaires pour les phases d'exploration. Grâce à la spéculation, ces compagnies convainquent les marchés internationaux (banques canadiennes) que les explorations seront prometteuses, ce qui favorise les investissements dans leurs compagnies et leur permettent l'exploration. Durant ces phases, la résistance des peuples est tenace et les compagnies sont prises dans des cas d'abus11. Ensuite, elles sont rachetées par des plus grandes compagnies major, comme Barrick Gold. Les profits engendrés sont alors redistribué aux investisseurs dont les aux banques. Les profits générés par les REER et les fonds de retraite par exemple, peuvent provenir directement de l'industrie minière. C'est donc en ce sens que le gouvernement canadien met en place des mesures facilitant l'enregistrement des compagnies minières aux bourses canadiennes et stipule que les investissements canadiens à l'étranger sont profitables pour l'économie nationale. « Les fonds de retraite, Régimes enregistrés d'épargne retraite (REER) et placements privés de petits joueurs ainsi que les sommes investies par des fonds publics tels que la Caisse de dépôt et placement du Québec permettent à la diplomatie canadienne de forcer les liens de solidarité entre tous les Canadiens et les sociétés minières, exactement comme si le public canadien était ouvertement consentant à ce que le bien public fasse ainsi l'objet d'une capitalisation privée ».
Le Canada est un flou juridique pour les compagnies minières. Il n'y a aucune législation qui encadre leurs agissements, techniques de développement, protection de l'environnement, crimes de guerres, corruption, massacres Ce qui crée un climat très favorable afin qu'elles s'enregistrent à la bourse de Toronto comme compagnies minières. Elles n'ont donc aucune restriction et compte à rendre. En raison de la relation économique très importante entre celles-ci et le Canada, celui-ci défend internationalement ces compagnies et use de pressions diplomatiques entre autres en Afrique et en Amérique Latine afin qu'elles puissent exploiter les sols. Peu importe si elles sont impliquées dans des crimes atroces comme en Tanzanie. Donc d'une part, des ententes entre gouvernements et d'autre part, des compagnies privées qui exploitent les sols sans restrictions. De plus, le Canada entretient depuis les années 1980 des couloirs de paradis fiscaux avec la Barbade et en convoite d'autres (îles turques et caicos) ce qui est très avantageux pour les compagnies minières.
Thèse 5 : L'Agence canadienne de développement international : cache-sexe pour éléphants blancs La compagnie Canadienne Acre a été accusée de corruption par la cour de Lesotho, une première en termes de poursuite. La compagnie engagée par la Banque mondiale et financée par l'ACDI était impliquée dans la construction d'un barrage qui eut des effets dévastateurs pour l'environnement et les populations locales. La compagnie a du verser la maigre somme de 1.5 Million et seul son président a eu une sentence de prison. Ce qui n'empêchera pas la compagnie d'être active et de continuer ses projets. Ceux-ci, financés en partie par des fonds publics canadiens. Le gouvernement canadien a su protéger Acre sur la scène internationale. Jean Chrétien en 2003, aurait dit que la corruption c'est la culture des autres pays14. Alors que plusieurs preuves démontrent l'implication du gouvernement et de la compagnie Acre dans des cas d'abus et de corruption financiers et environnementaux.